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 Tout Feu, Tout Flamme

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Elvin
Elvin
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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Mar 28 Juil - 16:49

Mais ma prière se déchira en gémissements. Comment aurais-je pu prévoir, comment aurais-je pu penser, que le danger ne viendrait pas de l'extérieur mais de l'intérieur ? Peut-être était-ce de ma faute ? À cause de ma propre impuissance ? Oui, j'avais tant proclamé que je voulais aider, instant après instant, je n'avais eu de cesse, ce mot à la bouche. J'avais été bien stupide, bien inconscient de ma faiblesse. En un sens, ceci était une juste rétribution. En étant incapable de pouvoir les aider, je les avais trahis. J'étais responsable de ce qui m'arrivait.

Alors, ainsi soulevé par les cheveux, je fis la seule chose que je pouvais encore, je tentai de me retenir de crier. Cela aurait été inutile. Cela n'aurait fait que l'énerver. C'était ridicule, je le savais, c'était pourtant la seule choses qui me restait, entre mes larmes et mes pitoyables gémissements. Mais bientôt, lorsque même mes cheveux me firent défaut, échappant à mon crâne ou à ses mains, même cela m'abandonna en face du néant.

C'était la bouche du monstre, comme un vide béant, une ouverture d'ombre, un morceau de noir absolu, prêt à engloutir toute la réalité. J'aurais voulu fermer les yeux à ce moment. J'aurais voulu que cela au moins je ne le vois pas. Je ne voulais pas apercevoir mon sang couler, mon corps se tordre, se découper en lambeau sous des crocs d'une force absolue. Je ne voulais pas que ma dernière pensée soit un étonnement morbide face au temps que mon cerveau put demeurer actif après que mon cœur ait été avalé dans les ténèbres. Fermer les yeux aurait été tellement plus simple, cela m'aurait épargné des choses. Mais, incapable d'échapper à cette vision, je gardai les yeux ouverts. C'était tout.

Je ne pouvais pas voir ma vie défiler devant moi car, si j'en avais déjà eu une, je ne m'en souvenais pas. Je ne pouvais pas non plus prier, je m'en serais voulu d'effrayer mon dieu. Au fond de moi, je regrettais un peu de ne pas pouvoir laisser de testament derrière. Pas que j'ai des objets à laisser, non, je n'avais que mes vêtements. Mais, j'aurais bien voulu que quelqu'un m'écoute, enfin, pour une fois. J'aurais aimé que quelqu'un fasse attention à moi, me chérisse, boive mes paroles et me réponde par des sourires. Au moins une fois dans ma vie, j'aurais eu un endroit, des gens auxquels appartenir, je n'aurais plus été seul. Pourtant, c'est sans personne que j'allais mourir, à jamais sans nom, sans histoire et sans ami.

N'avait-ce été qu'une illusion lorsque j'avais cru que je m'étais rapproché de la fille du feu ? Ne m'avait-elle sauvé que pour que je serve d'appât ? Cette reconnaissance que j'avais cru lire sur son visage lorsque j'avais réussi à apaiser sa colère après la disparition de son amie n'avait-elle été qu'un mensonge ? Non. Je m'en voulais de douter d'elle. Je savais au fond de moi qu'elle n'y était pour rien. Elle avait tout fait pour me secourir, pour me protéger. Elle m'avait littéralement sauvé la vie alors que la bête fonçait sur nous. Quoi qu'il soit en train de se passer, ce n'était pas de sa faute. Ce n'était pas elle qui était en train de me sacrifier. Et j'aurais été injuste de la juger à partir des actions de quelqu'un d'autre, de la juger sans savoir, elle qui avait fait tant d'effort, tandis que moi je m'épuisais en vain, incapable.

Même à ce monstre, je ne pouvais pas réellement en vouloir. Il ne faisait que se nourrir en soi. Moi, j'étais juste une proie, un morceau de viande qu'on projetait vers lui. « Lupa » que l'autre l'avait appelée ? Ah, c'était ironique quand on y pensait. J'avais imaginé un ennemi. J'avais même cru à une déesse. Mais en fin de compte, Lupa était juste un animal, un animal qui comme les autres agissaient par instinct. Avoir prié la bête qui était justement sur le point de me briser... de me dévorer. Oui, j'avais été bien ridicule en fin de compte.

J'espérais au moins que, à défaut d'autre chose, la femme que j'avais entendue prononcer son nom allait bien. Comme la créature que j'avais devant moi, elle était probablement en train d'écumer les forêts. Elle avait eu l'air si gentille. Elle avait même cherché à me parler malgré ses douleurs. J'espérais qu'elle ne serait pas trop écrasée par son instinct, qu'au moins elle ne tuerait pas trop de gens. J'étais loin de penser qu'elle était pourtant au plus près de nous. J'étais loin de m'attendre à recevoir de l'aide de sa part.

Car, lorsqu'un autre loup gigantesque se jeta sur le premier, les crocs en avant, pour le déséquilibrer, je reconnus ses yeux, son regard sauvage. Elle sentait la forêt et les pins. Par son acte incompréhensible, en s'attaquant à sa propre race, elle venait de me sauver. Oh, elle aussi restait un fauve, un être appartenant à la nature, aussi je doutais qu'elle ait pu tenter de me sauver volontairement. Néanmoins, c'était finalement ce qu'elle avait réussi à causer par ses actes. Elle venait de me délivrer de l'horrible destin qui m'attendait. Et pour cela, murmurant en mon cœur, je me pris à exprimer ma reconnaissance.

*Merci.*

Mais cela ne fut que de courte durée. Une douleur aiguë vint me rappeler à la réalité bien plus cruelle, la fin de ma chute. La violence d'un tel lancer aurait même sans doute dû briser certains de mes os, mais pourtant tout allait bien. Une masse noire dans l'obscurité, un contact mou et aqueux, avait amorti ma retombée. Ainsi, projeté loin de l'éclat reposant des flammes de celle qui m'avait sauvé, je peinai à reconnaître ce que c'était. Tendant mes mains sous moi, je ne sentais que les ténèbres, une chaleur tiède et comme un cartilage, l'odeur du sel, celle du poisson. Plissant les yeux, je cherchais à comprendre, mais plus mon regard distinguait entre les ombres et plus le rouge se mêlant au trouble, plus je sentais en mon cœur un poids, un regret, peut-être celui d'avoir cherché.

Au bout d'un moment à m'agiter, même ma cécité, presque feinte après tout ce temps, ne put me sauver de la vision, du regard sur le corps mutilé. Des côtes avaient été brisées sous mon poids et sortaient désormais de sa cage thoracique, et par le trou qu'avaient laissé sa tête et son épaule. Son torse étaient si ravagé qu'on avait peine à croire qu'il ait pu être beau un jour. Une partie des écailles avaient été arrachées par une mâchoire puissante, laissant des trous, comme une forêt après une tempête. Un bras dont tous les os avaient été mâchés jusqu'à en faire ressortir la moelle semblait toujours tendu en position de défense. Son estomac, déchiré en même temps que sa taille avait été scindée, empestait le désespoir, la mort et les coquillages. Le tout baignait dans une eau noire, épaisse, ferreuse, dans des profondeurs de malheur et de mal-être, dans cette mer que j'avais tenté tant et tant d'oublier. J'aurais voulu ne rien voir et continuer dans le néant de ma mémoire. J'aurais voulu ne pas reconnaître cette marre dégoûtante, cet être déchiqueté. J'aurais voulu... mais je l'ai reconnu. C'était une sirène.

Et seul le noir succéda aux pensées de la pauvre presque-fée, tandis qu'elle s'évanouissait sur le cadavre de l'un de ses presque-semblables.

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P.N.J
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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Sam 17 Oct - 23:42

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Erina210

Un choc d'une violence sans nom ébranla Lupa, et l'instant d'après, le sable fin gorgé du sang des victimes de la louve, fut remplacé par la terre brûlante d'une forêt en feu. La fournaise gagna en puissance peu après, mais le temps que la maudite entreprenne de maîtriser Lupa, cette dernière lui asséna un puissant coup de patte arrière dans les côtes, la faisant ainsi valdinguer autrement plus loin que n'avait pu le faire Umar. Le vent dû à sa vitesse de vol fouetta ses tympans, avant que son corps déserté de tout contrôle ne s'en aille se briser contre un rocher. Un couinement résonna dans les ténèbres, puis plus rien... Sa nature de Viciée lui permit toutefois de recouvrer rapidement ses esprits. Et alors que ses plus petites plaies se refermaient, Erinaë aperçut un halo semblable à l'astre se levant poindre à l'horizon. De là, le souvenir funeste de son village embrasé la submergea. La fille du feu en était très certainement la cause, mais à la vue du danger que représentait Lupa, la rôdeuse maudite pouvait bien mettre sa traque de côté afin de mettre un terme à cette menace. Seulement, en voulant se rendre sur les lieux où le combat faisait rage, Erinaë croisa derechef le garçon qui avait assisté à sa transformation. Il était allongé là, blotti dans les bras de Sinah, comme démissionnaire de sa propre existence. Jonchant parmi les cadavres des Sirènes, ou plutôt des restes que Lupa avait bien voulu laisser, la Viciée manqua de le piétiner lors de sa course pour assister la pyromane dans son entreprise d'extermination. Désormais à l'arrêt, la rôdeuse déchue le huma par deux fois, avant de l'abandonner à sa couche thoracique tout en se faisant la promesse d'y revenir plus tard.

Bondissant par-dessus l'inerte, Erinaë se faufila jusque dans de proches fourrés afin d'avoir une vue dégagée sur les actions de l'incendiaire. La chaleur qu'émettait ce concentré de lumière se ressentait jusqu'à sa position, à tel point que le buisson dans lequel elle s'était tapie s'immola peu après sa désertion. Désormais camouflée par la nuit, la rôdeuse bafouée attendait le moment propice pour agir.

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Um12

La Flammèche ne se fit point prier, et en dépit de cette terreur qui lui mordait les entrailles, elle déchaîna toute sa puissance sur la créature qui les chassait. Ce monstre n'avait jamais fait part de ses intentions en dehors de son hostilité latente, il devenait donc difficile de comprendre le pourquoi de cette situation. À date antérieure, Umar ne se serait jamais posée la question, mais aujourd'hui, elle allait jusqu'à se demander si cette chose ne méritait point réflexion. Et alors qu'elle mêlait ses assauts à ceux de Mayufu, la Démone ressentit une certaine forme de respect à l'égard de ce monstre. Car en dépit de ses pics d'ombre et de l'étoile au coeur de laquelle il se débattait, la vie habitait toujours son être ! Même elle serait incapable d'endurer pareil traitement ! Alors à mesure qu'elle admirait la combativité de cette Lupa, Umar créa une sphère impénétrable qui engloba la nébuleuse plasmique de son acolyte. Au terme de quoi, elle compressa le tout. La chaleur avait cesser d'irradier les environs, mais l'énergie qui en émanait faisait vibrer chaque particule qui demeurait en ces bois calcinés. La boule de ténèbres s'amenuisa à vue d'oeil ! Le but d'Umar était d'en finir une bonne fois pour toute avec cette chose, et avec ce qu'avait fait la fille de Bhaal, la victoire était assurée. Mais une pensée fugace lui titilla les sens, à savoir ; "Il était quand même dommage de se priver d'un potentiel aussi dantesque..."

Le feu et l'ombre se couplèrent avec harmonie contre leur ennemi commun, et même si Mayufu souffrait désormais d'une déconnexion avec son orbe de feu, elle raviva aussitôt les flammes adjacentes pour envelopper à son tour la manipulation d'Umar. Hélas, un tel déferlement d'énergie qui outrepassait sa condition de Mortel risquait à tout moment de la consumer entièrement. La Démone en avait conscience, mais la fureur de l'instant ne permettait point de la modérer, aussi s'empressa t-elle de comprimer Lupa jusqu'à la réduire à l'état de néant ! Mais à mi-chemin, une résistance se fit sentir. Umar eut beau redoubler d'effort, rien n'y faisait ! Tandis que son front perlait de sueur, la sorcière des ténèbres en oublia ses limites et parvint à réduire encore un peu la prison du monstre. Son esprit n'était pas préparé à ce genre d'exercice qui surpassait de très loin sa puissance d'antan. L'espace d'un instant, elle crut même ressentir le palpitant de Lupa s'activer au sein de sa propre poitrine. Alertée par cette sensation nouvelle, Umar sortit de sa transe afin de voir de ses yeux ce qu'il se passait en contrebas. Autant vous dire que Lupa sut pleinement profiter de ce détachement pour littéralement faire exploser l'entrave de la Démone. Résultat, l'explosion coucha tous les arbres alentour, éjecta Mayufu trente mètres plus loin et Umar au double de cette distance avant de s'écraser dans les ruines encore fumantes d'une maison dépourvue de toit. La détonation fut si terrible que le sol se déchira sous elle !

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Llll11

Une masse en feu se mit à hurler depuis le centre du cratère. En dépit des flammes qui crépitaient sur sa fourrure, Lupa ne témoignait d'aucune souffrance, ni même d'une quelconque séquelle quant à ce qu'elle venait de vivre. Foulant désormais la terre charbonneuse jusqu'à la lisière de la défunte sylve, le monstre sanguinaire riva son regard de braise sur la silhouette de l'incendiaire. Le feu ne cessait de redessiner son pourtour, lui donnant un aspect plus massif encore ! Puis d'un pas lent et mesuré, Lupa effectua un bond terrifiant de tel façon à fondre directement sur sa victime ! Laquelle fut brusquement écartée par son infante, et ce, juste avant qu'elle ne s'écrase sur elle ! Lassée de cette traîtresse, la Louve géante se jeta sur l'infortunée Viciée qui ne put rien faire pour se défendre. Griffée à l'abdomen, puis saisie par les reins dans l'immense gueule de son assaillante, Erinaë fut secouer à six reprises avant de se faire projeter jusque sur la rive. Cette poignée de secondes passées à malmener la rôdeuse suffit à faire taire les quelques flammes qui lui léchaient encore la crinière. Ne perdant point son objectif principal de vue, Lupa se rua sur la pyromane, laquelle se heurta à un mur d'ombre !

- Arrête ça ! S'écria soudainement Umar en s'élevant depuis sa ruine.

Mais le monstre fit la sourde oreille, un violent coup de patte suffit à rompre l'écran protecteur. Convaincue de ne jamais faire le poids dans son état actuel, la sorcière des ténèbres entra de nouveau en stase. Cet état second, voir même tertiaire, lui faisait tout percevoir au ralenti, sauf Lupa qui conservait curieusement sa dangereuse allure. Aussi la Démone n'eut d'autres choix que de surélever la flammèche dans les airs pour lui épargner un bon coup de croc dans les jarrets ! Près de quatre-vingt mètre plus tard, Umar se laissa gagner par toute l'obscurité environnante, ce qui la fera par ailleurs disparaître complètement. Malheureusement, il en fut de même pour Lupa, qui, une fois encore, pouvait surgir de n'importe où ! À la différence que, la Démone pouvait la ressentir, voir même, la distinguer ! Ces mouvements erratiques ne permettaient guère de la localiser avec précision, mais ainsi Umar fut en mesure de comprendre comment ce monstre pouvait se déplacer aussi vite. Lupa utilisait la voie des ténèbres comme s'il s'agissait d'un plan d'existence à part entière. La solution serait de l'en priver, mais comment... ?

La profondeur de sa transe lui apporta la réponse sans qu'elle n'ait eu besoin d'y réfléchir plus avant. Et pour cause, cette puissance qu'elle redoutait tant de gouter afin de préserver son moi d'autrefois, pouvait parfaitement conjurer la nuit de Lupa. Non pas qu'elle possédait le pouvoir de briser le sort, mais elle avait néanmoins la capacité d'engloutir cette obscurité. À l'instar d'un trou noir, Umar se mit à drainer le voile magique de la Louve, et rapidement, la clarté du ciel illumina la plage, allant jusqu'à aveugler les protagonistes. D'instinct, à défaut de mieux, la Démone riva son regard sur le corps échoué de l'autre bestiole, et put ainsi assister au retour de la rôdeuse. Même inanimée, il lui était facile de la reconnaitre. Une transformation qui eut tôt fait de lui rappeler la sienne peu avant cette fâcheuse rencontre, car voilà que son visage de jour s'en vint remplacer sa ténébreuse parure ! Un retour à la normale, si l'on pouvait dire, qui lui fit presque oublier l'altitude de la Flammèche qui tombait en chute libre en ce moment même. Ni une ni deux, Umar s'envola pour la rattraper dans ses bras. Profitant de sa position pour sonder les environs, la sorcière des ténèbres ne décela aucune trace de Lupa.

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Umarav10

- Tu as bien oeuvrer. Susurra t-elle à son acolyte alors qu'elles regagnaient la plage. Mais ce n'est pas fini ! Ajouta sèchement la Démone en restant aux aguets.

La seule chose que Umar espérait dans le cas où Lupa serait encore dans les environs, résidait dans le fait que le retour du soleil l'ait au moins autant affaiblie qu'elle. Dans le cas contraire, la fuite demeurerait leur seule option...

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Mayufu
Mayufu
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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Lun 19 Oct - 20:01

Plus rien autour d'elle n'existait. Toutes son attention était dirigée sur Lupa ainsi que de maintenir la puissance de ses flammes sur cette dernière. Jamais elle n'avait déployé une telle force jusque là et jamais elle n'avait eu autant la main mise sur l'élément du feu. Les poings serrés, le regard empli d'une haine innommable, tout son corps commençait à s'engourdir malgré le flux de magie qu'elle ressentait encore au travers de celui-ci. Il fallait dire que son amie l'avait bien rechargée afin qu'elle puisse déployer sa colère du mieux qu'elle le pouvait et la faire déferler sur cette monstruosité qui n'avait de cesse de la traquer depuis son arrivée ici. L'intérêt que lui portait cette bête la mettait dans tout ses états, surtout qu'elle avait mis Umar en danger de mort lorsqu'elle tentait de la soigner devant la grotte ! Sans compter aussi sur l'immense frustration de la tannée qu'elle s'était prise de la part de la Déesse de la Nature, Xiris. Toutes ces émotions lui étaient restées au travers de la gorge et, enfin, elle pouvait tout sincèrement relâcher sans se contenir. Cependant, elle avait conscience d'une chose : Si elle ignorait encore son corps de la sorte, elle finirait par s'écrouler d'épuisement et être totalement à la merci de cette bête. Mettant alors à nouveau Umar en danger puisqu'elle tenterait forcément de tout faire pour l'écarter du danger tout en restant attentive sur la menace... Mais évidemment, elle n'accepterai jamais d'abandonner sa fureur mais jamais non plus elle abandonnerai Umar. Cette chose était juste là, face à elle, ne semblant pas pouvoir s'extirper de ce brasier intense. N'écoutant alors plus qu'elle-même et non plus son corps, elle jeta toutes ses forces pour en venir à bout une bonne fois pour toute !

Et ce fut comme si le destin avait entendu ses songes... Umar venait d'envelopper l'astre qu'elle avait créée dans une bulle d'ombre qui se compressa petit à petit pour condenser la puissance qui y était enfermée, dans l'espoir de réduire ce monstre à néant. Perdant le contact avec ses flammes, son corps trouvant un instant de répit, son esprit se soulageant quelque peu, Mayufu observa la scène. Parvenant pas à calmer sa colère, les flammes se ravivèrent d'elles-même tout autour d'elle et de la sphère noire et ce fut d'un geste nette et précis qu'elle envoya à nouveau toutes ses flammes contre la bulle d'ombre. Ne réfléchissant nullement sur le fait si cela allait perturber le processus ou non ! Ignorant tous les signaux d'alertes que lui lançait son corps, ses émotions outrepassant tout son être, éclipsant les supplices de ce dernier. Ses jambes ainsi que ses mains et bras commencèrent à devenir rougeoyants, les veines sous sa peau semblant brûler de l'intérieur. Sa peau noircissant quelque peu, la surcharge commençait à arriver mais même avec cela, la jeune fille ne cessait de repousser encore ses limites. Voulant s'assurer d'elle-même que Lupa allait y passer. Que cette chose cesse enfin de vivre et de la traquer ! Qu'elle puisse enfin sillonner ce monde tranquillement aux côtés de son amie sans devoir sans cesse observer par-dessus son épaule !

Mais soudains, quelque chose n'allait pas. Malgré toute la puissance déployée, Mayufu sentait que l'astre d'ombre et de feu ne parvenait plus à se compresser et, une seconde à peine après, une violente explosion frappa toute la zone ! Survenant du cœur  même de ce concentrer de  magie ! La jeune fille se la prit de pleins fouet, l'onde de choc l'envoya valser à plus de trente mètre en arrière. Décollant du sol, se fracassant sur divers débris et s'écrasant finalement brutalement contre le sable qui finira par la ralentir. Complètement sonnée, plus aucuns sons ne lui parvenaient. Le regard brouillé. Ses mains rougeoyantes et fumantes, des flammes semblant crépiter sur celle-ci. Tentant tant bien que mal à se relever sur ses jambes tremblantes, la fille de Bhaal fut face à une scène qu'elle ne sut nommer. Le monstre s'en était échappé, enveloppé de ses flammes, ne montrant aucuns signes de faiblesse après tout ce qu'il s'était pris dans la figure. Ses jambes manquèrent de faillirent à la vue de cela. Comment cela était-il seulement possible ? Serrant les dents, ne la quittant pas des yeux, le regard noir, le visage déformé par la colère.

- Mais qu'est-ce que tu es à la fin.... ! Murmura t'elle sèchement.

Le sol s'était brisé sous la sphère. Les arbres avaient tous été couchés. Les maisons alentours avaient été soufflées et rasées pour la plupart d'entre elles, propageant ainsi l'incendie sur une zone plus étendue. Et Umar ? Levant les yeux au ciel et tout autour d'elle, elle ne parvenait pas à la voir. Se demandant si elle allait bien, elle s'apprêta à hurler son nom avant d'être coupée dans son élan par un bruit sourd. Se retournant subitement, elle aperçu la louve la fixer elle, encore, avec ce regard jaune qui tentait encore de la figer sur place. D'un pas lourd et lent, Lupa s'approchait d'elle pour soudainement bondir d'un coup. Avec le corps meurtrit qu'elle se traînait, Mayufu tentait tant bien que mal à esquiver. Ses jambes lui envoyant une vague de douleur, lui suppliant de cesser tous mouvements. Ce n'était vraiment pas le moment de flancher ! Envoyant toute sa volonté dans ses membres pour bouger, celui-ci s'engourdissait soudainement, lui faisant réaliser qu'elle ne parviendrait pas à s'en sortir. Ce monstre se ruant sur elle, une telle masse qui allait la percuter ou l'attraper dans sa gueule acérée, la fille de Bhaal était consciente qu'elle ne s'en sortirait pas. Néanmoins, son absence de destinée semblait tout de même vouloir la protéger puisque qu'une seconde masse surgit alors de nulle part. La jeune fille ne put l'apercevoir que du coin de l'oeil avant de se rendre compte de qui il s’agissait. Cette dernière la heurta avec violence d'un coup d'épaule pour la propulser de quelques mètres, l'écartant de la route de Lupa qui, finalement, se fracassa de tout son poids sur la seconde louve.

Son corps s'écrasant lourdement dans le sable, au milieu de débris enflammés, lâchant un cri de douleur, la fille de Bhaal comprit ce qu'il venait de se passer malgré qu'elle était secouée par l'impact qu'elle venait de subir. Mais elle n'avait pas de temps à perdre. Elle profita de ce léger répit pour se remettre sur pieds et se munir de nouvelles flammes, histoire de se défendre un minimum par elle-même et ne pas compter uniquement sur son amie. Amie dont elle ne savait toujours pas si elle allait bien ou non mais le temps ne laissait pas la possibilité de partir à sa recherche pour le moment. Qu'elle puisse lui montrer qu'elle était capable de s'en sortir par ses propres moyens et de la protéger ! L'autre loup qu'elle supposait être la rôdeuse n'était pas de taille contre Lupa. Attrapée dans sa gueule et secouée dans tous les sens dans un vacarme qui glaçait le sang bouillant de la pyromane, cette dernière ne quittait pas la scène des yeux et envoya une nouvelle vague de flamme à la figure de Lupa afin de tenter de lui porter un coup important ou venir en aide à la rôdeuse, tentant ce coup-ci de ne pas la toucher elle.  

Mais elle fut trop lente ! La louve géante se débarrassa de la plus petite en l'envoyant voler à l'opposé comme une veille chaussette sale et reprit sa charge sur la jeune fille dont les flammes avaient peinées à surgir et se jeter sur celle-ci. Comprenant que ce coup-ci elle ne parviendrait nullement à l'esquiver, lancée dans son assaut pour profiter de l'ouverture offerte par Erinaë, elle hurla de toutes ses forces pour envoyer tout ce qui lui restait sur son ennemie. Dans un bruit assourdissant, ses flammes ainsi que Lupa se heurtèrent violemment à un mur invisible les séparant toutes les deux. Un mur d'ombre ? UMAR ? Une voix résonnant au-dessus d'elle, dans son dos, lui confirma la présence de son amie. Elle était vivante ! Jetant un œil dans sa direction, soulagée de voir qu'elle semblait aller bien, Mayufu entendu alors un bruit d'impact indiquant que le mur avait cédé sous l'assaut de la bête, faisant vibrer l'air tout autour d'elle. Apercevant, du coin de l’œil, les griffes de Lupa se rapprocher d'elle, la fille de Bhaal serra les dents afin d'accuser le choc à venir, fermant les yeux. Cependant, au lieu d'une douleur intense, se fit une poigne invisible qui se saisit de son corps pour l'envoyer en l'air, sentant qu'elle prenait une forte altitude en un court instant. D'ici ce moment là, elle parvint plus à distinguer ce qu'il se passait. Autant la louve que son amie avait disparus dans l'obscurité. Plus aucuns sons ne lui parvenait hormis celui du vent fouettant ses oreilles. Ne sachant alors pas quoi penser, la gorge nouée, elle tenta de rester calme et de repérer le monstre. Sentant toujours la poigne magique de son amie la maintenir en l'air... Mais à combien de mètre au-dessus du sol se trouvait-elle ? Sûrement très haut si elle devait en juger par la vitesse d’ascension et le temps mis...

C'est à cet instant précis qu'une intense lumière surgit de nulle part, l'aveuglant totalement... non, lui brûlant les yeux à tel point qu'elle en eut mal à la tête instantanément. Cependant... elle se préoccupait pas particulièrement de ce détail là puisque, une autre sensation vint s'inviter à toutes celles qu'elle ressentait déjà : La chute libre ! Plus rien ne la retenait et, les yeux plissés, elle constatait que le sol se rapprochait très vite. Était-il arrivé quelque chose à la sorcière des ombres pour qu'elle ne la retienne plus et que Lupa l'attendait alors sagement la gueule ouverte en-dessous pour l'accueillir ? Tentant tant bien que mal d'invoquer Bhaal pour éviter de s’aplatir comme une crêpe, elle n'y parvint pas. Son énergie s'était volatilisée... A la place, une douleur aiguë lui avait traversé le corps tout entier, remarquant à nouveau ses jambes, mains et bras toujours rougeoyants dont les veines brillaient au travers de sa peau.

*J'ai un peu abusé...* Se dit t'elle en continuant sa chute, fermant les yeux. Attendant le moment où on viendrait la rattraper avant une possible fin ridicule. Finir écrasée d'une chute libre après un tel combat, ce n'était vraiment pas dans son agenda ! *J'ai toujours eu foi en toi !* Pensait t'elle alors très fortement.

Soudains, sa chute s'arrêta nette. Les yeux fermés, elle ne ressentit aucunes douleurs. Ses mains partant à tâtons pour sentir où elle était tombée et lorsqu'elle reconnu le toucher de la peau de Umar au lieu de celui de l'eau ou du sable, ses yeux s'ouvrirent soudainement. Le destin l'avait servie comme sur un plateau aux bras de son amie qui l'accueillit en douceur tout en continuant de survoler la zone. Quant à Mayufu, il lui fut quelques secondes pour réaliser ce qu'il venait de se passer ainsi que de remettre ses esprits à l'heure. Clignant doucement ses yeux endoloris par la soudaine lumière du jour, le vent caressant son visage, elle distinguait le visage pâle de son amie, le même qu'elle avait découvert après que Xiris lui ait rendu la vie. Souriant légèrement, satisfaite de ne point avoir heurté le sol mais ses bras, elle maintint le silence. Jetant un œil en-dessous d'elle, elle n'aperçut qu'un vaste désastre. Celui qu'elle avait commencé et qui s'était aggravé avec l'enchaînement des événements. Si un jour le temps lui permettrait de souffler un peu, elle ne serait pas contre l'idée de remettre tout cela au clair dans ses souvenirs. Sa vie était déjà suffisamment un brouillon, il ne lui était pas nécessaire d'en rajouter plus... D'une voix douce, mais enrouée, elle brisa le silence en fixant le visage de son amie.

- Tu n'es pas blessée ? Tu vas bien !? Lui demanda t'elle alors, alors que sa voix ne parvenait plus à s'accorder sur les diverses nuances d'aigu ou grave et l'inquiétude qu'elle exprimait. Merci de m'avoir sauvée autant de fois... mais si j'avais si bien œuvré, tu n'aurais pas eu à me sauver autant de fois... Je suis désolée.

Le vent cessant de souffler, elle comprit que son amie avait mis pieds à terre et la déposait ensuite. Déposant doucement ses pieds sur le sable encore chaud, la fille de Bhaal peinait à tenir sur ses jambes et, un œil ouvert, elle scrutait les alentours. Elle aperçu la silhouette d'une femme nue, plus loin, recroquevillée sur le sable, semblant être blessée. De toutes évidences, il s'agissait de la même rôdeuse les ayant mises en joue un peu plus tôt. Tout autour, il n'y avait que des cadavres et du sang parsemant tout ce décors apocalyptique mais... pas de louve géante ni de l'humaine se nommant Lupa. Soupirant longuement, ne sachant pas si elle devait se sentir soulagée ou non. La sorcière des ténèbres lui avait fait comprendre que tout cela n'était pas terminé. Qu'elle devait encore rôder dans les environs et, Mayufu l'espérait, qu'elle n'était plus sous sa forme monstrueuse. Se tournant face à son amie, la jeune fille voulait comprendre ce qu'il s'était passé.

- Que s'est-il passée ? Je sais que tu m'as jetée en l'air pour me protéger et me sauver d'une mort certaine mais... vu qu'il fait jour, j'imagine que tu as soit réussi à détruire la nuit qu'elle avait créée soit tu es parvenue à la mettre hors d'état de nuire, d'une certaine façon ? Ses yeux n'ayant de cesse de surveiller les alentours, elle continua sur sa lancée. Je ne comprends toujours pas pourquoi elle nous traquait ainsi, cette Lupa. Enfin, j'aimerai bien savoir ses raisons, évidemment... mais j'avais l'impression que quoi que l'on fasse, c'était impossible de communiquer. Son attention se stoppa net sur ce qu'elle reconnu comme être sa faux et s'en approcha en titubant, le main droite agrippant sa hanche gauche. Une vilaine plaie infligée lors de l'explosion ne cessait pas de saigner. Pourquoi m'a t'elle rendu ma faux... ? Voulait-elle juste reproduire la scène comme elle devait se passer ? Je doute que ce soit pour le massacre que nous avons commis au village de la colline... ça c'est la quête de la rôdeuse... mais la sienne, qu'elle était-ce ?

Son regard se portant sur la silhouette de Erinaë, elle ne savait pas quoi penser. Tout un tas de chose lui traversait alors l'esprit. Devait-elle l'aider ? Devait-elle la tuer, profiter qu'elle soit inerte pour qu'elle ne le ressente même pas ? Malgré le fait qu'elle l'ait sauvée à plusieurs reprises des coups de Lupa, la fille de Bhaal ne savait pas quoi faire. Car, dans tous les cas, cette femme continuerait elle aussi à la traquer pour ce qu'elle avait commis. Se devait-elle alors de lui donner ce qu'elle voulait ? Traînant sa faux dans le sable, passant devant Umar, elle respirait fort et mal. Sa tête tournant un peu. Son corps décidant sûrement de tout arrêter pour enfin se mettre au repos. Frappant fermement de son poing droit sur son cœur, rageant d'être aussi pitoyable aux yeux de son amie. La jeune fille en avait marre de se montrer aussi faible et donnait tout ce qu'elle avait, et même à crédit, pour parvenir à tenir debout et ne pas sombrer.

- Que fait-on maintenant ? Je ne vois Lupa nulle part... La ressens-tu ? Et surtout, que fait-on d'elle ? Elle m'a sauvé la mise quelque fois... Dit-elle en désignant du doigt la rôdeuse et, d'un coin de l’œil, elle distinguait à peine une silhouette flanquée d'une coiffure rousse. Et lui aussi, il est mort... ? Lâchant un long soupire lasse Mayufu baissa les yeux à ses pieds.

Evidemment, tout ce que désirait la jeune fille désormais, c'était de s'en aller avec Umar, sur cette île volante et s'éloigner de tout quelques temps afin de se reposer et passer un peu de temps à ses côtés et, surtout, d'apprendre à contrôler ses pulsions. Ne plus se laisser envelopper par cette envie de destruction qui l'habite depuis toujours. Mais quelque chose la forçait à se tenir ici... la culpabilité ? Xiris l'avait atteinte si profondément que la jeune fille se voyait aller contre sa propre nature. Le regard observant les alentours, à la recherche d'une silhouette à la chevelure blonde et au sourire acéré. Par moment, elle jeta un oeil à Umar, observant sa silhouette en tentant de voir si elle ne possédait pas de blessure trop grave, histoire de lui venir en aide au cas où mais, surtout, espérait qu'écouter sa voix, quoi que ce soit.

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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Mar 20 Oct - 18:46

Quand avais-je cessé de me rappeler ? Quand étais-je parti ainsi à la dérive, sans le souvenir de qui j'étais, de qui je serais ? Bercé par des rêves qui n'appartiennent qu'à moi, des rêves sans images, sans paroles, c'étaient des émotions, vagues, lointaines, douloureuses. Qu'avais-je donc vu ? Qu'avais-je donc subi ? Je n'avais rien fait, sans en être sûr, sans vouloir y penser, abandonnant ma responsabilité encore une fois. J'avais pourtant la sensation que j'aurais dû être libre, que j'aurais dû être neuf, que j'aurais dû mystiquement être régénéré. Était-ce là mon esprit de fée, ou pas tout-à-fait ? Mais ce n'était pas de ma faute ! Je l'avais voulu ! J'avais désiré être libéré ! Je le désirais encore à vrai dire. Mais de quoi souhaitais-je réellement être libéré, ça, je ne le savais pas vraiment. C'était comme une intuition au fond de mon cœur, un lourd fardeau, une toile d'araignée qui dans un coin isolé, caché dans un double plafond, avait réussi à échapper au balais céleste qui aurait dû l'emporter, comme toutes les autres. Et cet unique petit filet de soie, niché dans les circonvolutions de mon âme, là où personne ne pouvait vraiment pénétrer, à lui-seul, il m'avait pris au piège comme un jeune papillon tout juste sorti de sa chrysalide. J'étais maintenant prisonnier de moi-même, incapable à jamais de ne pouvoir cesser d'être une nymphe, chétif captif d'une gangue que j'avais moi-même créé, sous un autre nom, sous un autre visage, dans une précédente réincarnation, prisonnier, ni tout-à-fait capable de m'extraire entièrement de ce passif et de commencer une nouvelle vie, et tout-à-fait incapable de retourner m'enfoncer dans la triste exuvie mutilée qui s'attachait encore à moi. J'étais à la frontière, à la limite, à la marge, voulant rentrer dans une forêt mais retenu à l'entrée par des buissons de ronces et d'orties, brûlantes comme un nid de flammes ardentes qui prenaient leur source non loin de moi. Oui, c'était une telle chaleur. Elle était si réconfortante tandis qu'elle caressait lentement l'humidité collante qui s'était étalée sur moi. Elle avait presque une odeur de soleil et d'éther, changé, si chaud, qui se déverse les jours d'orage. En s’intensifiant, elle dévorait tout, l'iode, le parfum métallique du sang versé dans l'eau. Je m'imaginais déjà brûler et cela me réchauffait le cœur. Le brasier grandissait en moi, avalant un à un mes sombres rêves et mes espoirs étrangers. Je le regardais avancer. Je crois que je l'attendais en fait. Je voulais qu'il m'avale moi-aussi tout comme comme il avait avalé la mer, la pluie et le malheur. Puis, ce serait le tour des ténèbres et nous serions baignés dans la lumière. Ce ne serait plus qu'une tension sourde, une vibration, un tremblement du monde qui annonce son implosion prochaine. Dans les nuages de mon esprit, je tendais la main, je me rapprochais avec amour de cette énergie destructrice, finale, libératrice. J'allais enfin être terminé. Puis elle explosa.

Propulsé par le choc, j'ouvris un instant les paupières. Je crus même voler, mais mes ailes n'étaient pas dépliées. J'étais en l'air. J'avais été arraché à mes songes. Qu'était-il arrivé à tout ce qui m'entourait ? J'aurais bien été en peine de le dire dans les ténèbres de mon regard. Car c'est le monde tout entier qui éclatait.

Quelque chose de mou amortit ma chute, mais je sentis quelque chose se briser à l'intérieur. Quoi que cela ait été, sur le moment je lui en fus gré. Mais où avais-je été transporté ? J'avais du mal à me rappeler de ce qu'il s'était passé avant que je m'endorme, mais ce qui était sûr c'est que le situation n'était plus la même. Je tendis la main vers ce qui me paraissait être le sol. Ma main humide, collante, adhéra presque avec le liquide qui avait été répandu sur le carrelage de cette cuisine. J'avais les oreilles qui sifflaient, cela me faisait tellement mal à la tête. Il y avait des motifs floraux gravés sur le carrelage.

Je tentai de rassembler ma mémoire, comme j'avais perçu le motif sous ma main. Cela était tellement douloureux. Je secouai la tête pour le faire passer, mais cela ne me fit que plus mal, et je tombai à nouveau sur le lit étrange. Débile, je tentai faiblement de ramper en m'aidant de ces masses étranges dispersées autour de moi. Je réussis presque à m'extraire de ma couche tendre au toucher. Avais-je fait un mètre, deux ? Il était difficile de le dire. Le carrelage était presque chaud sous mon torse et sentait l'atelier de potier où les vases tout fraîchement cuits sortent du four, mais... avec plus de poussière et de cendre. Ce devait être parce que la plage n'était pas loin. Puis ma main tomba sur un morceau couvert d'écaille. C'étaient les sirènes. Je vomis.

Recroquevillé contre le sol, je gémis lorsque le soleil du matin vint brusquement m'arracher à l'oubli de la nuit. Il venait trop tard. Il était froid, pâle. Il me piquait les yeux. Je voulus me les couvrir de mes mains, mais il y avait trop de sang. J'étais couvert de sang et d'organes. Je gémis moins fort. Aveuglé, les paupières clauses, je tentai à nouveau d'oublier.

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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Jeu 26 Nov - 4:13

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Umarav10

Ce monstre surpassait tout ce qu'elle connaissait, mais en dépit de son ignorance, la sorcière des ténèbres semblait avoir calmé la situation. La Flammèche put ainsi souffler avant de geindre comme à son l'habitude, surtout lorsqu'il s'agissait d'une confrontation dont elle ne maîtrisait point le dénouement. Puis elle voulut comprendre les motivations de la créature, voilà bien une chose que Umar trouvait profondément stupide. C'était le genre de questionnement intérieur qui vous poussait bien souvent à user de votre langue plutôt que de votre arme, et ce, même si vous étiez sur le point de vous faire croquer les reins ! Son hostilité était limpide, si limpide que le vent en devenait visible. Et pour conclure son babillage incessant, les questions plurent ! Pourquoi ma faux m'eut-elle été rendue ? Pourquoi la rôdeuse m'eut aidé ? Pourquoi Lupa n'est plus visible ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi... Voulait-elle faire regretter à la Démone son ouïe ? si oui, c'était bien parti ! Ce n'était pas parce qu'il se dérobait à leurs sens, que le danger s'en était allé. Umar avait conscience de cela, mais curieusement, elle comprit cette exaspération qui fuyait Mayufu par tous les orifices. Même si sa bouche fit office de valve primordiale à cet exutoire. Conservant l'esprit clair quant à l'ombre indécelable tapie dans le paysage, la sorcière des ténèbres s'avança jusqu'à faire face à la fille du feu. Elle s'inclina afin que son visage s'abaisse au niveau du sien, puis l'observa de son regard transcendant.

- Vide tes morvines et inspire un grand coup ! Prodigua Umar à sa protégée. Ses traits enjolivés d'un sourire miroitaient une certaine bienveillance. Puis, sans qu'elle n'en décèle la cause, une chaleur naquit en son coeur, orientant ainsi ses pensées sur un fait qui ne l'avait encore jamais concerné. À partir de là, son expression se teinta d'incertitude, et plus elle luttait contre cette part d'elle qui n'était pas elle, plus elle était tentée d'y céder... Cesse donc de me lorgner de la sorte, je vais bien ! Formula t-elle de sa voix empreinte d'une certaine sévérité. Laquelle s'assagit aussitôt lorsque de nouveaux mots succédèrent au précédents : Ton oeil... Comme transportée par un élan de bonté, les doigts fins d'Umar firent pression sous le menton de Mayufu, incitant ainsi cette dernière à river son attention sur ses orbites emplies d'un millier d'étoiles. Le silence ne fut jamais aussi parlant tant l'émotion était pure, presque matérielle. C'est alors que de son autre main, Umar s'en vint recouvrir la prunelle meurtrie de la jeune fille. Ses paupière s'abaissèrent, et un halo immaculé chassa les ténèbres sous sa paume. Une lumière vive jaillit des différents interstices qui résultaient de son geste. La manifestation ne dura pas plus de quelques secondes, mais lorsque l'éclat s'estompa et que la main se retira, en dehors du sang qui avait déjà coulé, l'oeil de la Flammèche était entièrement guéri. Voilà qui est mieux... je ne souffrirais plus de loucher au devant de ta face borgne ! La trotteuse du plus haut clocher de l'île n'avait pas fait un saut, que l'aura angélique de la Démone s'était déjà volatilisée. Manifestement amnésique au miracle qu'elle venait d'accomplir, la sorcière des ténèbres annonça la suite : Qu'elle t'ait sauvé ne rachètera guère le fait qu'elle ait provoqué cette situation ! Allant jusqu'au corps gisant de la rôdeuse, Umar la bouscula de son pied au niveau de l'épaule, la faisait ainsi rouler sur son dos. Pour t'avoir secouru, je consens à me montrer clémente en lui accordant une mort rapide !

Dans une conviction absolue, la Démone arma son talon juste au-dessus du front de l'archère avec la ferme intention de lui exploser le crâne. Mais là ou une nano seconde lui serait suffisante pour accomplir l'acte, quelque chose dans le lointain la freina dans sa démarche vengeresse. D'un point de vue extérieur, nul n'était en mesure d'identifier ce qui l'hypnotisait de la sorte. Son pied retrouva donc le confort du sable fin sans qu'aucun mal n'ait été fait à la rôdeuse. Mayufu n'aura toutefois point l'occasion de soumettre un nouveau pourquoi qu'un souffle froid et putride fit frémir les mèches qui voilaient son cou.

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Mayu10

À travers un râle chuchoté, la présence confirma sa sinistre apparition. La Flammèche aurait toutes les raisons d'être surprise, car ce visage, si écorché soit-il, était la copie conforme du sien. De même que le son de sa respiration encombrée, au même titre que ses vêtements d'ailleurs. Un esprit rationnel rangerait cela sur l'étagère des illusions, mais Mayufu avait déjà assisté à tant de choses qui jusque là lui semblaient invraisemblable, qu'une telle conjecture relevait de l'amateurisme ! L'être décharné ne manifestait cependant aucune agressivité. Si l'on faisait fit de ses mouvements de balancier relativement inquiétants, on pourrait presque marcher à côté sans encourir le risque d'une attaque, tant sa gestuelle était lente. Néanmoins, s'il fallait éprouver une crainte vis-à-vis de cette créature, celle-ci résiderait en ses paroles...

- Umar ne peut pas être sur tous les fronts, et je fus trop faible pour ce monde. Je l'ai aimé avec tant d'ardeur, que même dans ma mort, cet amour demeure intact ! Je t'envie d'être là. Qu'il s'agisse d'un sursis ne change rien à ce qui me ronge. Cette créature te tuera, et tu ne pourras rien y faire. L'air triste, le cadavre de Mayufu poursuivit son discours. Très bientôt, tu seras à ma place, dévoilant ce funeste avenir à ton toi vivant, et ainsi de suite ! Quelle misérable je fais, une authentique fougère... Grommela t-elle en tournant finalement le dos à son pendant en rab.

Au cours de ces quelques phrases, d'épais nuages noirs avaient stationnés au-dessus des protagonistes, desquels finirent par jaillir de puissants éclair rouges qui zébrèrent les cieux dans un tonnerre fracassant. Puis, une pluie de sang inonda les lieux ! Très vite, des flaques prirent forment tout autour d'Elvin, et montèrent rapidement en niveau, menaçant ainsi d'engloutir ce dernier où qu'il poserait pied. Quant à Umar, toujours immobile auprès de la rôdeuse qui s'enfonçait peu à peu dans le cruor céleste, ne décrochait plus son regard de la silhouette qui s'en venait la rejoindre.

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Umar_f10

Cette Umar aux prunelles absentes, ou cachées, tenait dans ses bras sa petite protégée que la vie avait déserté. Pétrifiée par le réel de ces images, la sorcière des ténèbres ne parvenait plus à en détourner son attention. Sa doublure n'avait guère besoin de l'expression qu'offrait le regard pour lui communiquer son inconsolable tristesse. Et ce qu'elle lui révéla ne fit que fendre son coeur...

- J'ai tout essayé, mais je fus incapable de la sauver... je ne serai jamais assez forte, ni suffisamment volontaire pour prendre les devants. Je vais à présent errer seule comme une âme bafouée par l'existence, et méditer sur mes tourments. Déposant le corps dans le sang qui ne cessait de monter, la Démone en proie au déclin enveloppa les joues de sa jumelle de ses mains moites et rugueuses. Un coeur aussi sombre que le nôtre n'a droit à aucune rédemption...

Puis elle l'abandonna pour s'enfoncer vers le large, jusqu'à disparaître complètement sous la surface écarlate. Flottant désormais au côté de la rôdeuse, Mayufu dont les traits reflétaient ses derniers instants, obséda Umar qui se mit à éprouver une peur sans pareille. Ses membres se mirent à trembler, et sa raison fuir sa conscience à mesure que la dépouille de la fille du feu oscillait sous la pression des vagues. Tout cela n'était en rien une hallucination, tous pouvait voir et entendre ce que les autres percevaient. Par ailleurs, la Flammèche zombie n'avait de cesse de marmonner la manière dont s'était passé son trépas.

- J'ai craché le feu comme jamais auparavant, j'ai esquivé autant d'attaques que j'ai pu, mais je ne pus empêcher ses crocs de s'enfoncer dans mon crâne... je hurlai tandis que j'entendais l'os craquer sous la force de ses mâchoires. J'ignorai jusqu'alors pouvoir demeurer consciente à un tel traitement. Puis Lupa me délesta de mon scalp ! ce qui lui permit de creuser un peu plus profondément dans ma boîte crânienne. Dans ces instants, tu ne souhaites qu'une chose ; mourir le plus rapidement possible ! Mais entre ce que l'on souhaite, et ce qu'il se passe... je pus ainsi l'entendre mastiquer ma cervelle directement depuis l'arrière de mon visage. Sa langue se fraya un passage entre mes lèvres lorsqu'enfin, le souffle me quitta.

Mayufu aurait beau lui sommer de se taire, rien n'y ferait. Quant à l'attaquer... elle tenait à peine sur ses jambes, on pourrait même penser que sa version zombie avait plus d'équilibre qu'elle. Côté rôdeuse, elle était sur le point de se noyer. Umar demeurait terrifiée. Quant à Elvin, s'il voguait toujours au creux de ses songes, aucune de ses versions ne le sauverait, car même une Sirène ne pouvait respirer là-dessous...

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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Dim 29 Nov - 15:17

Elle se tenait là, au milieu de ce décors lugubre, dans un silence plus qu'inquiétant. Son regard fouillant les environs, guettant le moindre mouvement de Lupa mais rien ne vint. La pénombre partie, elle était aveuglée. Aussi épuisée qu'elle se laisserait volontiers tomber dans les vapes pour se reposer un peu mais c'était loin d'être le moment. Alors que Umar et elle-même savaient où se trouvait Lupa il y a de cela quelques instants, désormais, être dans l'ignorance complète angoissait Mayufu plus qu'autre chose. Elle pourrait surgir de n'importe où et ne rien pouvoir y faire.. cela dit, le commencent, c'était elle l'investigatrice du désastre. Une part de culpabilité avait naquît en elle depuis que la Déesse de la Nature était intervenue et, désormais, elle ne cessait de grandir car plus les choses allaient, plus l'irréparable pourrait survenir et là, Xiris ne serait pas là pour exaucer son souhait. Du coup, elle allait devoir trouver une solution afin de parvenir à protéger Umar de ses propres forces et en parlant de force, son unique œil valide observa ses mains et avants-bras. Ils étaient dans un piteux états. La peau semblait avoir noirci. Prenant un ton plus sombres aux extrémités des doigts et virant sur différents tons de couleur pour retrouver celle de la pâleur de sa peau. Cela ne lui faisait pas mal car la tempête intérieure qui la secouait éclipsait absolument tout ce qu'elle ressentait. Néanmoins, seule celle de son œil endoloris persistait. N'ayant pas pris conscience qu'elle avait assommé Umar de question, la jeune fille s'était momentanément enfermée dans une bulle. Seul le visage de la sorcière des Ténèbres apparaissant devant le siens l'en fit sortir. Le souffle légèrement coupé, relevant son unique œil, la fille de Bhaal esquissa un léger sourire gêné quant à sa première remarque. Comprenant immédiatement qu'elle avait légèrement abusé avec son long monologue, mélange de questionnements aussi inutiles les uns que les autres et de plaintes lassantes.

- Je suis désolée... Soupirait-elle après une longue inspiration tout comme lui avait confié de faire son amie. Bien que surprise du soudains timbre bienveillant de la sorcière dans une telle situation, elle ne voulut pas se faire prier et se calmait.

Quant bien même elle ne s'étonnait pas trop de sa soudaine bienveillance, au vu de sa proximité avec elle qui la réconfortait plus qu'autre chose, le revirement d’attitude, celui-là même, l’interrogeait. Oh, elle était habituée à ses envolées lyrics ou autres étalages de colère mais là, ce fut trop suspect pour qu'elle ne s'en rende pas compte. Surtout que, une troisième séquence entrait en jeu... s'arrêtant à nouveau sur un ton bienveillant à l'intention de son œil blessé. L'autre fronçant le sourcils furtivement, elle comprenait pas trop ce qu'il se passait. Umar ne lui était pas connue pour sauter, trois fois de suite, d'un état d'âme à un autre. Surtout qu'elle avait reprit ses traits pâles. Répondant à sa question définitivement quant au fait que l'Umar qu'elle connaissait depuis toujours qui ne surgirait que de nuit. Non, son apparence ne changerait en rien de ce qu’éprouverait la jeune fille pour elle. Pour preuve, le seul contact de ses doigts sous son menton pour lui relever la tête fit jaillir une légère vague de frisson dans tout son être. Aussi faible pouvait-elle être, son cœur, lui, ne faiblirait jamais face à celle qu'elle aimait. Légèrement tremblante, elle laissait les choses se passer. Sa seconde main se posant au-dessus de son œil qui lui rappelait désormais à quel point il souffrait, lui lançant des soudaines piques de douleurs maintenant qu'elle y accordait son attention. Quant à son autre prunelle, elle, ne quittait pas le visage d'Umar du regard. Si le temps pouvait cesser d'être et la figer dans cet instant précis, elle aurait donné tout ce qu'elle avait pour que cela soit possible. Ce qu'elle ressentait à ce simple contact après tout ce qu'elles venaient de vivre toutes les deux étaient inestimables. Une petite larme perla du coin de l’œil et glissait le long de sa joue pendant qu'une vive lumière jaillit de l'autre côté de son visage ainsi qu'une douce mais intense chaleur envahissait sa blessure.

Se laissant totalement faire, une main accrochant le col de son manteau et l'autre le long de son corps, la douleur se dissipait rapidement. La main de son amie retirée, elle put rouvrir son œil. Doucement, par réflexe, mais celui-ci était entièrement guéris désormais. Il semblait désormais même plus neuf que le second vu qu'il avait aussi été soigné de la fatigue.

- Je... Merci, Umar. Commençait-elle à prononcer avant de voir un nouveau revirement de ton de la part de cette dernière. À peine l'avait-elle que son timbre de voix habituel qu'elle lui connaissait naturellement resurgit subitement. Ayant pour effet de lui faire cligner les yeux de stupéfaction et d'un léger gloussement quant à la remarque que la sorcière lui avait lancée.

Néanmoins, elle n'en aurait pas le temps d'y répondre car à peine avait-elle terminé le thème de son œil qu'elle se dirigeait déjà sur celui de la rôdeuse tapie au sol un peu plus loin. La dure réalité venait de frapper à la figure même de la jeune fille qui se rappelait d'où elle était réellement. Le son de la brise maritime ressurgit à ses oreilles. L'odeur du feu et des braises emplirent ses narines et la température tout aussi brûlante, glaciale que salée la remirent mal à l'aise. Son regard semi-neuf désormais tournés auprès de la jeune femme tapie au sol, inconsciente. Umar à son chevet, un talon poser désormais sur le front de celle-ci après l'avoir retournée d'un mouvement de pied. Que devait-elle faire ? Les sursauts d'humeur d'Umar qu'elle venait de voir... le fait que, intentionnellement ou non, cette femme l'avait bousculée pour la protéger d'une charge de Lupa... tout cela la mettait dans le doute. Umar était-elle en train de se muer vers quelque chose dont Xiris désirait ou était-ce dû à tout autre chose ? Alors oui, elle ne contredirait jamais Umar sur le fait que la rôdeuse avait mené Lupa jusqu'à elles et les entraîner dans ce désastre. Mais quelque chose au fond lui demandait de lui laisser un sursis et la sauver pour que, peut être, elle cesse de les traquer à son tour une fois le danger de Lupa écarté. Car oui, elle ne se manifestait pas encore pour le moment... Mais la Flammèche ne croyait pas au fait qu'elle avait disparue, comme ça, d'un claquement de doigt, aussi puissante que Umar était. Cela lui semblait si simple au vu de comment ce monstre les traquait depuis leurs arrivées dans ce monde.

Elle voulu faire un pas en avant afin de tenter de l'interrompre dans sa lancée et pouvoir en discuter avant de l'exécuter comme ça, tendit une main noircie en avant, sa voix tentait de l'interpeller mais rien n'en sortit car une toute autre sensation la figea instantanément sur place. Un souffle surgit dans son dos, soufflant sur sa nuque... Le regard se muant en terreur, elle croyait que Lupa avait surgit dans son dos et prête à la tuer comme elle le redoutait il y a de cela quelques secondes. Désormais aphone à cause de la panique l'envahissant, elle n'hésita point à subitement se retourner du plus vite qu'elle pouvait avec sa faiblesse actuelle. Sauf que... s'attendant à y voir les crocs de Lupa lui sourire, elle se retrouva devant quelque chose de bien différent. Une étrange sensation naquît en elle. Vous savez... cette sensation de déjà-vu mais qui n'en est pas une ?

Mais ce qui se tenait devant elle ne pouvait être une illusion tant cela était réel. Mais ce qu'elle voyait, elle ne souhaitait tout de même ne pas y croire. Qu'est-ce qu'elle fichait ici ? Son souffle la crispait à chaque expiration. Son regard vide et blanc la fixant la tétanisait sur place et, d'un coup, tout le bruit ambiant autours d'elle cessa d'exister. Comme si cette personne face à elle avait fait en sorte d'elle soit la seule entendue lorsqu'elle prit la parole. Sa voix résonnait dans son esprit, réalisant à peine ce qu'elle vivait, la fille de Bhaal comprit enfin qu'elle s'écoutait parler. Que c'était elle qui était en face d'elle-même mais... en cadavre ambulant ? Maintenant qu'elle s'observait, hormis toutes les blessures que son double possédait, elle se reconnu aisément mais si l'état dans lequel elle se trouvait était celui dans lequel elle serait plus tard, elle comprit sans même qu'on ne lui dise qu'elle allait souffrir atrocement. Alors que cette dernière lui annonçait qu'elle serait bientôt à sa place et ferait la même chose qu'elle à son tour à une autre Mayufu, l'actuelle vivante leva les yeux au ciel lorsque d'épais nuage noir apparurent, parsemés d'éclairs assourdissant. Une goutte de pluie vint s'écraser sur sa joue, puis une deuxième sur son front et quelque courtes secondes lui furent nécessaires pour comprendre qu'il ne s'agissait pas d'eau mais de sang ! Cette révélation eut le don de la sortir de son état comateux et subjugué à son double qui venait de lui tourner le dos. Permettant à Mayufu de diriger son regard vers Umar qui... subissait la même chose ? Il lui était extrêmement compliqué de comprendre quoi que ce soit dans ce vacarme assourdissant qu'était cette tempête qui était apparue d'un coup. Peut être l’œuvre de cette femme se tenant face à son amie et qui tenait... une autre Mayufu dans ses bras ?! Il était logique de conclure qu'il s'agissait d'une autre Umar qui avait fait le souhait de resté aveugle ou qui n'avait pas croisé la route de la Déesse de la Nature.  

- C'est quoi ce bordel... Murmurait-elle, les traits de son visage passant de l'inquiétude à une profonde haine qui l'envahit soudainement.

Son double à côté ne cessait de parler et, cette fois-ci, décidait d'énoncer les faits de sa mort. Ses oreilles l'écoutaient parler attentivement mais ses yeux, eux, observaient Umar et l'inconnue qui venait de déposer le corps d'une autre double d'elle-même à la surface d'énormes flaques de sang qui ne cessaient de prendre du niveau. Montant désormais au-dessus de ses pieds. La colère, l’incompréhension, l'inquiétude ainsi que l'amour étaient les seuls sentiments qui l'habitaient désormais et se mélangeaient ensembles. La plongeant dans un état dont elle ne saurait en expliquer les sensations. Le cadavre à ses côtés, tenant à peine sur ses jambes mais visiblement mieux qu'elle-même qui assumait mal le coup de ce qu'elle pouvait lui dire. Lui décrivant plus que nécessaires la façon dans laquelle elle fut tuée... Chose qu'elle reconnu ne pas être elle-même. Enfin... si elle se croissait elle-même, elle annoncerait certes sa mort si cela devait venir à arriver mais jamais elle s'infligerait une telle peur avec ce genre de détail là. Déjà horriblement terrifiée par la mort elle-même alors... si en plus c'était servis avec des détails, elle se condamnait à chaque fois à une crainte qui paralyserait sa capacité à réagir rationnellement dans les futurs combats. Du coup, au vu de sa la lancée du monologue que son double avait prit, Mayufu grogna de colère et lui asséna un violent :

- Ah bah putain, je suis si chiante à écouter me plaindre ?! Je comprends Umar maintenant ! Vociférait-elle, les dents serrées, le regard vif et flamboyant. Bien que craintive de ce que son double venait de lui annoncer, elle ne souhaitait clairement pas restée planter là surtout qu'elle ressentait intérieurement qu'Umar était plus en difficulté qu'elle.

Son cadavre continuait de conter sa sinistre mort et les mots ne cessaient de lui vriller les tympans. Sa peur grandissante, la Flammèche sentait tout son corps trembler. Son corps n'allait pas tenir si cela continuait de la sorte et, surtout, si elle ne décidait pas de réagir rapidement ! Ayant extrêmement peu d'énergie, elle parvint à se focaliser sur ses jambes, tenter d'isoler les paroles de son cadavre qui entrait de plus en plus dans les détails macabres de son déclin. Le sang de la Flammèche se mit à bouillir de l'intérieur et ses jambes commencèrent a être parsemées de veinure rougeoyante et de la vapeur commençait à s'en réchapper dû au contact avec l'eau de mer mélangée au sang qui ne cessait de tomber du ciel. Soignant légèrement les douleurs de celle-ci, lui permettant alors de pouvoir se déplacer auprès de son amie. Son regard suivant la doublure de Umar s'en aller s'enfoncer dans les profondeurs.

- Je me fatigues à m'écouter moi-même ! Lui hurlait-elle à son cadavre, le visage partagé entre la colère et la peur, lui jetant un dernier regard avant de mettre un terme à cet échange à sens unique. Mais ce qui est sûr, c'est que j'ai peur de mourir, oui.. Mais ce qui me tiens le plus à cœur, c'est Umar. Je ne resterai pas plantée là à m'écouter me plaindre, déjà que je ne me supporte pas mais merci pour l'histoire, néanmoins, c'était ravissant et ça n'aide en rien !

D'un pas décidé, la jeune fille s'avança auprès de son amie, tournant le dos à son double, n'en pouvant plus de s'écouter geindre et prenant bonne note de changer ce trait de caractère par la suite et que, malgré ce qu'elle lui révélait, n'en avait cure car sa priorité étant désormais la détresse de la sorcière qui semblait perdre la raison. Bien que les détails fournis par son double la terrorisait rien que d'imaginer, la Flammèche ferait en sorte que cela ne se réalise pas et que, par-dessus tout, au vu de ce à quoi elle ressemblait et le double de son amie, elles n'avaient pas les mêmes vécus hormis Lupa et que les choses avaient probablement déjà changés ! Convaincue que les événements ne seraient pas ceux annoncés, Mayufu était désormais aux côtés de Umar qui avait le regard planté sur son cadavre flottant aux grès des vagues sanglantes et salées. Aux côtés du corps de la rôdeuse, toujours inconsciente... Inspirant un grand coup, elle s'interposait afin de lui couper la vue sur ce qu'elle pouvait voir. C'était désormais le visage de la Flammèche qui se tenait devant le siens. Ses mains effleurant son visage, à l'instar de la guérison que l'hybride lui avait prodigué précédemment. Laissant quelques secondes s'écouler sans dire un mot, son regard plongeant dans le siens et étant emplis, lui aussi, de gentillesse et se voulait réconfortant pour l'aider à se sortir de sa torpeur. Ressentant la peur qui l'habitait par les tremblements qu'elle ressentait.

- Rien de tout ça n'est vrai, Umar ! Elles ne sont pas nous, reprends toi, je suis là à tes côtés et je te protégerai quoi qu'il puisse se passer! Lui dit-elle, désespérée de la sentir aussi mal et de la voir dans une telle détresse. Elles ne sont pas nous ! Quoi qu'elle ait pu te dire, cela n'arrivera pas.

Elle lui saisit ainsi le visage pour qu'elle ne regarde qu'elle et puisse refaire le calme dans son esprit mais délicatement, se contentant de lui faire sentir la présence de ses mains à la surface de sa peau. Rapprochement le siens qui se munis soudainement d'une petite Flammèche devant son œil gauche dans l'espoir qu'elle puisse l'aider, tel un phare dans la tempête, à retrouver son calme.

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Elvin
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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Mer 2 Déc - 18:53

Il y avait comme une sensation froide, une odeur de métal, contre mon dos à nu. Quelque chose qui m'engourdit, qui me blesse, comme des milliers d'épines à travers le moindre de mes pores. Un frisson. C'était une impression douloureuse, lourde, qui s'insinuait et glissait tout le long de mon corps, coulait presque. Je tressaillis. C'était comme si une étendue de larmes, la gueule d'un énorme poisson, une mer immense avait débordé de ses frontières et qu'elle s'infiltrait désormais jusqu'à moi, profondément, jusque dans mon cœur. Je me réveillai en sursaut.

Je fus presque soulagé de voir le monde rouge qui s'étendait autour de moi, mais peut-on seulement être rassuré par la vue du sang ? Non, le sang signifie toujours les problèmes, les douleurs, l'infortune, les bûcherons qui se sont blessés avec leurs outils et s'inquiètent de risquer de ne plus être capables d'effectuer leur travail, les vieilles aïeules presque centenaires qui sentent leur derniers jours arriver et vont se reculer dans l'abbaye pour être en paix, les jeunes parturientes malheureuses de s'être mariées trop tôt et qui crient à travers les couloirs et leur peine et la mort qui menace leur ventre. Je soupirai les deuils passés et ceux à venir.

Puis, je me levai. Si je ne l'avais pas fait, qui l'aurait fait pour moi ? Qui se serait oublié un instant, aurait oublié son mal qui le rongeait, pour aller aider les autre ? Une personne plus capable, peut-être. Mais je l'ignorais, alors j'ai tourné mon regard vague, fatigué, comme ébloui par la lumière masquée du jour, mes oreilles pleines d'acouphènes, et j'ai cherché autour de moi, dans cette vase écarlate s'il y avait quelqu'un comme moi, s'il y avait quelqu'un à sauver.

*Elle est donc saine et sauve ?* Le corps de la femme de la forêt flottait vaguement dans l'étendue ferreuse, encore retenue par un banc de sable qui tentait vainement de l'empêcher de partir vers le large. Je me hâtai d'aller vers elle. Je l'avais cru perdue, je ne sais pas vraiment pourquoi exactement. Avais-je pensé qu'elle ne redeviendrait plus jamais elle-même ? C'est vrai que son étrange métamorphose avait semblé si violente, si douloureuse, elle avait tant tenté de lutter contre cette énergie étrangère qui voulait la dévorer. Mais pourtant elle était là désormais.

Je m'armais de toute mon énergie mais mes pieds s'enfonçaient lourdement dans le sable humide et j'avais du mal à progresser, m'embourbant à chaque pas. Pourtant je faisais de mon mieux, qu'aurais-je pu faire de plus ? C'est comme si l'univers tout entier voulait lutter contre nous. Était-elle seulement encore vivante ? L'étions-nous seulement nous-même ? Cet univers couvert de sang, où tout semblait retenir, lourd, n'aurait-ce pas pu être une vision des tourments éternels ? Étions-nous nous-même damnés ? Cela était triste, je ne me souvenais même pas pourquoi j'étais martyrisé, moi.

J'arrivai auprès de la dame des bois. Je fus rassuré, elle ne semblait pas avoir de blessure trop sévère, quelques plaies et contusions, pas de quoi tuer. Si elle était inanimée, ce devait être parce qu'elle s'était prise un coup sur la tête, ou alors c'était ce lieu. Mais en inspectant son crâne à travers ses cheveux rendus poisseux par le liquide épais, rien n'apparaissait trop grave. J'étais soulagé.

Mais elle n'étais pas seule. Plus loin, le courant charriait lentement une autre forme, vague, peut-être plusieurs. Il était difficile de différencier les corps des décombres qui erraient mollement çà-et-là, comme des âmes en peines. Qu'aurais-je pu faire ? Aurais-je pu plonger jusque là ? Le sang m'arrivait déjà presque aux hanches et je ne savais pas quand... Quand cela s'arrêtera-t-il donc enfin ? Mais les flots indifférents se couvraient d'écume, et quelqu'un, vivant encore, se mourrait à côté de moi. Je devais partir, sauver au moins ce que je pouvais.

Je la tirai, de mon côté, vers la plage la plus proche. Il ne fallait pas bouger un blessé en temps normal mais la mare de boue cuivrée commençait à menacer de la recouvrir. Une petite vague qui put se former, me convainquit de faire très vite. Je ne pense pas que j'aurais eu suffisamment de force pour la déplacer en temps normal mais cette mélasse avait au moins l'avantage de faire flotter son corps et permettre de le glisser à sa surface. Cependant, je ne parvins pas à l'en extraire totalement et ses pieds ondulaient encore, bercés par le courant.

Une fois à l'abri pour le moment, je pus commencer à administrer mes soins. Je ne pouvais pas faire grand chose pour autant, je n'avais rien sous la main. Je me contentai donc de laver ses plaies du sable qui avait pu s'y coller et de les recouvrir avec des bandes de tissu empruntées à un bout de drap qui partait à la dérive afin qu'elles empêchent des saletés de s'y déposer à nouveau. C'était assez maigre, j'aurais voulu faire plus de chose pour cette dame qui avait eu l'air si malheureuse lorsque je l'avais rencontrée pour la première fois, dans la forêt, alors qu'elle criait le nom de "Lupa".

Lupa, c'était le grand loup, non ? J'avais cru entendre quelqu'un lui donner ce nom-là. C'était assez risible que j'ai voulu la prier finalement. Cela dit, j'avais entendu dire que des peuplades éloignées adressaient leurs prières envers les grands animaux de leur coin dans l'espoir que ceux-ci ne les croquent pas. J'étais encore en un seul morceau, donc peut-être que ça avait marché. Enfin pour moi en tous cas, le loup, lui, semblait ne plus être là. J'espérais qu'il ne lui était rien arrivé de mal, ni non non plus qu'il n'en ait causé.

D'ailleurs où étaient les autres ? Je tournais le regard à travers le rideau rouge qui était tombé sur le paysage, mais je les apercevais à peine à travers tout ce sang si opaque. En sortant ma première patiente de la marée, j'avais dû dériver sur le côté, si bien que j'étais désormais à plusieurs pas de leur position. Peut-être que l'un d'entre eux était blessé lui aussi. Avec un dernier regard inquiet vers celle que je venais de traiter, je me décidai à aller vers eux, emportant avec moi l'espèce de fripe que j'avais déjà tellement commencé à déchirer qu'elle ne pourrait plus vraiment jamais servir à personne désormais, espérant néanmoins que je n'aurais pas besoin de l'utiliser.

Ils étaient tous les quatre là, immobiles, sur place, je ne tentai pas de comprendre, mais je me dirigeai plutôt vers celle qui semblait la plus mal-en-point, tandis que son interlocutrice l'abandonnait. Elle tremblait sur ses jambes, prête à s'effondrer d'un moment à l'autre. Le choc qu'elle avait dû recevoir avait sans doute été sévère. Un sang incarnat, plus vif encore que les larmes de pourpre terne qui tombaient sur nous, maculait son visage et plus encore ses cheveux sombres. Je commençai par la prendre doucement par les épaules pour l'inciter gentiment à s'asseoir :

- Je suis là... Tout va bien aller... Laissez-vous glisser au sol, lentement, je vous retiendrai et je m'occuperai de vous...

Mais tandis que je l'aidais à adopter une position plus confortable et que je me plaçais derrière elle pour inspecter sa blessure, je dus retenir le vague à l'âme qui voulut m'envahir. Sa plaie était profonde, tellement profonde, trop pour que je puisse faire quoi que ce soit. C'était un miracle qu'elle n'ait pas déjà été emportée, ou alors était-ce le lieu qui voulait à tout prix la retenir. J'appliquai tendrement le bout de tissu qu'il me restait sur sa blessure, j'aurais risqué de la blesser davantage si j'avais voulu laver sa plaie. Puis, la mort dans l'âme, je me résolus à lui demander avec une voix comme un murmure :

- Est-ce que vous... appréciez un dieu en particulier ? Cela peut être n'importe quoi, que vous ayez déjà ressenti qu'il était là, une fois, pour vous accompagner, ou même que vous trouvez son nom marrant, pourquoi pas après tout. Les simples villageois ou les enfants n'était pas toujours vraiment très pieux et allait à l'église davantage par habitude qu'autre chose, mais je ne voulais pas qu'elle soit seule. Vraiment n'y en a-t-il pas un dont vous vous sentez un peu proche ?

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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Hier à 23:08

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Umarav10

Le cruor céleste ruisselait sur sa peau, chargeant sa chevelure d'une substance lourde et poisseuse. Ses franges de plomb collaient à son front et ses joues, tandis que ses cornes se chargeaient de concrétions à mesure que le sang s'écoulant coagulait. Son regard vide portait en lui une tristesse qui donnait à sa prestance l'apparence d'une statue implorant qu'on la détruise. Sa silhouette écarlate ne trahissait aucun mouvement, et demeura ainsi figée jusqu'à ce que la Flammèche ne vienne encadrer son visage de ses mains. La chaleur qu'elle insinua en elle la tira momentanément de son tumulte intérieur. Ses mots furent superflus tant ses yeux hurlaient pour elle. En réponse, Umar papillonna par trois fois des paupières avant de secouer légèrement la tête, comme pour chasser ce qu'elle venait de voir. Comprenant alors que Mayufu allait aussi bien qu'elle pouvait l'espérer, la Démone se laissa envahir par un sentiment de plénitude. La Flammèche avait raison, rien de tout ceci n'était vrai, la flamme à l'origine de son surnom revenue, cette dernière l'encourageait vivement en ce sens. A partir de là, une curieuse attraction accola son front au sien, elle soupira, puis se mura dans l'obscurité. Lentement, les sons environnants finirent par s'estomper ; d'abord le tonnerre, ensuite la pluie, jusqu'au flux et reflux des vagues nouvellement formées. Bercée par le seul écho de sa respiration, Umar fut la proie de fourmillements qui engourdirent ses doigts et ses pieds. Et alors qu'un étau lui comprimait le coeur, ses lèvres se posèrent sur celles de Mayufu. Les spectres obscures qui parsemaient la zone s'élevèrent d'un coup, éclipsant la lumière l'espace d'un instant, comme si les émotions de la Démone étaient intimement liées aux ombres environnantes.

En dépit du sang qui leur tombait dessus, la beauté du geste n'en fut guère altérée. Le contact ne fut qu'effleurement, mais imprimait d'avantage qu'un coup. La sensation soyeuse et réconfortante n'eut pour existence qu'une seconde, une malheureuse seconde. Pourtant, cela fut suffisant pour briser quelque chose en elle, ou bien était-ce le contraire ? Umar ne savait pas, elle n'était même plus certaine de savoir ce qu'elle ressentait en ce moment. Se rendant finalement coupable d'un acte interdit, la sorcière des ténèbres s'écarta légèrement. Et tandis que ses yeux s'entrouvraient, faisant naître sur ses traits un rictus mu par le malaise, une ombre se dressa depuis son dos. Mais avant que Umar ne puisse s'en défendre, une douleur aigüe la frappa entre ses ailes. La Démone crut d'abord à un choc, mais lorsqu'elle aperçut une main émerger de son thorax, une mine défaite se substitua à la précédente. Les phalanges s'articulaient comme le feraient les pattes d'une araignée laissée sur le verso. Le froid et l'engourdissement remplacèrent progressivement la douleur qui sévissait en son sein. Et bien que ses jambes n'étaient plus guère en mesure de la soutenir, son corps refusait de tomber. Ainsi maintenue par le propriétaire du membre qui la traversait, le regard d'Umar finit par croiser celui de Mayufu. Honte et stupeur s'entremêlaient au rythme d'une sinistre harmonie...

Le souffle court, une toux improviste finit par ponctuer son agonie. Une gerbe de sang jaillit alors d'entre ses lèvres, maculant le visage qu'elle contemplait d'une tâche plus sombre que les autres. Umar voulut dire quelque chose, mais de sa gorge ne sortit qu'un râle semblable à un gémissement que l'on arracherait aux profondeurs de l'océan. Noyée dans sa propre sève, la Démone vint à manquer d'air. Elle lutta contre la fatalité par une série de soubresauts, puis sa tête bascula vers l'avant. Les bras ballants, les ailes tombantes, Umar expira dans le secret. Manifestement satisfaite de son oeuvre, la main criminelle s'arracha de sa poitrine, ne laissant derrière elle qu'un trou béant. Telle une fenêtre sur le monde, il devint possible de percevoir l'épaule du meurtrier. La marée montante s'en était rendue à mi-cuisse lorsque le corps de la Démone fut abandonnée à la gravité. En s'écroulant sur ses genoux, seule une moitié d'elle subsista sous le ciel voilé. Une posture qui persista quelques secondes, deux, cinq, difficile à estimer, puis chavira en arrière. Son dos glissa littéralement sur le cruor, comme mu par une volonté de partir au loin. Ses yeux grands ouverts figés à jamais dans la tristesse, furent bientôt effacés par le sang des cieux qui s'empressa d'emplir le creux de ses orbites de son rouge écoeurant.

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Lupa10

Dans sa forme Elfique, Lupa se tenait là, tout près. Le visage marqué de ce même sourire silencieux, elle inclina légèrement la tête lorsque son regard lugubre se posa sur l'incendiaire. Sa coiffure était impeccable, et sa présence n'était souillée d'aucune tâche, seuls ses vêtements venaient à manquer. Son intimité préservée par l'étendue cramoisie qui ne cessait d'enfler, elle s'approcha de la jeune femme endeuillée. Les lèvres complètement retroussées, sa mâchoire inférieure se disloqua entièrement, offrant ainsi à sa bouche une ouverture semblable à celle d'un boa sur le point de gober sa proie. Tel un fagot de branches sèches écrasé par un pied indélicat, ses os se mirent à craquer, et tandis que la distance séparant le monstre de la fille du feu s'éboutait, sa figure de rêve vira au cauchemar !

Son devoir étant terminé, le cadavre éloquent de Mayufu s'en retourna au néant aussi discrètement qu'il était venu. Côté Elvin en revanche, régnait une totale confusion, pensant agir dans l'intérêt commun, voilà qu'il taillait le bout de gras avec un macchabée. Cette autre carcasse de Mayufu était aussi froide qu'un reptile allergique au soleil. Mais cela ne dissuada point le frêle garçon de la veiller. Une bienveillance qui ne fut toutefois guère en mesure de la préserver d'une vague plus imposante que les autres. Avec le niveau que n'en finissait plus de monter, Elvin manqua de peu d'être emporté par elle. Et alors que les flots sanguins se retiraient en vue d'une houle plus massive encore, le visage tuméfié de l'incendiaire se décrocha. Tel un masque de chair, il vogua au gré du courant, dragua la surface juste sous les yeux de la Fée, barguigna sous les assauts de la pluie, puis sombra. Le remous frappa derechef, ne laissant aucun répit au témoin de cette scène macabre pour comprendre ce qu'il venait de voir. Les éclairs zébraient le ciel avec colère, le tonnerre résonnait dans les organes des survivants, et alors que la pluie redoublait d'intensité, une silhouette s'éleva depuis l'emplacement qu'avait choisi Elvin pour secourir le "triple" de Mayufu.

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Siren10

Le grondement céleste s'étouffa aussitôt, comme si la météo elle-même souhaitait que le garçon entende ce que cette femme avait à lui dire. Une Sirène aurait-elle pu survivre au traitement que leur avait infligé Lupa ? Etait-il seulement possible d'associer cette créature à la dépouille de Mayufu qu'il avait trainé jusque là ? Ses traits étaient de toute beauté, contrairement au reste de son corps... La corruption issue d'une décomposition avancée avait rongé la plupart de ses chairs. Son abdomen atrocement mutilé laissait passer chaque flash que pouvait générer l'orage. Ses bras squelettiques pointaient dans la direction d'Elvin. Il n'était guère possible de déterminer si le geste était pacifique ou hostile. Elle regardant, sa moitié de queue lui permit de cheminer jusqu'à lui. Et c'est alors qu'elle s'annonça par une question...

- Pourquoi m'as-tu abandonné à la mort ? Bien que sa voix était douce et lisse, une pointe d'amertume l'égrenait quelque peu. En dépit du fait que la vie ne m'a pas laissé l'occasion de te connaître, je n'ai jamais cessé de t'aimer. Mais que suis-je pour toi aujourd'hui ? un souvenir perdu ? un visage inconnu ? Balbutia t-elle les yeux chargés de larmes.

Une fois parvenue à son contact, elle effleura ses cheveux du bout de ses doigts osseux. Par cet acte d'une délicatesse que seule une mère pouvait témoigner, la Sirène lui fit comprendre qu'elle ne lui voulait aucun mal. Enfermant finalement son minuscule visage entre ses mains dures et glacées, elle ajouta dans un souffle, presque inaudible :

- Je suis ta mère Elvin, Syraneï, tu te le rappelles ? Si l'on faisait fi de son buste déchiqueté, ces retrouvailles ferait pleurer les plus endurcis d'entre nous. Mais après un instant passé sous silence, l'amour déserta son regard contemplatif. Et tout en écrasant ses joues avec de plus en plus de force, ce fut avec une bouche dévorée par les vers qu'elle se mit à hurler : Tu m'as laissé crever comme si j'étais une chienne qu'il fallait abattre ! Fais donc un bisou à maman, ensuite, tu pourras me rejoindre ! Une langue baveuse alvéolée d'une multitude de petits trous força alors le passage entre ses lèvres gercées. D'abord chétive, elle gagna rapidement en longueur jusqu'à chatouiller celles de son fils. Elle ne cessera que lorsque le fond de sa gorge aura été lustré !

La seule qui couvait une certaine forme de chance, si l'on pouvait dire, était Erinaë, la rôdeuse. Toujours inconsciente, elle n'avait aucune idée de tout ce qui se tramait autour d'elle, mais si ses paupières venaient à se lever, elle aurait toutes les raisons de trembler. Car Lupa n'était pas qu'une bête sanguinaire, il s'agissait aussi d'une personne particulièrement sadique. Ses pouvoirs surclassaient de très loin le commun des Mortels. Outre le fait d'être une demie-Déesse, le monstre aux traits de femme nourrissait une passion dévorante qui allait de paire avec sa classe. Hélas, la rôdeuse étant dans le coma, il ne sera guère possible d'en savoir plus à ce sujet...

L'explosion fut intense, mais pas que. Ce qu'elle vit par la suite lui fit croire en l'irréel. Était-ce un rêve ? non... un cauchemar plutôt. Elle l'écoutait, la croyait même. Pourquoi ne faisait-elle point la différence ? Était-elle donc si vide à l'intérieur ? Lorsque la lumière chassa les ténèbres, l'impensable se produisit. Les nuages vomirent du sang, la foudre balafra les cieux, et les langues se délièrent. Elle ne distinguait pas les sons, mais pu lire quelques mots sur les lèvres. Quand soudain, ce fut le choc ! Jusqu'alors, elle pensait s'être dissociée, une de chaque côté du miroir, mais désormais, elle était convaincue du contraire. Car jamais elle n'aurait fait une chose comme celle-ci dans un moment pareil. Elle croit même ne jamais y avoir songé. Puis la mort s'invita à nouveau, et la menace du monstre revint au galop. Elle n'était ni elle, ni l'autre qui précéda la lumière. Dès l'explosion elle fut évincée, emprisonnée dans les ténèbres. Toutes deux furent trompées, l'une plus que l'autre néanmoins. Et maintenant qu'elle se transformait derechef, elle devait trouver la force nécessaire pour s'extraire de cette dimension avant que la Flammèche ne rejoigne les méandres de ses souvenirs...

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