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 Rencontre avec la future Reine de Nandis

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Althéa
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MessageSujet: Rencontre avec la future Reine de Nandis   Rencontre avec la future Reine de Nandis Icon_minitime1Dim 21 Juin - 20:16

[Althéa arrive de ~ICI~... ]

Abandonnant alors le couloir et mes précédents hôtes, j'ouvris alors la porte, rentrant dans les appartements de la future dulcinée d'Uldrian. Une fois dans la pièce, je découvris plusieurs personnes à l'intérieur. Toutes s'afféraient à quelque chose pour s'occuper à préparer la futur reine de Nandis. Mon regard parcourant ce décors, fortement éclairés par les rayons que projetait le levé du soleil, je comptais les personnes autours de la future reine aux nombres de cinq. Ils étaient tous en train de la maquiller, la coiffer, s'assurer qu'aucuns plis n'avaient été fait dans ses vêtements et tournait tous autour d'elle comme des mouches. Ne disant en premier lieu rien du tout, je m'approchais de celle que je supposais être la reine, celle qui avait l'attention de toutes ces gens. Me tenant alors droite, une main posée sur le pommeau de mon épée, je m'inclinai tout en me présentant :

- Je me nomme Alysse Avelyn. Pour vous servir. Le Roi m'envoi auprès de vous afin d'assurer votre protection. Comment dois-je vous nommer, je n'ai pas eu connaissance de votre nom ?

Me redressant, je pouvais alors mieux discerner les traits de cette jeune femme. Là aussi, je faisais face à une gamine, encore un. Non pas que je ne les appréciais pas mais ils ne me semblaient pas à leurs places, ici... Commençant à me demander ce qui c'était réellement passé au sein du palais pour que ce soit des enfants qui soient mis tout en-haut de l'échelle. Qu'avait bien pu penser les dirigeants avant eux pour changer le système à ce point ? Je ne voyais que des silhouettes immatures, qui n'avaient rien vécu à mes yeux, qui n'avaient aucunes expériences pour leurs âges. Quant bien même ils avaient des mentors pour tout leur expliquer, rien ne valait la pratique. La théorie, c'était bien pour apprendre sommairement les choses mais une fois que l'on y faisait face à l'une de ces situations, ce serait la panique. Du coup, malgré ma désapprobation, je m'abstint de tout commentaire et j'observais autour de moi, attendant les instructions de la fille d'Elizabeth. J'allais faire comme toujours : Faire ce que j'avais à faire.

D'ailleurs, parlons-en de l'intéressée ! Son air était très étrange... son aura aussi m'inspirait autre chose que ce qu'elle semblait être, tout comme pour le roi Uldrian. Ses cheveux roses, qui avait attiré mon attention en premier, étaient très inhabituels ainsi que la pâleur de sa peau que je pouvais observer dans le reflet du miroir qui se tenait face à elle, qui semblait trop parfaite. Son regard semblait sonder le miens alors que j'attendais patiemment sa réponse. Je me tenais immobile, le temps me semblant très long. Est-ce que je me sentais tendue ? Oui. Est-ce que je trouvais l'atmosphère étrange depuis que j'avais mis les pieds dans le palais ce matin ? Certainement. Tout ce qui s'était déroulé jusque là n'avait rien de normal. D'abords l'altercation avec le barde et l'homme d'Uldrian dans le halle. Ensuite, l'écriture du discours finalement jeté à la figure de l'auteur pour qu'au final il termine en prison, puis vint ensuite une île qui fit un aller-retour express entre Chaara-Khole et Nandis. Sans parler de tout ce que ce village subissait... quelque chose de grave c'était abattu. Mais étant finalement coincée ici, je me retrouvais à jouer les gardes d'enfants au lieu d’effectuer mon vrai travail : D'aider les gens dans le besoin. J'étais coincée et frustrée mais je n'avais aucuns mal à dissimuler mes états d'âmes et me contenter de faire ce que l'on m'ordonnait de faire. Ayant été éduquée ainsi par mes diverses écoles militaires et par la famille Avelyn, je m'y tenais. J'allais assurer la sécurité de la future dulcinée du roi avec la même rigueur que j'appliquais à chacune de mes missions.

Cependant, désormais, je faisais face à une Avelyn que je ne connaissais pas et j'espérai obtenir des réponses quant à leur soudaine envie de poster un de nos membres aux côtés du Roi. Certes, je n'aurai jamais mon mot à dire, je n'étais qu'un larbin parmi eux mais ma curiosité avait soif de savoir. Que je sois prête aux événements à venir même si, au fond de moi, quelque chose me disait que rien ne serait en mesure de m'y préparer. Mon sixième sens en alerte, j'étais sur mes gardes.

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MessageSujet: Re: Rencontre avec la future Reine de Nandis   Rencontre avec la future Reine de Nandis Icon_minitime1Ven 26 Juin - 10:20

Rencontre avec la future Reine de Nandis Arcadi11

Ce jour était le deuxième le plus important de sa carrière, il y eut tout d'abord le couronnement du Roi, et aujourd'hui, il s'agissait de ses noces. Recrutée il y a trois semaines pour ses compétences exceptionnelles, l'intendante Arcadia, mais également tante de Roxanna, la cuisinière du palais, avait pour tâche de superviser les préparatifs concernant la future épouse d'Uldrian. Le souverain voulait que tout soit parfait, comme à chaque fois d'ailleurs, mais il fallait bien reconnaître que jouer à la dînette avec une poupée de porcelaine n'était pas exactement ce qu'elle avait imaginé. Arcadia pouvait apporter tellement plus, et quand bien même cette tâche ne réclamait qu'un petit pourcentage de ses capacités, elle s'en acquitterait jusqu'à son terme. D'un caractère austère, l'intendante dirigeait chacune des filles avec une main de fer. Mais ne vous fourvoyez point, le respect était toujours au menu. Et alors qu'elle coiffait la fibre églantine de la petite Enyale, quatre coups tintés d'une note métallique résonnèrent dans la porte. Il devait s'agir de la Gardienne Althéa, il était prévu qu'elle assure la protection de la dulcinée le temps de cette journée. Aussi l'invita t-elle à entrer, ce qu'elle fit avec une certaine retenue qui s'apparentait curieusement à de l'appréhension. Alysse s'annonça finalement, mais ne présenta ses respects qu'à Enyale. Arcadia n'en fut guère offusquée, car la guerrière n'était présente en ces lieux que depuis la veille, elle ne savait donc rien de son titre, de plus, il était dans l'ordre des choses d'ignorer les larbins, non ?

En toute transparence, l'intendante laissa les deux Avelyn s'entretenir. Maintenant qu'elle en avait terminé avec ses cheveux disposés en un élégant chignon, Arcadia alla faire le pied de grue auprès de la fenêtre. Léonie quant à elle, bordait le bas de la robe de la future Reine afin que rien ne s'effiloche. Et pour ce qui était des trois servantes, toutes soeurs en plus, elles n'existaient que pour accomplir les tâches les plus ingrates, comme satisfaire un caprice d'Enyale, frotter les tapis et bien d'autres encore.

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MessageSujet: Re: Rencontre avec la future Reine de Nandis   Rencontre avec la future Reine de Nandis Icon_minitime1Sam 27 Juin - 18:05

Le monstre avait toujours vécu en dehors de la capitale, loin de ses richesses et de ses distractions. Bien sûr, chaque cité avait ses propres agréments et Zanérim était sans nul doute assez fascinante de ce côté, mais avec maman on ne pouvait pas faire ce qu'on voulait. Si à une époque maman avait aimé découvrir les modes de vie des autres peuples et s'instruire de leurs coutumes, les longues années qu'elle avait passées loin de chez elle, isolée dans le désert, l'avait dégoûtée. Avec la distance, la vision qu'elle avait de Nandis, où elle avait vécu sa jeunesse et où elle avait appris les choses les plus intéressantes qu'elle connaisse, s'était magnifiée au point d'en faire l'unique emblème de la civilisation à ses yeux. Au fur et à mesure, cette vision de la mèe s'était transmise au monstre. Elle avait imaginé la ville peuplée des plus grandes merveilles, des tissus les plus sublimes et des peurs les plus distinguées. On peut dire qu'elle avait finalement été déçue de ce côté. Les parures bien que belles et originales ne dépassaient pas toujours les tissages enchantés qu'elle avait pus voir dans son enfance. Et surtout, depuis qu'elle était arrivée, elle n'avait été entourée quasiment que de domestiques avec des peurs banales de simples serviteurs, même pas des craintes superstitieuses ridicules mais juste des angoisses perfectionnistes d'ouvrières qui veulent bien faire leur travail et qui ont peur d'être réprimandées par leur supérieur. Cela n'avait pas empêché pour autant le monstre de s'amuser aujourd'hui. Oh, ce n'était pas grand chose. Elle avait juste eu tendance à se tortiller comme par inadvertance exactement au moment où l'inquiétude de la servante qui s'occupait de sa robe commençait à grimper, à l'instant où l'aiguille s'approchait enfin de sa robe. Le monstre avait bien fait ça trois, quatre, cinq fois, pour se distraire de ce silence concentré, avant finalement d'être arrêté par la voix polie d'Arcadia lui demandant de bien vouloir se tenir tranquille. Reprise sur son jeu, encore qu'à chaque fois elle s'était gardée d'avoir les yeux sur les pauvres couturières pour ne pas qu'on croit que c'était fait exprès, le monstre avait fini par arrêter, d'autant qu'elle aussi voulait avoir la plus jolie robe possible. Et de toute façon, il y avait bien d'autres jeux possibles.

Le plus drôle avait été lorsqu'on avait tenté de la maquiller. Après avoir effacé un premier essai raté car il lui donnait un teint livide de cadavre peint, et un second où on l'aurait crue brûlée par trois soleil, on avait finalement décidé de faire le maquillage le plus minimaliste, en se contentant seulement de décorer ses paupières et ses lèvres de couleurs attrayantes. Durant tout le long, la frustration de la pauvre femme en charge de cette partie, à devoir effacer et recommencer du début, avait été tellement agréable à ressentir, un vrai petit rayon de soleil dans sa matinée. Le monstre s'était même prise en jeu en étant le plus immobile possible pour faciliter l'opération et en multipliant les petites remarques a priori gentilles et innocentes telles que « J'espère que vous allez me rendre aussi belle que vous » ou que « Je veux être la plus jolie du monde ». Des paroles légères mais qui avaient le don de stresser quelqu'un lorsqu'elles étaient prononcées au moment ultime où la maquilleuse se rendait compte que son ouvrage n'allait pas du tout du tout.

Autrement, lorsqu'elle n'avait rien à faire, le monstre se prenait alors à penser à sa maman, enfin sa tante désormais, qui devait tellement souffrir d'être si éloignée d'elle et qui devait tellement s'inquiéter qu'il lui arrive un problème ou que pour une raison ou une autre elle ne puisse finalement pas devenir reine. Dans ces instant-là, le monstre ne pouvait pas un réprimer un léger sourire pensif. Déjà que maman s'était soudainement rappelée à la peur de ne plus être à la mode quand elles étaient arrivées en ville, un comble pour une femme qui se considérait pourtant comme le meilleur produit de Nandis en son époque, maintenant elle se retrouvait toute seule avec une vieille bonne qui boite. Pour peu qu'elle n'ait pas totalement réussi à raccrocher avec ses anciennes relations, ce serait un tel martyr pour cette pauvre femme. De telles pensées ne pouvait que laisser songeur et amusé face à l'ironie de la vie. Parfois atteindre son rêve rime avec plus d'angoisse que de bonheur.

Ainsi, cette matinée augurait finalement d'un jour beaucoup plus distrayant que les jours précédents où elle était finalement restée dans un espace assez confiné avec des servantes trop serviles pour pouvoir s'effrayer des remarques innocentes d'une enfant. Le monstre n'avait même pas conscience que le nombre particulièrement réduit d'aides autour d'elle était extrêmement inhabituel pour la ville. Après tout, elle avait finalement été peu en contact avec une véritable domesticité organisée ; à Zanérim ils étaient trop peu éduqués pour respecter les différents types de serviteurs, et dans les Terres du Phénix ils avaient même dû ne se contenter que d'une unique bonne. C'est pourquoi au lieu de s'offusquer de cette situation comme l'aurait fait n'importe quelle petite peste noble bien élevée, le monstre sut tout-à-fait profiter de la situation et de tous ces gens qui ne désiraient que la rendre belle. Et l'arrivée de cette elfe fut comme la cerise sur le gâteau.

Le monstre avait toujours été un peu intéressé par les gens soit de pouvoir, soit qui sortaient de l'ordinaire. Généralement les pensées qui les hantaient étaient aussi inhabituelles que leur apparence, et cela faisait toujours un passe-temps amusant. Dans cette catégorie, les métis, tels que son père ou Dame Elizabeth, et encore mieux les purs sangs non-humains, avaient une place particulière. Ils avaient presque toujours des préoccupations si exotiques, si étrangères. En tête à tête, on pouvait même voir des paysages extraordinaires dans leur tête. C'était ainsi presque toujours un régal. Et celle qui lui faisait face, avec ses si beaux cheveux couleur d'étoiles, une fois de plus n'échappa pas à son soudain intérêt. Cette inconnue avait une telle confiance en elle. En tant normal, presque tout le monde doute toujours de soi-même, de ses capacités ou de ce qu'il risque de leur arriver, mais ce n'était pas à son cas. À l'inverse, la peur qui primait chez elle était offerte pour les autres. Elle souffrait de ne pas pouvoir aider les gens qui avaient besoin d'elle, et encore plus actuellement à cause d'un événement récent. Et c'est de cette angoisse profondément ancrée en elle que découlaient toutes ses autres inquiétudes, celles de devoir obéir à un ordre qui serait contre ses principes, d'être au service d'une autorité où elle ne se reconnaîtrait plus, ou même aussi de voir sa famille s'entre-déchirer. Fondamentalement, dan ces cas-là, elle se retrouverait obligée de prendre une décision et d'aller contre des personnes qui avaient besoin d'elle ou à qui elle devait allégeance. Son altruisme allait même tellement loin que cette garde elfe s'inquiétait même de la sécurité de plantes. C'était là tant de choses inédites. Le monstre aurait voulu aller plus loin mais, alors qu'elle tentait de se projeter, des éclats épars se mêlaient. Les inquiétudes se caressaient entre elles telles des vitres qui se fracassent les unes contre les autres. Le monstre n'arrivait à bien lire ce qu'elle aurait aimé déceler. Il y avait trop de monde dans la salle. Et c'est à peu près à ce moment que le monstre se rendit compte qu'elle était restée là à la fixer de ses pensées sans dire un mot suite à sa présentation. Tournant les yeux tout autour d'elle, elle hasarda avec un embarras enfantin une fragile excuse :

- Oh, je...

Puis baissant les yeux vers la petite tailleuse qui cousait toujours avec application le bord de sa robe avec une certaine technique, afin de cacher habilement les coutures derrières des nœuds et des froufrous, telle l'image topique de l'enfant bien élevé qui demande à un adulte une autorisation, le monstre lui demanda gentiment :

- Excusez-moi Léonie. Pourrais-je, s'il vous plaît, me tourner pour pouvoir saluer mademoiselle Alysse. Je resterai dans la même position après, ainsi vous pourrez continuer.

Puis attendant ensuite une forme d'assentiment pour pouvoir entreprendre son action, le monstre tâcha pendant de ce temps d'imaginer en amont comment elle allait pouvoir se présenter. Puis, avec une déférence particulièrement attentive pour une noble, elle suivit en se tournant lentement le mouvement de la couturière appliquée, de façon à ne pas risquer de distendre les fils déjà en place. Et ainsi, après cette fastidieuse manipulation pour se retourner, lorsque l'elfe se retrouva enfin face à face avec celle qu'on lui avait ordonné de servir, le visage de la petite fille s'empourpra légèrement de respect et d'étonnement. Et, comme elle l'avait calculé, le monstre s'adressa à elle d'une voix gracile comme le doux tintement du cristal quand une brise vient le caresser, un ton empreint d'une forme de timidité, celle due lorsque l'on s'adresse à un personnage important :

- Bonjour mademoiselle Alysse. Vous... vous venez pour me protéger ? Je m'appelle Enyale. Ravie de faire votre connaissance. Puis, plaçant la main devant ses lèvre, comme contrite face à une erreur de sa part, le monstre se corrigea en une épanorthose aux airs de sincérité : Oh. Excusez-moi, je ne dois plus me présenter ainsi, mais cela ne devait lui servir que pour annoncer enfin d'une voix un peu plus assurée, bien qu'ayant toujours des échos de fragilité : Je me nomme Enyale Aliseah Ulrikè d'Avelyn. Ce sera un plaisir de vous avoir pour ma protection, mademoiselle Alysse.

Il ne s'agissait que du préambule, un moyen de mettre en valeur son enfance et son innocence, comme elle l'avait fait tout le long de sa vie, un moyen d'être adorée. Mais si cette fragilité présentée pouvait aussi inquiéter son garde du corps, après tout protéger quelqu'un de faible est toujours plus difficile que quelqu'un de déjà assez puissant pour se défendre seul, alors c'était tant mieux. Pour autant ce n'était pas là le véritable plan du monstre et la suite allait venir très rapidement, tandis que l'innocente infante questionnait naïvement la garde :

- Vous revenez avec des informations à propos de Chaara-khole ?

Le monstre avait rapidement fait le lien lorsqu'elle avait révélé les inquiétudes qui nichaient en l'elfe. Un événement récent qui aurait pu augmenter sa peur pour la bonne santé d'autres personnes ? Elles aussi avaient été enfermées dans leur salon par un garde et, bien que la position de leur fenêtre ne lui avait pas permis de voir correctement la scène, le monstre avait entendu les murmures qui s'étaient échangés avec l'organisatrice. Mais cette petite question apparemment innocente, qui était destinée à recevoir une réponse négative, n'était pas tout, car sans même lui laisser le temps de répondre, profitant de l'étonnement général qu'avait causé ses paroles, le monstre continua avec d'autres attendrissement :

- Vous savez si des personnes ont été envoyées ? Imaginez toutes les personnes qui sont peut-être entre la vie et la mort en ce moment. Il faut absolument les aider ! Les enfants sont toujours ceux qui souffrent en premiers de toutes les catastrophes.

C'était vrai en soi, quel que soit le problème qui survenait, les plus fragiles étaient ceux qui en souffraient le plus. Cela ne veut pas dire pour autant que le monstre s'en souciait vraiment. Ces paroles prononcées avec tellement de volonté et d'émotion n'étaient réellement destinées qu'à appuyer encore plus fort sur l'angoisse nichée au cœur de l'elfe aux cheveux d'étoiles, à augmenter sa frustration d'être retenue ici alors qu'elle aurait pu faire tellement d'autres choses. Puis, comme la situation s'y prêtait, et que le monstre n'avait pas non plus abandonner l'idée de sonder plus en profondeurs cette intrigante inconnue, tout en tremblant, fébrile, la pauvre princesse émue implora doucement :

- Oh ! Je crois que j'ai des vapeurs. Est-ce que deux d'entre vous pourraient aller me chercher de l'eau... s'il vous plaît...

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MessageSujet: Re: Rencontre avec la future Reine de Nandis   Rencontre avec la future Reine de Nandis Icon_minitime1Dim 28 Juin - 20:41

Me tenant au garde à vous, immobile, j'observais la scène avec attention. J'étais tellement préoccupée que j'en oubliais mes bonnes manières et je tentai de me rattraper en m'inclinant légèrement au passage de la femme qui coiffait la future reine devant moi. Maladroitement, certes, mais c'était aussi pour marqué une certaine excuse de ma part. Redressant alors la tête, suivant des yeux la servante, je me sentais comme observée. Reportant mon attention sur la personne la plus importante dans la pièce, je me rendis compte que son reflet me fixait. Comme si elle était perdue dans ses pensées. Je ne savais pas comment interpréter cela à part le fait que ça ne faisait qu'augmenter mon appréhension quant à la situation actuelle. N'ayant clairement aucunes rancunes contre quelconques enfants, bien au contraire, j'étais relativement contre qu'ils soient exposés de plein front à la cruauté du monde politique. Pour quelques raisons que ce soit, j'aurai toujours du mal avec cela. Cependant, au vu de ma place dans la hiérarchie, je n'avais clairement pas mon mot à dire. Me contenant alors de suivre les ordres, bêtement, sans pour autant me construire mon propre avis. Tentant désormais, d'une oreille attentive, d'écouter ce qu'il pouvait se dire dans le palais. Espérant ainsi comprendre pourquoi des enfants avaient été mis à la tête de la prestigieuse cité de Nandis et, surtout, pourquoi un tel changement politique. Quelque chose avait dû se passer et cela me mettait mal à l'aise, pour l'instant. Il me fallait être prudente et me tenir à carreaux jusqu'à que j'apprenne ce qu'il se passe ici.

La petite reine sortant de son mutisme, d'une voix cristalline, elle se hâta à se retourner pour me faire face en faisant attention de ne pas brutaliser le travail de ses servantes. De mon côté, je ne disais mot, me tenant immobile comme n'importe quel soldat devant une personne plus gradée que lui-même. Bien que j'étais plus grande qu'elle, quelque chose se dégageait de cette jeune fille à la chevelure rosée. Son regard me reluquant toujours avec autant d'attention, son comportement réel semblait tout autre. Mais je n'en tint pas attention, me disant que, après tout, elle avait été éduquée ainsi pour convenir aux normes de la nouvelle royauté qui se mettait en place. Cela ne m'étant pas familier, j'avais du mal à en saisir le sens. Sa gestuelle et son ton de voix sonnaient très faux à mes oreilles et me força à m'enfermer d'avantage dans ma crainte. Me convaincant intérieurement que, définitivement, ma place n'aurait pas dû être ici mais à Chaara-Khole ! Mais finalement, la dulcinée d'Uldrian se présenta en toutes lettres. Son nom ne me disait strictement rien, je n'avais jamais eu vent qu'Elizabeth avait une fille mais bon, cela ne me regardait point. C'était la vie privée des gens et je devais m'admettre à moi-même que je n'étais plus en mesure de garder un œil sur l'ensemble de ma famille et veiller sur eux. C'est donc d'un regard passif que je tenais celui de la petite reine. Sans rien dire, acquiesçant poliment lorsqu'elle termina de se présenter à moi.

Mais sans plus attendre, elle se pressa à me demander des nouvelles de Chaara-Khole. Attirant toute mon attention soudainement, je ne savais guère quoi répondre. Le roi avait bien prononcé les directives qu'il avait prise à ma cousine, déclarant qu'il y avait envoyé une pléiade. Mais avais-je seulement le droit d'en parler ? On m'avait toujours appris que, tant que l'on s'adressait pas à moi, je ne devais point retranscrire la moindre parole du roi ou d'un homme politique à quiconque. Ce n'était ni mon rôle ni un message qui m'avait été sommé de livrer. Ce fit alors à la négative que je lui répondis, d'un non de la tête, accompagné de quelques mots lancés sommairement, comme si appris par cœur :

- J'ai certes entendu des choses, Mademoiselle, mais je ne puis vous en dire quoi que ce soit.

Pensant que cela devait largement suffire à m'écarter du sujet et éviter d'allonger ma liste des frustration qui logeait en moi, je n'étais pas prête à ce que j'allais entendre par la suite. Oh bien sûr, la future reine pouvait bien s'en soucier de Chaara-Khole mais la façon dont cela sera déclaré et, surtout, d'une façon si étrange me fit avoir un frisson tout le long de mon dos. Encore une fois, quand elle insista pour savoir si des gens avaient été envoyés, je ne dis mot. Maintenant son regard. Mais lorsqu'elle me demanda d'imaginer les personnes qui devaient être en train de souffrir à attendre de l'aide, mon regard changea subitement. Passant d'un regard neutre et impassible à un regard noir, plissant légèrement les sourcils. Ces mots me poussèrent davantage dans ma frustration et je me mis en colère contre moi-même de devoir rester ici à jouer à la nounou. Pourquoi autant mettre l'accent là-dessus ? Pourquoi appuyé sur l'imagination et la souffrance première des enfants dans de telles situations ? Bien sûr que n’importe quel soldat se serait porté volontaire, que ce soit dans l'envie d'aider ou de récolter de la gloire ! Bien sûr que beaucoup, comme moi, attendaient simplement l'ordre d'y aller et de foncer la tête la première afin d'accomplir son devoir. Aucuns soldats n'avaient à imaginer la souffrance que son peuple devait subir là-bas puisqu'il faisait tout pour leur l'éviter et la connaissait par cœur, cette souffrance. Tous les soldats soutenaient spirituellement les leurs allant au front et, moi-même, j'espérai de tout cœur que l'escouade envoyée par le roi allait arriver à rétablir la paix sur cette île.

Mon regard étant devenu flamboyant, limite colérique, je ne décrochai pas des propos lâchés par cet enfant. Je n'avais rien contre elle, juste contre ma situation alors que y avait plus important à faire. Gardant une expression tout à fait paisible mais un regard représentant l'inverse, qui était rare chez moi, je me contenta de garder le silence quelques secondes avant de lui répondre. Que ses propos soient maladroits, je voulais bien le croire mais elle avait tellement semblé appuyer sur un point sensible que je redoublais de prudence. M'inclinant par simple signe de politesse, je déclarai :

- Comme je vous l'ai déjà confié, je ne suis pas autorisée à en parler. Commençais-je d'un ton toujours aussi neutre. Seul quelqu'un apte à le faire ou sa Majesté elle-même vous le dira. Veuillez m'excusez de ne point pouvoir accéder à vos attentes...

Sur ces propos, je lui faisais bien comprendre, une nouvelle fois, que je n'étais pas spécialement ici pour tenir la conversation mais la protéger. Je n'étais pas non plus la pour être son amie mais juste sa gardienne. Bien que je vouais une affection certaine à chaque personne de la cité, il y en avait pour qui j'étais plus réticente. Préférant de ce fait garder mes distances avec cette petite, je préférai me montrer impassible à ses propos plutôt que d'y répondre. Si le roi lui-même m'en avait parlé, je lui aurai dit mais pour l'instant, Enyale, n'était "que" la future reine, une simple noble. Tant que le mariage n'avait pas eu lieu, elle n'était pas encore assez haute dans la hiérarchie pour que je me permette de lui rapporter les paroles du roi. Que ce soit sur ses envies de repas ou ses tactiques avec l'armée. L'école militaire ayant été bien clair sur cela, je ne m'y étais jamais détaché. En tant que soldat, on devait garder le silence et ne pas colporter les propos des autres sauf si on nous l'ordonnait de le rapporter. De un, parce que c'était pas à nous de le faire et, surtout, on avait été formaté à simplement obéir et protéger la cité. Certes, j'étais gardienne de la famille Avelyn mais ça en revenait finalement au même, non ?

- Si je puis me permettre, je vais me mettre à l'écart pour que vous puissiez terminer de vous préparez... Sans attendre quoi que ce soit de sa part, je me reculais vers la porte, restant entre la future reine et celle-ci afin de me tapir dans le décor et laisser les événements se passer.

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MessageSujet: Re: Rencontre avec la future Reine de Nandis   Rencontre avec la future Reine de Nandis Icon_minitime1Mar 30 Juin - 13:14

Rencontre avec la future Reine de Nandis Leonie10

Journal de Léonie le 7 Khole Gaïa à 4 heures 32

Depuis une porte dérobée, je l'ai observé en plein ébat onirique. Dormant d'un sommeil paisible, la jeune Enyale semble insouciante quant à son devenir entre ces murs. Je crains pour notre avenir à tous. Dirigé ainsi par des enfants sans personne pour les museler, pourrait nous plonger dans la période la plus sombre de notre ère. Cette fille n'a reçu aucune éducation versée dans le domaine de la haute politique, j'ignore encore pourquoi Uldrian l'a choisi. Par ailleurs, ce garçon me donne la chair de poule chaque fois que j'ai le malheur de croiser son regard. C'est un vicelard, de plus, il a l'art pour endormir la vigilance des plus droits avec sa manière de casser les codes. Fermer les maisons closes, la demie journée de repos pour les besogneuses petites abeilles de notre province ainsi que des cours de lettres dispensés aux plus démunis au sein des bas-quartiers, font de notre Roi un héros des temps modernes. Mais ce n'est que de la poudre aux yeux, car pendant que nous nous jetons sur ces quelques miettes tombées de sa table, le sang coule à torrent dans les caniveaux.

Journal de Léonie le 7 Khole Gaïa à 6 heures 18

Arcadia à su trouver les mots pour me rassurer, ce qui est un plus pour ne point trembler. Dans moins d'une heure, je serai en train d'ajuster la robe d'Enyale directement sur son pourtour. C'est une première pour moi, jamais encore on ne m'avait confié une telle responsabilité. Arcadia a néanmoins insisté pour que j'oeuvre seule sur cette tâche. Je ne saisis pas trop le sens de cette mesure, mais je ne m'en préoccupe guère. Tout ce que je dois garder à l'esprit, c'est la perfection que mes doigts laissent derrière eux.

Journal de Léonie le 7 Khole Gaïa à 8 heures 44

Quelques minutes pour souffler... Il vient de se passer quelque chose d'étrange au large de Chara-khole. Je sais qu'il ne faut pas donner trop de crédits aux bruits de couloir, mais je reconnais en éprouver une certaine appréhension. Bien qu'il vient de se produire, cet événement d'ordre cataclysmique semble avoir déjà déserté toutes les têtes. Enfin bon... pour en revenir à nos moutons, Arcadia avait raison à propos d'Enyale, elle se joue de la peur des gens. Elle a tenté avec moi, mais en bonne comédienne que je suis, j'ai su jouer le jeu. L'enfant est tellement imbu de sa personne qu'elle n'a point cherché à gratté sous la surface. N'étant qu'une bonniche à ses yeux, elle s'est contentée de la crainte la plus élémentaire. Je devrais me sentir offensée, et pourtant, j'en viens à la prendre en pitié. Enyale est tellement sûre de sa position, qu'elle n'imagine pas une seconde être la victime. Mais avec Uldrian comme futur époux, elle ferait mieux de changer de cap si elle ne souhaite pas finir comme les deux autres prétendantes...

Journal de Léonie le 7 Khole Gaïa à 8 heures 57

D'habitude, je n'écris jamais depuis les latrines. Mais je tenais absolument à ajouter ce quatrain. J'ai compris à travers le regard d'Arcadia, que Enyale ne sera pas seulement la troisième, mais aussi et surtout, la dernière. Je ne pense pas que l'intendante cherche à renverser le pouvoir mis en place, mais plutôt à le contrôler, à commencer par la future Reine. Je ne suis qu'un pion dans cet échiquier géant, et c'est un rôle dont je compte malgré tout m'acquitter scrupuleusement. En tout cas, je demeure convaincue que je quitterai cette pièce le coeur moins lourd.

Rencontre avec la future Reine de Nandis Arcadi11

C'était plus fort qu'elle, il fallait absolument qu'elle s'impose à chaque personne qu'elle voyait. Fatiguée des servantes qui virevoltaient autour d'elle, Enyale fit une fixation sur Althéa, sa Gardienne. Selon Arcadia, Alysse fit preuve d'un grand professionnalisme, pour sûr, elle était à la hauteur de sa réputation. Mais la future Reine n'était pas contre un peu de distraction, alors quand elle formula son ordre maquillé en demande, l'intendante enjamba la distance qui la séparait d'elle, posa une main sur son épaule et l'autre sur la coiffeuse qui lui faisait face, avant de se pencher juste au-dessus de son oreille gauche.

- En prévision de la patience dont vous deviez faire preuve pour votre habillement, vous avez d'ores et déjà tout ce qu'il vous faut à portée, mademoiselle Enyale ! En dépit de sa proximité, Arcadia avait parlé fort et distinctement. Puis elle reprit en messe basse : Vous ne pensiez tout de même pas que vous seriez assise ici, si l'on ne savait rien de vous ? Vous aimez la peur m'a t-on dit ? Regardez donc !

En réorientant le miroir sur son visage, Arcadia fit en sorte que Enyale puisse se voir à un âge vieux, très vieux... Le faciès décrépi, la chevelure terne et grisonnante, la future Reine était tout simplement méconnaissable. Heureusement pour elle, nul autre oeil que le sien ne pouvait contempler pareille horreur. L'intendante savait bien que Althéa avait entendu ses mots, l'ouïe Elfique était connue de tous, mais il était important que la Gardienne puisse protéger Enyale au mieux de ses capacités, non seulement contre les autres, mais surtout, d'elle-même ! Aussi fit-elle signe à cette dernière de rester à sa place, l'empathie devrait terminer de la convaincre sur ses intentions. Arcadia était une Prédatrice atypique, elle faisait toujours prévaloir la douceur des mots qu'au tranchant d'une lame.

- Vous n'êtes pas encore Reine Enyale, et même quand vous le serez, vous ne pourrez pas tout vous permettre. Pendant ce temps, Léonie terminait ces derniers points comme si de rien n'était. Si vous faites ce que l'on attend de vous, soyez certaine que vous vous divertirez jusqu'à plus soif. Dans le cas contraire, personne ne sera en mesure de vous protéger. Personne ! Insista l'intendante.

Puis l'étreinte de l'effroi se dissipa, Arcadia venait de la libérer de son emprise mais sans pour autant lui restituer ses pouvoirs. Bien fou était celui qui pensait que Kinsy demeurerait inactive face à ce nouveau régime. Désormais, il fallait s'assurer que Enyale avait bien compris le message.

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MessageSujet: Re: Rencontre avec la future Reine de Nandis   Rencontre avec la future Reine de Nandis Icon_minitime1Mar 30 Juin - 17:02

De la colère, de la rage pure. Oh comme cela était satisfaisait ! Le monstre s'était attendu à déclencher quelque chose par ses quelques paroles mais ce déferlement était au-delà de ses espérances. Son regard flamboyait face au rappel de son incapacité de faire ce qu'elle désirait le plus : sauver des vies. Il faut bien comprendre qu'à aucun moment le monstre ne s'était réellement attendue à recevoir des réponses. Elle avait même cru comprendre d'après les fragrances de peur qu'elle avait lu que sa nouvelle garde du corps ne savait même rien de l'événement ou de si on y avait envoyé des gens. En l'occurrence, elle semblait s'être trompée mais ce n'était pas ce qui importait. Le monstre avait voulu une réaction, l'explosion des passions des cœurs mortels, et elle l'avait. Regardant une dernière fois le visage sévère, empreint d'une hostilité contenue à grand peine, avant de baisser les yeux, le monstre prévoyait déjà ce qu'il allait faire pour tenter d'arracher quelque chose d'encore plus puissant à l'imposante dame en armure, et peut-être cette fois de la peur.

C'était bien cela qu'elle pensait alors que le monstre se mettait lentement à trembler, comme sous le coup d'un choc. Cette fébrilité feinte pour éloigner une partie des servantes et avoir ainsi plus de place pour penser prévoyait déjà de la suite. Que penserait l'elfe de feu et d'acier si par exemple elle venait à être la cause d'une mise en danger de la vie d'autrui, elle même ? Nul doute que cela prévoyait d'être intéressant. Le monstre n'avait pas encore prévu une modalité. Elle hésitait encore mais ce serait sans doute la fausse crise de larmes, voire de panique, hyperventilation et tétanie, qui serait causé face à l'émotion fragile d'une fille de la campagne face au rejet brusque de celle qu'elle pensait déjà comme une amie. Le monstre aurait bien pensé à la défenestration sinon, pour une mise en danger plus importante et plus grave, d'autant que les fenêtres d'ici et plus grandes et plus ouverte vers le ciel que tout ce qu'elle n'avait jamais vu, mais cela aurait paru bien trop théâtral pour n'être causé que par cela. Mais le monstre ne se faisait pas de souci pour ça, si la pauvre jeune femme restait assignée à son service encore un moment, elle aurait tout le temps d'imaginer de nouveaux jeux à faire ensemble. Leur nouvelle relation pourtant si fraîche était déjà un peu romantique en un sens, comme un sorte de jeu du chat et de la souris entre elles, sauf que la souris n'était pas forcément celle qu'on croyait.

Alors que le monstre s'empêchait déjà de cligner des yeux, le regard vers le sol, tremblante, afin de faire monter des larmes véridiques, un main sur son épaule vint soudainement interrompre ses préparations festives. Cela fut tellement soudaine qu'il lui fallut un effort de volonté pour ne pas lâcher un éclair de sensation en réflexe. Il aurait été dommage de briser là toute l'image qu'elle s'était créée durant cette longue semaine. Le monstre regretta cela dit. En y réfléchissant, elle aurait pu utiliser ses pouvoirs entropiques soudainement et faire croire qu'il s'agissait des effets d'une amulette de protection magique donnée par son père, enfin son oncle. Celui-ci était en effet connu pour sa large guilde marchande qui commerçait avec des villes éloignées, notamment dans les objets magiques. Mais maintenant que la main était déjà bien posée et qu'une bouche venait susurrer à son oreille, il était trop tard pour ce coup d'éclat. L'infante ne se rendait pas encore compte d'à quel point elle allait regretter par la suite ce subit instant de miséricorde.

La femme qui s'était penchée contre elle était Arcadia. Cela n'étonna pas le monstre dans le sens où l'organisatrice aux cheveux corbeau était déjà celle qui se détachait le plus des autres personnes mises à son service. Si elle s'était ennuyée à un moment et si le nombre de domestiques toujours autour d'elle n'avait pas rendu ça désagréable, nul doute que le monstre l'aurait déjà sondée en profondeur, juste par curiosité, et elle y aurait sans doute trouvé des choses intéressantes. Mais, même si Arcadia n'était pas comme toutes les autres, il n'empêchait que ce genre de proximité n'était pas du tout quelque chose de courant. Si le monstre n'avait pas eu un caractère aussi joueur, il se serait peut-être dégagé au milieu des paroles. Mais le monstre étant ce qu'il est, il avait préféré rester sur place, les yeux contre le sol, à écouter avec intérêt la confidence qui allait lui être dite pour, sait-on jamais, les réutiliser contre elle plus tard. Elle s'en félicita même un moment lorsqu'elle entendit les menaces. Ce serait là des outils importants pour un scénario de victime abusée verbalement plus tard. Un instant, l'esprit du monstre s'éleva vers la tête de la prédatrice mais un événement plus important allait retenir son attention.

D'un coup, son cœur se mit à battre plus fort, plus vite. Une sueur froide recouvrit tout son corps. Quelque chose était en train d'arriver et cela était dangereux, plus dangereux que tout ce qu'elle avait jamais pu vivre. Le monstre voulut lever des yeux interrogateurs vers celle qui se tenait au-dessus d'elle mais son regard fut happé par le miroir qui lui faisait face. Dedans, le monstre ne se vit pas vieille, non, pire, elle se vit vieillir. C'était comme une abominable sensation qui déferlait dans tout son corps. Sur ses bras, sur son cou, sur son visage, lentement sa peau se mettait à s'assécher, à se devenir rugueuse, cassante, comme un parchemin qu'on aurait laissé durant trop longtemps à la merci du vent. Et ses articulations ! Elle rouillaient, se tassaient, devenaient douloureuses. C'est comme si l'énergie, la vie, refluait toute entière de son corps. Le monstre n'avait pas besoin de l'avoir déjà sentie dans le corps de sa bonne, elle le savait : c'était la vieillesse. Un gémissement monta dans sa gorge qui avait déjà enduré trop d'années et de mastications, comme une plainte sourde qui s'échappait sous la forme d'un grincement désespéré de sa bouche où les dents commençaient déjà à se déchausser. Mais le pire, c'est que sa continuait. Alors que sa peau molle avait déjà quitté son visage et coulait en des masses déformées et repoussantes, alors que celle-ci s'était déjà pliée et repliée comme mille éventails qu'on marquait et marquait comme une plume acérée, alors que son dos déjà grand, haut et adulte se pliait, se tordait, s'écrasait jusqu'à la ramener à sa taille d'enfant, le processus continuait encore et encore comme si la totalité de son corps s'était décidée de n'être plus que boursouflures, froissures et bouillie d'os et de chair. L'infante le savait, c'était Arcadia qui était responsable de ce sortilège. Mais elle n'arrivait pas à arracher son regard à la forme dans le miroir qui n'était déjà plus humaine pour lever les yeux vers elle. Elle n'arrivait à retenir son cœur à l'agonie, qui menaçait d'exploser. Enyale vieillissait, Enyale pourrissait, mais personne ne semblait d'en rendre compte.

La voix d'Arcadia était toujours autant douceâtre, comme des citrons confits au soleil, qu'auparavant, indifférente à son mal, lorsqu'elle termina les derniers mots de sa menace. Immédiatement, le cœur du monstre reprit son rythme normal. Les sensations étranges, anormale, s'arrêtèrent, ne laissant pas place qu'à l'enfant qui était déjà là avant, sans années, sans vieillesse, comme si tout cela n'avait été qu'un mirage. Il n'y avait plus qu'un vide, un blanc énorme, insensé. De ce cauchemar, il ne restait que la sueur froide qui avait entièrement recouvert son corps et son souffle court, épuisé par l'épreuve, à moins que ce soit par le temps.

Qu_ m'av_-v_ _ait ? croassa le monstre d'une voix si morte si étouffée qu'elle en fut inaudible, incompréhensible. Il n'y avait plus rien de vif et d'assuré de ce gémissement mal-articulé. Son cristal de ses cordes vocal avait été recouvert par des siècles de boue.

Le monstre ferma les yeux un instant, en rationalisant, en se rappelant à quel point elle s'était toujours demandée ce que vivaient les victimes des terreur qu'elle infligeait. Elle voulait se rassurer encore une fois, malgré le miroir clair et ses sensations revenues, que tout était encore en place, que tout allait bien. Mais, les yeux clos, le monstre ne vit que le noir. Rien. Son corps était muet. Et puis, cette impression de vide prit sens. Il n'y avait plus rien. On lui avait comme énucléé une partie de ses sens. La gorge plus claire, ce fut sous la forme d'un cri cette fois qu'elle cria à nouveau :

Que m'avez-vous fait ?!

Il y avait une tonalité très clairement plaintive dans son ton et c'est en l'entendant que le monstre se rendit compte que toute cette histoire l'avait bien plus secouée qu'elle ne l'aurait cru. Elle regardait tout autour d'elle. Ils étaient tous, là, avec leurs yeux globuleux et leur tête vide. Il n'y avait plus rien qui ressortait. On aurait dit des insectes. C'étaient des cafards, c'étaient des frelons. Leur peau bien beige, bien molle, ils la regardaient sans une once de compréhension. Ils la regardaient pour voir quand ils allaient piquer.

Alors l'infante fuit vers la seule destinations qui lui vint alors à l'esprit, le seul échappatoire à ce monde vidé de sens, vidé de peur, vidé de vie, vidé de jeu. Enyale courut à toute allure vers la fenêtre.

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MessageSujet: Re: Rencontre avec la future Reine de Nandis   Rencontre avec la future Reine de Nandis Icon_minitime1Mar 30 Juin - 21:23

C'était frustrée que je me dérobai à la vue d'Enyale pour m'éloigner vers la porte de la pièce afin de laisser tout ce beau monde terminer les préparatifs pour le mariage. Ne manquant alors pas de lever un sourcil lorsque la future reine demanda à deux servantes d'aller chercher de l'eau. Deux ? Très étrange... soit elle buvait vraiment beaucoup, soit elle étouffait réellement entre ces murs. Le palais et ses diverses pièces avaient beaux être très ouverts, cela n'empêchait clairement pas une ambiance pesante d'y régner. Même dans un vaste espace on pouvait manquer d'air. Observant attentivement autour de moi, je tentai de voir si je pouvais reconnaître une des servantes, mais rien ne me vint. Aucunes d'elles ne m'étais connues. Je me sentais très seule avec mes angoisses. Alors en plus d'être en colère d'être coincée ici, je me posais mille et une questions quant à ce qu'il se passait dans ce foutu palais. De mes regards discrets, j'espérai secrètement tomber sur une piste ou une personne dans le même cas que moi. Il allait m'être compliqué de démêler ce nœud sans personne sur qui compter. Intérieurement, j'avais déjà tiré un trait sur ma famille vu que cette dernière avait mis une des leurs à la disposition du Roi. Je ne pouvais pas demander d'explication à ces derniers, du moins, je ne m'y risquerai pas pour le moment. De plus, je ne pouvais m'empêcher d'avoir la gorge nouée en pensant à ce jeune garçon qui était roi. Non pas parce qu'il me faisait peur, ce n'était qu'un gosse avec un pouvoir qu'il ne contrôlait même pas. Un coup de pied à l'arrière train suffirait à le remettre à sa place. Cependant, ce qui me posait soucis, c'était Enyale vis-à-vis de lui. Peu importait la nature de cette petite fille mais de ce que j'avais déjà vu de Uldrian, tous les voyants était au rouge. Je ne pouvais pas me risquer à la laisser seule avec lui. Même si dès fois, j'aurai l’impossibilité de l'approcher.

Rien que de penser au danger qui pouvait rôder autour de la petite, mon inquiétude sur le danger de Chaara-Khole s'envola quelque peu. Mon regard scrutant la silhouette à la chevelure rose, soudainement approchée par sa servante, lui posant une main sur son épaule. Détournant quelque peu mon regard, vu que cela ne me concernait point, elle lui engagea la conversation d'un ton ferme et distinct. Comme si elle le faisait exprès pour que je l'entende aussi. Mais au fil des mots qui découlaient de la bouche de cette servante, mes sens se mirent en alerte. Ma main glissant doucement sur le pommeau de mon épée et à peine cette femme avait terminé sa phrase, sonnant pour moi comme une menace, je tenais fermement le manche de ma lame. M'approchant de toutes les deux d'un pas ferme. Ma lame commençant à sortir de son fourreau, mon empathie immobilisa tout mon corps. Me faisant m'arrêter net dans mon élan, ressentant des intentions non-hostiles à l'égard de la future reine. Qu'essayait donc t'elle de faire ? La petite rosée se tournant face à son miroir, guidée par la chevelure de jais, je relogeai ma lame à sa place, ne quittant pas des yeux la servante. J'étais littéralement prête à lui bondir dessus et l'écarter d'Enyale en un éclair. Bien sur mes appuis, tendue comme jamais, j'écoutais attentivement ce qui se passait. Du moins, je ressentais, tout particulièrement.

Au milieu de ce tsunami d'émotion, j'étais subitement complètement perdue. Evidemment, la femme avait parlé du fait que Enyale appréciait la peur... Mon esprit allant à toute allure, tentant de démêler la vague émotionnelle qui me traversait et de comprendre les sens de ces mots. En quoi une enfant aimerait la peur ? Il était vrai que cette dernière m'avait posé une question très étrange... "Imaginer les, ils souffrent". Avait-elle tenté de jouer avec moi ? C'était ça que je devais comprendre par les propos de la servante qui, me semble t'il, m'était aussi destiné ? Ça expliquerait le sens de cette étrange question, cela dit. Mais rien ne me prouvait que tout ceci était réalité. Cette servante semblait en savoir très long, bien plus qu'elle ne le laissait entendre et quelque chose me forçait à vouloir la prendre à partit et lui en dire deux mots. Mon regard se faisait menaçant, ma main tenant ma lame s'engourdissait à force de serrer si fort. Mais soudainement, quelque chose me frappa de plein fouet. Me déstabilisant complètement. C'était... très fort. Une énorme peur... une souffrance sans nom. Une angoisse grandissante. Mes yeux s'humidifièrent, sans que je m'en rendes compte, à la sensation de toutes ces fortes émotions qui n'étaient pas les miennes. Mes sens elfique déjà fort, étant dopé par une sensibilité générale accrue, je ne pouvais pas vraiment lutter contre cette déferlante qui s'était emparée de moi. Mon regard cherchant à comprendre d'où cette terreur pouvait provenir, je finis par saisir qu'il s'agissait de la petite fille en tombant sur son reflet, dans le miroir. Elle était terrifiée, elle pleurait. Complètement tétanisée. Quelque chose se passait pour la mettre dans cet état et, sans même rien comprendre de ce qui l'effrayait et pourquoi, je parvenais à la comprendre. Je sentis mes yeux s'humidifier et des larmes couler sur mes joues tellement cette émotion que je ressentais était puissante.

La servante continua son monologue. Moi, j'étais dans l'impossibilité d'agir mais je voulais comprendre ce qu'il se passait et à peine eut-elle terminé de parler la petite couina une phrase incompréhensible avant de se mettre à hurler sur la femme. Précipitamment, je saisis le manche de mon épée, reprenant mes esprits, essuyant mes joues des larmes qui y avaient coulées, je restai stoïque quant à la suite des événements. Comme je le présentais, quelque chose c'était passé et les hurlements de la petite m'avait convaincue que la servante lui avait finalement joué un sale tour et, probablement, m'avait peut être aussi trompée en manipulant mon empathie. C'était bien quelque chose que je n'accepterai pas et, qui que ce soit Enyale, je devais la protéger et faire tout ce qu'il fallait pour la garder saine et sauve à mes côtés. Ne serait-ce que pour Elizabeth. Mais dès lors que j'en saurai plus sur ce qu'il se passe ici, je saurai quelle décision prendre et quel partit adopter !

Et puis, soudainement, la petite décida de cavaler droit en direction de la fenêtre. Evidemment, avec sa tenue, ce n'était pas le plus pratique et ça rendait le tout un peu ridicule. Elle n'allait pas très vite mais sa soudaine envie de... fuir, je pensais, me confirmait encore une fois que la servante avait quelque chose de louche. Autant elle pouvait réellement avoir des bonnes intentions mais comme je ne pouvais pas me l'affirmer avec certitude, je ne lui ferai pas confiance pour le moins du monde. Ce fit alors d'un mouvement vif et silencieux  que je rattrapai Enyale en m'interposant entre la fenêtre et elle-même. Normalement j'usais de cette capacité pour combattre mais je parvenais aussi à l'utiliser de la sorte. En somme, j'avais juste bondis en un éclair. Déposant mon regard sur le visage de la petite future reine, ses larmes me glacèrent le sang. Me mettant à sa hauteur en m'accroupissant, je saisis son visage entre mes mains pour lui essuyer ses larmes. Son visage déformé par le maquillage qui avait été emporté avec l'eau saline de celles-ci. Mettant de côté ma rancune quant à ce qu'elle m'avait dit tout à l'heure, je lui souriais simplement, la fixant dans les yeux.

- Ça va aller... Tant que je suis là, vous n'avez rien à craindre. Lui murmurai-je simplement en tenant une de ses mains entre les miennes. Je ne vous quitterai point. Me redressant alors, tapotant légèrement sur sa tête comme je ferai avec n'importe quels enfants, je me positionnai entre Enyale et la servant. Quant à vous, je vous somme de vous éloignez d'elle. Je n'ai aucunes idées de ce que vous lui avez fait mais j'aurai deux mots à vous dire... Terminai-je, d'un ton ferme et glaciale, indiquant d'un mouvement de tête le coin le plus éloigné de la pièce afin de pouvoir converser avec elle.

Par là, j'espérai déclencher une discussion productive avec la servante afin de comprendre ce qu'elle avait bien pu manigancer avec Enyale. Aussi, je ne souhaitais pas que la préparation de cette dernière prenne davantage de retard au vu des précédents caprices du roi Uldrian. Vu que là j'en avais en partie la responsabilité, ça me retomberai aussi dessus si jamais quelque chose n'allait pas convenablement pour lui. Sans compter ma cousine qui semblait déjà avoir failli avec Albrecht. D'une main délicate dans le dos, l'effleurant du bout des doigts, je dirigeai Enyale là où elle se tenait précédemment. Faisant attention de garder une certaine distance entre la servante, que je quittais pas des yeux, et la petite qui se repositionna devant son miroir.

- S'il vous plaît, veuillez reprendre là où vous en étiez, je vous en prie. Dirai-je en m'adressant aux autres servantes. Désolée d'avoir été impolie depuis le début... Puis-je connaître vos noms à toutes ?

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MessageSujet: Re: Rencontre avec la future Reine de Nandis   Rencontre avec la future Reine de Nandis Icon_minitime1Lun 20 Juil - 14:02

Rencontre avec la future Reine de Nandis Leonie10

Alors qu'elle était sur le point de conclure son oeuvre, la future reine s'arracha soudainement de son siège ! Adoptant le comportement d'un animal, la gamine renversa tout sur son passage ! Bousculée, Léonie termina sur son séant les jambes écartées et les bras tendus derrière elle... L'ensemble de son matériel de couture pailletait désormais le sol, et à l'instar de sa patience, la cruche qui était destinée à hydrater l'enfant noyait la moquette de son liquide. Aussi, après que la Gardienne sauva la vitre de son élan, Léonie ôta sa charlotte d'une seule main avant de la jeter dans les rideaux ! Furieuse, la jeune femme se releva, puis administra un bon coup de pied dans son outillage. Toute ces heures de confection fichues en l'air par un caprice ! Enyale n'était plus guère présentable maintenant qu'un pan entier de sa robe était complètement éventré. Son regard violacé se ficha dans celui d'Arcadia. Pour Léonie, l'intendante était responsable de ce désastre, et elle avait beau être à son service, il y avait des limites à ce qu'elle pouvait se permettre de faire. La prédatrice excellait sans doute dans son domaine, mais concernant les mouflets, son expérience était plus que jamais discutable ! Kinsy aurait dû lui faire confiance en la laissant gérer la situation. Mais la maître assassin n'était pas sereine. Car là où Iliyasviel disposait d'un certain self-contrôle, Enyale elle, était au service de ses pouvoirs. Aussi lui préféra t-elle Arcadia pour mener l'opération. Frustrée, la bonniche, bien qu'elle n'en n'avait plus guère l'apparence maintenant que ses cheveux balayaient son dos, fit signe au trois servantes de déserter la pièce en même temps que Althéa terminait sa question.

- Vous pouvez m'appeler Léonie. Répondit-elle d'un ton grincheux, alors qu'elle prenait place devant l'intendante, comme pour l'effacer de la pièce. Quant à vous ! Finit-elle par gronder en se retournant vers Arcadia. SORTEZ !

Concernant les membres de la guilde, il n'y avait pas réellement de grade, et encore moins lorsque les activistes étaient sur le terrain. C'est pourquoi Léonie, de son vrai nom Isnylia, se permit de trancher en la faveur d'Enyale. Et pour cause, bien que relativement courte, son expérience avec Iliyasviel lui permit de comprendre le fonctionnement complexe d'un esprit tourmenté régit par une puissante magie. Alors que la défunte Princesse était sur le point de la tuer lors de leur première rencontre, Isnylia se mua en une précieuse alliée pour cette dernière, et ce fut d'ailleurs ce même monstre qui lui sauva la vie lorsqu'elle fut victime d'un accident de calèche. Bien que leurs chemins se séparèrent suite à cet événement qui la plongea dans un coma de six jours. Isnylia se réveilla au sein de la guilde, et la première chose qu'elle fit après s'être levée, fut de partir à la recherche de la Princesse. Ses talents de pisteuse lui permirent de la retrouver au plus profond des égouts... Son corps pourrissant lovait contre le buste d'une femme toute de noir vêtu. Depuis, elle ne cessait de cauchemarder sur cette dernière image qu'elle eut de son amie... Au moins put-elle se consoler en imaginant ce moment tragique comme un ultime instant d'amour. Car cette proximité que Iliyasviel choisit d'avoir avec cette étrangère pour y mourir, tentait à prouver qu'elle avait finalement trouver le bonheur qu'elle recherchait...

Rencontre avec la future Reine de Nandis Arcadi11

La réaction inattendue et pour le moins exagérée de la gosse, déstabilisa Arcadia qui, droite comme un "i", demeurait à sa place, pendant que Léonie achevait d'éparpiller son nécessaire de couture. Comportement quelque peu inadapté pour quelqu'un dont l'habitude était de se jouer de la peur des autres. Bien entendu, Alysse se fit farouche à son égard ! L'intimant de s'éloigner de sa protégée, la Gardienne s'évertua à la rassurer. Avait-elle au moins conscience de la monstruosité qui se cachait derrière ce visage angélique ? Manifestement, Althéa la confondait avec un de ces gosses qui souhaitaient faire d'elle son exemple... Mais la prédatrice n'était pas au bout de ses peines, car voilà Léonie qui donnait de la voix ! Ordonnant aux trois soeurs de s'éclipser, elle fut la première à répondre à la question de la guerrière. Et pour conclure, elle la chassa, littéralement ! Non mais pour qui se prenait-elle ? Arcadia dut faire un énorme travail dans son moi pour ne point faire usage des pouvoirs d'Enyale sur elle, lui faisant ainsi réellement comprendre ce à quoi elle avait à faire. Kinsy crut sans doute bien faire en conciliant les deux parties, mais l'attitude désinvolte de sa collègue la poussait dans ses retranchements ! D'accord, elle avait déjà fricoté avec Iliyasviel, et oui, son sadisme égalait bien celui de la future reine, mais contrairement à cette dernière, ses pouvoirs étaient physiques pour l'essentiel, et non basés sur l'esprit ! Isnylia avait beau avoir du caractère et un sens aigu de l'observation, elle n'était pas préparée à ce genre de contact.

- Bon... Grommela t-elle le sourire en coin, convaincue de la débâcle qui se profilait. Je te confie la mission. Puis elle se dirigea vers la porte. Regarda une dernière fois par-dessus son épaule, et ajouta : Amuse-toi bien ! Déclara la prédatrice à l'attention d'Enyale qui allait se retrouver avec seulement deux personnes pour la chaperonner.

Lorsque Arcadia tira sur la poignée, le Haut-Elfe, Sloac, sortait tout juste de la pièce d'en face pour s'en retourner dans le hall. Sur le moment, l'intendante se demanda ce qu'un invité, aussi prestigieux pouvait-il être, faisait tout seul dans ce long corridor. Après quoi, la porte se referma. Comptant vingt pas, Arcadia rendit sa puissance à la future reine.

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Oh elle pouvait bien penser ce qu'elle voulait ! Isnylia n'était pas dupe, elle se doutait bien que Arcadia souhaitait lui faire payer son effronterie au travers d'Enyale. Le but de l'arpenteuse des ombres n'était pas tant de mettre l'enfant dans sa poche, ni même lui faire miroiter quoi que ce soit, non, sa tactique d'approche se résumait simplement à être elle-même, comme elle le fut avec Iliyasviel. À commencer par jeter aux orties les faux semblants, et bien que le procédé risquait fort de choquer Althéa, la jeune femme se résolut à parler d'égale à égale avec Enyale.

- Inutile de sortir le grand jeu en te faisant passer pour ce que tu n'es pas, le Roi sait qui tu es, je le sais aussi, et bientôt, Alysse le saura également. Se mettant à sa hauteur tout en dénouant la robe désormais hors d'usage, Léonie se présenta plus en détails. Je suis un peu comme toi, une incomprise, une oubliée de la vie. J'ai alors dû me faire toute seule. Jetant de temps à autre un regard discret en direction de la Gardienne, la jeune femme poursuivit. Je n'ai aucune intention de changer ce que tu es, tu dois d'ailleurs être en train de me sonder en ce moment, je peux le lire dans ton regard. Te casse pas la tête va, je flippe des grenouilles, de me prendre des chiures d'oiseau, mais ça c'est depuis mon traumatisme où je fus survolée par un Hybride qui avait la courante ! Et enfin, de perdre une amitié improbable. Sur cette ultime confidence, l'expression de Léonie s'attrista légèrement. Tu vois, je suis trop banale pour que tu puisses t'amuser pleinement comme te l'a si gentiment préconiser Arcadia. Mais libre à toi d'essayer, je n'ai rien d'autre sur le feu de toute façon !

Effectivement, elle avait un peu de répit devant elle. Et pour cause, il était trop tard pour lui faire un nouvel habit, une robe d'emprunt devenait donc incontournable pour pallier à cette mésaventure. En somme, Enyale disposait de tout le temps que réclamaient les gestes pour la défaire de son haillon si l'envie lui prenait de laisser libre cours à ses pulsions. Isnylia était le genre de femme qui ne craignait guère de plonger ses mains dans la crasse pour découvrir le trésor qui se cachait en-dessous. Une crasse bien souvent issue de l'indifférence d'autrui... Son souffle aux parfums d'agrumes caressait doucement le minois de sa vis-à-vis, ce qui tranchait radicalement avec l'écoute de ses mots drapés d'une franchise sans masque ni parure.

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MessageSujet: Re: Rencontre avec la future Reine de Nandis   Rencontre avec la future Reine de Nandis Icon_minitime1Lun 20 Juil - 17:44

Le monstre était terrifié. Elle n'en pouvait plus. En cavalant vers l'ouverture du ciel, c'est tous ces gens, toutes ces choses avec leurs têtes vides, qu'elle tentait désespérément de fuir. Rien qu'en courant, elle sentait leurs regards chitineux s'attarder sur ses épaules sur son dos, comme les pattes vibrantes de milliers de petits fantômes invisibles, des caresses haïssables, des airs dégoûtants. Son esprit à elle aussi était vide, car l'infante ne songeait à cet instant qu'à s'échapper, qu'à quitter toutes ces boules de chair apathiques, à s'élancer vers le seul endroit libre dans ce lieu clos, le fragment de ciel bleu qu'on voyait tout là-haut, au dessus de la verdure, juste sous le haut du cadre de la fenêtre. Néanmoins, les créatures à visage humain se mirent à bouger à leur tour. Et brusquement, l'unique expédient fut soudainement bloqué par une énorme masse de métal, un mur d'acier, mouvement sans vie. Le visage de l'infante se tordit. Son corps s'agita. Elle trembla, secoua la tête dans tous les sens. Il devait bien y avoir une autre issue ! Son regard glissait en tous sens, comme une démente, incapable de s'attarder sur la pourpre et le bois, à la recherche du soleil. Il lui fallait fuir ! Elle avait peur. Puis la froideur du métal sur sa peau la surprit. Tout son corps se tétanisa. Ses pupilles devinrent fixes, quittèrent le vague. Et la main gelée les plongea dans les siennes sans prévenir. Elle voulut crier, se débattre mais la peur était comme un étau qui écrasait son corps. Les yeux se rencontrèrent un instant, s'immobilisèrent.

Le monstre fut surpris de lire quelque chose dans le regard de l'abomination de chair et de fer qui lui faisait face. Était-ce du souci ? de la préoccupation ? Alysse s'inquiétait pour elle ! Cette brusque révélation la calma d'un coup. Oh non, elle n'était pourtant pas apaisée. Cette grosse tête sans peur continuait toujours à affoler son cœur. Cependant, ce simple sentiment qu'elle lisait dans son regard, cette peur pour elle, tendre, il lui rappelait maman. Il lui rappelait la maison. Ses pensées revenant lentement se mirent à faire le lien. « Avelyn » avait-elle dit qu'elle s'appelait ? C'était comme elle. Oui, Alysse était sa garde du corps. Elle pouvait avoir confiance en sa masse métallique. Son souffle désordonné se mit lentement à s'organiser en une mélodie sifflante. Malheureusement pour elle, l'infante avait surtout été élevée par sa mère d'une autre famille de sorte que, si elle avait effectivement entendu parler de « L'oiseau bleu », de « Dame Althéa » la protectrice qui veillait sur Nandis depuis tant d'années ainsi que de ses actes héroïques, elle n'avait pas pu faire le lien avec le nom sous lequel elle s'était présentée. Peut-être aurait-elle été encore plus rassérénée si elle avait pu l'apprendre. Peut-être se serait-elle sentie totalement en sécurité alors.

Comme un tournesol, le monstre encore fébrile suivit tous les mouvements de son seul point d'appui, allant jusqu'à se retourner face aux choses à visage humain, se resserrant contre son abri aux cheveux clairs. Dépendante de la garde du corps, l'infante n'offrait désormais plus qu'une obéissance docile, comme un animal craintif qui ne peut compter que sur le sentiment de protection tout relatif qu'offrait son propriétaire. Elle n'était pourtant pas idiote, elle avait désormais conscience avec un peu recul que toutes les créatures à la tête vide étaient les servantes qui prenaient soin d'elle il y a quelques instants. Mais c'était plus fort qu'elle, dans leur état actuel, enfin  dans son état actuel à elle, elle ne pouvait s'empêcher de les redouter, d'être aux abois face à ce qu'elles pouvaient tenter de faire au moindre instant. Même la guerrière qui se trouvait auprès d'elle et qui avait l'air si forte, elle ne doutait pas un instant que, pour peu qu'Arcadia soit maintenant investie de tous ses pouvoirs, la puissante prédatrice n'aurait eu aucun mal à la mettre à terre, d'une simple caresse ou même en se concentrant un peu. Pourtant, cette défense avait beau être faible, c'était la seule sur laquelle le pauvre monstre pouvait compter. Même lorsque celle-ci voulut la pousser vers les servantes, l'enfant s'accrocha désespérément à son poignet gantelé et il aurait fallu lui décoller les mains pour réussir à l'éloigner de sa très lointaine cousine, ou plutôt de son arrière-arrière-grande-tante mais elle l'ignorait. Et le bruit soudain la fit de raccrocher avec encore plus d'énergie au bras de son aînée. L'une des servantes vers lesquelles la dirigeait justement son unique bouclier venait de jeter un violent coup de pied contre le nécessaire de couture qu'elle manipulait pourtant avec habilité il y a quelques instants. Cet éclat de colère était tellement inattendu qu'il renforçait sa terreur face à l'imprévisibilité des choses à visage humain. Et en cela, même le départ qu'elle imposait à la fourbe organisatrice ne lui était d'aucun réconfort car en un sens elle échangeait un mal puissant mais connu contre un autre mais dont elle ne connaissait absolument rien. En plus, ce comportement brisait tellement les codes hiérarchiques apparents entre une bonne et une importante artisan que cela ne faisait que la déboussoler encore plus, ruinant jusqu'aux fondements les plus profonds de son éducation noble. Tout cela était choquant et le monstre se sentait en danger mais elle puisa néanmoins dans ses forces pour ne plus détourner le regard. Nul ne savait le temps que durerait ce maléfice. Elle avait beau avoir peur, mais elle avait trop réfléchi désormais pour pouvoir se contenter de fermer les yeux en attendant que le mal passe. Elle écouta leurs mots, la parole de mauvaise augure d'Arcadia et leur départ lent à elle et aux bonnes. La vision d'un nouveau non-humain blond dans le couloir lui arracha cependant un hoquet de peur et elle s'abrita à nouveau derrière son blanc abri de fortune.

Mais, il restait toujours une chose dans la pièce à part l'armure Avelyn, et cette chose n'avait toujours pas renoncé à elle. Maintenant tous les autres partis, Léonie s'approcha d'elle à son tour, son pas était lent comme pour n'annoncer aucun danger. Mais ce seul rapprochement fit se tendre tous les muscles du corps de l'infante. Qui savait à quel moment la chose à tête vide pouvait se décider à changer son pas en course et à lui sauter férocement dessus en bondissant au-dessus de sa fragile barrière de fer ? Le monstre avait beau avoir conscience que cette peur était complètement illogique, cette terreur des êtres sans peur était si forte qu'elle ne pouvait pas résister à cette douloureuse tension qui envahissait son corps. Néanmoins, elle avait encore suffisamment de sagacité pour écouter l'inconnue, tant qu'elle restait serrée contre son abri. Avec son ton bourru, celle-ci s'exprimait pourtant avec franchise, sincérité. Cela se lisait sur ses pupilles noires qu'elle se livrait elle-même. Et, comme si c'étaient ces paroles qui la soulageaient lentement, la monstre se mit progressivement à se détendre. Léonie n'avait plus la tête vide. Alysse non plus d'ailleurs. L'infante se rendit compte qu'elle avait récupéré ses pouvoirs. Fermant les yeux un instant, elle sonda son corps pour voir si elle s'était cassé quelque chose, mais tout semblait aller bien. Elle sentait encore le contact répugnant de la main d'Arcadia contre son épaule. Frissonnant, elle se mit en tête de faire éclater quelques minuscules artérioles pour y faire naître un petit hématome. Mais l'apostrophe de Léonie la coupa dans son action. Qu'elle serait en train de la sonder en ce moment-même ? La pauvre fille ne devait pas avoir une si bonne connaissance de ses pouvoirs que ça. Avec aussi peu de personne, le monstre n'avait même pas besoin de se concentrer pour avoir une vie plongeante sur ses phobies, elles se révélaient d'elles-mêmes telles des pensées parasites. Il ne lui avait même pas été nécessaire de se concentrer sur son petit cœur ennuyeux pour y voir ses inquiétudes vulgaires de déjections aviaires ou de batraciens, ou de perdre une personne à laquelle elle se serait attachée. Maintenant qu'elles étaient si peu nombreuses dans la pièce, l'infante se rendait compte que Léonie avait bien peu de peur comparé au commun, sans doute ne chérissait-elle pas grand chose dans la vie. C'en était même au point que son souci de bien faire d'il y a quelques instants auparavant semblait complètement envolé, comme si cela n'avait été lié qu'à un rôle. Oui, ce n'avait aucun sens sinon que tout cela était une mascarade depuis le début, une mascarade vicieuse, destinée à lui nuire. Enyale était perplexe, frustrée et triste. Sa voix était tellement fragile, presque pitoyable, épuisée après une terreur aussi longue :

- Mais... pourquoi vous avez fait ça ? Pourquoi vous avez cherché à me faire... mal ?

Sa question était génuine. Elle ne comprenait vraiment pas pourquoi toute cette souffrance lui avait été imposée. Tranquillement installée auprès de sa maman, il ne lui était jamais arrivé de catastrophe pareille à ce qui venait de se dérouler à l'instant. Oui, elle s'ennuyait vite et aimait que les choses changent et découvrir plein de nouveautés, mais elle n'était pas sure d’apprécier vraiment ce qui venait de lui arriver. Elle était venue à Nandis avec plein d'idées dans la tête, prête à plein et plein de jeux, mais maintenant tout venait d'être ruiné. On lui avait même déjà fait une mauvaise réputation au palais. Si maman l'avait su, elle en aurait été malade. Ce jour aurait dû être un moment de festivité, de triomphe, où elle aurait pu faire tout ce qu'elle voulait et être belle. Même sa jolie robe était ruinée désormais. Elle était toute abîmée. La violence de l'événement l'avait déchirée et avait même défait les petites fleurs qu'on avait cousu au bout. Non, non, il n'y avait plus rien à récupérer. Tout était gâché. Enyale était fatiguée, elle était à bout. Alors en reniflant les larmes qui commençait déjà à couler à nouveau elle déclara :

- Je veux plus être une reine. Et, en se frottant les yeux elle continuait à babiller : Tout le monde est méchant avec moi. J'ai même pas eu de petites fées couturières comme dans les livres. Et maintenant, on me violente et on ruine tout. Non, si c'est comme ça, je veux plus être une reine !

L'infante avait beau avoir conscience que ce n'est pas très digne d'une noble demoiselle de pleurer comme ça mais elle n'en pouvait plus. Il faut dire qu'auparavant l'événement le plus qui lui était jamais arrivé, c'était la naissance de sa petite sœur. On pouvait donc difficilement dire que la pauvre petite fille avait été préparée par la vie à ce qui était en train de lui arriver. Alors, oui, elle craquait. Mais c'était compréhensible.

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MessageSujet: Re: Rencontre avec la future Reine de Nandis   Rencontre avec la future Reine de Nandis Icon_minitime1Lun 20 Juil - 22:43

Personnellement, ma journée était des plus étranges à présent. L'enfant censée devenir reine d'ici peu de temps accrochée à mon bras, refusant de me lâcher la main pour laisser la servante réparer les dégâts et, d'un autre côté, une de ces dernières s'énervant soudainement à l'encontre de la noiraude, Aracadia, et l'expédia à l'extérieur de la pièce. On pouvait clairement dire que je n'étais pas du tout rassurée de tout ce monde autour d'Enyale. Ma principale inquiétude étant celle que j'avais sermonnée et demander de se mettre à l'écart, quittant maintenant la pièce, sous les ordres de celle s'occupant initialement de la robe de la future petite reine et s'étant présentée sous le nom de Léonie. Où étais-je encore tomber, moi ? Aussi loin que ma mémoire pouvait remonter, je ne pouvais pas me rappeler d'une situation similaire entres domestiques. Leurs façons de communiquer m’interpella fortement, surtout à l'entente des propres de Arcadia, semblant être agacée par le déroulement de la situation. *La mission ?* Me demandais-je ? Mais une mission de quoi ? Et puis, ce petit "Amuse-toi bien" pour conclure, histoire de me hérisser davantage les poils, il voulait dire quoi ? Observant l’entrebâillement de la porte par laquelle partait les servantes, avant qu'elle ne se referme, je pu distinguer l'elfe du couloir, Sloac, sortir de la pièce voisine. Mon regard suivant sa silhouette furtivement avant de disparaître et que le silence ne revienne après le claquement de la porte. Moi qui avait autrefois déjà mis les pieds dans ce palais, qui que ce soit qui était sur le trône, j'avais rarement ressentis une telle tension. Déglutissant de plus belle, mon regard glissa mécaniquement vers la dernière personne présente face à nous. Ne sachant clairement pas quoi dire, le doute semant le trouble dans mon esprit, je sentais toujours la petite accrochée à ma main, semi-cachée derrière moi.

Que devais-je faire ? Sortir mon arme et la faire partir elle aussi ? Devrais-je en faire un rapport auprès du roi et toutes les mentionner ? Quelque chose me dérangeait dans tout cela et, surtout, malgré ce qui se passait ici depuis ce matin et la folle panique de Enyale, je ne ressentais pas d'hostilité ou de violence envers cette femme ce tenant devant moi. Mais lorsqu'elle décida de s'approcher, parlant d'une voix douce et calme, en se mettant à la hauteur de la petite fille, je ne pu que me calmer. Elle ne présentait aucunes animosités à son égard. Au contraire... elle semblait, sauf si elle me manipulait, ressentir l'envie de la protéger ? Je réussis néanmoins à défaire ma main de l’emprise de la petite mais ne bougea pas de ma position. Mon regard braqué sur cette femme. Le moindre mouvement suspect et ma lame serait sur sa gorge afin de l'éloigner de l'enfant. Mes nerfs à vif, ce qui était relativement rare, je détestais ne pas comprendre ce qu'il se passait. Du coup, j'écoutais attentivement les propos de la servante, se présentant, s'ouvrant à la future reine mais, surtout, semblait parler de quelque chose en particulier. Quelque chose dont je serai forcément au courant dans les instants à venir. Qu'est-ce que le Roi savait ? Qu'est-ce qu'elle savait, elle ? Ensuite, fronçant les sourcils, elle commença à parler de ses peurs. Pour autant je ne voulais pas être au courant de ce qu'elle craignait, surtout que c'était relativement insolite pour l'une d'elle, je commençais à saisir ses propos. Faisant alors le lien avec les paroles de Arcadia plus tôt quand elle s'était mise face au miroir avec Enyale et ce que disait désormais Léonie. La petite reine avait un penchant pour la peur d'autrui ? Comment... je n'avais aucunes idées. De la magie ou autre capacité, peut-être ? Un regard empli de doute, mes yeux sautaient de Enyale à Léonie, sans que je ne sache quoi faire. Je commençais notamment à comprendre ce qu'avait peut être tenté de faire Arcadia et pourquoi la future reine avait insisté sur le possible massacre sur l'île de Chaara-Khole, à mon entrée dans la pièce.

Ce qui avait sonné pour moi comme des menaces de la part de Arcadia étaient en réalité une mise en garde à l'égard de la petite fille. Qu'elle devait se méfier de quelque chose et ne pas se mettre tout le monde à dos. Parlait-elle du Roi lui-même ou bien encore de quelque chose de radicalement différent ? Est-ce que la présence de cet Haut-Elfe avait un quelconque lien avec tout cela ? Cependant, malgré toutes mes interrogations, il me serait impossible d'avoir les réponses exactes à tout ce qui se passait entre ces murs. Je n'étais qu'une soldate de la famille Avelyn. Mais cela ne m'empêcherait pas d'enquêter discrètement tout en faisant ce que j'avais à faire. En premier lieu, protéger cette enfant contre n'importe qui et n'importe quoi. Prenant une grande inspiration, je laissais Léonie terminer ce qu'elle avait à dire avant de prendre sa suite :

- Mademoiselle Léonie... Si je puis me permettre, excusez mon impolitesse. Mais que manigancez-vous, vous et vos collègues ? Je ressens bien que vous ne lui voulez aucun mal, que vous êtes même bienveillante à son égard mais... si vous ne me dites rien, je serai obligée de vous éloignez d'elle et toutes celles qui étaient présentes ici. Disais-je alors sur un ton sommaire, neutre, mais non dépourvu d'un éclat de douceur à cause de la petite à mes côtés.

Et tout en me rapprochant de la blonde, s'étant mise à la hauteur de l'enfant, en me penchant en avant alors qu'elle était en train de défaire la robe détruite de la petite fille, je lui chuchotais alors discrètement sans que Enyale ne puisse l'entendre.

- Le Roi m'a ordonné de la protéger mais vous semblez savoir des choses qui m'échappes. Vous semblez ne pas lui vouloir de mal. Mettez-moi au parfums si vous voulez que je la protèges efficacement, dites-moi ce qui se passe ici... ! Cette fois-ci, j'avais fait usage d'un ton plus menaçant mais marqué d'inquiétude, histoire de marqué le sérieux de mes intentions bien que je ne souhaitais que l'aider, elle qui semblait vouloir protéger cette enfant. S'il vous plaît... Rien ne va ici depuis ce matin, tout se passe étrangement et je ne souhaite jeter personne au Roi après ce que j'ai vu. Alors facilitez-moi la tâche, s'il vous plaît.

Ayant été envoyée ici par le Roi lui-même, même si c'était par le biais de ma cousine que l'ordre fut donné, je devais à tout prix m'y tenir. Non seulement, parce que je ne voulais aucunes retombées sur les miens mais, surtout, je ne voulais pas ternir la réputation d'Elizabeth qui m'avait semblé tendue à mon départ ni risquez quoi que ce soit et laisser Enyale sans défense. Alors si je le devais, je sortirais cette Léonie de force, qui qu'elle soit. Elle n'avait visiblement aucunes qualifications pour êtres une domestique et était là pour une toute autre raison.

Mais une autre petite voix me sortit de mes songes, c'était Enyale. Cherchant alors à comprendre pourquoi on avait tenté de lui faire du mal, je ne savais quoi dire. Ressentant fortement sa peur qui avait naquît en elle depuis ces moments devant le miroir, il m'était impossible de faire l'impasse. C'est alors que je m'approcha du miroir, où se trouvait une petite table à côté avec des bouts de tissus que je saisis. Prenant délicatement la main de la petite, la retournant face à moi, je me mis à son niveau, mon regard se plongeant dans le sien. Ces derniers pleurant en cascade, je me servis des tissus pour essuyer ses larmes tendrement, la laissant s'exprimer sans la couper. Je savais que trop bien qu'il ne fallait pas couper les confidences qu'un enfant pouvait nous faire, sous risque qu'il pense que l'on se souciait pas de lui. Sous risque qu'il croit qu'il n'avait pas le droit d'être dans tout ses états. Alors que pourtant si, Enyale avait tout les droits du monde d'être triste, d'avoir peur. C'était qu'une petite fille, bon sang ! Qu'avez bien pu avoir dans la tête ces gens voulant la mettre reine à son âge ! Refoulant ma colère intérieure, respirant longuement pour ne pas me mettre à pleurer moi aussi au rythme des émotions que je recevais de sa part, je ne réfléchis plus sur le geste qui suivit : Je l'a pris soudainement dans mes bras afin de la calmer. De lui donner le réconfort et la tendresse dont elle semblait tant manquer parmi ces murs. Malgré la dureté et la froideur de mon armure, j'espérai que ce geste puisse alors la calmer et qu'elle se reprenne. Je commençais alors à nourrir un début de colère contre ce nouveau gouvernement qui malmenait cette petite pour leurs propres intérêts.

- Il est normal d'avoir peur, Enyale... Lui disais-je alors en murmurant, ne sachant pas trop quoi dire dans une telle situation, observant Léonie se tenant face à moi, toujours méfiante vis-à-vis d'elle, mais m'adressant toujours à Enyale. Excusez mon impolitesse de vous avoir appelée ainsi sans que vous m'y ayez autorisée à le faire... Léonie et moi-même sommes vos amies, on est là pour vous. On va faire ce qu'il faut pour que vous ayez ce dont vous avez envie et que tout se passe pour le mieux. Je ne vous quitterai pas et Léonie, non plus. N'est-ce pas ? Terminai-je en l'observant toujours, lui faisant comprendre par le regard que je n'étais pas son ennemie si elle voulait protéger cette enfant elle aussi mais qu'elle avait tout a y gagner à me faire confiance. Je lui faisais d'ailleurs savoir, en lui parlant qu'avec des mouvements de lèvres, sans voix, que je tenais à qu'elle m'explique ce qui se passe ici. Elle pouvait lire :"Je vous en prie"

Une main posée sur l'arrière de la tête de Enyale, ne la serrant pas trop fort, attendant qu'elle se calme, je me détachais délicatement de cette dernière, lui  souriant tendrement, tapotant légèrement le tissu humide sur ses joues pour essuyer les dernières larmes. La regardant avec délicatesse. Je ne savais pas du tout ce que voulais le Roi à cette dernière ni ce que cette servante voulait dire, même si j'avais mes propres doutes. Mais ce que je savais, par contre, c'était que j'allais prendre ma mission très à coeur et que personne ne s'approcherai de cette petite. Cependant, je savais que le temps s'écoulait vite et que, au vu de ce dont j'avais déjà été témoin, je ne désirais pas être la prochaine à subir le courroux de Uldrian. Fermant doucement les yeux, soupirant longuement, une main posée sur la joue de la petite.

- On va te refaire une beauté, d'accord ? Je vais tenter d'aidez Léonie si elle le souhaite et ensuite, une fois que tout cela sera fait, on ira faire un tour dans les jardins ou ce que vous voulez, d'accord ? Lui déclarai-je dans l'espoir de lui donner un peu de courage d'affronter tout ça et de nous éviter à toutes de sacrés soucis avec le roi capricieux. L'image de Saelie et d'Albrecht ne me quittant pas l'esprit. Allaient-ils bien, tous les deux ?

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MessageSujet: Re: Rencontre avec la future Reine de Nandis   Rencontre avec la future Reine de Nandis Icon_minitime1Lun 14 Sep - 16:09

Rencontre avec la future Reine de Nandis Volll10

Se donner l'air certain sans l'être vraiment était encore le meilleur moyen de se décrédibiliser. Isnylia eut cette désagréable impression à la façon dont Enyale l'avait regardé durant son discours. Oui bon d'accord, en dehors d'Iliyasviel, l'arpenteuse des ombres n'avait jamais côtoyé de gigoteurs de doigts, son approche tête baissée pouvait donc être rangée sur l'étagère de la maladresse. Du moins le supposa t'elle en procédant par élimination. Après tout, si Arcadia fut missionnée pour être au chevet de la future Reine, c'était bien pour une raison. Hélas, contrairement à la défunte Princesse, ses pouvoirs se dérobaient au sens de la vue, et semer la confusion dans l'esprit d'un tiers semblait n'être qu'un jeu pour Enyale. De plus, si l'on se référait à son comportement après que la prédatrice l'ait dépossédé de sa puissance, la jeune fille ne se voyait point subsister autrement que par la terreur qu'elle insinuait dans son entourage. Isnylia ne connaissait pas aussi bien le profil de l'enfant que Arcadia, mais cette dernière avait de la ressource, et lorsqu'il s'agissait de changer l'ignorance en force, la roublarde affichait toujours présente. Pourtant, la première à qui elle se devait de rendre des comptes se trouvait en la personne de Althéa. Absorbée par son devoir, la gardienne ne voyait que l'intérêt d'Enyale, et manifestement, pas une seule fois elle s'était posée la question quant au pourquoi de cette assignation.

Isnylia était bien obligeante, mais encore fallait-il qu'elle se fasse comprendre, surtout par la future Reine qui déjà entamait une crise concernant son devenir entre ces murs. Et auquel cas sa réponse ne satisferait point l'oiseau bleu, cette dernière éloignerait alors la seule alliée qu'elle était susceptible de se faire. Grimaçant légèrement devant l'obstacle, Isnylia ne chercha point à braver le barrage de la gardienne pour détailler sa condition à la future Reine, mais s'en alla plutôt remettre de l'ordre dans la pièce. Au même titre que ses esprits, chaque chose retrouvait sa place, et au cinquième objet, l'arpenteuse des ombres se confia...

- Plus j'y songe, plus je me fais à l'idée que nous nous ressemblons toutes les deux. Entama t-elle en regardant Enyale, puis, se tournant vers sa protectrice, elle reprit. Vous savez bien que votre question surpasse votre grade, n'est-ce pas ? S'approchant légèrement, la jeune femme s'expliqua : Vous êtes là pour assurer la sécurité de la future Reine face aux éléments extérieurs, pas pour poser des questions ! Je me demande par ailleurs comment vous avez pu demeurer aveugle si longtemps. Suivre un ordre sans en distinguer la close, tout le monde passe par là, mais le faire durant deux siècles... il faut être soit crédule, soit idiot. Ne pas vous engager politiquement peut faire de vous une idéaliste, et c'est ce que vous êtes, mais maintenant que vous êtes réellement impliquée, votre foi tente à se dérober...

Visant à entrer dans le vif du sujet, Isnylia se laissa surprendre par des pas lourds provenant de tous côtés ! Et le temps que Althéa arme ses défenses au devant d'une possible adversité, l'arpenteuse des ombres avait disparu. Ce fut dans un fracas assourdissant que la garde royale investit les lieux par les trois entrées. Une escouade à la porte principale qui donnait sur le corridor, une autre à la porte de service et la dernière par un passage secret dissimulé dans le mur qui jouxtait la fenêtre. Le capitaine, visiblement abusé par la scène qu'il dépeint comme une tentative d'assassinat sur la future Reine par celle là même qui en avait la garde, ordonna immédiatement sa mise aux arrêts ! Et ce fut alors que Arcadia, escortée par deux soldats, confirma la violence d'Althéa en exhibant une méchante coupure à la hanche que cette dernière lui aurait sois disant infligé. Aussitôt évacuée après son témoignage, la prédatrice émit une profonde émotion de dégoût, non pas envers la gardienne ni même elle-même, mais envers tous ces hommes.

Complètement effacée aux yeux et à la barbe des larbins du Roi, Isnylia comprit à quel point on s'était joué d'elle. Arcadia lui avait clairement expliqué que si Enyale tentait d'investir son esprit, elle se devrait de la tuer. Or, l'enfant n'en fit rien, ce qui manifestement ne faisait guère partie de son plan. Et pour cause, si vraiment la future Reine se serait armée de ses peurs, l'arpenteuse lui aurait alors fiché une dague en plein coeur, ce qui signifiait qu'en ce moment, les gardes cerneraient l'oiseau bleu comme étant la meurtrière d'Enyale. Depuis les ombres de la pièce, Isnylia observait tout en laissant sa rage resserrer ses mâchoires.

Rencontre avec la future Reine de Nandis Capi10

- Traitez la avec respect ! Ordonna le capitaine de sa voix imposante. Tant que je n'en n'aurai pas décidé autrement, la présomption d'innocence demeurera ! Donc... Finit-il par dire d'un ton posé à l'égard de sa prisonnière. Puis-je entendre votre version ?

- Mais commandant, et la... la promise ? Intervint un des hommes qui ceinturait Althéa.

D'un regard noir, le guerrier royal lui fit comprendre que les mots de cette mioche ne trouveraient jamais corps à ses yeux. Il savait le Roi perfide, et tout comme l'oiseau bleu, il était victime de sa fonction. Restait à voir s'il pouvait encore faire quelque chose pour elle...

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MessageSujet: Re: Rencontre avec la future Reine de Nandis   Rencontre avec la future Reine de Nandis Icon_minitime1Lun 14 Sep - 23:56

Le monstre en avait marre. On avait cassé tous ses jouets et déchiré sa jolie robe. Alors elle pleurait et tant pis pour le reste. À vrai dire, elle était tellement dépitée et déçue qu'elle aurait pu tout aussi bien marcher jusqu'à la porte et rentrer chez elle, à Chaara-khole ou Zanérim, comme ça, à pieds. Mais même dans son trouble et ses larmes, le monstre trop coquet se jugeait dans un état vestimentaire trop indigne d'elle pour s'exposer à la vue de vraies personnes dehors, des gens qui ne soient pas des gardes ni des domestiques. Elle ne pouvait pas sortir dans cet état-là. Alors, dépassée, terrassée, elle restait sur place à pleurer inutilement et à faire résonner ses plaintes. Dans un tel affaiblissement moral, elle se laissa aller comme une poupée entre les mains de sa cousine en armure, se mouchant dans le satin et la soie qu'on lui tendait gentiment. Continuant pourtant à articuler son désespoir en vain, les yeux dans ceux de la seule personne de sa famille présente, tandis qu'on lui essuyait les larmes :

- J'en ai marre ! Je veux rentrer chez moi. Je veux qu'on me rende la jolie robe qu'on était en train de me confectionner. Et même si les ailes des papillons ne sont plus de la même couleur, ce ne sera pas grave. (Pas du jaune quand même.) Je veux juste que ça s'arrête...

Alors l'elfe d'acier n'y tint plus et la prit dans ses bras. Ce geste surprit le monstre au point d'en arrêter les lamentations. Pour autant, elle se laissa faire, tendrement, avec douceur. Elle se rendait compte à quel point cela faisait longtemps qu'on ne l'avait pas enlacée. Sa mère le faisait avant, ainsi que la bonne d'ailleurs, mais depuis qu'elle était ici il n'y avait pas encore eu une seule personne pour lui faire un câlin. C'était quelque chose de tellement naturel, pourtant la petite reine ne s'était même pas rendue compte que cela lui avait manqué, ce contact humain. Même si elle était, dans les faits, surtout écrasée contre une surface solide, métallique, inconfortable, elle en ressentait pourtant la chaleur. Et le haut de son front, effleurant le bas de la mâchoire elfique, lui offrait tant de nouveautés. Le monstre y faisait d'intrigantes découvertes, les oreilles pointues si perceptives au son, ce corps agile tendre mais pourtant si endurant, mais elle y retrouvait finalement aussi de son propre père avec qui elle n'avait pas eu de contact depuis encore plus longtemps. Entre ces bras maternels, l'espace d'un instant, elle se sentit un peu comme chez elle, elle se sentit rassurée. Et ainsi plongée dans cette étreinte, son esprit endolori, fatigué, se laissa aller vers ce qu'il avait de plus proche. Et les phobies qui lui caressaient paresseusement les sens devinrent des terreurs à nu, tandis que l'espace d'un instant le monstre pénétrait indolemment l'intimité de la psyché de sa gardienne.

Alors glissant sur le fil si solide et si profondément ancré du besoin écrasant d'aider les gens dans le besoin, le monstre s'enfonça loin dans les peurs de la garde royale. Elle remonta loin, et jusqu'à son enfance, plus de deux cents ans. La petite Alysse y souffrait déjà de ne pas pouvoir soutenir les autres. Elle avait vu un enfant de son âge se faire embêter par des garçons plus âgés. Elle avait foncé à son secours. Elle s'était battue, avait frappé, s'était débattue. Mais en vain. Écrasée contre le sol par un gamin furieux à l’œil tuméfié. Elle était dépassée. Quel dépit de ne pas pouvoir aider l'autre enfant qui, paralysé par la peur, n'osait fuir. Quelle rage de n'avoir réussi, tandis qu'on la lardait de coups de pied. Il ne lui restait qu'une chose à faire, devenir plus puissante, afin de pouvoir sauver toutes les personnes en proie au malheur. Mais elle ne le put jamais.
Autre scène : Alysse était plus grande. Elle avait déjà commencé à acquérir le respect de ses pairs après plusieurs missions réussies. Elle était une militaire d'élite. Elle était forte. Ce jour-là, on l'avait assignée à la garde d'une petite fille noble. L'enfant était adorable et lui disait qu'elle était jolie, tout en jouant avec sa figurine de princesse chevalier. Elle ne s'en était concentrée que davantage pour éviter qu'il ne lui arrive de mal. Aussi elle était fatiguée quand la relève était arrivée, un autre garde qu'elle connaissait et un autre sous une armure. Puis, elle était déjà dans la rue sur le chemin du retour lorsque son oreille elfique, si fine, avait entendu un cri. À peine le temps de se précipiter, de monter les escaliers quatre à quatre, mais il était trop tard. Ils avaient été doublés. Un anti-classe avait pris l'apparence de son collègue. Le temps qu'elle arrive, il ne restait qu'une abondante mare de sang et personne en vue. Elle se jura que cela n'arriverait plus. Mais cela arriva encore.
Et puis, c'était bien plus tard, alors que son nom était connu maintenant, à la fois par les hauts gradés que par le peuple qui clamait parfois son surnom d'"oiseau bleu" en révérence sur son passage. Comme à son habitude, elle était allée dans les bas quartiers pour distribuer de la nourriture et aider au mieux de son possible tous ces gens dans le besoin. Alors, une petite plainte, faible, à peine un gémissement, avait attiré son attention hors du visage souriant qui la remerciait mille fois. Pénétrant de quelques pas dans une ruelle sombre, elle put bientôt voir un tout petit garçon, famélique, couvert de boue et de détritus, qu'une tache noire rongeait au visage en une protubérance qui paraissait décalée sur ce corps qu'une mince couche de peau différenciait d'un squelette. Il respirait à peine. Le plus tendrement qu'elle put elle le prit dans ses bras et le mena à tout vitesse chez un médecin qu'elle connaissait pour qu'il le soigne ou qu'au moins il puisse l'aider de n'importe quelle façon. Mais il ne pouvait rien, plus personne ne le pouvait, la masse s'était déjà trop propagée et lui rongeait déjà le cerveau. Il ne lui restait que quelques heures, quelques jours tout au plus. Alysse était démunie.

Et sur cette constatation insoutenable, l'étreinte se relâcha peu à peu, rompant lentement la concentration qu'avait dû instaurer le monstre pour ainsi mettre à nu ces terreurs si reculées, si profondes, celle-ci regarda sa garde du corps d'un œil neuf. C'était Althéa ! C'était l'Oiseau bleu ! Cette réalisation soudaine lui faisait se rendre compte d'à quel point elle s'était égarée depuis le début. Avec une telle garde à ses côtés, elle n'avait pas été en danger un seul instant en vérité. Althéa était de sa famille et elle était assignée à sa protection et surtout elle surpasserait toutes ses limites pour venir au secours d'une pitoyable petite enfant comme le monstre, quelle nouvelle aurait pu davantage rassurer ? La petite reine n'avait plus le moindre souci au moment où elle posa son regard lointain vers la bonne, ou espionne, ou quoi que puisse être cette Léonie. Et celle-ci qui disait qu'elles se ressemblaient toutes les deux. Ah ! Pourtant l'une d'entre elles était là, à presque les supplier de l'écouter et d'accéder à ses demandes, tandis que l'autre se tenait majestueuse, protégée par l'Oiseau bleu en personne. Mais soit, qu'elle exprime ses demandes, la petite reine se sentait d'humeur généreuse. Elle accepterait peut-être même qu'on lui laisse quelques piécettes pour la peine, même si certaines auraient peut-être une grenouille sur le verso. Le monstre était d'autant mieux disposée que ces petites insinuations déstabilisantes à l'égard de la brave elfe d'acier l'amusaient. Pour la peine, le monstre se prit même à faire naître une légère inquiétude dans l'esprit de sa garde du corps au moyen de l'aiguillon du doute, cela ne ferait que la rendre plus attentive. Après tout, elle n'avait pas trop envie de terminer comme la mare de sang de sa mission échouée. Elle ne sut pourtant pas si elle eût fait mouche.

Si le monstre avait porté attention à la morale qu'avait voulu lui inculquer sa mère quand elle était enfant, elle aurait su que bien mal acquis ne profite jamais. Car la couturière intrigante n'eut même pas le temps de terminer ses piques que des gardes se ruaient déjà dans la salle depuis tous les côtés. La petite reine se rua vers la jambe sa fidèle protectrice en poussant un cri, davantage sous l'outrage d'être vue en cet état que par crainte. Cette affluence soudaine lui était néanmoins assez désagréable. Toutes les peurs se mêlaient dans tous les sens et affaiblissaient énormément ses perceptions. Avec presque une vingtaine de personnes dans les environs, c'était à peine si la petite reine percevaient encore leurs inquiétude patentes. Encore plusieurs personnes de plus et ce ne seraient plus que des craintes confuses à son esprit. Mais elle n'était pas au bout de ses surprises. Bientôt, sans s'annoncer ni rien, avec un peine un regard négligent glissant sur elle, le capitaine ordonna la mise aux arrêts de sa si précieuse garde du corps. La petite reine était stupéfaite devant cette situation, réduite à articuler de ridicules « Mais... mais... » qui moururent dans sa gorge au bref passage d'Arcadia. Le monstre en fut surpris. Elle avait visiblement été plus choquée par ce qui lui était arrivé qu'elle ne l'aurait imaginé. Pour autant il était inacceptable de ne rien faire dans cette situation. Elle avait enfin trouvé le meilleur jouet qu'elle puisse imaginer, une guerrière bicentenaire infatuée d'une morale trop rigide pour la réalité, il était hors de question qu'on la lui retire comme on l'avait fait pour la jolie robe qu'on lui avait promise. La petite reine laissa venir ses larmes d'orgueil pour en parer ses yeux, sans les laisser couler sur ses joues, et adressa un regard dur et indigné au capitaine, puis rassemblant tout son souffle elle s'exclama d'une voix autoritaire :

- Il suffit ! Capitaine, vous faites une terrible méprise ! Si vous voulez arrêter quelqu'un, arrêtez Arcadia. C'est elle qui est responsable de ce massacre. Elle a tout ruiné, dit-elle en pointant les tissus répandus dans la salle et sa robe ruinée. Elle m'a même violentée, ajouta-t-elle en dégageant son épaule sur laquelle s'affichait un beau bleu. Je l'affirme avec force : Arcadia a eu clairement volonté de me nuire et de défaire les festivités en mon honneur. Tout devait pourtant être parfait aujourd'hui ! Et vous, vous voudriez pourtant m'enlever la personne qui m'a défendue contre cette sorcière ? Qui servez-vous réellement, capitaine ?

De fait, sur son épaule nue commençait à rougir très clairement une ecchymose en forme de main, encore fraîche, d'à peine une demi-heure au maximum. Et il n'y avait donc rien à voir avec la main elfique au doigts fin d'Althéa qui plus est avec son gant de métal. Nul doute que si l'on avait voulu la comparer à la forme d'une main, la marque aurait parfaitement coïncidé avec celle d'Arcadia, parce que c'est justement sur ce modèle que le monstre l'avait moulée, il y a dix minutes, à l'instant même où elle avait retrouvé ses pouvoirs. Y avait-il seulement témoignage plus incriminant ? La marque qu'une main aurait violemment imprimée sur sa chair et la parole de celle censée être la victime ? La petite reine irradiait de puissance et de supériorité alors qu'elle intima finalement :

- Maintenant relâchez ma garde du corps et emportez Arcadia loin d'ici. Je ne veux plus la voir. Et puis, laissez-nous tranquilles, nous avons beaucoup de travail devant nous si nous voulons remédier à la catastrophe que celle-là a causé ici.

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MessageSujet: Re: Rencontre avec la future Reine de Nandis   Rencontre avec la future Reine de Nandis Icon_minitime1Mar 15 Sep - 20:26

Serrant délicatement la jeune fille dans mes bras, je gardais mon attention sur l'autre inconnue rôdant autour de nous deux. Elle s'occupa de faire du rangement pendant que je dévouais toute ma tendresse à Enyale pour qu'elle puisse retrouver son sang froid. Quoi qu'il puisse se passer, rien ne me détournerait de mon rôle premier : Protéger cet enfant. Au départ, il m'en avait été donné comme ordre, pur et simple, mais désormais, ce n'était que purement personnel. Diverses émotions volaient dans la pièce en plus de celle que je percevais à l'extérieur bien que je peinais à mettre tout au clair. Caressant délicatement la chevelure rosée de la future reine, je respirai doucement pour instaurer une ambiance détendue pour elle. Espérant que mon expérience auprès des enfants porterait à nouveau ses fruits. Mais du coin de l’œil, je ne pu m'empêcher de scruter la couleur étrange de sa chevelure. Je n'en avais jamais vu de telle. Me demandant s'ils étaient naturels... Mais bon, qu'ils le soient ou non, j'aimais les couleurs vives.

Relâchant tendrement mon emprise sur la petite, m'écartant doucement d'elle, je me frotta le visage pour m'essuyer mes joues humides, ayant été submergées par la peur grandissante de celle que je protégeais. Mes yeux n'ayant pas pu s'empêcher de pleurer à la vue de la tendresse dans laquelle elle se noyait. Ses émotions avaient été si forte que je les avais partagées avec cette dernière. C'est aussi à ce moment précis, alors que mon regard maternel était plongé dans celui de Enyale, que Léonie décidait de reprendre la discussion, tout en ayant rangé les environs. S'adressant en premier lieu à la petite fille et ensuite à moi-même. Bien que je sentis une mise au défi, je ne pouvais nier ses propos parce que c'était ma nature : Je suis une idéaliste. Je suis une pure novice en politique et jamais je n'avais pris le moindre positionnement vis-à-vis de celle-ci et je ne le ferai pas. Cela n'était en rien mon rôle, que j'ai été assignée à la protection de la future reine par le roi lui-même ou non, ma position en demeurerait inchangée : J’émettrai jamais un avis politique. Mon but premier étant d'essayer de renvoyer une image pure et innocente. Mon rôle consistant qu'à protéger la vie de Enyale, ma cousine ainsi que de toutes personnes ou créatures se trouvant dans le besoin. Alors, lorsqu'elle termina son monologue, je me levai face à elle, droite, mon regard plongé dans le siens. Mes mains appuyées sur mes hanches. Une vague soudaine de doute m'envahit le cœur. C'était si soudains que je ne su pas quoi penser de moi-même sur l'instant mais, si mon corps réagissait, c'était que je devais me méfier de cette femme. Mais je ne perdis pas mon objectif premier de vue. Qui qu'elle soit, Léonie ne me faisait pas peur !

- Que cela me dépasse ou non, ça ne changera en rien mon intention de tout faire pour protéger Dame Enyale. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour y parvenir, quoi qu'il m'en coûte ! Commençai-je à dire d'un ton défiant, non menaçant mais montrant bien à mon interlocutrice qu'il ne fallait pas me défier mais plutôt me considérer comme une alliée inattendue qu'une ennemie. Alors si j'ai besoin de poser des questions afin d'améliorer mes chances de mieux la protéger, je le ferai ! Et à ce que je sache, Dame Léonie, ni vous ni moi ne sommes supérieure à l'une ou l'autre, aucunes barrières ne m'empêche de vous les poser, que cela vous en déplaise ou pas, vous ferez avec ! Et avec le raffut que vous avez causé avec votre camarade ici et la violence dont cette dernière à fait preuve envers Dame Enyale, vous vous êtes mis tous les doutes du monde sur le dos et je vous aurai continuellement à l’œil ! Terminai-je sur un ton calme et, à contre courant de ce que je disais, un timbre de voix extrêmement doux.

En faisant mention de tout cela, je cherchais à bien lui faire comprendre que j'avais saisis la nature de leurs présences en ces lieux : « Je te confie la mission », avait dit Arcadia avant son départ et cela ne m'avait pas échappé. J'étais naïve mais de là à me laisser avoir de la sorte, c'était hors de question. Cette mission, en quoi consistait-elle ? Pour qui ? Pour quelle cause ou raison ? Léonie, tout autant que Arcadia devait s'éloigner de la future reine, quelles que soient leurs intentions. Bonnes ou mauvaises. Je n'avais pas le choix si je voulais moi-même protéger Enyale, ma famille et moi-même envers ce roi capricieux et légèrement enclin au sadisme, visiblement. Du coup, lentement, je me positionnait entre la fillette et l'inconnue, protégeant la frêle silhouette de la première de tout mon être, faisant face à la seconde. Il me fallait savoir immédiatement qui elle était et, surtout, le but de cette « mission ». Bien que je ne la sentais pas malveillante à son encontre pour l'instant, le doute m'accablait plus que tout. Ce qui était pas forcément habituel pour moi dans ces situations là... De plus, je devais prendre en compte la menace soudaine qu'était devenue Arcadia en une fraction de seconde, sans que je n'ai pu le voir venir. Fort heureusement pour moi, les dégâts n'avaient pas été plus grave qu'à l'actuel. Ce fut donc, redoublant de méfiance, que je relançais :

- Cela dit... Soit vous m'annoncez vos intentions réelles et pour qui vous l'effectuez ou sinon, je serai forcée de prendre les précautions nécessaires pour vous éloignez de ces lieux immédiatement ! Qui que vous soyez, je ne flancherai pas devant vous.

À peine eus-je le temps de terminer qu'un boucan métallique assourdissant envahit les environs de la pièce où nous nous trouvions. Une masse de personne semblait s'amasser tout autour de nous trois. Prise de court, je ne pu rien faire, mettant immédiatement mes mains en évidence en ayant compris qu'il s'agissait de la Garde Royale, tout simplement. Plusieurs portes s'ouvrirent d'un coup, nombres de gardes pénétrèrent dans la pièce et, sans que je n'y ai fait attention, Léonie avait subitement disparue, elle. Me laissant alors seule face à cette vague de soldat me ceinturant aussi vite qu'ils étaient apparus à la demande d'une voix masculine imposante. Quelle fut ma surprise lorsque je me rendis compte qu'ils bondirent sur moi pour m'empêcher de faire le moindre mouvements...

Perturbée, je ne résistais nullement. Mes bras étaient à leur merci, il était aisé pour eux de me les lier dans le dos et m'immobiliser alors que je ne quittais pas du regard l'homme qui venait d'apparaître devant moi. Je le reconnu aussitôt comme étant la figure d'un des capitaines de la Garde du Palais Royale. Je ne connaissais pas son nom, ou je ne m'en souvenais pas... mais son visage ne m'était nullement inconnu. Néanmoins... la situation était délicate. J'étais perdue bien que je ne le montrais pas, je restais droite et ne montrait aucunes faiblesse. Mais mes yeux et mes expressions furtives ne mentaient pas, eux, trahissant une incompréhension totale de ce qui se déroulait sous mon nez. Bien que Léonie s'était dérobée à nous, je sentais légèrement sa présence mais je ne saurai la décrypter tant mes propres émotions étaient affolées. La voix de la petite fille se fit entendre dans mon dos mais s'évanouit tout aussi tôt. Je sentais bien que, elle aussi, semblait complètement perdue car, suite à leur entrée bruyante dans la pièce, elle s'était accrochée à moi mais aussitôt écartée pour que les gardes puissent m'immobiliser. Pourquoi ? Qu'avais-je donc fait pour me faire mettre dans une telle situation ? Observant tous ces hommes autour de moi, je ne savais pas quoi penser jusqu'à l'entrée d'une autre personne. La chevelure noiraude, son teint pâle... sa tenue sombre... Arcadia. Elle apparut là, elle aussi guidée par deux hommes et montra une blessure à la hanche et, comme le plus normal du monde, me dénonçait de l'avoir attaquée et brutalisée la future reine. Que ? Quoi ? Comment... ? Mais que me chantait-elle celle-là ?! Fronçant les sourcils d'incompréhension, je ne me débattis pas. Observant sa plaie avec désarrois, je ne compris rien à ce qu'elle tentait de manœuvrer à mon encontre. Tenterait-elle de me piéger pour se venger de la déroute que j'avais mis à sa "mission" ?

*Bon sang... ce château est devenu complètement dingue en l'espace de quelques heures, ma parole... !*

Ce fut comme si le Destin s'était munis d'un énorme marteau et m'avait martelé la tête avec à plusieurs reprises. D'un coup, je m'étais retrouvée dans des sales draps sans que je n'a fait quoi que ce soit... ! Mais tout ce que je ressentais étaient le contraire de ce qui se déroulaient devant mes yeux. Enyale était colérique. Le capitaine semblait complètement désabusé, à mon instar, de me retrouver là. Les gardes semblaient tous hésitant et, Arcadia, surtout, vouait un fort dégoût à ces derniers. Pourquoi ? Jouait-elle avec moi et avait-elle comprit qu'elle pouvait user de ses émotions pour me communiquer des choses pour me tromper ? Ou encore... était-ce réellement sincère et qu'elle avait été manipulée, elle aussi ? Tout avait l'air de montrer que la situation était fausse. Tout avait été orchestré. Mon regard fixant le capitaine, alors que Enyale tentait tant bien que mal à prendre mon partit, j'avais compris qu'il n'attendait que ma version des faits et pas celle de la fillette, aussi sincère soit-elle. Bien que ses paroles réchauffait mon cœur, elle ne devait pas trop se mettre en avant. Alors... que dire maintenant, à mon tour ? Que faire... ? Privilégier le silence et appuyer les propos de la future reine par celui-ci ? Dénoncer Arcadia et Léonie, moi aussi ? Je ne le savais pas... Mon assignation me criait de les dénoncer et les écarter directement de l'équation. Mais mon cœur, lui, me disait que quelque chose n'allait pas et qu'elles n'étaient pas forcément mes ennemies. Elles semblaient œuvrer pour la même cause que la mienne mais avec leurs propres méthodes. Il me fallait agir et vite. Mais par-dessus tout, le capitaine semblait tout aussi perdu que moi, son doute ne m'échappait pas et j'avais une chance, aussi petite qu'inespérée, de trouver un allié dans cette histoire.

Fermant les yeux, inspirant longuement, restant calme, j'annonçais par un léger mouvements de bras que j'allais bouger mais sans gestes brusques. Embarquant doucement les gardes se tenant à mon niveau, alors que je posais un genou à terre devant le capitaine, m'inclinant devant plus gradés que moi. Ce fut alors d'une voix ferme, déterminée et infaillible que j'annonçais :

- Moi... Alysse Althéa Avelyn, j'ai été assignée à la protection de Dame Enyale Avelyn, ma cousine, par ordre direct du Roi Uldrian et Dame Elizabeth eux-même. J'ai appris il y a seulement une bonne quinzaine de minute que j'étais présente en ces lieux pour cette mission d'aussi haute importance. Relevant la tête pour fixer l'homme au commandement de cette troupe, sentant une colère invisible se contenir dans un coin de la pièce, me doutant qu'il s'agissait de Léonie, je continuais. Cependant, pour rajouter un point sur les paroles de Dame Enyale, lorsque je dégaine ma lame, je n'effleure ni ne rate ma cible, Capitaine, je mets hors d'état de nuire, d'un seulc oup, si possible. Je ne faillirai jamais à une tâche confiée par de le Roi Uldrian lui-même.

Marquant un léger silence, jetant un œil à Arcadia, tentant de comprendre l'origine des émotions que j'avais senties au travers d'elle, je repris :

- Jamais ne lèverai ma lame sur Dame Enyale. De plus, qui est ma cousine et il en est de même pour un habitant du palais, domestiques, gardes ou citoyens innocents. Alors je ne peux que vous affirmer que cette blessure à la hanche qu'elle vous présente n'est pas de moi, Capitaine ! J'ignore de qui, malheureusement... Je n'ai fais que protéger ma cousine de tout mon corps quand la menace a surgit. Et le temps que je me rendes compte de ce qu'il se passait, tout était redevenu calme et vous êtes arrivés. La seule chose qui m'importe est que Dame Enyale se porte bien malgré que j'ai failli, puisqu'elle a été touchée à l'épaule comme elle vous le montre... Baissant de honte le regard pour avoir échoué à ma tâche... Mais surtout une honte grandissante quant au fait que je me rendais compte que j'étais en train de brôder un semi-mensonge, hors de mes propres principes de vie. Une colère intérieure grondant contre moi-même. Si c'est de ne pas avoir réussi à empêcher qu'une personne la touche, ou l'approche, qui me fait défaut actuellement, je comprendrai ma mise aux arrêts...

Par ses propos, j'envoyais un signal à Léonie et Arcadia, que j'allais me charger d'elles ensuite. Non pas avec violence évidemment mais que je mettrai les choses aux claires rapidement. Que je gardais mes munitions au cas où elles effectueraient un nouveau pas de travers à l'avenir, leur laissant une chance de se justifier avant que, à mon tour, je les mettes dans des sales draps. Tout comme je ne mentais pas entièrement au capitaine puisque cela était vrai, l'ennemi avait été invisible et s'en était allé, en pensant à Arcadia qui avait surgit de nulle part et qui avait été jetée dehors par Léonie. Mais je m'empêchait de dénoncer cette dernière pour la simple et bonne raison que les doutes qu'elle m'envoyait me disait que je devais avoir une discussion avec elle et savoir ce qui se passait autour d'elle et sa blessure. Vu que ce n'était pas moi qui lui avait faite, était-ce un des gardes qui, ensuite, la forcée à me dénoncer ? Le Roi était-il derrière ça aussi ? Ou un groupe terroriste ? Espérant du fond de mon cœur de naïve que Arcadia ne se jouait pas de moi... Sauf que, dans tous les cas, si c'était vraiment de la manipulation de sa part, ça ne changeait pas le fait que cette blessure n'avait pas été causée de ma main. Mon honneur devait rester intact si je tenais à maintenir ma place auprès de Enyale.

Ce fut alors que, après quelques petites secondes que je me relevais, tournant la tête vers la petite fille pour lui sourire et déclarer :

- Avez-vous autre chose à me demander... Capitaine ? Demandai-je alors timidement, observant avec inquiétude Enyale à mes côtés qui semblait désemparée et en colère, lui souriant délicatement. Elle a besoin de mon aide et je souhaite mener à bien la mission que l'on m'a confiée et pendant que nous discutons, le danger rôde dans le palais et nous lui laissons tout le temps du monde pour nous échapper, Capitaine ! Je ne suis nullement impliquée dans cette tentative belliqueuse de s'en prendre à Dame Enyale !  

Me tenant droite, ne résistant toujours pas aux gardes me ligotant, je ne montrais aucuns signes de menaces ni d'agacement. Juste une profonde incompréhension et complètement sonnée par ce bouleversement de situation que je n'avais pas vue venir. Espérant alors de tout cœur qu'ils allaient entendre raison et que, dans le fond, les paroles de Enyale tomberont dans leurs oreilles pour enfin comprendre que je n'y étais pour rien !

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MessageSujet: Re: Rencontre avec la future Reine de Nandis   Rencontre avec la future Reine de Nandis Icon_minitime1Dim 15 Nov - 5:55

Le capitaine de la garde royale était bien ennuyé. Il savait que les paroles d'Alysse étaient sincères, mais son devoir exigeait de lui une certaine rigueur. Quant à l'implication d'Arcadia selon les dires de la guimauve, le vieux guerrier ne sut quoi en penser. Pour être tout à fait honnête, cette gamine lui donnait la chair de poule, rien chez elle ne lui inspirait confiance ! Sa peau de porcelaine, son regard vide, ses petites mains boudinées ; elle avait tout de ces poupées que les petites filles berçaient à longueur de journée. C'était un peu comme si elle avait été taillée pour occuper une place bien précise, en l'occurrence, un trône. Le soldat n'avait aucune idée de ce que le Roi pouvait mijoter, mais il savait l'être particulièrement sordide. En tout cas suffisamment pour réclamer une "reine" de ce type. Quoi qu'il en était, le capitaine n'était pas là pour répondre de l'avenir de Nandis, or si les gens étaient suffisamment sots pour accepter de se faire tyranniser par un mioche, cela devenait pour ainsi dire ; leur problème. L'homme avait bien assez de ses soucis pour se mêler de ceux des autres. Aussi décida t-il d'écourter l'entrevue par un grognement remplis de sous-entendus. Quand bien même il lui répugnait d'agir de la sorte, sa fonction ne lui laissait guère de liberté. Selon les lois qui régissaient le palais, Alysse allait être mise sous bonne garde le temps que le Duc Montfort statut sur son cas. La future reine sera alors reconduite jusqu'à ses quartiers afin de parfaire son accoutrement. Il fallait par ailleurs faire vite, car la cérémonie était annoncée pour les dix heures !

Rencontre avec la future Reine de Nandis Volll10

Depuis les ombres, Isnylia écouta le plaidoyer de tous les partis. L'oiseau bleu se défendit bien, mais le capitaine devait honorer ses obligations. Enyale en revanche, ne fit guère dans la demi-mesure en incriminant directement Arcadia ! Quand bien même il déplaisait au royal soldat de prêter oreille à une bouche aussi suintante de mensonges, il était malgré tout tenu d'en tenir compte. Selon les lois en vigueur, l'intendante serait elle aussi, mise aux arrêts. Seulement voilà, Isnylia ne pouvait guère laisser la situation évoluer en ce sens. La future reine devait être encadrée, il s'agissait là d'un fait indéniable. Problème, Arcadia ne pouvait plus l'approcher sans risquer de provoquer une catastrophe, et Althéa n'était point affiliée à la guilde. Quant à elle, c'était en tant que servante qu'elle oeuvrait au sein du palais. Sa propre couverture ne lui permettait donc pas de prendre la relève d'Arcadia. D'après les enseignements de Kinsy, il n'existait que des solutions. Les faibles auraient inventé ce terme ; "problème", pour excuser leur incompétence à le résoudre. En tant que membre de la guilde en dépit de son passé sulfureux à l'égard de l'organisation, Isnylia avait tout ce qu'il fallait dans sa besace pour défaire ce sac de noeuds. De plus, messire Montfort n'était pas reconnu pour son côté pressant, bien au contraire. En somme, si l'arpenteuse laissait les choses se poursuivre ainsi, Althéa comme Arcadia avaient de fortes chances de croupir en cellule jusqu'au lendemain soir. Et ce fut lorsque son regard se posa sur sa coiffe de bonne gisant au sol, que l'idée lui vint...

Rencontre avec la future Reine de Nandis Capi10

- Je rangerai votre arme parmi mes effets personnels, soyez sûre que je vous la rendrai en l'état lorsque toute la lumière aura été faite sur cette affaire. Affirma le capitaine de la garde royale à l'attention d'Alysse. À l'entendre, l'innocence de la Gardienne ne faisait aucun doute, hélas... son avis importait peu.

Tandis qu'il sommait à deux de ses hommes d'escorter Enyale jusque dans son aile, l'arrière garde remarqua le rideau remué de manière suspecte. En formation serrée, trois soldats couvrirent leur frère qui avait pour charge de soulever le tissu écarlate. Et à leur grande surprise, une fille toute chétive fut découverte. La pauvrette était complètement recroquevillée sur elle-même, tremblant de tous ses membres. La servante semblait si atteinte que les conscrits n'osèrent la toucher. Aussi s'en référent-ils à leur commandant. Interloqué par le fait de ne pas avoir correctement fait inspecter le pièce au moment de son intervention, le capitaine se reprit. Il s'excusa auprès de sa prisonnière et de la future reine, posa arme et genou à terre, puis questionna la jeune fille.

- Que faites-vous ici ? Sa voix était dure, mais contrastait remarquablement avec la délicatesse du ton. Cependant, l'infortunée n'eut qu'à relever la tête pour que ce dernier la reconnaisse. Léonie ?

Rencontre avec la future Reine de Nandis Leonie10

- Vous... ? Murmura t-elle étranglée par l'émotion. Sans rien ajouter d'autre, la demoiselle se jeta à son cou... enfin, elle essaya. Car elle fut aussitôt arrêtée par ses grosses mains qui se resserraient sur ses épaules.

- Je vous en prie, un peu de tenue ! Gronda le grisonnant.

Pour Léonie, il n'y avait rien de déplacé dans son geste. Après tout, elle ne faisait que jouer le rôle qu'on lui avait donné. Cela lui rappela par ailleurs le moment où elle croisa pour la première fois la route de cet homme dans les jardins royaux. Alors qu'elle noircissait toute une page de son journal, elle aperçut le vieux guerrier faire une dernière inspection dans le secteur où elle se trouvait. Ils n'échangèrent certes que des banalités, mais cela leur suffirent pour s'analyser l'un l'autre. Là où Isnylia voyait en ce capitaine un brave endurci par la vie, fidèle à son seigneur mais guidé par une certaine éthique. Lui voyait en Léonie une jeune femme maladroite, fragile et attachante. Seulement, il fallait donner l'exemple aux troupes, et se laisser attendrir était encore le meilleur moyen de se faire surprendre. Voilà pourquoi il fit preuve d'autorité à l'égard de cette malheureuse. Concernant le fait qu'elle était une victime, le garde n'en doutait point, sa version des faits allait donc être pour lui, déterminante !

- Reprenez votre souffle, et calmez-vous. Afin de ne point influencer sa réponse, le capitaine alla au plus simple. Dites moi ce qu'il s'est passé ?!

Les secondes qui précédèrent sa réponse parurent interminables tant la tension était palpable. - Je m'attelai à la finition de l'habit de la future reine quand... tout-à-coup, l'intendante s'est employée à faire je ne sais trop quoi sur Alysse, comme si elle s'était imprégnée de sa force. Elle m'a bousculé, et arraché Enyale de son siège pour la menacer de mots qu'il me serait incapable de répéter... L'émotion était si forte, et la peur encore trop présente pour que Léonie puisse tout déballer d'une seule traite. L'oiseau bleu voulu s'interposer, mais Arcadia sut la contenir avec des capacités que je jurerai appartenir à la Gardienne ! Désormais au bord de l'hystérie, la servante se releva vivement puis affirma ceci : Ecoutez, j'ignore comment elle s'y est prise, ni pourquoi elle a fait ce qu'elle a fait, je sais juste que si Alysse n'avait rien fait en dépit de ce qu'elle affrontait, nous serions toutes deux mortes à l'heure qu'il est !

D'un air apaisé, le garde royal remercia la servante en silence, avant de s'en retourner auprès de la Gardienne. De ses propres mains, il défit ses chaînes, puis lui rendit son arme. Se faisant, il ajouta : - C'est avec un immense soulagement que je vous rends à votre devoir, Alysse. Quant à vous. Reprit l'homme en se penchant au dessus de la future reine. Vous n'aurez plus à craindre Arcadia, je vous en fais la promesse ! De retour au garde-à-vous, il termina par une suggestion : Je ne puis retarder la cérémonie en évoquant ce qu'il s'est passé ici, la simple mention d'une attaque causerait un mouvement de panique parmi les nobles. Mais en cas d'extrême nécessité, vous pouvez toujours prétendre à la cour que votre protégée est souffrante, au moins pour le temps qu'il lui reste pour se préparer.

Il fallait marcher sur des oeufs, les murs avaient des oreilles, et cette simple recommandation pouvait lui couter sa tête ! Ce fut donc sur ces mots que le capitaine quitta les lieux avec l'ensemble de ses hommes. Arcadia sera mise en lieu sûr le temps qu'elle soit jugée, non pas par le Duc, mais par son Roi. On pouvait légitimement se demander pourquoi Montfort n'était plus concerné. À cela le vieux guerrier vous répondrait que l'intendante n'était pas un soldat, et que porter atteinte à une personne royale, ou en devenir, relevait de l'autorité du Monarque.

- Si je cours suffisamment vite, il vous sera inutile d'en arriver là ! Affirma Isnylia aussitôt les gardes partis. Attendez ici, je reviens ! S'écria t-elle alors qu'elle s'engouffrait dans le passage secret. La course ne devrait pas lui prendre plus de trois minutes, c'était encore jouable.

Si la manoeuvre semblait avoir réussi, ce n'était pas gagné pour autant. Le pire était à venir, et sans Arcadia pour la priver de ses pouvoirs, Enyale pourrait non seulement causer sa propre perte, mais également celle de tous ceux qui se trouvent dans son rayon d'action. Au lieu de s'adonner à ses petits jeux sadiques, elle devrait plutôt s'interroger sur le pourquoi de sa présence ici. Un tel Roi n'avait surement pas besoin d'une Reine, et encore moins d'un complément de folie. Isnylia n'avait cependant guère le choix, tout devait être prêt pour la cérémonie, et Althéa aurait tout intérêt à veiller au grain ! Car désormais, la responsabilité d'Arcadia lui incombait.

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MessageSujet: Re: Rencontre avec la future Reine de Nandis   Rencontre avec la future Reine de Nandis Icon_minitime1Dim 15 Nov - 18:19

La vague indifférence que provoqua le discours régalien de la petite reine la déçut assez. Certes, le capitaine des gardes ne paraissait pas l'apprécier pour une raison inconnue, alors qu'il ne la voyait que pour la première fois et qu'en plus le monstre était tout-à-fait adorable, la plus mignonne petite fille du monde, mais au-delà elle se serait attendue à un peu plus de respect vis-à-vis de son rang. Dans les contes de fée, les gardes obéissent aux membres royaux en général, à moins qu'ils ne soient des traîtres ou qu'il y ait un conflit avec la méchante reine belle-mère. Peu importe que le capitaine de la garde royale n'ait pas d'enfant ou soit un bougre, mais qu'il soit incapable de percevoir la véritable beauté et de se mettre à genou pour l'honorer, cela était très dommage. Le monstre s'était compliqué la vie à faire un très beau petit discours, bien construit rhétoriquement et aux enjeux clairs : la victime de l'affaire déclare d'elle-même que celle qui est accusé d'avoir voulu la tuer n'y est pour rien et en plus elle incrimine l'accusatrice elle-même. Elle ne voyait pas vraiment ce dont il fallait encore discuter ; si la victime nie le crime, il n'y a pas de crime. La version de la justice dans ce palais n'avait sérieusement pas le moindre sens. Et cette sensation de n'avoir aucun pouvoir était particulièrement horripilante.

Et comme si cela ne suffisait pas, le monstre, tandis que ses yeux clairs et honnêtes, dignes d'une personne qui n'a jamais menti, étaient plantés dans ceux de cet ignorant, put observer la lourde différence de traitement lorsque ce fut sa garde du corps qui s'exprima. Oh, l'expression du vieil homme était toujours ennuyée et en proie à la difficulté, mais cette fois-ci il semblait... comment dire ? ...apporter de la foi à ce qui lui avait été dit. Ainsi, tandis que la parole que la victime n'avait absolument pas été considérée, celle de la prétendue criminelle était écoutée religieusement. On aurait même dit que leurs âmes communiquaient comme deux personnes façonnées sur le même modèle. Bien sûr, il va de soi que cette communion non-verbale allait dans leur sens, si elles voulaient s'assurer de la liberté d'Althéa, mais là, tout de suite, le monstre n'était plus aussi sûr que c'est ce qu'elle voulait. Mince, ce n'était pas agréable d'être déconsidérée ainsi ! C'est pourquoi, sans vergogne aucune, elle ajouta de l'huile sur le feu, poignardant d'un aiguillon de doute certains soldats, juste comme ça, pour le plaisir. De toute façon, si personne ne l'écoutait il n'y avait que comme ça qu'elle pouvait faire entendre sa voix, alors pourquoi se priver après tout.

Inconsciente de tous ces problèmes et cherchant seulement la justice et la vérité comme d'habitude, l'elfe de métal tourna alors un sourire rassurant vers le monstre, comme pour tenter d'apaiser ce désemparement et cette frustration dont elle méjugeait des origines. Et la petite princesse ne se fit pas prier, d'un pas rapide elle alla se coller à son torse solide. Cette réaction n'étant clairement pas celle qu'on attend d'une victime face à son assassin, une moitié des soldats ne réagit même pas. Son rang de fiancé du roi n'étant oublié, l'autre moitié ne s'osa pas à réagir. Il n'y en eut finalement qu'un qui fut suffisamment près et voulut s'interposer mais le poids soudain d'une lourde angoisse s'abattant brusquement sur sa tête et lui rappelant la dangereuse ombre sanglante qu'il avait vue la nuit d'une de ses missions le coupa dans son geste, juste la fraction de seconde nécessaire à ce que la petite reine passe, avant de s'en aller aussi rapidement qu'elle était arrivée comme un poids qui lui était subitement enlevé des épaules. Ainsi, sans le moindre tracas, le monstre put se jeter entre les bras tenus en respect de l'oiseau bleu pour s'y lover. Comme à la recherche de chaleur humaine à travers cette lourde armure, elle alla même jusqu'à lever une main vers le haut de son plastron, frôlant ainsi la peau de son cou et de son menton. Puis apaisée à nouveau, elle se laissa reposer les yeux fermés, tandis qu'elle admirait mentalement ces magnifiques muscles elfiques en se demandant s'il lui serait possible un jour de les reproduire.

Le monstre savait que cette étreinte serait de courte durée, mais elle avait juste besoin d'observer une dernière fois ce corps magnifique avant que celui-ci soit jeté derrière les barreaux pour un temps indéfini. De toute façon, quand l'accusée sortirait, elle, elle serait déjà reine donc elle aurait sans doute nombre de nouveaux jouets bien plus intéressants. Ce câlin était en quelque sorte son adieu à cet être de légende dont elle avait tant entendu d'histoires fascinantes alors qu'elle était enfant. Tandis que le capitaine de la garde royale prévoyait les derniers préparatifs avec la future prisonnière et qu'il ordonnait de reconduire la petite reine dans ses appartements, celle-ci se permit même de lui lancer avec des yeux très légèrement rougi, comme à cause de larmes contenues, ce qui n'était pas trop difficile car elle avait pleuré il y a moins d'une vingtaine de minutes, une parole d'imprécation :

- S'il arrive quoi que ce soit, ce sera de votre faute.

Cette petite phrase de mauvais augure ne servait pas à grand chose à vrai dire, de toute façon le vieil homme s'en fichait complètement d'elle. Néanmoins le monstre espérait que les gens présents s'en souviendrait quand même, et comme ça, s'il lui arrivait bien quelque chose, peut-être qu'ils se sentiraient effectivement coupables. Ce serait toujours réconfortant, même si malheureusement il y avait peu de chance que l'un d'entre eux perde la tête à cause de son sentiment de culpabilité. Puis, avant que d'autres soldats n'interviennent physiquement, comme à regret elle se sépara lentement de sa gardienne, lui laissant voir par son regard qu'elle regrettait cette séparation, ce qui était réellement un peu le cas. Mais au moment-même où elle allait prononcer un sinistre oracle pour faire peur à tout le monde, le monstre se rendit compte qu'un rideau rouge lui avait volé la vedette. Y concentrer son attention un seul instant lui permit de comprendre, au vu des craintes aberrantes de batraciens qui s'en dégageaient, que c'était la bonne Léonie. Et puis quoi encore ?

Le monstre hésita une fraction de seconde à subitement l'incriminer dans son histoire, parce que la pauvrette venait littéralement de lui gâcher ses effets, mais la soudaine excuse du capitaine de la garde, bien qu'elle soit uniquement polie la satisfit assez pour qu'elle n'en fit rien. Et puis, il fallait avouer que la fausse camériste révélait là un certain talent pour jouer la comédie et il était toujours intéressant d'observer une si jolie scénette pour de futures références, même si la performance relevait principalement de l’ethos, de l'image qu'elle s'était déjà créée auprès du vieil homme. Pour autant, il était amusant de voir le capitaine essayer d'être doux tout en s'inquiétant en même temps de ne pas être trop doux de peur d'être déconsidéré par ses soldats. Si le monstre avait eu un don de télékinésie, il les aurait poussés l'un sur l'autre pour amplifier encore plus sa gêne.

Cependant, lorsque l'espionne se mit à raconter toute l'histoire, le monstre fut surpris de son audace. Il n'y avait presque rien de vrai dans tout ce qu'elle avait dit. D'habitude, lorsque l'on ment, on essaye de se baser sur des faits réels, on y introduit des demi-vérités, mais là, Léonie se permettait des mensonges proprement éhontés, que l'attaque avait été sur Alysse, qu'Arcadia l'avait bousculée et menacée, que c'étaient les facultés guerrière de sa garde qui avaient été copiées. La petite reine en jeta même un regard étonné et choqué à l'oiseau bleu pour voir si elle partageait son effarement. Néanmoins, ces fausses histoires étaient aussi vectrices de très intéressantes informations. Le monstre avait en effet eu clairement l'impression que c'est l'étreinte de l'effroi que l'organisatrice lui avait apposée dessus et cela la confirmait dans son idée, au point de lui faire deviner les véritables pouvoirs de "prédateur" d'Arcadia. De plus, dans la fable que nous servait Léonie, l'anti-classe n'avait pas tenté de tuer la petite reine mais s'était juste contentée de la menacer. Cela voulait-il dire que l'organisation qui étaient derrière ces deux femmes cherchait à obtenir quelque chose d'elle ? Cette théorie était intéressante mais, à vrai dire, le monstre s'en fichait un peu. Elles n'auraient qu'à venir le lui demander en personne lorsqu'elles se seraient calmées et, alors, peut-être, si la proposition lui plaisait, et si elle était de bonne humeur, elle serait susceptible d'accepter. En attendant, elle ne voyait pas l'intérêt qu'elle pouvait avoir à se triturer la tête plutôt que de s'amuser gaiement.

Ainsi, par cette ridicule petite scénette, la situation finit par s'éclaircir. À vrai dire cette histoire de garde avait fini par ennuyer la petite reine, qui avait hâte qu'ils s'en aillent pour qu'elle puisse jouer à autre chose. Néanmoins, juste par provocation, elle se permit de répondre à la promesse du capitaine de la garde par un regard profondément dubitatif, et à sa recommandation par un silence trahissant son plus absolu manque de confiance en lui et en ses capacités après le risque qu'il avait manqué de lui faire prendre en lui retirant le meilleur garde du corps qu'elle pourrait jamais avoir. D'ailleurs, à peine fut-il parti de la salle, ainsi que Léonie par un autre chemin, qu'Enyale revint sur ses paroles :

- Si quelqu'un vient s'enquérir de notre situation pour la cérémonie, ne lui mentons pas. 

De fait, non seulement mentir pouvait causer un doute sur sa santé générale, et donc sur sa capacité à accéder au trône, dont le monstre pouvait bien se passer. De plus, cela pouvait leur être reproché par Dame Elizabeth si elle n'était mise au courant de la situation véritable. Enfin, et surtout, ce serait au contraire un véritable plaisir si toute la cour étaient complètement inquiète, craignant d'être assassiné secrètement dans un coin, lorsqu'elle leur serait présentée. Cela dit, si ça se trouve, Léonie avait décidé de faire une chose utile pour une fois et était partie lui chercher une robe encore plus resplendissante que la précédente, alors elles n'auraient malheureusement pas à faire paniquer les autres nobles. Néanmoins, c'est un sacrifice que le monstre accepterait de consentir sur l'autel de sa beauté. En attendant, il fallait qu'elle trouve quelque chose à faire :

- Savez-vous ce que Léonie est partie chercher ? Est-ce bien sage de rester là à l'attendre ? …ou ne devrions-nous pas tenter de fuir ces lieux dangereux ? proposa-t-elle, sa voix perdant en force tandis que ses questions s'amoncelaient, comme sous l'influence d'une angoisse communicative.

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MessageSujet: Re: Rencontre avec la future Reine de Nandis   Rencontre avec la future Reine de Nandis Icon_minitime1Jeu 26 Nov - 16:30

[Ceci est un Rp en commun via Discord avec Enyale]


Mes bras fermement bloqués, mon regard ne quittant pas celui de du capitaine face à moi, je ne pouvais céder à la panique ou tout autre sentiment qui me trahirait. Déjà que je peinais à comprendre ce qu'il se passait en ces lieux depuis mon arrivée de ce matin... entre l'île qui avait manqué de nous aplatir tous, l'altercation avec Arcadia et Léonie et, maintenant, ce qui semblait être une volonté ferme de m'éloigner de la future reine, Enyale. Quoi qu'il pouvait se passer, je ne pouvais concevoir les choses autrement qu'ainsi. Soit on désirait vraiment me voir retirer cette tâche, soit je n'étais qu'une malheureuse victime collatérale dans cette affaire qui semblait me dépasser complètement. Alors, quant bien même le sort avait décidé de s'acharner sur moi en cet instant précis, je ne laisserai jamais tomber mes principes. Mon respect envers ses soldats, même s'ils faisaient erreurs, était grand et je ne pouvais que comprendre qu'ils y étaient obligés par le protocole. Cependant, les événements m'angoissait terriblement dans la mesure où cela semblait avoir visé directement ma cousine et non moi-même. M'éloigner de la sorte de cette dernière la rendrait vulnérable aux prochaines personnes qui s'y tenteraient. Il fallait absolument que je garde ma position et non pas que je perdes mon temps à patienter que l'on juge mon cas. Il n'y avait que moi qui était dorénavant suffisamment averties de ce qui commençait à se tramer ici, était probablement la seule à avoir connaissance que la Guilde agissait, elle aussi en secret, dans l'ombre de la petite fille. Même s'il me peinait de savoir leurs réels intentions, ils n'avaient aucun intérêt de nuire à cette dernière. Ne semblant pas apprécier le Roi, tout comme j’émettais mes doutes à son encontre, il me fallait en savoir plus sur leurs plans.

- Je comprends, Capitaine. Je comprends... Disais-je, angoissée de voir mes épées se faire saisir par les gardes et s'éloigner de moi. Je vous remercie de votre attention envers moi.

L'éloignement soudain avec mes lames, sachant qu'elles ne me seraient plus à portée pour une durée indéterminée me chagrinait beaucoup. Je m'étais à toujours promis de ne jamais m'en défaire, de ne jamais les briser, de toujours en prendre soin, au noms de mes parents Dunnas et Aerin. Les noms que ces deux épées portaient. Le premier pour la grande lame, au nom du père adoptif qui était venu me chercher dans cette école militaire et, enfin, me permettre de m'extirper de ses murs lugubres et mener une vie décente et ce, au sein d'une famille aimante. Et le second pour la plus petite lame, portant alors le doux nom de ma mère adoptive. Elle qui fut toujours à ses côtés, l'accompagnant dans toutes ses épreuves, écoutant la moindre de mes souffrances afin de me soulager. Les voyant se transférer aux mains du capitaine me rassurait. Je le savais sincère et je sentais pertinemment qu'il me faisait confiance et qu'il désirait pouvoir me venir en aide. Cependant, ses obligations ne le lui permettait pas d'agir de la sorte. Je n'avais rien contre cela et je le lui fis comprendre par un regard et un sourire doux, exprimant ma compréhension vis-à-vis de son poste et lui témoignait mon respect malgré la tempête qui régnait en moi quant à cette injustice qui m'était tombée sur le coin de la figure. Me restait plus qu'à espérer que le temps ne se joue pas de moi non plus et que la personne chargée de me juger ne prenne pas sa grasse matinée.

Alors que j'entendais douloureusement le capitaine sommer à ses hommes de guider Enyale à ses quartiers et, de ce fait, commencer à m'escorter hors de ce lieu, je ne fis que plus surprise de voir un garde soudainement s'écarter de la petite fille qui se présentait désormais à mes côtés, semblant vouloir me saisir contre elle et m'empêcher de partir. Que venait-il encore de se passer ? Venais-je de sentir une peur immense s'installer dans l'esprit de cet homme pour qu'il s'écarte ainsi ? De cette manière si soudaine, juste en s'approchant de Enyale ? Les paroles de Arcadia résonnèrent dans mon esprit à cet instant précis. Le mot « peur » avait été utilisé comme étant la passion de la petite. Ainsi, elle pouvait se jouer des gens comme elle le voulait ? Tout simplement ? Et c'était alors de ça dont elle s'était emparée pour la rendre inoffensive et lui faire comprendre à cette enfant ce qu'était la peur dont elle se délectait tant ? Enfin, quelque chose semblait prendre sens dans mon esprit. Je venais de comprendre pourquoi Arcadia était là et que, en tout état de fait, elle accomplissait la même tâche que Isnylia. Toutes deux la protégeait mais toutes deux semblent avoir leurs propres méthodes pour y parvenir. Ainsi, pour terminer tout ça, on était venu me poser là au milieu, comme une fleur, totalement innocente de ce qui se tramait autour de moi. Je me sentais bien idiote d'avoir pris cela trop à la légère et il m'était désormais très clair que j'allais devoir redoubler de prudence et ne pas hésiter à user de la force qui était à ma disposition pour protéger la petite. Mon esprit s'enfonçant doucement dans l'incompréhension, je me fis tirer à la réalité lorsque je sentis subitement Enyale se jeter contre moi et me serrer contre elle. Mes bras toujours maintenus par les gardes, je me retrouvais bien embarrassée par la situation. Que devais-je faire ? Forcer mes bras et lui répondre réciproquement pour la rassurer ou juste laisser les choses se faire ? Ce qui était sûr, c'est qu'il allait falloir que je fasse de l'ordre dans mon esprit et vite... les événements étranges ne cessaient de s'enchaîner depuis ce matin et cela avait le don de me mettre à fleur de peau...

- Je... Hm... Tentai-je de dire, rougissait légèrement quant à la position que j'avais au milieu de tout ce chaos ambiant. Dame Enyale... Je... reviendrai vite, je ne vous laisserai pas seule. Parvenais-je enfin à lui murmurer doucement alors que je fus surprise de plus belle lorsqu'une de ses mains effleura ma joue.

Sur ce fait, je préférai garder le silence alors que mon visage virait au rouge tellement je n'étais pas habituée aux contacts de ce genre ni à des situations aussi loufoques. Le stress me faisait sur-réagir à tout et, cette main qui venait de m'effleurer la joue et toucher mon menton, surtout d'une personne censée être la Reine de cette cité, me mettait dans tous mes états. Alors oui, je m'étais permise de la la prendre dans mes bras plus tôt mais cela était de mon fait pour l'apaiser. Ce qui n'étais pas le cas ici, elle me renvoyait mon geste... chose que je n'avais nullement l'habitude des personnes issues de la noblesse, du moins, de façon aussi personnelle. Ils n'avaient de cesses de me vanter ou me dire des louanges pour leurs propres intérêts, même si cela m'importait guère puisqu'au fond, je ne faisais que aider toutes personnes que je pouvais. Le geste de Enyale, hormis la tendresse que j'avais reçue de la part de mes parents adoptifs, avait tout pour me déstabiliser.

Je ne savais alors plus quoi penser entre les récents événements avec Arcadia et tout ce qui avaient ensuivi. Aux premiers abords, je me méfiais de cette petite fille et cela avait été confirmé quand j’eus entendu les propos de la noiraude. Elle aimait se jouer de la peur des autres... Ensuite, Isnilya, tentant de décourager la future reine de la sonder. Était-elle aussi capable de faire une telle chose ? Était-elle en train de me sonder actuellement et avait-elle déjà tenter de le faire avant avec ses questions étranges quant à la situation désastreuse sur Chaara-Khole ? Et cet homme qui s'était reculé d'elle aussi vite que s'il avait croisé un malade de la peste ? Je commençais à comprendre de quoi cette enfant était capable. Mais je ne comprenais toujours pas l'implication de la Guilde ni sa soudaine apparition ici avec Elizabeth et ce qui me semblait aussi être cette tentative de m'écarter de sa garde. Je ne comptais pas laisser quoi que ce soit lui arriver malgré tout et, quoi que l'on puisse me dire, ma tâche était de la protéger et je le ferai. Quelle soit un monstre ou non, elle était une enfant !

Soupirant longuement lorsqu'elle se détacha de moi pour commencer à être escortée dans une autre pièce afin de refaire sa tenue et la rendre présentable pour le mariage, je ne pouvais la quitter du regard. Mais un son soudains, dont je savais qui était l'auteur, se fit entendre derrière un rideau. Enfin décidait-elle à se montrer... D'une façon dont je ne m'attendais pas du tout. Le Capitaine était soudainement embarrassé qu'elle ait échappé à sa vigilance. S'excusant alors à la future Reine, il s'approcha de Léonie Mon regard ne perdant pas une miette de se qui se passait. La façon qu'ils avaient de communiquer me faisait comprendre qu'ils se connaissaient déjà d'avant. Ils semblaient bien familier. Un détail que je me permis de ranger dans un coin de mon esprit. Mais ce qui se passa ensuite me surpris davantage et me figea sur place. J'écoutais mot à mot ce qu'elle racontais au Capitaine et, sans tarir de détail, elle raconta l'attaque que nous avions subies de la part de Arcadia. Mais évidemment, tout cela était faux. Cela me mettait dans une mauvaise posture dans la mesure où je m'étais permise de dire que je n'avais pas vu la menace venir et que j'avais juste bondis pour protéger Enyale. Elle avait entendu ce que je disais au Capitaine, consciente de ma version des faits, elle venait d'en dire tellement qu'elle invalidait mes propos. Mon regard ne quittant pas le visage de la femme. Le faisait-elle exprès pour me mettre des bâtons dans les roues, elle aussi ? Léonie venait de confirmer que je m'étais battue contre Arcadia alors que j'avais attesté du contraire... Mais tout ce qu'elle disait allait dans mon sens, pour me protéger et tenter de me faire remettre auprès de Enyale. À quoi pouvaient-ils jouer tous à la fin?! Je commençais vraiment à détester ce qui se tramait autour de la petite aux cheveux roses et, finissant par croire que j'étais le dernier rempart innocent à tout cela, il me faudrait ne plus faire confiance à qui que ce soit, même au Roi lui-même. Même à Elizabeth. Même à Léonie. Même au Capitaine. Seule Enyale et moi-même comptions dans l'équation. Car, autant elle que moi, on ignorait ce qui se passait et au vu de toutes les émotions que je pouvais sentir passer au travers de celle que je devais protéger, elle n'avait prise sur rien et subissait simplement le caprice des autres semblant tenter de l’utiliser comme une marionnette. Mes yeux croisant ceux de Enyale, semblant être perdue et me fixant, elle aussi. L'expression qu'elle exprimait confirmait ce que je pensais... elle était tout aussi perdue que moi.

Mais au-delà de tout le drame que je voyais arriver au loin ainsi que le mur dans lequel nous foncions tout droit dedans, la manœuvre de Léonie avait eu le miracle de réussir. Par je ne sais quelle magie, le Capitaine s'était ravisé et acceptait de me rendre mes épées. Les gardes me relâchant soudainement, me permettant de les reprendre et les serrer fortement contre mon torse. Soulagée qu'elles soient auprès de moi, je m'empressais de les remettre solidement à ma ceinture. Bien que cette issue à cette situation me laissait perplexe, je ne refusais pas de pouvoir rester auprès de la future Reine. Écoutant attentivement les dires du Capitaine, lui rendant son salut en m'inclinant légèrement, pleine de gratitude envers la confiance qu'il me témoignait, je ferai le nécessaire pour ne pas le mettre dans l’embarras.

- Ne vous en faites, je m'assurerai qu'elle soit prête avant et j'aiderai personnellement Léonie à cette tâche. Je vous remercie. Disais-je avec confiance, sûreté et gratitude tout en me redressant.

La situation étant désormais très délicate, bien plus qu'à ses débuts, Léonie, une fois les gardes partis, annonça qu'elle avait une solution pour qu'on ait pas à en arriver à de telles extrémités. S'engouffrant dans le couloir à l'opposé de là où les gardes étaient partis, nous laissant seules, la petite et moi. J'aurai voulu lui en toucher deux mots, à cette Léonie et à cette scénette qu'elle nous avait jouée sous le nez du capitaine. Parce que pour qu'une chose aussi absurde ait réussi, il fallait que le Capitaine soit de mèche avec Isnylia. Il pouvait avoir autant de confiance et de respect en moi que, même cela, ne devait pas lui permettre de me relâcher aussi facilement. Nos trois versions des faits ne collaient pas le moins du monde ! La Guilde semblait s'être infiltrée bien plus que par les bonnes du palais royale. Ils étaient aussi parmi la garde royale ! Soupirant longuement, fermant les yeux, désespérée de ne rien saisir à tout cela, je me tournais face à Enyale qui, malgré les avertissements que tous mes sens me lançaient et les dires de Arcadia, était la seule à qui je pouvais encore faire confiance dans tout ça. Même si elle tenterai de se jouer de moi, elle n'était qu'une enfant et ce serait toujours moins grave que si la Guilde, la noblesse ou le Roi s'en prenaient à elle. Et puis, pourquoi Elizabeth en avait-elle jamais parler ?! Bon sang... J'étais toute enthousiasmée de découvrir le pourquoi j'avais été convoquée au palais royale... j'étais désormais en train de regretter de m'être enjouée à ce poids en voyant une enfant au milieu de toute cette avidité malsaine.

D'ailleurs, une fois que tout le monde fut éclipsé, la future reine revint sur les paroles du Capitaine et me fit comprendre très clairement qu'il était exclu de mentir sur son état de santé. Évidemment, je ne souhaitais pas mentir, bien au contraire. Déjà que je m'étais mis à contre cœur à trahir mes principes pour parvenir à rester à ses côtés malgré la situation folle me tombant dessus. D'un mouvement de la tête, j’acquiesçais ses dires, sans dire mot. Trop occupée à tenter de comprendre ce qu'ils pouvaient bien lui vouloir à ma cousine.

Alors, dès que je pu entendre de l'angoisse dans ses paroles, me proposant ainsi de partir de ces lieux, je ne pouvais pas savoir si elle tentait de se jouer de moi ou si elle était vraiment apeurée de tout ce qui se passait entre ces murs. Comment devais-je gérer une enfant capable de se jouer de mes émotions et de me lire mieux que je ne peux ressentir les émotions des gens ? Devrai-je rentrer dans son jeu et faire semblant de me faire avoir ? Cela serait risqué vu que je n'avais aucune idée de jusqu'où ses pouvoirs sont capables d'aller. Je me devais d'être extrêmement prudente et le départ de Léonie me laissait complètement à la merci des pouvoirs de la petite. C'est pour ça qu'alors que je décidais de ne pas en tenir compte, de n'agir que comme je l'avais fais avec elle jusque là.

- Léonie est partie chercher de quoi pouvoir vous refaire une magnifique robe et refaire ce maquillage... Commençai-je à dire, tout bas, pour la rassurer sur l'angoisse qu'elle semblait ressentir tout en m'agenouillant devant elle. Je comprends la peur qui vous envahit... enfin. Non. Je ne la comprends pas, pour être sincère, je ne vivrai jamais le fait de devoir endosser les responsabilités d'une Reine mais je la ressens et je peux comprendre ainsi. Mais désormais, soyez sûre que je ne faillirai plus à mon rôle et ne vous quitterai pas.

Observant les alentours, je constatais des dégâts qui avaient eu lieu dans la pièce. Il me fallait gagner du temps jusqu'à que Léonie, ou Isnylia, revienne. Si jamais elle revenait... Je n'avais aucuns doutes sur le fait qu'elle reviendrait. Le spectacle qu'elle avait tout à l'heure n'aurait eu aucuns sens et surtout, il fallait qu'elle revienne. Bien qu'elle m'ait sortit d'une sale situation, elle m'en avait empêtrée dans une autre. Il était impossible que tout cela ait réussi alors que trois versions des faits ne collaient pas ensemble. La Guilde était très impliquée voire trop et semblait vouloir mettre la main sur Enyale et cela ne me plaisait pas. Pas plus que le Roi qui avait décidé de la prendre en tant qu'épouse.

- On va essayer de gagner du temps avant qu'elle ne revienne. Disais-je en me relevant doucement, retirant mes gants métallique et les posant sur la table à mes côtés. Je ne suis pas aussi douée et délicate que Léonie et les autres mais je peux quand même essayer de l'aider à ma façon. Lui indiquant une chaise face au miroir au fond de la pièce de la main, je l'invitai à y prendre place tout en restant sur mes gardes quant à de possible trouble extérieur ou venant de ma cousine. Je vais aussi tenter de soigner cette ecchymose sur votre épaule... Concluais-je en m'emparant d'une serviette que je trempa dans de l'eau humide dans une bassine à côté de la coiffeuse.

-

Mais à la surprise du monstre, l'inquiétude qui s'exprima dans l'esprit de l'elfe ne fut pas que ce à quoi elle s'attendait. Au lieu d'y avoir seulement une appréhension attendrie pour elle, la crainte qu'un mal n'arrive à cet enfant si peu adapté au monde extérieur, il y eut une autre crainte à se manifester, un doute particulièrement inattendu. C'étaient précisément les pouvoirs du monstre liés à la peur qui étaient mis en question. Si une telle interrogation était si surprenante, c'est car sa garde du corps n'était pas censée être au courant de ce genre de capacité. Certes, cette ombre fut rapidement reléguée dans un coin de la pensée elfique mais il était trop tard, elle l'avait vu. Plutôt que d'écouter ses gentillesses, des yeux honnêtes posés sur l'autre, elle écoutait l'écho dévastateur des paroles d'Arcadia lâchant sans raison que le monstre aimait la peur, écho rappelé tandis que Léonie rappelait ses propres phobies ridicules et finalement révélé dans l'angoisse même surnaturellement nouée dans le cœur du soldat. Oups ! C'est vrai qu'elle aurait pu faire preuve de plus de subtilité mais cela ne suffisait pas à ce que les gens devinent un tel pouvoir d'habitude. D'ailleurs, alors qu'elle y pensait, le monstre se rendit que jusqu'à présent la plupart des terreurs à nu qu'elle avait perçues de sa sempiternelle grande-tante étaient accompagnées aussi des sentiments de ceux autour d'elle. Elle en avait jusqu'à présent fait l'impasse car elle était habituée à ce genre de sensations, bien que celles de son armure sur pieds fussent beaucoup plus imprécises, plus brutes, que les siennes. Était-ce là la célèbre empathie des elfes ? Intéressant.

Le monstre papillonna subitement des cils, comme sortie d'une rêverie. Une prise de parole soudaine de l'oiseau bleu l'avait interrompue dans ces considérations personnelles. Commencer dès à présent à tenter de diminuer les dégâts ? Volontiers. C'était là une bonne idée. La petite reine, docile, alla donc paisiblement jusqu'à sa place initiale, en face du miroir, tout en regrettant en un murmure que « Cela aurait tellement plus simple avec des fées couturières ». Puis, une fois installée, sur le petit siège, elle contempla l'étendue des dégâts. La coiffure, grâce aux multiples barrettes, avait très bien tenu le coup. Le maquillage avait un peu coulé, mais il ne servait à rien de toute façon donc autant l'effacer. C'était bien la robe qui était le problème, malheureusement. Elle avait déjà vu une fois sa bonne faire des fleurs avec des tissus pour cacher de petits trous dans une robe, mais les dommages étaient ici bien au delà de ce que pouvaient rattraper de petites fleurs cousues. On pouvait difficilement faire pire.

Cependant, lorsque l'elfe plaça la serviette humide sur l'épaule de la petite reine, celle-ci ne put réprimer un sursaut. Ah oui, il y avait cela aussi à régler. Elle avait beau l'avoir produite par elle-même, cette ecchymose n'en demeurait pas moins douloureuse comme une vraie. Et bien que la marque ne fut encore que rouge vif et que le monstre, grâce à ses pouvoirs, ne comptait pas la laisser tourner jusqu'à une couleur jaune ignoble, il n'en fallait pas moins un peu la masquer. Fort heureusement, la trace ne montait par sur la clavicule et la plupart des robes permettrait de la cacher. Néanmoins le geste de cette guerrière avait été tellement brusque qu'elle avait bien raison de s'excuser sans quoi le monstre l'aurait bien renvoyée trois secondes contre ce gros dur de l'orphelinat. Mais une vraie reine sait faire preuve de mansuétude envers ses sujets les plus rustres, aussi elle lui pardonna, étant donné qu'elle allait s'occuper d'effacer son maquillage, préférant engager négligemment une nouvelle conversation, peut-être plus intéressante que la précédente :

- Et vous, qu'est-ce que vous faisiez avant d'être ici ? Cela n'intéressait pas non plus vraiment le monstre, elle avait déjà vu la plupart de sa vie, enfin la plupart qui l'intéressait, sa vie dans l'orphelinat, ses difficultés dans l'armée et ses petits échecs du quotidiens. Enfin, cela dit, il manquait bien un élément que sa mère avait toujours associé aux elfe, qu'il lui fallut demander : Vous viviez dans une forêt ? Sur une île peut-être ?

-

Observant la petite silhouette s'installer, je m'empressais de m'emparer de ce qui pourrait m'être utile afin de venir en aide aux bonnes. Me positionnant dans le dos de Enyale, observant son regard par son reflet, je me permis de déposer une main proche de l'ecchymose sur son épaule, celle laissée par Arcadia et l'observer, l'effleurant du bout de mes doigts tout en me saisissant d'une serviette froide et humide pour l'appliquer délicatement dessus. Dans l'espoir de la faire disparaître par le froid ainsi que, sans rien demander, je me mis face à la petite fille et me pencha, son visage au niveau du siens. Je ne disais mot, je tentais de rester concentrée sur ce que je faisais et ne pas papillonner à d'autres tâches. Le temps que Léonie revienne.

- Vous m'en verrez désolée si c'est froid, sur votre épaule, mais j'espère juste dissiper l'ecchymose et atténuer la douleur... Disais-je en murmurant, m'emparant désormais d'autres bout de tissu, eux aussi humidifiés. Je m'excuse aussi d'avance, je ne suis pas aussi délicate que les bonnes pour cela mais votre maquillage est gâché et je me dois de vous le retirer... Ma main froide qui maintenait la serviette sur son épaule vint se saisir délicatement de son menton du bout des doigts et, de l'autre, j'allais délicatement essuyer le maquillage autour de ses yeux qui avait été défait par les diverses émotions ressentie par Enyale.

Ce fut à ce moment là, quand je commençais à essuyer son visage, qu'elle se mit à me poser des questions. En soit, cela ne me surprenait pas vu que c'était ce qui arrivait fréquemment dans ce genre de situation, la discussion permettant de faire passer le temps. Ne quittant pas ses yeux des miens, changeant de tissus au fur et à mesure que j'essuyais le maquillage, je lui répondis avec une voix teintée de douceur et bienveillance.

- Dans une forêt ? Disais-je, en gloussant timidement. Non, je n'ai jamais vécu en forêt comme dans les histoires qu'on entend sur les Elfes. J'ai toujours vécu parmi les citoyens de cette cité et j'en ai rarement quitté ses murs. J'ai été adoptée par ce qui était une toute petite famille Avelyn, il y a plus de deux cents ans. Bien sûr, si elle désirait en savoir plus, elle pouvait me le demander même si cela me faisait une sensation bien étrange que quelqu'un s'intéresse à moi de la sorte. Du moins, même si elle était de ma famille, peu de monde s'occupait de moi. Me contentant de faire mon travail jour après jour. Depuis, je l'observe grandir et lui vouer toute ma gratitude de m'avoir adoptée et sortie de l'instabilité dans laquelle je m'étais engagée... Passant à nouveau un tissu humide pour retirer le reste du maquillage et reculant mon visage pour contempler celui de Enyale, enfin entièrement débarbouillée. J'aide toutes personnes dans le besoin et, à ce jour, je voue ma vie à protéger la votre, quoi qu'il puisse se passer. Terminai-je en guise de remerciement d'avoir agis en mon sens lorsque les gardes avaient fait irruption dans la pièce bien que la situation avait dérapé dans toutes sa splendeur la plus absurde.

Je pris quelques petites secondes pour inspecter le travail que j'avais fais, dans l'espérance de ne pas me faire gronder par Léonie à son retour, envahie moi aussi de diverses questions que j'aurai voulu poser à la petite fille. Mais je ne me le permis pas, je ne me considérai pas être à la bonne place pour m'autoriser ce genre d'écart. Me contentant de me relever doucement, jeter les tissus sales et lui refaire face. Le regard désabusé par l'état de la robe de la petite future reine.

- Je pense aussi que cette robe est irrattrapable... Terminai-je alors en soupirant, ne sachant alors pas quoi faire avec ce vêtement. Préférant laisser cela à Léonie. Peut être avait-elle une solution pour s'en sortir.

-

Ah ? C'était donc pour ça ? Décevant. Cela voulait donc dire que le monstre avait vraiment déjà tout vu l'essentiel. Finalement cette elfe se révélait bien moins intéressante que prévu. Elle, elle, avait voulu de l'exotisme, de l'aventure, de l'inconnu et voilà qu'elle se retrouvait avec une pure citadine jamais sortie de sa bouche d’égout. Oui, "décevant" était le bon terme. Celle-ci avait au moins l'audace de mettre en valeur son âge, sans lequel il n'y aurait vraiment plus eu grand chose d'intéressant, deux cents ans, un âge que la petite reine espérait bien atteindre en tant que demi-elfe. C'est vrai que l'idée de voir des gens du berceaux jusqu'au tombeau, ainsi que les évolutions successives de leurs peurs selon les phases de leur vie, était alléchante. Mais l'autre, là, préférait faire des choses sans intérêt comme traîner dans les bas quartiers où les angoisses sont toutes tellement similaires et si primaires. À croire que c'étaient réellement son corps et ses merveilleux muscles d'elfe qui étaient ses plus belles qualités. Le monstre ferma les yeux, comme pour lui permettre d'avoir accès à ses paupières, pour savourer une fois de plus cette contemplation organique, ne les rouvrant que lorsque la garde du corps improvisée démaquilleuse s'éloigna finalement pour contempler la robe et constater qu'elle ne serait jamais couturière. Et malheureusement, la petite reine devait se ranger à ce constat :

- Ce n'était pas la plus jolie des robes mais elle me plaisait bien. Vous savez, j'ai même demandé à ce que ce soit ces fleurs là qu'on brode dessus. Mais maintenant… C'était un triste résultat en effet. Mais il ne fallait cesser, et ne pas s'appesantir davantage sur ce qu'on ne pouvait pas changer. À la place, autant plutôt montrer ce que c'est que une vie réellement intéressante, le type d'existence à côté de laquelle elle était passée : Moi, j'ai été élevée à Zanerim, un ville dans le désert, et là-bas il y avait vraiment des tissus extraordinaires ! Certains qui empêchaient de sentir les variations de température. D'autres qui ne se déchirent jamais. Il y en avait même dont les motifs paraissaient prendre vie lorsque quelqu'un marchait et dansait avec. Là-bas on m'a appris tout ce que j'avais besoin de connaître : littérature, étiquette, politique, histoire, philosophie naturelle, théologie et même des notions de sciences magiques. Et j'ai aussi vu d'autres endroits ! Nous avons été déménagés dans les Terres du Phénix ensuite, un lieu ancien avec une forte histoire et où tout le monde est très intéressant. Nous aurions même pu aller près de Freezis où j'ai un oncle ou un grand-oncle qui est seigneur, je crois, mais nous étions bien trop occupées là-bas. Ah… parfois je regrette d'en être partie. Mais bon, je vous ai rencontré vous …entre toutes ces personnes qui me veulent du mal. …Nandis n'est pas vraiment comme je l'avais espérée. Et c'était vrai, elle avait rencontré si peu de personnes dignes d'intérêt pour l'instant.

-

À l'entendre parler, je ne savais pas quoi penser. C'est vrai que cette robe n'était, au final, pas si terrible que cela. Après tout, je n'avais jamais vraiment porté ce genre de vêtement parce que je préférai toujours ce qui était décontracté ou, évidemment, être dans mon uniforme parce que c'était là où je me sentais moi-même. Mais mon attention fut captée par ce qu'elle disait et, son regard, semblait profond. Comme si elle me perçait à jour. Une vague de déception l'avait traversée au moment où je lui avais révélé ce que je faisais de manière générale. Évidemment, je ne pouvais pas tout mentionner, au vu de mon âge, il aurait fallu y passer la semaine entière pour tenter d'en raconter n'en serait-ce qu'un tiers. Mais au-delà de ce que pouvait penser la petite fille, j'étais réellement intéressée par ce qu'elle disait. Il était clair que c'étaient des histoires que j'avais déjà entendue pour certaines mais au moins, soudainement, elle me confia un peu de son passé. Je ne pourrai pas dire si cela résultait de mes pensées et qu'elle les avait lue pour alors m'en parler ou juste voulait-elle se confier d'elle-même. Cependant, la petite pointe d'orgueil et d'arrogance qui nageait dans ses propos ne me lassait aucuns doutes sur le fait qu'elle tentait vainement de me prendre de haut, peut-être. Mais ce fut d'un sourire simple, pleine d'attention, que je l'écoutais, réellement captivée par ce qu'elle disait. Il était vrai que ma vie avait été assez localisée dans cette cité et que j'en étais très rarement sorties. Après tout... j'en avais jamais eu besoin et ma place avait toujours été auprès des Avelyn d'ici.

Mais plus les paroles de Enyale s'écoulaient, plus ma respiration ralentissait. Plus je faisais le calme dans mon esprit, plus la tempête qui sévissait à l'intérieur se tut soudainement. Fermant brièvement les yeux en inspirant longuement, je les rouvris. Attendant patiemment que la petite mette un terme à son monologue pour pouvoir répondre. Le moment où j'obtiendrai des réponses allait arriver maintenant ou les minutes qui allaient suivre. Mon esprit fermé à toute intrusion extérieure allait mettre des bâtons dans les roues de la petite fille, je l’espérai. Je refusais de devoir être plus redevable que je ne l'étais actuellement à Léonie et plutôt me fier aux mises en gardes de Arcadia afin d'en vérifier la véracité, d'être sûre de moi.

- Zanérim est une cité que je souhaiterai beaucoup visiter un jour, peut être... Commençai-je à me confier avec une légère touche de regret. Mais ma place se trouve auprès de ma famille ainsi que de vous, je ne peux pas me permettre de faillir à cela, j'ai une dette immense. Il est vrai que Nandis n'est pas une cité facile à vivre quand on ne la connaît pas... Mais je puis le dire que y a beaucoup plus de belle chose qu'on ne pourrait le penser et j'espère aider à améliorer cela encore à l'avenir.

Ma conclusion était globalement fausse si on pensait qu'à la royauté ou la noblesse... mais mon attention était surtout localisée sur tout ce qui se trouvait en-dehors de cela. Même si la pauvreté y régnait, je parvenais à y apporter mon soutient, avec certains membres de ma famille. D'ailleurs, maintenant que nous étions en train de discuter, les trois minutes devraient pas tarder à être écoulée et je jetai un œil au passage par lequel Léonie s'était volatilisée. Espérant la voir surgir à nouveau, tout en remettant mes gants en métal aux mains, je déglutis longuement. Allait-elle tenir parole et revenir et terminer de préparer Enyale ? Allais-je me retrouver dans un nouveau pétrin pour être écartée de ma place ? Néanmoins... ce qui était sûr, c'était que je me devais d'être prudente, d'arrêter d'être naïve et enquêter sur ce qui se tramait ici, discrètement. Tenter d'avoir un coup d'avance sur tous le monde. À commencer par vérifier si la petite Enyale était si terrible que l'avait prétendu les deux membres de la Guilde et le drôle de dégoût que j'avais ressentis au travers du Capitaine de la garde quand il avait posé les yeux sur elle.

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MessageSujet: Re: Rencontre avec la future Reine de Nandis   Rencontre avec la future Reine de Nandis Icon_minitime1Dim 21 Mar - 2:01

Les minutes s'écoulèrent lentement, et lorsque Althéa et Enyale se rendirent compte, sans se l'avouer, qu'elles n'avaient plus rien à se dire, une silhouette apparut dans l'encadrement de la porte dérobée par laquelle Léonie s'en était allée. Voilée par l'obscurité du corridor qui s'étirait dans son dos, la présence attendit que des yeux se posent sur elle pour s'extraire des ténèbres. A présent nimbée de lumière, il ne fut guère difficile de la reconnaître, toujours coiffée de sa charlotte de servante, Léonie se présenta à la future reine les bras chargés d'un somptueux corset. En dépit des précautions de la jeune femme, la voilure qui y était rattachée touchait terre. Le pan de soie était si ample que même plié en quatre, la taille de Léonie ne suffisait point à lui épargner le sol. L'arpenteuse des ombres considéra sa vis-à-vis, espérant complaire à cette dernière par cette broderie de secours, elle patienta jusqu'à obtenir une réaction. De couleur lilas, la robe dénotait clairement avec l'actuelle qui drapait les épaules d'Enyale. Ses finissions cousues de fils d'or aux motifs exotiques, donnaient à elles seules la curieuse impression qu'il s'agissait là d'un habit royal.  Faisant ainsi passer la tenue présente de la future reine pour un haillon tout juste bon à débarrasser le mobilier de sa poussière. Le tissage était si fin et soigné qu'il miroitait l'éclairage de la pièce, le rendant presque vivant. Plus étrange encore, le corset, d'un ton légèrement plus sombre que l'ensemble, semblait taillé pour épouser les atours de la demoiselle.

Le regard déguisé d'Isnylia laissait entrevoir qu'un profond secret était à l'origine de cette robe. Car oui, à la base il s'agissait d'une commande, mais qui, suite à de sombres circonstances, se dut d'avorter. Pour une raison qu'elle ignorait encore, l'arpenteuse des ombres termina le travail pour lequel elle ne fut jamais payée. Depuis, l'habit séjourne parmi ses propres biens, et ce, tout en sachant qu'elle ne pourrait jamais le porter, ni même livrer cette commande qui remontait à plus de huit ans. Nul ne s'abaisserait à sonder la malle d'une boniche, moins encore à s'assurer qu'elle ne disposait point d'un double fond. Outre le fait d'être le fruit d'un parfait déséquilibré, qui pouvait se douter qu'une domestique, même à la solde de la guilde, puisse disposer d'un trésor semblable à celui-ci ?

La jeune Isnylia n'avait que seize ans à l'époque où ce mystérieux client la contacta par missive. Reconnue dans l'art de la couture, la môme n'était toutefois guère bien traitée par ses pairs. Jaloux de son talent doublé d'un âge qui résonnait comme une insulte à leur profession, les grands de ce monde se chargèrent de la décrédibiliser. Et que pouvait bien faire une orpheline contre cette concurrence déloyale, hormis auréoler de ses larmes les restes de ses oeuvres mises en charpie ? Ces épisodes dégradants n'alimentaient qu'un seul et même but ; la mettre au même niveau qu'une chiure de mouche sur le rebord d'une latrine. Certains assemblages, autres que celui-ci, lui prenaient toute une semaine à élaborer, dont plusieurs nuits. Mais Isnylia n'entretenait aucun contact avec les transporteurs de marchandises. Une machination de plus de la part des mercantis, elle le savait, mais là non plus, elle ne pouvait rien y faire. Pas frontalement en tout cas, aussi, quelques-unes de ses oeuvres parvinrent à passer le filtre immoral tissé par ces derniers, après qu'elle les aient eu maquillé en guenilles semblables à ce que ces macaques vendaient. De rares clients purent donc jouir d'une satisfaction nouvelle, or, il se trouva que l'un d'eux, fut une personne d'importance. Conduisant ainsi Isnylia jusqu'au plus grands sommets de la haute-couture.

Même si elle ne craignait pas ces faquins, la jeune femme prit malgré tout grand soin de les préserver de son passé. Car ce qu'ils pensaient à tort, être un talent inné chez Isnylia pour ce qui était du maniement de l'aiguille, s'en retrouveraient fort surpris en apprenant d'où cela lui venait réellement.

Modeste enfant d'une mère couturière et d'un père vendeur de tissus, Isnylia avait toutes les cartes en main pour devenir ce que nous savons d'elle aujourd'hui. Mais Loominëi nourrissait vraisemblablement d'autres projets pour elle. La petite famille faisait partie de ces marchands itinérants qui permettait à toute une province de prospérer. Leur parcours était toujours le même ; Nandis, qui était leur point de chute, Les collines d'Umar, où ils ne demeuraient pas plus d'une nuit, et Zanérim, où les échangent allaient bon train. Ce fut d'ailleurs au cours d'un de ces voyages que tout bascula. Attaquée au crépuscule par des bandits de grands chemins, la famille se vit amputer de l'un de ces membres d'une flèche dans le cou. Les chevaux effarouchées partirent au galop, dételant dans leur folle course le chariot qu'ils tiraient ! La fourragère toute branlante, entrainée par son élan, se heurta à un talus qui la fit chavirer. La maman hurla, ou bien c'était elle, Isnylia ne se rappelait plus très bien de ce moment. A huit ans, tout se passe très vite lorsque la tension crève le plafond. Elle tomba et manqua de peu de se faire écraser par le chariot désormais éventré. Sa mère ne profita point de ce traitement de faveur... la poitrine enfoncée par le poids des gravats, succomba avant qu'elle ne puisse tenter de l'aider. Les forbans riaient de leur exploit, et alors qu'ils se ruaient sur leur butin, des cavaliers Elfes sortis de nul part les firent taire pour toujours.

Sans même prendre le temps de lui parler, ou peut-être savaient-ils qu'elle serait trop choquée pour émettre un son, les guerriers Elfes se saisirent de sa personne. Lorsqu'elle se réveilla, dans un état complètement vaseux, une Elfe, aussi belle que dans les histoires, se trouvait à son chevet. Ses doigts délicats enserraient sa main, ce qui fit disparaître la peur panique qui s'insinuait peu à peu en son sein. Elle disait s'appeler Filmenila, et qu'elle s'excusait pour le malheur qui s'abattait sur sa famille. Mais que sa présence ici n'était quant à elle guère le fruit du hasard. Isnylia ne comprenait pas, que pouvaient lui vouloir les Elfes ? Filmenila lui détailla la situation sans qu'elle n'ait eu besoin d'ouvrir la bouche. Et ce qu'elle apprit alors eut l'effet d'une tornade dans son esprit ! Ses parents comptaient la vendre à un certain Hockler une fois de retour à Nandis. Pire qu'une trahison, cela donnait la mort à tout ce qu'elle avait pu chérir jusque là ! D'après Filmenila, ce Hockler menait la belle vie grâce au travail que fournissait ses esclaves, et pensait ainsi faire une belle affaire avec une fille rompue dans l'art de la couture. Malheureusement, deux jours avant que le drame ne survienne, l'homme parvint à faire l'acquisition d'une Elfe versée dans le métier en question. Isnylia n'avait donc plus aucune valeur à ses yeux, et jamais il n'accepterait de se séparer de sa nouvelle poule aux oeufs d'or. Cela ne faisait pas trente heures que l'Elfe cousait pour lui, que déjà, la bourgade d'Umar avait eu vent de ses ouvrages.

Légitimement, Isnylia demanda qui était cette personne, et surtout, pourquoi l'avoir sauvé du trépa maintenant qu'elle n'avait plus rien ? D'un calme qu'elle n'avait encore jamais vu, Filmenila lui avoua qu'il s'agissait de la fille de sa défunte soeur, et qu'elle était tout ce qu'il lui restait d'elle. Quant au fait de l'avoir secouru, elle ne pensait guère avoir besoin de le lui expliquer tant la logique était évidente, même pour une enfant. Pour une gamine Elfe peut-être, mais Isnylia n'en démordit point, car elle n'avait aucune envie d'échapper à une servitude pour une autre ! Meubler un vide, très peu pour elle. Filmenila sembla offensée, mais lorsqu'elle répondit, un sourire avait éclaircit sa voix. Il ne fut jamais question de remplacer Maëlie, mais plutôt de la délivrer en proposant un échange plutôt qu'une guerre. Le visage de la petite se tordit sous le coup de la perplexité. Echanger ? avec moi ? pensa t-elle. Oui. Répondit froidement l'Elfe. Mais... comment ? Rien de plus simple, poursuivit-elle sur le même ton. Elle allait lui enseigner tout ce dont elle avait besoin de savoir sur la couture Elfique, afin que Maëlie puisse retrouver son foyer.

Cela prit sept longues années. Quoique... pas si longues que ça lorsque l'on savait qu'un quart de siècle était nécessaire pour maîtriser les secrets de cet art ancestral. Filmenila demeura froide et distante tout au long de son apprentissage, mais sur la route de Nandis, la maîtresse autoritaire des jours passés se révéla très câline à l'égard de son élève, ex-élève. Mais Isnylia, maintenant âgée de quinze ans, ne s'y trompait point. L'Elfe excentrique ne voyait en elle que la clé qui permettrait à Maëlie de retrouver la liberté, sans se soucier de ce qu'il adviendrait d'elle par la suite. Une fois que le coffre au trésor est ouvert, on ne se préoccupe plus guère de l'outil ayant servi à l'ouvrir. Tel était le Destin d'Isnylia, une enfance bafouée par l'étude de la haute-couture Elfique, pour ensuite vouer le reste de son existence à la servitude chez un pouilleux de Nandis. Les leçons furent si assommantes que l'adolescente en avait complètement oublié son nom de famille. Désormais, il ne lui restait plus que Isnylia.

Depuis lors, et sous les recommandations de Filmenila, la jeune fille entretient un journal afin de garder trace écrite de tout ce qu'elle a fait, et se doit encore de faire. Estimant l'esprit Humain par trop faible pour supporter un tel savoir en si peu de temps, l'Elfe craignait que Isnylia n'éclipse les bases, comme si le fait d'apprendre les dernières lettres de l'alphabet lui faisait irrémédiablement occulter les premières. Ca ne sera que plus tard que ce cahier de bord revêtira l'allure d'un authentique journal intime.

Lorsqu'elles parvinrent à destination, le fameux Hockler les attendait sur le pas de sa porte. Le crâne dégarni, les cheveux grisonnants, les sourcils en broussailles, il les fixait de ses yeux bleu lagon par un jour de grand soleil. La bâtisse accusait quelques fissures sur sa façade vieillie, mais en dehors de cela, elle semblait être en bon état. Dans la cour trônaient deux étals sur lesquels reposaient des pièces de tissus étrangement identiques. L'homme les invita à descendre de voiture puis à le rejoindre jusqu'à son installation de fortune. Isnylia fut placée devant celui de droite, il siffla, puis une fille sortit d'un baraquement au faux air de débarra. L'adolescente supposait qu'il s'agissait du quartier des esclaves, ce qui s'avérera être juste. En dépit de sa condition de serf, sa chevelure corbeau était soignée et correctement brossée. Ses vêtements ne payaient point de mine, mais cela n'entachait en rien son élégance naturelle. Filmenila n'avait pas encore trahi une émotion que Isnylia fit le rapprochement entre Maëlie et cette fille. L'institutrice conserva ce calme qui l'avait tant marqué à l'aube de leur longue et tortueuse collaboration, humble, elle se contenta de saluer sa nièce par une courbette. Les mains jointes sur son abdomen, elle s'avança jusqu'à l'étal que Hockler lui indiquait. Sa démarche était si souple et gracieuse qu'elle donnait l'impression de flotter sur le pavé. A la suite de quoi, le vieil homme fit part de ses exigences à son auditoire, car il était hors de question qu'il perde au change. Aussi, la prétendante allait devoir affronter Maëlie dans un combat singulier entremêlant fils et étoffes dans une danse d'aiguille qui fut à l'origine de la renommée de Hockler.

Lorsque le signal fut donné, les deux femmes se mirent au travail. Elles avaient pour devoir de réaliser une chemisette de luxe en une heure de temps. Un sablier suspendu sous un préau veillait au grain près à ce que le temps soit respecté, lorsqu'il arrivera à terme, mu par un enchantement, il se retournera de lui-même tout en faisant tinter une petite cloche inexistante. Isnylia pourrait parfaitement saboter ce duel en refusant tout bonnement d'obtempérer. Mais elle avait suffisamment respiré l'air de Lalwende pour toute une vie, et quelque chose lui disait que Filmenila se montrerait beaucoup moins conciliante si une telle chose venait à se produire. L'adolescente se demandait bien pourquoi d'ailleurs, car que pouvait bien signifier sept ans pour un Elfe ?

Le geste de Maëlie était beaucoup plus assuré que le sien, mais elle ne donnait guère l'impression de penser. Son cheminement était mécanique, elle ne faisait que répéter une opération qu'elle avait déjà du réaliser plus d'un millier de fois. Pour Isnylia en revanche, le challenge s'illustrait autrement dans le giron de son esprit. La jeune fille se représenta la toge dans son ensemble, puis, au gré de ses émotions, y ajoutait une broderie par ci, un noeud par là. Peaufinant son patron imaginaire, ses mains n'avaient toujours pas effleurer le tissu qui ornait sa table. Ce ne fut qu'une fois satisfaite, que Isnylia s'attela à la tâche. Elle allait moins vite que sa concurrente, mais cela lui importait peu, car elle savait où elle allait, et surtout, où cela la mènerait.

Il restait encore un bon quart du temps imposé dans le sablier, lorsque Maëlie quitta son poste pour draper le mannequin de sa petite nuisette. Elle effectua quelques retouches, et fit savoir qu'elle en avait terminé. Loin de se laisser impressionner, l'adolescente continua d'oeuvrer jusqu'à ce que la quantité de sable restant ne soit plus guère visible. De grosses gouttes de sueur lui brûlaient les joues, et malgré le ciel couvert, son front avait été cuit par le soleil de Pyros. Ce fut donc le visage luisant et les mains moites qu'elle se rendit jusqu'à son pantin pour l'affubler de sa nouvelle tenue. Le carillon retentit dans la seconde qui suivit l'habillement, sortant ainsi Hockler de sa torpeur. Grimaçant lorsqu'il décolla son séant du rocking-chair dans lequel il s'était enfoncé, le vioc se déplia au prix d'un craquement dorsal des plus disgracieux. Les yeux bouffis par le travail abattu, Isnylia fut en proie à la myopie chaque fois qu'elle s'osait à relever la tête. Prenant le risque de se faire châtier plus tard pour cet aveu de faiblesse, la jeune femme posa une fesse sur le bord de son étal afin de permettre à son coeur de ralentir. Tandis que Maëlie se tenait plus droite encore que son mannequin d'exposition, l'adolescente défraîchie ne fut point en mesure d'abandonner son coin de table pour afficher un galbe pareil au sien.

L'esclavagiste commença par inspecter sa réalisation. Ce dernier étant familier des oeuvres de Maëlie savait manifestement déjà à quoi s'attendre. Il se frotta son menton mal rasé entre son pouce et son index. Ses épais sourcils ombrageaient ses orbites creusées, ne permettant point à Isnylia de se fier à ses expressions pour savoir si cela lui convenait ou non. Il tourna autour une fois, puis une autre, ainsi qu'une dernière dans le sens inverse, comme s'il avait remarqué un détail qui lui avait jusqu'alors échappé. Un sourire sembla se dessiner sur ses lèvres pincées. Il n'eut guère besoin d'avoir recours au toucher pour comprendre ce qu'il contemplait. Luttant pour ne point perdre connaissance, fierté oblige, Inyslia ne fit pas attention au déplacement de Hockler qui désormais, se tenait face à Filmenila. Satisfait de la prestation de l'adolescente, le vieil homme en fit l'acquisition d'un seul trait de plume. Par ailleurs, lorsque le calamus cessa de griffer le vélin, les deux Elfes se jetèrent dans les bras l'une de l'autre, concluant ainsi par ce paraphe, leurs retrouvailles.

Le vieillard voulut par la suite guider Isnylia jusqu'à ses nouveaux appartements, mais cette dernière afficha une masse autrement plus lourde que ce son physique laissait présager. L'adolescente ornait toujours son coin de table, mais son regard rougi ne décrochait plus de la scène qui se jouait devant elle. Une part d'elle partageait cette joie qui les rendait presque humaines, mais une autre, plus sombre, attendait une reconnaissance qui jamais ne viendra. Depuis que le contrat de Maëlie lui fut remit, et son bracelet retiré, Filmenila cessa de poser ses yeux ambrés sur elle. A ce moment elle comprit, elle comprit qu'à l'instar d'un songe, Isnylia ne comptait déjà plus. Ainsi elles partirent sans se retourner, et ce fut dépiter que l'adolescente abandonnée à son nouveau Destin, se résigna à suivre Hockler jusque dans le quartier des esclaves. Cette vie ne sera certainement pas pire que la précédente, se rassura t-elle.

Trois jours avaient passé, et contrairement à ce qu'elle s'était imaginée, l'esclavagiste ne la mena point dans l'enclot, comme il aimait à le nommer, mais au sein même de sa propre demeure. Isnylia avait une chambre rien que pour elle, un atelier de couture extraordinairement complet, et profitait de repas aux saveurs exquises. En dépit de son physique peu attrayant, Hockler la traitait avec respect. Lorsqu'il lui listait les exigences de ses clients, il le faisait toujours avec humour. Si la jeune femme hésitait, elle savait qu'elle pouvait compter sur lui pour tirer le meilleur d'elle-même. Désormais, Filmenila et sa forêt étaient loin derrière elle tant l'avenir lui paraissait vaste. Le soir venu, alors qu'ils étaient attablés pour le souper, Isnylia se risqua à une question : "Vous ne m'avez pas vraiment choisi, pas vrai ?". En préambule, le vieux laissa retomber sa cuillère de bois dans le bol. Ses prunelles grises la considérèrent jusqu'à la rendre mal à l'aise, puis il répondit d'une voix cérémonieuse : "Détrompez-vous petite perle, Maëlie n'avait pas encore mis le fil dans le chas que déjà la chemisette me paraissait plus nette qu'elle ne saurait l'être dans le réel.". Il souriait, et l'absence de ses dents n'altérait en rien la franchise de cette émotion. "Les oeuvres de Maëlie n'intéressaient plus personne depuis près de deux ans. La mode est changeante vous savez, et les gens se lassent vite. Mais ce que vous avez fait durant cette heure, ça n'a pas de prix chère enfant ! Votre créativité est votre plus grand talent, c'est pourquoi je vous encourage à l'initiative. Vous avez l'art d'illustrer l'âme.". Ses mots lui allèrent droit au coeur, et quand bien même sa manière de manger menaçait de mettre à jour tout ce qu'elle avait pu ingurgiter, Isnylia reconnaissait volontiers que sa gentillesse éclipsait tous ses défauts.

Le mois suivant, l'adolescente à présent rayonnante, surprit le vieil homme en pleine conversation avec un... saucisson ? Il ne semblait guère perdre la boule, mais ses propos eurent le mérite de l'inquiéter. "Penses-tu que cela lui suffise ? Je tasse je tasse, mais il en demande toujours plus. Il me dit que le blanc est plus digeste, je m'y emploie, mais les gargouillis ne se taisent pas pour autant." Dans l'embrasure de la porte, Isnylia épiait chacun de ces faits et gestes. Sur le coin supérieur droit de la planche sur laquelle ses coudes reposaient, était disposé un monticule de petites boules blanches. Elles formaient une pyramide d'une dizaine de centimètres, tandis que sur la gauche, une demie douzaine de tranches y étaient empilées. La jeune femme fronça des sourcils, mais poursuivit malgré tout son observation. De ses ongles cornés, il extirpait une à une les sphères graisseuses qui constellait le saucisson, puis les disposait minutieusement sur l'apex de son polyèdre. Régulièrement, l'une d'elles se décollait, gonflant un peu plus ses flancs. Une fois qu'il avait pelucher tout ce qu'il pouvait, il tranchait la viande maigre, avant de la déposer sur ses soeurs à sa gauche. Puis il répéta le rituel, et quand il estima en avoir suffisamment, d'une poignée il avala l'ensemble de l'édifice. Isnylia ne put que grimacer, mais non sans s'assommer de questions...

Au crépuscule, allongée dans son lit grinçant, l'adolescente se remémora l'ensemble de son séjour. Son passage chez les Elfes l'avait très certainement aveuglée sur des faits qui lui aurait normalement paru étrange, mais en dehors des immondices dont Hockler se repaissait, elle ne découvrit rien de suspect. Chacun était libre de ripailler comme il l'entendait, et si le vieillard chérissait le gras au point de lui faire la conversation, c'était son droit le plus strict, alors pourquoi cela l'angoissait-elle ? Pourtant, en dépit de son hygiène de vie qui frôlait le zéro absolu, le vioc témoignait encore d'une certaine énergie, et pas une couche de ce fameux gras n'enrobait sa chair, on ne pouvait d'ailleurs faire plus sec. Seulement, plus les jours passaient, plus il se goinfrait. Une fois, il déboula dans son atelier avec une énorme tranche de lard à la main, dont une autre qui débordait de sa poche, telle une vieille langue toute flasque que les années se seraient chargées détirer. Dès lors, tous les voyants furent au rouge, mais elle eut beau essayer de lui soutirer des informations, rien y faisait, il ne voulait pas en entendre parler !

Le surlendemain, il fut clouer au lit pour de bon. Complètement perdue, Isnylia tenta de comprendre son affliction par divers moyens, en vain... En proie à l'impuissance, elle sortit prendre l'air. Imaginant peut-être trouver la solution à son malheur dans les cieux, la jeune femme s'y plongea entièrement. Le plafond nuageux qui couvrait le toit des plus hautes bâtisses ne fut guère en mesure de la priver de sa méditation. Les yeux clos, la jeune femme s'accorda quelques minutes lorsqu'une masse glaireuse s'écrasa sur son épaule ! Saisie, elle chancela quand un cri émit par une gorge encombrée s'éleva depuis l'étage. Une terreur abjecte s'empara alors de tout son être, laissant ainsi son subconscient se charger du reste. Sans que Isnylia ne le décide, son esprit associa la fiente qui lui était tombée dessus à un désastre imminent. Désastre contre lequel il lui serait impossible d'interagir... Malgré la panique, la couturière enjamba les marches quatre à quatre. Mais avant de pousser la porte qui lui donnerait vue sur le mourant, d'un revers de la main, elle chassa l'immondice de sa peau, comme si cela suffirait à conjurer le mauvais sort. Et ce dont elle sera le témoin scellera à jamais cette phobie à son moi le plus profond.

Le vieux Hockler n'avait plus l'usage de la parole, ses yeux exorbités fixait le plafond, tandis que ses mains décharnées froissaient les draps. Lorsque les convulsions l'assaillirent, prise de panique, l'adolescente s'en alla chercher la seule chose qu'elle pensait à même de l'apaiser. En un éclair, elle fit l'aller-retour. Une assiette à la main, des morceaux de couennes grossièrement taillées y étaient disposées en quinconce. Isnylia s'agenouilla au chevet du mourant, puis porta à sa bouche un de ces cubes visqueux qu'il chérissait tant. Le vieillard bougeait toujours, mais elle ne discernait plus son râle, comme s'il étouffait ! Craignant le pire, la jeune femme voulut s'assurer que rien ne faisait obstacle à ses voies respiratoires. La précipitation lui fit par ailleurs lâcher sa prise, ce qui suscita l'horreur ! Au moment où le lard glissait d'entre ses doigts, une tête blanche, semblable à celle d'un serpent, jaillit de ses lèvres décolorées. Isnylia s'époumona dans un cri de terreur, puis recula jusqu'à ce qu'un mur ne la prive de toute retraite. La bête avait manquer sa cible, mais son intention était limpide, elle voulait sa ration !

Etait-il la proie d'une malédiction, serait-ce l'oeuvre de Filmenila ? Cela aurait pu, mais l'adolescente n'y croyait guère. L'Elfe avait bien des ombres au tableau, mais ce genre d'acte ne lui ressemblait point. Maëlie peut-être ? Non, elle n'en savait rien. Aussi, plutôt que de se concentrer sur ce qu'elle ignorait, Isnylia se focalisa sur ses maigres connaissances. Au temps où elle vivait encore avec ses parents, elle se souvint de paroles qu'aurait proféré sa mère. Même si plus tard il fut dans ses intentions de la vendre à un esclavagiste pour une poignée de rondelles métalliques, ce n'était pas dans sa nature d'affabuler. Malgré l'horreur qui la prenait aux tripes, surtout en voyant le larynx de Hockler se tortiller en épousant les formes du monstre qui rampait en lui, l'adolescente permit à sa défunte mère de s'exprimer derechef. "Le Venganza sera ta perte si tu gobes ça sans le faire griller !". Le Venganza était un parasite issu de viandes porcines, une manière pour le porc de se venger de ceux qui se nourrissaient impunément de sa chair. Toutefois, jamais elle n'aurait pu imaginer que le bestiau puisse être en mesure d'atteindre des proportions aussi démentes ! Il était devenu si vorace qu'il ne craignait plus d'affronter l'extérieur, y compris cette lumière aveuglante dont la carcasse de son hôte l'avait jusqu'alors préservé. Etant donné le régime alimentaire de Hockler, ce n'était pas si illogique, et après reconsidération, cela n'avait tout compte fait, rien d'effrayant. Par contre dégoutant, ça oui, ça l'était !

Consciente qu'elle ne pouvait plus demeurer sous ce toit, Isnylia se débarrassa de son bracelet d'esclave, puis se rendit jusqu'à la place de l'Hybride. Elle échangea avec bon nombre de marchands, puis finit par se faire une place comme couturière chez un vendeur de tissus notoire. Retour à la case départ songea t-elle avec ironie... Bien que la qualité de sa marchandise était précaire, cela ne l'empêcha guère de se faire un nom dans le métier. La suite, nous la connaissons. Le mystérieux client à qui elle devait l'existence de cette robe couleur lilas, lui avait envoyé une première missive afin de savoir si le travail proposé était dans ses cordes, et surtout, si elle était intéressée de le faire. Isnylia ne put laisser passer pareille occasion, et s'empressa aussitôt de répondre. D'après l'adresse, il s'agissait d'un richissime personnage vivant dans les quartiers huppés de la capitale. Selon ses dires, il voulait un habit royal pour les épousailles de sa fille. Ce dernier se chargea même de lui faire livrer tous les matériaux nécessaire à sa conception. Du fil d'or, des joyaux, des fibres de Tissesoie (une espèce rare d'araignée), des étoffes en provenance des quatre coin du monde et bien d'autres encore. Afin d'être à la hauteur de ces produits d'exceptions, Isnylia conçut son plus beau métier à tisser. Il n'était pas grand, mais sacrément précis ! Et une fois que toutes les exigences du client furent dûment notées, la couturière s'employa à la tâche.

Son coeur se brisa en un millier d'éclats lorsqu'un messager lui fit part de l'abandon du projet. En plus de cette funeste nouvelle, il avait également pour ordre de récupérer les matériaux qu'on lui avait confié. Isnylia se débrouilla pour ne rendre que ce dont elle n'avait pas l'usage, puis termina ce qu'elle avait commencé. Jamais plus elle n'aura le privilège de travailler de telles matières, ainsi elle y mit tout son amour, et cela pouvait se voir dans chaque point.

Lorsqu'elle en eut fini après un dur labeur de quatre mois, Isnylia rangea soigneusement la robe et son corset dans une malle à double fond, depuis, cette dernière la suivait comme son ombre. La mendicité fut le maître mot pour subsister tout au long de la conception. Seule cette robe importait, ce qui la poussa à délaisser ses autres clients qui finirent par se tourner vers ses rivaux. La jeune femme parvint certes à étancher son obsession, mais la contrepartie se soldait par la perte de tout ce qu'elle était. Sa notoriété, son ambition, son avenir... Curieusement, elle prit assez bien. Ce monde de requins n'était pas fait pour elle, à choisir, elle préférait se trouver de l'autre côté de l'aquarium. Ainsi elle migra jusque dans les bas-quartiers, puis se fraya un passage dans le milieu criminel.

Ce fut au cours d'une nuit particulièrement agitée que plusieurs questions revinrent sur la table. L'identité de ce mystérieux commanditaire, les mensurations plutôt chétives de la future épouse, et surtout : le pourquoi de cette annulation ! Sans vraiment savoir où cela la mènerait, Isnylia mena sa petite enquête. Maintenant qu'elle avait rouler sa bosse dans les ruelles les plus sinistres de la cité, ce n'était pas un saut chez les bling-bling qui allait susciter son inquiétude. Sans trop se forcer, elle découvrit que la personne en question était morte de bien cruelle manière. La meurtrière ne serait autre que sa fille, Myla ! avait craché le témoin. Intriguée, la jeune femme demanda une description millimétrée de la parricide. Taille d'enfant prépubère, charpentée, regard perçant, crinière de feu... De toute évidence, elle était connue dans le coin, et même respectée, au-delà d'être crainte pour ce dont on l'accusait. Isnylia était bien placée pour connaître les conséquences d'un jugement hâtif. Mais quelque chose ne collait pas dans cette histoire, car le corset qu'elle avait conçu serait par trop étroit pour une personne dite charpentée. La fureteuse n'apprendra que bien plus tard l'existence d'une jumelle à cette Myla. Et lorsqu'elle rencontra Kinsy pour la première fois, elle sut d'emblée que la robe couleur lilas qu'elle avait confectionné quatre ans auparavant, lui était destinée.

Quand elle quitta la pièce après le départ des soldats, Isnylia traversa les longs corridors ténébreux avec une idée très précise en tête. De retour dans ses appartements, elle ouvrit la malle, jeta par-dessus l'épaule l'ensemble de ses fripes, déverrouilla la trappe qui servait de fond factice, tira sur la cordelette, puis se figea. D'un seul coup, toute l'histoire de cette robe lui éclatait en plein visage, elle était étendue là, comme si le temps s'était arrêté. L'émotion était d'une telle intensité qu'elle hésita à s'en saisir, ou bien craignait-elle qu'elle ne s'effrite ? Du bout des doigts, elle effleura sa surface, abaissa les paupières, cessa tout mouvement, et inspira profondément avant l'extraire méthodiquement de sa boîte. Le souffle soyeux du tissu caressait ses tympans à l'instar d'un murmure. Une très légère odeur boisée envahit ses sinus lorsqu'elle la pressa contre son giron. Inconsciemment, Isnylia se mit à sourire. En sachant ce qu'était devenue Kinsy et la manière qu'elle avait de se vêtir, l'imaginer maintenant avec ce drap de luxe sur le dos contrastait drôlement avec ce que son père souhaita jadis pour elle. Une preuve de plus qui démontrait que les parents étaient bien toujours les derniers informés lorsqu'il s'agissait de connaître leur progéniture.


Rencontre avec la future Reine de Nandis Leonie10

- Le Destin a t-il voulu que cette robe soit vôtre, Majesté. S'annonça Léonie une fois qu'elle parvint jusqu'à son contact.

D'un mouvement assuré, elle libéra l'habit de ses pliures, créant ainsi une brise qui repoussa les mèches de la future reine jusqu'à ses oreilles. Les pans de tissu churent en cascade, éclipsant la lumière qui réchauffait sa silhouette. La parure avait fière allure avec ses broderies qui descendaient du col jusqu'au décolleté, s'écoulant tel ruisseau avant de disparaître sous le corset. Les pierres enchâssées dans le busc jouaient chacune son rôle. Tandis que certaines mettaient en valeur les atouts féminins de sa porteuse, quels qu'ils soient, d'autres veillaient à disperser les regards un peu trop entreprenants. Celles-ci respectaient une géométrie parfaitement élaborée qui incitaient quiconque s'osant à la contempler, à la voir dans son intégralité. Léonie ne put toutefois poursuivre ses investigations qu'un pas cadencé résonna depuis chacune des portes. Les soldats revenaient, et à en croire le boucan qu'ils causaient, ce n'était pas à des fins amicales ! Tout naturellement, Isnylia voulut se fondre dans l'obscurité pour échapper à ce nouvel assaut, mais elle ne le puit, pas cette fois là. Si elle venait à se volatiliser alors qu'elle était supposée rapiécer la robe d'Enyale, quelles conséquences cela engendreraient ? Mieux valait l'ignorer. Le ventre noué, la jeune femme recouvrit le mannequin de bois de son bien le plus précieux, attendant à ses côtés que le garde royal fasse son entrée.

Rencontre avec la future Reine de Nandis Capi10

Faisant fi des convenances, la porte s'ouvrit à la volée. Une urgence guidait ces hommes, et le commandant s'en venait justement la juguler ! Sans un mot, le chevalier grisonnant traversa la chambre, puis se posta juste devant Léonie. La main sur la garde de son épée, il plissa des yeux pour la dévisager. La domestique ne bougeait pas d'un pouce. Une mouche se serait posée sur son oeil qu'elle n'aurait point cillé. Son corps d'armes n'avait pas investi la pièce, se contentant de barrer tous les passages qui menaient au dehors.

- Pardonnez cette irruption, gentes Dames, mais il se trouve que l'une d'entre vous n'a point sa place dans cette aile du palais ! Avait-il clamer tout en ne cessant de fixer la servante. Soldats, emmenez là !

Médusée, Isnylia se laissa saisir par les deux bras, puis escorter sous bonne garde jusqu'à une destination qu'elle supposait plus morne, plus sombre, et plus humide aussi... La jeune femme n'imaginait point Arcadia la trahir, mais avant qu'elle ne soit hors de portée d'écoute, elle put entendre les explications fournies par le commandant à l'intention d'Enyale et sa suiveuse.

- Un jour comme celui-ci, nous nous attendions forcément à ce que les rats sortent de leur trou. Plusieurs membres de la guilde de la dague ensanglantée sont désormais sous les verrous. Je ne saurais que trop vous recommander la prudence, Lady Enyale, ne faites confiance à personne en dehors de Dame Alysse ici présente... Ainsi traînée, les échos de voix se brouillèrent, jusqu'à perdre toute consistance à ses oreilles. Isnylia en avait cependant compris suffisamment pour déduire que les leurs étaient démasqués ! Un réseau d'espions oeuvrait très certainement pour la cause du Roi, ce qui compliquait sensiblement leurs affaires. Car sans eux, plus rien ne saurait les stopper !

Ce qu'elle manqua fut en revanche on ne peut plus clair pour Althéa et la future reine. - J'ai ici un décret signé de la main du Roi qui vous autorise vous, Dame Alysse dite l'oiseau bleu, de veiller à la sécurité de Lady Enyale jusqu'à ce que le mariage ne vous libère de votre devoir. Informa le chevalier royal tout en lui remettant le document cacheté.

Les dix heures allaient retentir incessamment, et se doutant que rien ne serait prêt en l'espace de six minutes, le garde en chef permit à toute une horde de servantes d'investir les lieux. Elles étaient au nombre de six, et portaient exactement le même uniforme, en tout point semblable à celui de Léonie. - Je vais prendre congé à présent. Reprit le soldat alors que les soubrettes virevoussaient tout autour de lui. Un vassal viendra vous chercher sous peu, aussi ne lambinez point. Il frappa sa cuirasse en signe de respect, puis disparut comme il était venu avec l'ensemble de ses hommes.

Il était difficile de ne pas remarquer la robe que Léonie avait laissé derrière elle, mais n'ayant point reçu d'ordres en ce sens, les servantes s'attelèrent à la restauration de l'habit que portait la future reine. Quoi de plus normal en même temps, bien sotte et suicidaire serait la fille qui s'oserait à la dévêtir sans y avoir été invité. Par ailleurs, au cours des cinq prochaines minutes, un vassal s'en viendra la quérir afin de la conduire jusqu'à la salle de cérémonie. Un retard serait pour le moins désastreux...

¤ 7 Khole Gaïa ¤
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MessageSujet: Re: Rencontre avec la future Reine de Nandis   Rencontre avec la future Reine de Nandis Icon_minitime1Lun 22 Mar - 19:25

L'elfe n'était pas stupide, elle s'était rendue compte que l'exposition de la vie trépidante de la petite reine visait notamment à lui faire prendre conscience de la vaste différence qu'il existait entre elles, à lui faire comprendre qu'elle aurait pu mener une vie tellement plus intéressante au lieu de s'enterrer dans cette ville ridicule et finalement assez surfaite. Et cela avait clairement fonctionné sur cette armure au cœur sensible, au point que le monstre nota mentalement ce sujet pour l'asticoter davantage plus tard, lorsqu'elle s’ennuierait. Regardant poliment les expressions de son visage, elle se gargarisait des troubles qui s'y dessinaient, de la tempête qui montait, mais en même temps de la bonté qui essayait de la réprimer, profitant de chaque clignement d'yeux et de chaque respiration un peu précipitée ou trop profonde, le ventre empli d'un plaisir parfaitement dissimulé. De fait, la mentalité trop gentille, pour ne pas dire molle, qu'était la garde du corps conclut finalement ce monologue d'absolue supériorité par l'aveu d'un attrait partagé pour la ville de Zanérim, aveu contrebalancé par l'expression d'une impossibilité, d'un attachement à sa ville, somme toute d'un fort sentiment de responsabilité qui trahissait la faiblesse de son caractère. Mais bon, le monstre ne lui en voulait pas trop, même si elle avait été déçue dans ses attentes, sa race était déjà une nouveauté alors tant pis si ses peurs ne pourraient pas l'emmener voyager dans des forêts lointaines, elle se contentera d'apprécier les différentes morts qui parsèment le passé de celle-ci.

De fait, l'elfe en armure avait d'autres agréments, cela était toujours évident à ce moment-là, alors que son regard se perdait vers le passage par lequel Léonie s'était volatilisée. L'inquiétude de se voir de nouveau injustement écartée était palpable. Il est vrai que, pour peu que les gardes ne reviennent à l'instant, si par exemple un autre espion avait pris le parti d'Arcadia, il lui serait difficile d'expliquer exactement ce qu'elles étaient en train de faire, toutes deux, devant cette immense sortie secrète grande ouverte. Si cela devait arriver, le monstre s'était déjà décidé à se mettre soudainement à crier, à confirmer en bloc les précédentes paroles de la prédatrice et à accuser l'Oiseau bleu de l'avoir menacée et intimidée pour la forcer à mentir pour elle. Avec le niveau moyen d'intelligence de ces soldats et avec son statut, cela avait toutes les chances de passer. Il serait dommage alors de devoir laisser de côté sa vaillante garde du corps, de l'imaginer se sentir abandonnée, trahie, délaissée… Non, en vrai, cela serait une merveilleuse idée. Peut-être le monstre devrait-il déjà commencer à lui susurrer cette possibilité à l'oreille. Cela serait facile. "Imaginez qu'ils reviennent avant Léonie. Que va-t-on faire ? Ils vont vous enlever. Que serais-je censée dire alors ?" En quelques mots à peine, la machine à cauchemar se retrouverait lancée à pleine vitesse dans l'imagination anxieuse et relativement fertile de cette elfe de ville. Ainsi, le monstre était sur le point de lancer cette idée innocemment, de jeter de l'huile sur le feu, avant d'être soudainement interrompue.

C'est sérieusement ce moment que Léonie avait choisi pour revenir. Décidément cette bonne, espionne, ou quoi qu'elle veuille être, n'avait vraiment pas le sens du temps opportun. Un peu plus et il y aurait soudainement eu un cri à l'aide, en représailles. Mais quelque chose de bien plus intéressant que cette facétie lui absorba le regard. La petite reine reconnut au premier au regard le tissu de sa ville natale, le plus beau des tissus. Mais il n'était pas ici tout seul. Au contraire, mêlé de tissages complexes mais qui offraient une apparence de naturel et de motifs exotiques et originaux, il était magnifié. Les pierreries et l'or se glissant dans l'ensemble, s'intégraient parfaitement sans ressortir violemment des soieries par leur richesse comme cela arrivait le plus souvent. Chacun des nœuds était parfaitement régulier trahissant l'ouvrage d'une parfaite couturière, et leur agencement singulier  faisait penser à une pluie matinale qui glisse jusqu'au monde dans un équilibre inconnu et trop beau pour pouvoir être compris des mortels. Personne n'aurait été étonné s'il avait appris que cette robe avait conçue pour incorporer des symboles magiques, tant l'organisation avait quelque chose de mystérieux et faisait savamment supposer un secret archaïque derrière sa conception. Et le monstre ne fut pas non plus insensible à cette intense curiosité, car le second coup d’œil qu'elle lança à la servante allait beaucoup plus loin que la simple vision et glissait jusqu'à s'enfoncer dans les profondeurs de son esprit et de ses peurs, là où personne ne pouvait plus cacher qui il était.

L'adolescente était encore impuissante à améliorer l'état de l'homme au service duquel elle était désormais. L'affliction qui le touchait dépassait ses moyens et ses capacités. Chaque échec renforçait toujours plus son inquiétude face au destin qui les guettait et s'approchait, inéluctable. C'est comme si tout était déjà joué et qu'elle avait les mains liées, qu'elle ne pouvait rien faire pour s'opposer. Au bout d'un moment, la tension fut telle qu'elle se dirigea d'un pas un peu trop pressé vers la porte. Terrassée par l'impuissance, elle espérait que l'air, les cieux, bien que pas aussi grands que ceux que l'on pouvait voir en chariot sur les grandes plaines, pourrait lui donner la solution. Peut-être cherchait-elle aussi à oublier, à s'extraire à cette angoisse qui pesait de plus en plus lourdement sur elle. Un instant, une logue respiration, elle voulut tout évacuer, s'extraire au monde. Mais le destin en avait décidé autrement. Il fallait qu'elle continue à souffrir, à sentir ce poids sur ses épaules, à lui écraser le dos. La boue, les déchets, la chiasse. Sur ses épaules ; dans son existence. La terreur, ou le choc, la projeta sur le sol. L'univers s'était rappelé à elle. Un désastre était imminent, un de plus, dans le meilleur des cas peut-être le dernier cette fois, ou un de plus parmi sa longue liste. Son corps se mit trembler tandis que l'agitation la faisait se relever et courir au chevet de celui pour qui elle savait au fond d'elle sans se l'avouer qu'elle ne pourrait jamais rien.

Des gens qui souffrent, cette fameuse descente d'immondices, mais rien sur la robe. Pour un peu, le monstre en aurait baillé. Enfin ! Tant qu'à se sentir persécutée par le destin, on pourrait au moins avoir une raison valable de l'être. Cela était tout au mieux distrayant mais il lui en aurait fallu plus. Elle aurait voulu aller plus loin, plus profond, glisser douloureusement vers le secret de cette robe et la crainte qu'elle ne soit découverte, ou au moins sortir de Nandis tout de même. La porte qui s'ouvrait à la volée n'eut ainsi aucun mal à la distraire de cette terreur à nu qui l'avait vaguement amusée quelques instants. Si le chef de la garde royale avait choisi un moment plus opportun, mais tout le monde ici semblait incapable de le faire de toute évidence, le monstre l'aurait même accueilli avec les deux bras. Malheureusement il n'y avait plus beaucoup de crainte à son propos qui demeurait encore dans le cœur de l'elfe en armure, juste derrière elle. Et voilà qu'en outre il venait lui retirer sa bienfaitrice du moment. La petite reine se dût de s'opposer :

« Ne pourriez-vous pas au moins attendre qu'elle ait fini de m'habiller avant de faire irruption et de l'emmener ? »

Mais de toute évidence, non, la justice ne souffre point d'attendre, ou du moins pas quand c'était la garde royale qui l'appliquait. À peine les mots avaient été prononcés, sans salutations ni formules de politesse, que la servante se trouvait déjà emportée plus loin. Les explications qui suivirent furent suffisamment claires pour arrêter toute velléité d'entrave à la procédure de la part de la petite reine. Elle avait beau ne pas savoir du tout quelle organisation était la "guilde de la dague ensanglantée", le nom laissait aisément deviner quelle était leur branche de métier, et le ton de la voix du vieil homme dissuadait de penser qu'il s'agissait d'un syndicat de forgeron spécialisé dans les petites armes rouges. Il était clairement des plus improbable qu'il y eût une interdiction particulière de ce métier dans Nandis et que les derniers membres se fussent cachés dans le palais. Quoi qu'il en soit, elle ne pouvait guère répliquer pour qu'on relâche la bonne Léonie et de toute façon personne ne lui aurait obéi, tout au plus pouvait-elle faire quelque remarque sarcastique.

« Il semblerait que cette épidémie d'arrestations dût continuer à toucher toutes les personnes qualifiées autour de moi. Je suppose que je devrai demander à quelqu'un d'autre pour savoir réellement à quoi correspond "la guilde de la dague ensanglantée", n'est-ce pas ? »

Cela passa de toute façon au-dessus de la tête du commandant qui était occupé à leur transmettre le décret signé assignant l'unique Althéa à sa garde. Cela aurait dû être une bonne nouvelle mais, tous les tourments précédents oubliés, le monstre hésita presque à lui demander s'il ne pouvait pas plutôt prendre l'elfe en armure et lui ramener la femme de chambre qui lui avait apporté pareille robe. D'ailleurs, cette robe méritait de nouveaux regards de sa part et elle se désintéressa de la scène pour en admirer une fois de plus les nœuds, les voiles et les drapés. Tout au plus lança-t-elle un vague signe de main courtois pour faire signe au soldat qu'il pouvait disposer lorsqu'il annonça son départ plus qu'il ne le réclama. Il faut dire que cette tunique était si belle. Certes, la petite reine n'appréciait pas beaucoup les corsets en temps normal, étant donné qu'ils mettaient en valeur la maturité d'une femme et ses seins, deux éléments dont elle était dépourvue en tant que petite fille parfaite, mais cette robe aurait magnifié n'importe quelle personne on aurait mis dedans. Même un garçon, pour peu qu'il soit suffisamment petit, aurait été la plus splendide damoiselle du bal avec. Il était bien étrange qu'une simple domestique ait pu se procurer un tel chef d’œuvre. Y avait-il donc des fées couturières cachées dans ces passages secrets ? Ou alors peut-être qu'elle l'avait tout simplement volé. Il fallait donc mieux qu'elle évite de la porter si c'était un objet volé, cela nuirait à son image et maman n'aimerait pas ça pour son destin de reine. Et puis quoi encore ? Ce serait un plaisir de savourer la confusion de cette inconnue qui la découvrirait ainsi habillée de sa magnifique propriété. Avec un peu de chance, celle-ci aurait été tellement choquée qu'elle en aurait fait un esclandre en pleine cérémonie. Le monstre se voyait déjà glisser lentement sur le sol, telle une fleur coupée, pudiquement outragée par une telle insulte, tandis que l'on conduisait la malapprise dans un cachot humide. Oui, ce vêtement royal appartenait bien, désormais, à la nouvelle reine.

Le monstre chassa en se secouant les trop nombreuses servantes qui lui embrumaient l'esprit à lui tourner autour. On aurait dit qu'elles n'avaient pas remarqué l'énorme déchirure qui en ouvrait la jupe extérieure et les nombreuses coutures qui s'étaient écrasées. Que comptaient-elle faire à s'agiter ainsi, la raccommoder comme un sac à patate ? La petite reine regretta un instant Arcadia. La prédatrice avait beau être une femme désagréable, au moins elle savait organiser les choses. Mais bon, il fallait visiblement prendre soi-même les choses en main si l'on voulait un jour arborer les grâce de ce bijou qui rayonnait paisiblement sur le mannequin. Aussi, elle prit les mains des deux servantes qui lui semblaient les plus compétentes avec les tissus et leur demanda poliment en levant son visage enfantin vers elles avec un air presque contrit :

« Excusez-moi mais je doute malheureusement que vos efforts puissent encore faire quoi que ce soit à la tunique qui a été détruite… Pourrais-je vous demander de m'aider à revêtir cette robe, s'il vous plaît. Pour le reste, je crains que nous n'ayons pas suffisamment de temps. J'irai visage nu, avec le peu de beauté qu'aura bien voulu m'accorder la nature. »

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MessageSujet: Re: Rencontre avec la future Reine de Nandis   Rencontre avec la future Reine de Nandis Icon_minitime1Mar 23 Mar - 20:32

Mon regard scrutant la pénombre du chemin dérobé par lequel Léonie était partie, je commençais à sentir tout mon être se tendre tant le temps semblait s'écouler trop vite pour ce qu'elles avaient encore à faire afin de remettre en ordre la robe et le maquillage de la petite Enyale. Déglutissant lentement, je pouvais entendre des mouvements se passer à travers ce chemin mais je ne savais ni si ils provenaient de la jeune femme ou d'autres personnes dans le château qui répandaient des échos à travers ce passage vide. Néanmoins, je ne m'attardais pas trop là-dessus. Reprenant ce que j'étais en train de faire, mon attention se reportant sur l'ecchymose que la future reine avait sur son épaule. Repensant vaguement à la brève discussion que nous venions d'avoir. C'était peine perdue... Mon esprit volait d'un détail à l'autre tout en tentant de réunir toutes les choses qui s'étaient passés jusque là afin de créer un ensemble compréhensible. Mais rien à faire... Mon premier jour entre les murs du palais étaient bien mouvementé et j'avais été bien naïve d'en croire l'inverse.

Commençant alors à me demander si ces deux cent dernières années me serviraient à quelques choses, en ces lieux qui, désormais, me déstabilisait plus qu'autre chose. Tout se passait bien différemment de ce que je l'avais escompté même si il devait forcément y avoir des similitudes. Mais mon ressentis faisait que je n'étais pas du tout à l'aise avec les événements en cours. Tout sonnait faux pour moi. Peu importe le mouvement qui avait été fait ou les mots qui avaient été prononcés, quelque chose au fond de moi me mettait en alerte rouge et ce, bien avant les  événement de Chaara-Khole. Le stress et la panique m'envahissaient-ils ? Non. L'inconnu plutôt, était en train de me faire douter quelque peu ? Non, toujours pas... ou alors m'étais-je attachée à cette fillette pour tout mettre en œuvre afin de la protéger de ce monde hostile qu'était la royauté ? C'est sûr qu'elle était trop jeune selon moi, pour se mêler à tout ça... Des enfants n'avaient pas à mettre les pieds dans ce monde sans en avoir été formés ou avertis de la cruauté de ce dernier.

M'éloignant de la jeune fille, je ne pouvais désormais rien faire de plus. N'étant nullement douée dans ce genre de chose, je n'avais jamais été éduquée aux coutumes vestimentaires et autres des nobles. Ma vie avait été passée uniquement entre des vêtements très légers pour me fondre dans la masse, dès que je le pouvais, ou dans diverses armures de plaques. Léonie devait rapidement revenir car, dans le cas contraire, je serais dans de bien mauvais draps et j'avais bien l'intention d'honorer les attentes de Elizabeth.

Mais fort heureusement, bien que l'écoulement du temps se faisait capricieux, des échos de pas attirèrent mon attention. Je reconnu alors les pas de la jeune femme qui réapparu dans l'encadrure de la porte avec quelque chose en main. Ni une ni deux, elle défit le tout pour présenter une nouvelle robe à Enyale, cette dernière semblant soudainement captivée. Deux émotions se mêlaient en mon fort intérieur à la vue de cette scène. D'un côté, je ressentis de la fascination et de l'éblouissement quant à la découverte de cette robe. De l'autre... de la fierté et de la crainte mélangées ensemble, faisant un cocktail très étrange. Il allait sans dire que les deux dernières étaient les émotions ressenties par Léonie, semblant quelque peu craintive même si elle se débattait pour ne strictement rien montrer. Pour ce qu'il en était de Enyale, inutile d'essayer de deviner quoi que ce soit, son regard se lisait nettement. Alors, quant à moi, même si je n'avais aucuns affinités avec la couture ou ne serait-ce les subtilités des vêtements de ce calibre là, je ne pu m'empêcher de laisser une expression d'admiration s'échapper avant de me ressaisir rapidement en me secouant légèrement la tête. Je ne devais pas me laisser distraire parce que même si je ne ressentais aucunes hostilités de la part de cette bonne, je n'oubliais pas l'épisode Arcadia passé sous peu.

La bonne eut a peine le temps de reprendre son souffle qu'nn boucan d'enfer finit alors par attirer mon attention, loin dans les couloirs. Mon regard se détournant déjà vers la porte, bien avant que Léonie ou Enyale ne s'en rendent compte elles-mêmes et lorsque le battant de celle-ci s'ouvrit brusquement, instinctivement, je m'étais placée entre les gardes qui rentraient et les deux autres femmes avec moi. Cependant, comprenant que c'était le capitaine et ses hommes... je ne faisais rien de plus en me rendant compte de ce qu'il se passait. Le garde aux cheveux poivrés me passa littéralement à côté, comme si je n'existais soudainement plus, pour se poster face à Léonie. Ce dernier portant sa main sur le manche de son épée comme si cette dernière allait subitement se changer en monstre. Les sourcils froncés, je peinais à comprendre bien que les intentions de l'homme était bonne et protecteur. Fort heureusement, le garde finit par s'expliquer avant que je n'ai à poser la question moi-même afin d'éclaircir la situation qui se passait à nouveau trop vite.

Donc c'était un coup de la dague ensanglantée et des membres à eux s'étaient introduis dans le palais en ce jour de mar... Attendez... Quoi !?!? Léonie ? Sérieusement !? Une membre de la guilde ensanglantée ? Cette GUILDE la ?! C'était improbable tant elle ne semblait pas afficher le profil pour y appartenir ! Je n'étais certes pas convaincue mais cela ne faisait que venir appuyer un mot bien précis qui prenait tout son sens, prononcé par Arcadia précédemment « Je te confie la mission » avait-elle alors déclaré à l'intention de la bonne avant de partir de la pièce. Contrariée de m'être faite bernée de la sorte, j'observais les hommes du capitaine l'embarquer et la sortir de la pièce, sans un mot, écoutant attentivement ce que l'homme avait à nous dire à Enyale et moi-même. Suivant la jeune femme du regard, bien décidée à régler mes comptes avec elle.

- La Dague ensanglantée... des fauteurs de troubles, pour résumer simplement et grossièrement... Répondis-je rapidement à la petite Enyale afin de ne pas couper le capitaine dans son élan et que la question de cette dernière ne soit pas sans réponse.

Décidément... c'était logique qu'il allait y avoir du remue ménage de la sorte un jour pareil mais quand même, j'aurai dû m'en douter. Pourquoi m'étais-je relâchée de la sorte ? Pour quelles bonnes raisons je me l'étais permise... L'excitation de la nouveauté et de me retrouver à servir au palais ? Aucunes idées... Mais tout cela me frustrait au plus haut point, c'était peu dire.

Le monologue du garde me sembla durer une éternité lorsque, d'un coup, mon prénom fut prononcé. C'était quelque chose dont je n'étais pertinemment pas habituée, en-dehors du contexte familiale, à tel point je ne savais plus du tout ou me mettre, embarrassée en plus d'être frustrée par les nouvelles. Mais quelques questions se posèrent quand même dans mon esprit... J'avais bien entendu de mes propres oreilles le Roi sommer à Elizabeth de me mettre à la garde de sa future dulcinée sans donner un détail précis sur la durée et là, d'un coup, on me donnait un décret signé avec une durée déterminée. Bon en soit, c'était logique vu que la garde royale, bien plus compétente que ce que j'avais pu laisser paraître jusque là, allait prendre le relais après la cérémonie. Néanmoins, je ne pouvais pas m'empêcher d'émettre mes propres doutes lorsque je relu la lettre, comme si je voulais être certaine de ne pas être devenue soudainement sourde.

- Bien. Merci... Je ferai ce qu'il fau... Commençais-je à dire lorsque, pressé, le garde annonça devoir prendre congé et qu'un vassal allait sous peu arriver pour les conduire là où elles se devaient d'être un peu avant dix heures.

Entre le fait que mon prénom avait été prononcé par quelqu'un d'autres qu'un membre de ma famille et que tous les événements qui venaient à nouveau de se dérouler sous mes yeux, sans que je ne voie rien venir, j'étais quelque peu déstabilisée. Pourtant, jamais je n'aurai fait preuve d'autant de négligence dans ce genre de situation ! Pourquoi étais-je soudainement devenue si molle alors que la situation semblait grave ? Mon regard se portant discrètement sur la fillette, je m'étais pas rendue compte que j'avais froissé le décret en fermant mon poing dessus alors que je faisais le nécessaire pour cacher mon mécontentement envers ma prestation. J'aurai dû voir tout cela, j'aurai dû le ressentir mais à la place, je m'étais laissée amadouée par ces gens, je m'étais laissée avoir par l'excitation qui s'était emparée de moi depuis que je savais que j'allais servir ma cousine ici.

Alors si la guilde était bien à l’œuvre de tout ce foutoir au château, il me faudrait redoubler de prudence et me ressaisir totalement. Je ne pouvais pas continuer ainsi, au gré des événements et laisser les choses se faire. Ces gens là étaient connus pour être mauvais et corrompre absolument tout ce qu'ils touchaient et qu'une des leurs soit parvenues à être aussi proche de la future reine me débectait profondément. Je ne dirai pas que j'avais souvent eu affaire à eux mais c'était arrivé quelques fois et, les ces quelques fois là, j'étais parvenue à les repousser. Sauf que là, présentement, le niveau était tout autre... Avant c'était que dans les rues pauvres de la cité de Nandis, là c'était carrément dans le palais ! Mais fort heureusement... je n'étais pas laissée seule à cette tâche vu que désormais, toute la Garde Royale et la sécurité des lieux étaient au courant de ce qui se tramait et s'y attendait. Donc lorsque les nouvelles servantes entrèrent en trombe dans la pièce lorsque le capitaine s'était éclipsé,  mon esprit s'était allégé un peu. Me décalant un peu afin de ne gêner personne, sans quitter la petite reine des yeux, j'étais balayée de diverses émotions. J'observais chacune d'elle, désormais vraiment sur le qui vive afin de réagir aux moindres faits et gestes suspects, ma main gauche instinctivement agrippé au fourreau de mon épée, prête à laisser la droite s'en emparer et défendre ma protégée. Désormais je me tenais entre la porte principale de la pièce et Enyale afin de faire barrage à tout ce qui pourrait y entrer par la suite. Comptant les secondes passer... Espérant que la décision de la fillette serait immédiatement exaucée et qu'aucunes des servantes n'émettrait d'objection. Parce qu'en soit... ce serait bien plus rapide de changer que de réparer.

- Si je peux me le permettre, Lady Enyale... Commençai-je, d'une voix gênée de couper dans l'élan. En connaissance de cause des événements qui viennent de se passer, je ne sais pas s'il est recommandé de porter cette robe, on ne sait pas d'où elle vient ni si elle est pas enchantée par un piège magique... je serais d'avis de l'oublier et la confier à d'autres personnes pour s'en assurer par la suite, si vous tenez à la garder, vraiment...

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