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 Tout Feu, Tout Flamme

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Elvin
Elvin
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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Mar 28 Juil - 16:49

Mais ma prière se déchira en gémissements. Comment aurais-je pu prévoir, comment aurais-je pu penser, que le danger ne viendrait pas de l'extérieur mais de l'intérieur ? Peut-être était-ce de ma faute ? À cause de ma propre impuissance ? Oui, j'avais tant proclamé que je voulais aider, instant après instant, je n'avais eu de cesse, ce mot à la bouche. J'avais été bien stupide, bien inconscient de ma faiblesse. En un sens, ceci était une juste rétribution. En étant incapable de pouvoir les aider, je les avais trahis. J'étais responsable de ce qui m'arrivait.

Alors, ainsi soulevé par les cheveux, je fis la seule chose que je pouvais encore, je tentai de me retenir de crier. Cela aurait été inutile. Cela n'aurait fait que l'énerver. C'était ridicule, je le savais, c'était pourtant la seule choses qui me restait, entre mes larmes et mes pitoyables gémissements. Mais bientôt, lorsque même mes cheveux me firent défaut, échappant à mon crâne ou à ses mains, même cela m'abandonna en face du néant.

C'était la bouche du monstre, comme un vide béant, une ouverture d'ombre, un morceau de noir absolu, prêt à engloutir toute la réalité. J'aurais voulu fermer les yeux à ce moment. J'aurais voulu que cela au moins je ne le vois pas. Je ne voulais pas apercevoir mon sang couler, mon corps se tordre, se découper en lambeau sous des crocs d'une force absolue. Je ne voulais pas que ma dernière pensée soit un étonnement morbide face au temps que mon cerveau put demeurer actif après que mon cœur ait été avalé dans les ténèbres. Fermer les yeux aurait été tellement plus simple, cela m'aurait épargné des choses. Mais, incapable d'échapper à cette vision, je gardai les yeux ouverts. C'était tout.

Je ne pouvais pas voir ma vie défiler devant moi car, si j'en avais déjà eu une, je ne m'en souvenais pas. Je ne pouvais pas non plus prier, je m'en serais voulu d'effrayer mon dieu. Au fond de moi, je regrettais un peu de ne pas pouvoir laisser de testament derrière. Pas que j'ai des objets à laisser, non, je n'avais que mes vêtements. Mais, j'aurais bien voulu que quelqu'un m'écoute, enfin, pour une fois. J'aurais aimé que quelqu'un fasse attention à moi, me chérisse, boive mes paroles et me réponde par des sourires. Au moins une fois dans ma vie, j'aurais eu un endroit, des gens auxquels appartenir, je n'aurais plus été seul. Pourtant, c'est sans personne que j'allais mourir, à jamais sans nom, sans histoire et sans ami.

N'avait-ce été qu'une illusion lorsque j'avais cru que je m'étais rapproché de la fille du feu ? Ne m'avait-elle sauvé que pour que je serve d'appât ? Cette reconnaissance que j'avais cru lire sur son visage lorsque j'avais réussi à apaiser sa colère après la disparition de son amie n'avait-elle été qu'un mensonge ? Non. Je m'en voulais de douter d'elle. Je savais au fond de moi qu'elle n'y était pour rien. Elle avait tout fait pour me secourir, pour me protéger. Elle m'avait littéralement sauvé la vie alors que la bête fonçait sur nous. Quoi qu'il soit en train de se passer, ce n'était pas de sa faute. Ce n'était pas elle qui était en train de me sacrifier. Et j'aurais été injuste de la juger à partir des actions de quelqu'un d'autre, de la juger sans savoir, elle qui avait fait tant d'effort, tandis que moi je m'épuisais en vain, incapable.

Même à ce monstre, je ne pouvais pas réellement en vouloir. Il ne faisait que se nourrir en soi. Moi, j'étais juste une proie, un morceau de viande qu'on projetait vers lui. « Lupa » que l'autre l'avait appelée ? Ah, c'était ironique quand on y pensait. J'avais imaginé un ennemi. J'avais même cru à une déesse. Mais en fin de compte, Lupa était juste un animal, un animal qui comme les autres agissaient par instinct. Avoir prié la bête qui était justement sur le point de me briser... de me dévorer. Oui, j'avais été bien ridicule en fin de compte.

J'espérais au moins que, à défaut d'autre chose, la femme que j'avais entendue prononcer son nom allait bien. Comme la créature que j'avais devant moi, elle était probablement en train d'écumer les forêts. Elle avait eu l'air si gentille. Elle avait même cherché à me parler malgré ses douleurs. J'espérais qu'elle ne serait pas trop écrasée par son instinct, qu'au moins elle ne tuerait pas trop de gens. J'étais loin de penser qu'elle était pourtant au plus près de nous. J'étais loin de m'attendre à recevoir de l'aide de sa part.

Car, lorsqu'un autre loup gigantesque se jeta sur le premier, les crocs en avant, pour le déséquilibrer, je reconnus ses yeux, son regard sauvage. Elle sentait la forêt et les pins. Par son acte incompréhensible, en s'attaquant à sa propre race, elle venait de me sauver. Oh, elle aussi restait un fauve, un être appartenant à la nature, aussi je doutais qu'elle ait pu tenter de me sauver volontairement. Néanmoins, c'était finalement ce qu'elle avait réussi à causer par ses actes. Elle venait de me délivrer de l'horrible destin qui m'attendait. Et pour cela, murmurant en mon cœur, je me pris à exprimer ma reconnaissance.

*Merci.*

Mais cela ne fut que de courte durée. Une douleur aiguë vint me rappeler à la réalité bien plus cruelle, la fin de ma chute. La violence d'un tel lancer aurait même sans doute dû briser certains de mes os, mais pourtant tout allait bien. Une masse noire dans l'obscurité, un contact mou et aqueux, avait amorti ma retombée. Ainsi, projeté loin de l'éclat reposant des flammes de celle qui m'avait sauvé, je peinai à reconnaître ce que c'était. Tendant mes mains sous moi, je ne sentais que les ténèbres, une chaleur tiède et comme un cartilage, l'odeur du sel, celle du poisson. Plissant les yeux, je cherchais à comprendre, mais plus mon regard distinguait entre les ombres et plus le rouge se mêlant au trouble, plus je sentais en mon cœur un poids, un regret, peut-être celui d'avoir cherché.

Au bout d'un moment à m'agiter, même ma cécité, presque feinte après tout ce temps, ne put me sauver de la vision, du regard sur le corps mutilé. Des côtes avaient été brisées sous mon poids et sortaient désormais de sa cage thoracique, et par le trou qu'avaient laissé sa tête et son épaule. Son torse étaient si ravagé qu'on avait peine à croire qu'il ait pu être beau un jour. Une partie des écailles avaient été arrachées par une mâchoire puissante, laissant des trous, comme une forêt après une tempête. Un bras dont tous les os avaient été mâchés jusqu'à en faire ressortir la moelle semblait toujours tendu en position de défense. Son estomac, déchiré en même temps que sa taille avait été scindée, empestait le désespoir, la mort et les coquillages. Le tout baignait dans une eau noire, épaisse, ferreuse, dans des profondeurs de malheur et de mal-être, dans cette mer que j'avais tenté tant et tant d'oublier. J'aurais voulu ne rien voir et continuer dans le néant de ma mémoire. J'aurais voulu ne pas reconnaître cette marre dégoûtante, cet être déchiqueté. J'aurais voulu... mais je l'ai reconnu. C'était une sirène.

Et seul le noir succéda aux pensées de la pauvre presque-fée, tandis qu'elle s'évanouissait sur le cadavre de l'un de ses presque-semblables.

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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Sam 17 Oct - 23:42

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Erina210

Un choc d'une violence sans nom ébranla Lupa, et l'instant d'après, le sable fin gorgé du sang des victimes de la louve, fut remplacé par la terre brûlante d'une forêt en feu. La fournaise gagna en puissance peu après, mais le temps que la maudite entreprenne de maîtriser Lupa, cette dernière lui asséna un puissant coup de patte arrière dans les côtes, la faisant ainsi valdinguer autrement plus loin que n'avait pu le faire Umar. Le vent dû à sa vitesse de vol fouetta ses tympans, avant que son corps déserté de tout contrôle ne s'en aille se briser contre un rocher. Un couinement résonna dans les ténèbres, puis plus rien... Sa nature de Viciée lui permit toutefois de recouvrer rapidement ses esprits. Et alors que ses plus petites plaies se refermaient, Erinaë aperçut un halo semblable à l'astre se levant poindre à l'horizon. De là, le souvenir funeste de son village embrasé la submergea. La fille du feu en était très certainement la cause, mais à la vue du danger que représentait Lupa, la rôdeuse maudite pouvait bien mettre sa traque de côté afin de mettre un terme à cette menace. Seulement, en voulant se rendre sur les lieux où le combat faisait rage, Erinaë croisa derechef le garçon qui avait assisté à sa transformation. Il était allongé là, blotti dans les bras de Sinah, comme démissionnaire de sa propre existence. Jonchant parmi les cadavres des Sirènes, ou plutôt des restes que Lupa avait bien voulu laisser, la Viciée manqua de le piétiner lors de sa course pour assister la pyromane dans son entreprise d'extermination. Désormais à l'arrêt, la rôdeuse déchue le huma par deux fois, avant de l'abandonner à sa couche thoracique tout en se faisant la promesse d'y revenir plus tard.

Bondissant par-dessus l'inerte, Erinaë se faufila jusque dans de proches fourrés afin d'avoir une vue dégagée sur les actions de l'incendiaire. La chaleur qu'émettait ce concentré de lumière se ressentait jusqu'à sa position, à tel point que le buisson dans lequel elle s'était tapie s'immola peu après sa désertion. Désormais camouflée par la nuit, la rôdeuse bafouée attendait le moment propice pour agir.

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Um12

La Flammèche ne se fit point prier, et en dépit de cette terreur qui lui mordait les entrailles, elle déchaîna toute sa puissance sur la créature qui les chassait. Ce monstre n'avait jamais fait part de ses intentions en dehors de son hostilité latente, il devenait donc difficile de comprendre le pourquoi de cette situation. À date antérieure, Umar ne se serait jamais posée la question, mais aujourd'hui, elle allait jusqu'à se demander si cette chose ne méritait point réflexion. Et alors qu'elle mêlait ses assauts à ceux de Mayufu, la Démone ressentit une certaine forme de respect à l'égard de ce monstre. Car en dépit de ses pics d'ombre et de l'étoile au coeur de laquelle il se débattait, la vie habitait toujours son être ! Même elle serait incapable d'endurer pareil traitement ! Alors à mesure qu'elle admirait la combativité de cette Lupa, Umar créa une sphère impénétrable qui engloba la nébuleuse plasmique de son acolyte. Au terme de quoi, elle compressa le tout. La chaleur avait cesser d'irradier les environs, mais l'énergie qui en émanait faisait vibrer chaque particule qui demeurait en ces bois calcinés. La boule de ténèbres s'amenuisa à vue d'oeil ! Le but d'Umar était d'en finir une bonne fois pour toute avec cette chose, et avec ce qu'avait fait la fille de Bhaal, la victoire était assurée. Mais une pensée fugace lui titilla les sens, à savoir ; "Il était quand même dommage de se priver d'un potentiel aussi dantesque..."

Le feu et l'ombre se couplèrent avec harmonie contre leur ennemi commun, et même si Mayufu souffrait désormais d'une déconnexion avec son orbe de feu, elle raviva aussitôt les flammes adjacentes pour envelopper à son tour la manipulation d'Umar. Hélas, un tel déferlement d'énergie qui outrepassait sa condition de Mortel risquait à tout moment de la consumer entièrement. La Démone en avait conscience, mais la fureur de l'instant ne permettait point de la modérer, aussi s'empressa t-elle de comprimer Lupa jusqu'à la réduire à l'état de néant ! Mais à mi-chemin, une résistance se fit sentir. Umar eut beau redoubler d'effort, rien n'y faisait ! Tandis que son front perlait de sueur, la sorcière des ténèbres en oublia ses limites et parvint à réduire encore un peu la prison du monstre. Son esprit n'était pas préparé à ce genre d'exercice qui surpassait de très loin sa puissance d'antan. L'espace d'un instant, elle crut même ressentir le palpitant de Lupa s'activer au sein de sa propre poitrine. Alertée par cette sensation nouvelle, Umar sortit de sa transe afin de voir de ses yeux ce qu'il se passait en contrebas. Autant vous dire que Lupa sut pleinement profiter de ce détachement pour littéralement faire exploser l'entrave de la Démone. Résultat, l'explosion coucha tous les arbres alentour, éjecta Mayufu trente mètres plus loin et Umar au double de cette distance avant de s'écraser dans les ruines encore fumantes d'une maison dépourvue de toit. La détonation fut si terrible que le sol se déchira sous elle !

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Llll11

Une masse en feu se mit à hurler depuis le centre du cratère. En dépit des flammes qui crépitaient sur sa fourrure, Lupa ne témoignait d'aucune souffrance, ni même d'une quelconque séquelle quant à ce qu'elle venait de vivre. Foulant désormais la terre charbonneuse jusqu'à la lisière de la défunte sylve, le monstre sanguinaire riva son regard de braise sur la silhouette de l'incendiaire. Le feu ne cessait de redessiner son pourtour, lui donnant un aspect plus massif encore ! Puis d'un pas lent et mesuré, Lupa effectua un bond terrifiant de tel façon à fondre directement sur sa victime ! Laquelle fut brusquement écartée par son infante, et ce, juste avant qu'elle ne s'écrase sur elle ! Lassée de cette traîtresse, la Louve géante se jeta sur l'infortunée Viciée qui ne put rien faire pour se défendre. Griffée à l'abdomen, puis saisie par les reins dans l'immense gueule de son assaillante, Erinaë fut secouer à six reprises avant de se faire projeter jusque sur la rive. Cette poignée de secondes passées à malmener la rôdeuse suffit à faire taire les quelques flammes qui lui léchaient encore la crinière. Ne perdant point son objectif principal de vue, Lupa se rua sur la pyromane, laquelle se heurta à un mur d'ombre !

- Arrête ça ! S'écria soudainement Umar en s'élevant depuis sa ruine.

Mais le monstre fit la sourde oreille, un violent coup de patte suffit à rompre l'écran protecteur. Convaincue de ne jamais faire le poids dans son état actuel, la sorcière des ténèbres entra de nouveau en stase. Cet état second, voir même tertiaire, lui faisait tout percevoir au ralenti, sauf Lupa qui conservait curieusement sa dangereuse allure. Aussi la Démone n'eut d'autres choix que de surélever la flammèche dans les airs pour lui épargner un bon coup de croc dans les jarrets ! Près de quatre-vingt mètre plus tard, Umar se laissa gagner par toute l'obscurité environnante, ce qui la fera par ailleurs disparaître complètement. Malheureusement, il en fut de même pour Lupa, qui, une fois encore, pouvait surgir de n'importe où ! À la différence que, la Démone pouvait la ressentir, voir même, la distinguer ! Ces mouvements erratiques ne permettaient guère de la localiser avec précision, mais ainsi Umar fut en mesure de comprendre comment ce monstre pouvait se déplacer aussi vite. Lupa utilisait la voie des ténèbres comme s'il s'agissait d'un plan d'existence à part entière. La solution serait de l'en priver, mais comment... ?

La profondeur de sa transe lui apporta la réponse sans qu'elle n'ait eu besoin d'y réfléchir plus avant. Et pour cause, cette puissance qu'elle redoutait tant de gouter afin de préserver son moi d'autrefois, pouvait parfaitement conjurer la nuit de Lupa. Non pas qu'elle possédait le pouvoir de briser le sort, mais elle avait néanmoins la capacité d'engloutir cette obscurité. À l'instar d'un trou noir, Umar se mit à drainer le voile magique de la Louve, et rapidement, la clarté du ciel illumina la plage, allant jusqu'à aveugler les protagonistes. D'instinct, à défaut de mieux, la Démone riva son regard sur le corps échoué de l'autre bestiole, et put ainsi assister au retour de la rôdeuse. Même inanimée, il lui était facile de la reconnaitre. Une transformation qui eut tôt fait de lui rappeler la sienne peu avant cette fâcheuse rencontre, car voilà que son visage de jour s'en vint remplacer sa ténébreuse parure ! Un retour à la normale, si l'on pouvait dire, qui lui fit presque oublier l'altitude de la Flammèche qui tombait en chute libre en ce moment même. Ni une ni deux, Umar s'envola pour la rattraper dans ses bras. Profitant de sa position pour sonder les environs, la sorcière des ténèbres ne décela aucune trace de Lupa.

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Umarav10

- Tu as bien oeuvrer. Susurra t-elle à son acolyte alors qu'elles regagnaient la plage. Mais ce n'est pas fini ! Ajouta sèchement la Démone en restant aux aguets.

La seule chose que Umar espérait dans le cas où Lupa serait encore dans les environs, résidait dans le fait que le retour du soleil l'ait au moins autant affaiblie qu'elle. Dans le cas contraire, la fuite demeurerait leur seule option...

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Mayufu
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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Lun 19 Oct - 20:01

Plus rien autour d'elle n'existait. Toutes son attention était dirigée sur Lupa ainsi que de maintenir la puissance de ses flammes sur cette dernière. Jamais elle n'avait déployé une telle force jusque là et jamais elle n'avait eu autant la main mise sur l'élément du feu. Les poings serrés, le regard empli d'une haine innommable, tout son corps commençait à s'engourdir malgré le flux de magie qu'elle ressentait encore au travers de celui-ci. Il fallait dire que son amie l'avait bien rechargée afin qu'elle puisse déployer sa colère du mieux qu'elle le pouvait et la faire déferler sur cette monstruosité qui n'avait de cesse de la traquer depuis son arrivée ici. L'intérêt que lui portait cette bête la mettait dans tout ses états, surtout qu'elle avait mis Umar en danger de mort lorsqu'elle tentait de la soigner devant la grotte ! Sans compter aussi sur l'immense frustration de la tannée qu'elle s'était prise de la part de la Déesse de la Nature, Xiris. Toutes ces émotions lui étaient restées au travers de la gorge et, enfin, elle pouvait tout sincèrement relâcher sans se contenir. Cependant, elle avait conscience d'une chose : Si elle ignorait encore son corps de la sorte, elle finirait par s'écrouler d'épuisement et être totalement à la merci de cette bête. Mettant alors à nouveau Umar en danger puisqu'elle tenterait forcément de tout faire pour l'écarter du danger tout en restant attentive sur la menace... Mais évidemment, elle n'accepterai jamais d'abandonner sa fureur mais jamais non plus elle abandonnerai Umar. Cette chose était juste là, face à elle, ne semblant pas pouvoir s'extirper de ce brasier intense. N'écoutant alors plus qu'elle-même et non plus son corps, elle jeta toutes ses forces pour en venir à bout une bonne fois pour toute !

Et ce fut comme si le destin avait entendu ses songes... Umar venait d'envelopper l'astre qu'elle avait créée dans une bulle d'ombre qui se compressa petit à petit pour condenser la puissance qui y était enfermée, dans l'espoir de réduire ce monstre à néant. Perdant le contact avec ses flammes, son corps trouvant un instant de répit, son esprit se soulageant quelque peu, Mayufu observa la scène. Parvenant pas à calmer sa colère, les flammes se ravivèrent d'elles-même tout autour d'elle et de la sphère noire et ce fut d'un geste nette et précis qu'elle envoya à nouveau toutes ses flammes contre la bulle d'ombre. Ne réfléchissant nullement sur le fait si cela allait perturber le processus ou non ! Ignorant tous les signaux d'alertes que lui lançait son corps, ses émotions outrepassant tout son être, éclipsant les supplices de ce dernier. Ses jambes ainsi que ses mains et bras commencèrent à devenir rougeoyants, les veines sous sa peau semblant brûler de l'intérieur. Sa peau noircissant quelque peu, la surcharge commençait à arriver mais même avec cela, la jeune fille ne cessait de repousser encore ses limites. Voulant s'assurer d'elle-même que Lupa allait y passer. Que cette chose cesse enfin de vivre et de la traquer ! Qu'elle puisse enfin sillonner ce monde tranquillement aux côtés de son amie sans devoir sans cesse observer par-dessus son épaule !

Mais soudains, quelque chose n'allait pas. Malgré toute la puissance déployée, Mayufu sentait que l'astre d'ombre et de feu ne parvenait plus à se compresser et, une seconde à peine après, une violente explosion frappa toute la zone ! Survenant du cœur  même de ce concentrer de  magie ! La jeune fille se la prit de pleins fouet, l'onde de choc l'envoya valser à plus de trente mètre en arrière. Décollant du sol, se fracassant sur divers débris et s'écrasant finalement brutalement contre le sable qui finira par la ralentir. Complètement sonnée, plus aucuns sons ne lui parvenaient. Le regard brouillé. Ses mains rougeoyantes et fumantes, des flammes semblant crépiter sur celle-ci. Tentant tant bien que mal à se relever sur ses jambes tremblantes, la fille de Bhaal fut face à une scène qu'elle ne sut nommer. Le monstre s'en était échappé, enveloppé de ses flammes, ne montrant aucuns signes de faiblesse après tout ce qu'il s'était pris dans la figure. Ses jambes manquèrent de faillirent à la vue de cela. Comment cela était-il seulement possible ? Serrant les dents, ne la quittant pas des yeux, le regard noir, le visage déformé par la colère.

- Mais qu'est-ce que tu es à la fin.... ! Murmura t'elle sèchement.

Le sol s'était brisé sous la sphère. Les arbres avaient tous été couchés. Les maisons alentours avaient été soufflées et rasées pour la plupart d'entre elles, propageant ainsi l'incendie sur une zone plus étendue. Et Umar ? Levant les yeux au ciel et tout autour d'elle, elle ne parvenait pas à la voir. Se demandant si elle allait bien, elle s'apprêta à hurler son nom avant d'être coupée dans son élan par un bruit sourd. Se retournant subitement, elle aperçu la louve la fixer elle, encore, avec ce regard jaune qui tentait encore de la figer sur place. D'un pas lourd et lent, Lupa s'approchait d'elle pour soudainement bondir d'un coup. Avec le corps meurtrit qu'elle se traînait, Mayufu tentait tant bien que mal à esquiver. Ses jambes lui envoyant une vague de douleur, lui suppliant de cesser tous mouvements. Ce n'était vraiment pas le moment de flancher ! Envoyant toute sa volonté dans ses membres pour bouger, celui-ci s'engourdissait soudainement, lui faisant réaliser qu'elle ne parviendrait pas à s'en sortir. Ce monstre se ruant sur elle, une telle masse qui allait la percuter ou l'attraper dans sa gueule acérée, la fille de Bhaal était consciente qu'elle ne s'en sortirait pas. Néanmoins, son absence de destinée semblait tout de même vouloir la protéger puisque qu'une seconde masse surgit alors de nulle part. La jeune fille ne put l'apercevoir que du coin de l'oeil avant de se rendre compte de qui il s’agissait. Cette dernière la heurta avec violence d'un coup d'épaule pour la propulser de quelques mètres, l'écartant de la route de Lupa qui, finalement, se fracassa de tout son poids sur la seconde louve.

Son corps s'écrasant lourdement dans le sable, au milieu de débris enflammés, lâchant un cri de douleur, la fille de Bhaal comprit ce qu'il venait de se passer malgré qu'elle était secouée par l'impact qu'elle venait de subir. Mais elle n'avait pas de temps à perdre. Elle profita de ce léger répit pour se remettre sur pieds et se munir de nouvelles flammes, histoire de se défendre un minimum par elle-même et ne pas compter uniquement sur son amie. Amie dont elle ne savait toujours pas si elle allait bien ou non mais le temps ne laissait pas la possibilité de partir à sa recherche pour le moment. Qu'elle puisse lui montrer qu'elle était capable de s'en sortir par ses propres moyens et de la protéger ! L'autre loup qu'elle supposait être la rôdeuse n'était pas de taille contre Lupa. Attrapée dans sa gueule et secouée dans tous les sens dans un vacarme qui glaçait le sang bouillant de la pyromane, cette dernière ne quittait pas la scène des yeux et envoya une nouvelle vague de flamme à la figure de Lupa afin de tenter de lui porter un coup important ou venir en aide à la rôdeuse, tentant ce coup-ci de ne pas la toucher elle.  

Mais elle fut trop lente ! La louve géante se débarrassa de la plus petite en l'envoyant voler à l'opposé comme une veille chaussette sale et reprit sa charge sur la jeune fille dont les flammes avaient peinées à surgir et se jeter sur celle-ci. Comprenant que ce coup-ci elle ne parviendrait nullement à l'esquiver, lancée dans son assaut pour profiter de l'ouverture offerte par Erinaë, elle hurla de toutes ses forces pour envoyer tout ce qui lui restait sur son ennemie. Dans un bruit assourdissant, ses flammes ainsi que Lupa se heurtèrent violemment à un mur invisible les séparant toutes les deux. Un mur d'ombre ? UMAR ? Une voix résonnant au-dessus d'elle, dans son dos, lui confirma la présence de son amie. Elle était vivante ! Jetant un œil dans sa direction, soulagée de voir qu'elle semblait aller bien, Mayufu entendu alors un bruit d'impact indiquant que le mur avait cédé sous l'assaut de la bête, faisant vibrer l'air tout autour d'elle. Apercevant, du coin de l’œil, les griffes de Lupa se rapprocher d'elle, la fille de Bhaal serra les dents afin d'accuser le choc à venir, fermant les yeux. Cependant, au lieu d'une douleur intense, se fit une poigne invisible qui se saisit de son corps pour l'envoyer en l'air, sentant qu'elle prenait une forte altitude en un court instant. D'ici ce moment là, elle parvint plus à distinguer ce qu'il se passait. Autant la louve que son amie avait disparus dans l'obscurité. Plus aucuns sons ne lui parvenait hormis celui du vent fouettant ses oreilles. Ne sachant alors pas quoi penser, la gorge nouée, elle tenta de rester calme et de repérer le monstre. Sentant toujours la poigne magique de son amie la maintenir en l'air... Mais à combien de mètre au-dessus du sol se trouvait-elle ? Sûrement très haut si elle devait en juger par la vitesse d’ascension et le temps mis...

C'est à cet instant précis qu'une intense lumière surgit de nulle part, l'aveuglant totalement... non, lui brûlant les yeux à tel point qu'elle en eut mal à la tête instantanément. Cependant... elle se préoccupait pas particulièrement de ce détail là puisque, une autre sensation vint s'inviter à toutes celles qu'elle ressentait déjà : La chute libre ! Plus rien ne la retenait et, les yeux plissés, elle constatait que le sol se rapprochait très vite. Était-il arrivé quelque chose à la sorcière des ombres pour qu'elle ne la retienne plus et que Lupa l'attendait alors sagement la gueule ouverte en-dessous pour l'accueillir ? Tentant tant bien que mal d'invoquer Bhaal pour éviter de s’aplatir comme une crêpe, elle n'y parvint pas. Son énergie s'était volatilisée... A la place, une douleur aiguë lui avait traversé le corps tout entier, remarquant à nouveau ses jambes, mains et bras toujours rougeoyants dont les veines brillaient au travers de sa peau.

*J'ai un peu abusé...* Se dit t'elle en continuant sa chute, fermant les yeux. Attendant le moment où on viendrait la rattraper avant une possible fin ridicule. Finir écrasée d'une chute libre après un tel combat, ce n'était vraiment pas dans son agenda ! *J'ai toujours eu foi en toi !* Pensait t'elle alors très fortement.

Soudains, sa chute s'arrêta nette. Les yeux fermés, elle ne ressentit aucunes douleurs. Ses mains partant à tâtons pour sentir où elle était tombée et lorsqu'elle reconnu le toucher de la peau de Umar au lieu de celui de l'eau ou du sable, ses yeux s'ouvrirent soudainement. Le destin l'avait servie comme sur un plateau aux bras de son amie qui l'accueillit en douceur tout en continuant de survoler la zone. Quant à Mayufu, il lui fut quelques secondes pour réaliser ce qu'il venait de se passer ainsi que de remettre ses esprits à l'heure. Clignant doucement ses yeux endoloris par la soudaine lumière du jour, le vent caressant son visage, elle distinguait le visage pâle de son amie, le même qu'elle avait découvert après que Xiris lui ait rendu la vie. Souriant légèrement, satisfaite de ne point avoir heurté le sol mais ses bras, elle maintint le silence. Jetant un œil en-dessous d'elle, elle n'aperçut qu'un vaste désastre. Celui qu'elle avait commencé et qui s'était aggravé avec l'enchaînement des événements. Si un jour le temps lui permettrait de souffler un peu, elle ne serait pas contre l'idée de remettre tout cela au clair dans ses souvenirs. Sa vie était déjà suffisamment un brouillon, il ne lui était pas nécessaire d'en rajouter plus... D'une voix douce, mais enrouée, elle brisa le silence en fixant le visage de son amie.

- Tu n'es pas blessée ? Tu vas bien !? Lui demanda t'elle alors, alors que sa voix ne parvenait plus à s'accorder sur les diverses nuances d'aigu ou grave et l'inquiétude qu'elle exprimait. Merci de m'avoir sauvée autant de fois... mais si j'avais si bien œuvré, tu n'aurais pas eu à me sauver autant de fois... Je suis désolée.

Le vent cessant de souffler, elle comprit que son amie avait mis pieds à terre et la déposait ensuite. Déposant doucement ses pieds sur le sable encore chaud, la fille de Bhaal peinait à tenir sur ses jambes et, un œil ouvert, elle scrutait les alentours. Elle aperçu la silhouette d'une femme nue, plus loin, recroquevillée sur le sable, semblant être blessée. De toutes évidences, il s'agissait de la même rôdeuse les ayant mises en joue un peu plus tôt. Tout autour, il n'y avait que des cadavres et du sang parsemant tout ce décors apocalyptique mais... pas de louve géante ni de l'humaine se nommant Lupa. Soupirant longuement, ne sachant pas si elle devait se sentir soulagée ou non. La sorcière des ténèbres lui avait fait comprendre que tout cela n'était pas terminé. Qu'elle devait encore rôder dans les environs et, Mayufu l'espérait, qu'elle n'était plus sous sa forme monstrueuse. Se tournant face à son amie, la jeune fille voulait comprendre ce qu'il s'était passé.

- Que s'est-il passée ? Je sais que tu m'as jetée en l'air pour me protéger et me sauver d'une mort certaine mais... vu qu'il fait jour, j'imagine que tu as soit réussi à détruire la nuit qu'elle avait créée soit tu es parvenue à la mettre hors d'état de nuire, d'une certaine façon ? Ses yeux n'ayant de cesse de surveiller les alentours, elle continua sur sa lancée. Je ne comprends toujours pas pourquoi elle nous traquait ainsi, cette Lupa. Enfin, j'aimerai bien savoir ses raisons, évidemment... mais j'avais l'impression que quoi que l'on fasse, c'était impossible de communiquer. Son attention se stoppa net sur ce qu'elle reconnu comme être sa faux et s'en approcha en titubant, le main droite agrippant sa hanche gauche. Une vilaine plaie infligée lors de l'explosion ne cessait pas de saigner. Pourquoi m'a t'elle rendu ma faux... ? Voulait-elle juste reproduire la scène comme elle devait se passer ? Je doute que ce soit pour le massacre que nous avons commis au village de la colline... ça c'est la quête de la rôdeuse... mais la sienne, qu'elle était-ce ?

Son regard se portant sur la silhouette de Erinaë, elle ne savait pas quoi penser. Tout un tas de chose lui traversait alors l'esprit. Devait-elle l'aider ? Devait-elle la tuer, profiter qu'elle soit inerte pour qu'elle ne le ressente même pas ? Malgré le fait qu'elle l'ait sauvée à plusieurs reprises des coups de Lupa, la fille de Bhaal ne savait pas quoi faire. Car, dans tous les cas, cette femme continuerait elle aussi à la traquer pour ce qu'elle avait commis. Se devait-elle alors de lui donner ce qu'elle voulait ? Traînant sa faux dans le sable, passant devant Umar, elle respirait fort et mal. Sa tête tournant un peu. Son corps décidant sûrement de tout arrêter pour enfin se mettre au repos. Frappant fermement de son poing droit sur son cœur, rageant d'être aussi pitoyable aux yeux de son amie. La jeune fille en avait marre de se montrer aussi faible et donnait tout ce qu'elle avait, et même à crédit, pour parvenir à tenir debout et ne pas sombrer.

- Que fait-on maintenant ? Je ne vois Lupa nulle part... La ressens-tu ? Et surtout, que fait-on d'elle ? Elle m'a sauvé la mise quelque fois... Dit-elle en désignant du doigt la rôdeuse et, d'un coin de l’œil, elle distinguait à peine une silhouette flanquée d'une coiffure rousse. Et lui aussi, il est mort... ? Lâchant un long soupire lasse Mayufu baissa les yeux à ses pieds.

Evidemment, tout ce que désirait la jeune fille désormais, c'était de s'en aller avec Umar, sur cette île volante et s'éloigner de tout quelques temps afin de se reposer et passer un peu de temps à ses côtés et, surtout, d'apprendre à contrôler ses pulsions. Ne plus se laisser envelopper par cette envie de destruction qui l'habite depuis toujours. Mais quelque chose la forçait à se tenir ici... la culpabilité ? Xiris l'avait atteinte si profondément que la jeune fille se voyait aller contre sa propre nature. Le regard observant les alentours, à la recherche d'une silhouette à la chevelure blonde et au sourire acéré. Par moment, elle jeta un oeil à Umar, observant sa silhouette en tentant de voir si elle ne possédait pas de blessure trop grave, histoire de lui venir en aide au cas où mais, surtout, espérait qu'écouter sa voix, quoi que ce soit.

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Elvin
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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Mar 20 Oct - 18:46

Quand avais-je cessé de me rappeler ? Quand étais-je parti ainsi à la dérive, sans le souvenir de qui j'étais, de qui je serais ? Bercé par des rêves qui n'appartiennent qu'à moi, des rêves sans images, sans paroles, c'étaient des émotions, vagues, lointaines, douloureuses. Qu'avais-je donc vu ? Qu'avais-je donc subi ? Je n'avais rien fait, sans en être sûr, sans vouloir y penser, abandonnant ma responsabilité encore une fois. J'avais pourtant la sensation que j'aurais dû être libre, que j'aurais dû être neuf, que j'aurais dû mystiquement être régénéré. Était-ce là mon esprit de fée, ou pas tout-à-fait ? Mais ce n'était pas de ma faute ! Je l'avais voulu ! J'avais désiré être libéré ! Je le désirais encore à vrai dire. Mais de quoi souhaitais-je réellement être libéré, ça, je ne le savais pas vraiment. C'était comme une intuition au fond de mon cœur, un lourd fardeau, une toile d'araignée qui dans un coin isolé, caché dans un double plafond, avait réussi à échapper au balais céleste qui aurait dû l'emporter, comme toutes les autres. Et cet unique petit filet de soie, niché dans les circonvolutions de mon âme, là où personne ne pouvait vraiment pénétrer, à lui-seul, il m'avait pris au piège comme un jeune papillon tout juste sorti de sa chrysalide. J'étais maintenant prisonnier de moi-même, incapable à jamais de ne pouvoir cesser d'être une nymphe, chétif captif d'une gangue que j'avais moi-même créé, sous un autre nom, sous un autre visage, dans une précédente réincarnation, prisonnier, ni tout-à-fait capable de m'extraire entièrement de ce passif et de commencer une nouvelle vie, et tout-à-fait incapable de retourner m'enfoncer dans la triste exuvie mutilée qui s'attachait encore à moi. J'étais à la frontière, à la limite, à la marge, voulant rentrer dans une forêt mais retenu à l'entrée par des buissons de ronces et d'orties, brûlantes comme un nid de flammes ardentes qui prenaient leur source non loin de moi. Oui, c'était une telle chaleur. Elle était si réconfortante tandis qu'elle caressait lentement l'humidité collante qui s'était étalée sur moi. Elle avait presque une odeur de soleil et d'éther, changé, si chaud, qui se déverse les jours d'orage. En s’intensifiant, elle dévorait tout, l'iode, le parfum métallique du sang versé dans l'eau. Je m'imaginais déjà brûler et cela me réchauffait le cœur. Le brasier grandissait en moi, avalant un à un mes sombres rêves et mes espoirs étrangers. Je le regardais avancer. Je crois que je l'attendais en fait. Je voulais qu'il m'avale moi-aussi tout comme comme il avait avalé la mer, la pluie et le malheur. Puis, ce serait le tour des ténèbres et nous serions baignés dans la lumière. Ce ne serait plus qu'une tension sourde, une vibration, un tremblement du monde qui annonce son implosion prochaine. Dans les nuages de mon esprit, je tendais la main, je me rapprochais avec amour de cette énergie destructrice, finale, libératrice. J'allais enfin être terminé. Puis elle explosa.

Propulsé par le choc, j'ouvris un instant les paupières. Je crus même voler, mais mes ailes n'étaient pas dépliées. J'étais en l'air. J'avais été arraché à mes songes. Qu'était-il arrivé à tout ce qui m'entourait ? J'aurais bien été en peine de le dire dans les ténèbres de mon regard. Car c'est le monde tout entier qui éclatait.

Quelque chose de mou amortit ma chute, mais je sentis quelque chose se briser à l'intérieur. Quoi que cela ait été, sur le moment je lui en fus gré. Mais où avais-je été transporté ? J'avais du mal à me rappeler de ce qu'il s'était passé avant que je m'endorme, mais ce qui était sûr c'est que le situation n'était plus la même. Je tendis la main vers ce qui me paraissait être le sol. Ma main humide, collante, adhéra presque avec le liquide qui avait été répandu sur le carrelage de cette cuisine. J'avais les oreilles qui sifflaient, cela me faisait tellement mal à la tête. Il y avait des motifs floraux gravés sur le carrelage.

Je tentai de rassembler ma mémoire, comme j'avais perçu le motif sous ma main. Cela était tellement douloureux. Je secouai la tête pour le faire passer, mais cela ne me fit que plus mal, et je tombai à nouveau sur le lit étrange. Débile, je tentai faiblement de ramper en m'aidant de ces masses étranges dispersées autour de moi. Je réussis presque à m'extraire de ma couche tendre au toucher. Avais-je fait un mètre, deux ? Il était difficile de le dire. Le carrelage était presque chaud sous mon torse et sentait l'atelier de potier où les vases tout fraîchement cuits sortent du four, mais... avec plus de poussière et de cendre. Ce devait être parce que la plage n'était pas loin. Puis ma main tomba sur un morceau couvert d'écaille. C'étaient les sirènes. Je vomis.

Recroquevillé contre le sol, je gémis lorsque le soleil du matin vint brusquement m'arracher à l'oubli de la nuit. Il venait trop tard. Il était froid, pâle. Il me piquait les yeux. Je voulus me les couvrir de mes mains, mais il y avait trop de sang. J'étais couvert de sang et d'organes. Je gémis moins fort. Aveuglé, les paupières clauses, je tentai à nouveau d'oublier.

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