AccueilPortailRechercherS'enregistrerConnexion
-42%
Le deal à ne pas rater :
Logitech K400 Plus – Clavier sans Fil
25.99 € 44.99 €
Voir le deal

Partagez | 
 

 Tout Feu, Tout Flamme

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
Elvin
Elvin
Récits 18
Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Empty
MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Mar 28 Juil - 16:49

Mais ma prière se déchira en gémissements. Comment aurais-je pu prévoir, comment aurais-je pu penser, que le danger ne viendrait pas de l'extérieur mais de l'intérieur ? Peut-être était-ce de ma faute ? À cause de ma propre impuissance ? Oui, j'avais tant proclamé que je voulais aider, instant après instant, je n'avais eu de cesse, ce mot à la bouche. J'avais été bien stupide, bien inconscient de ma faiblesse. En un sens, ceci était une juste rétribution. En étant incapable de pouvoir les aider, je les avais trahis. J'étais responsable de ce qui m'arrivait.

Alors, ainsi soulevé par les cheveux, je fis la seule chose que je pouvais encore, je tentai de me retenir de crier. Cela aurait été inutile. Cela n'aurait fait que l'énerver. C'était ridicule, je le savais, c'était pourtant la seule choses qui me restait, entre mes larmes et mes pitoyables gémissements. Mais bientôt, lorsque même mes cheveux me firent défaut, échappant à mon crâne ou à ses mains, même cela m'abandonna en face du néant.

C'était la bouche du monstre, comme un vide béant, une ouverture d'ombre, un morceau de noir absolu, prêt à engloutir toute la réalité. J'aurais voulu fermer les yeux à ce moment. J'aurais voulu que cela au moins je ne le vois pas. Je ne voulais pas apercevoir mon sang couler, mon corps se tordre, se découper en lambeau sous des crocs d'une force absolue. Je ne voulais pas que ma dernière pensée soit un étonnement morbide face au temps que mon cerveau put demeurer actif après que mon cœur ait été avalé dans les ténèbres. Fermer les yeux aurait été tellement plus simple, cela m'aurait épargné des choses. Mais, incapable d'échapper à cette vision, je gardai les yeux ouverts. C'était tout.

Je ne pouvais pas voir ma vie défiler devant moi car, si j'en avais déjà eu une, je ne m'en souvenais pas. Je ne pouvais pas non plus prier, je m'en serais voulu d'effrayer mon dieu. Au fond de moi, je regrettais un peu de ne pas pouvoir laisser de testament derrière. Pas que j'ai des objets à laisser, non, je n'avais que mes vêtements. Mais, j'aurais bien voulu que quelqu'un m'écoute, enfin, pour une fois. J'aurais aimé que quelqu'un fasse attention à moi, me chérisse, boive mes paroles et me réponde par des sourires. Au moins une fois dans ma vie, j'aurais eu un endroit, des gens auxquels appartenir, je n'aurais plus été seul. Pourtant, c'est sans personne que j'allais mourir, à jamais sans nom, sans histoire et sans ami.

N'avait-ce été qu'une illusion lorsque j'avais cru que je m'étais rapproché de la fille du feu ? Ne m'avait-elle sauvé que pour que je serve d'appât ? Cette reconnaissance que j'avais cru lire sur son visage lorsque j'avais réussi à apaiser sa colère après la disparition de son amie n'avait-elle été qu'un mensonge ? Non. Je m'en voulais de douter d'elle. Je savais au fond de moi qu'elle n'y était pour rien. Elle avait tout fait pour me secourir, pour me protéger. Elle m'avait littéralement sauvé la vie alors que la bête fonçait sur nous. Quoi qu'il soit en train de se passer, ce n'était pas de sa faute. Ce n'était pas elle qui était en train de me sacrifier. Et j'aurais été injuste de la juger à partir des actions de quelqu'un d'autre, de la juger sans savoir, elle qui avait fait tant d'effort, tandis que moi je m'épuisais en vain, incapable.

Même à ce monstre, je ne pouvais pas réellement en vouloir. Il ne faisait que se nourrir en soi. Moi, j'étais juste une proie, un morceau de viande qu'on projetait vers lui. « Lupa » que l'autre l'avait appelée ? Ah, c'était ironique quand on y pensait. J'avais imaginé un ennemi. J'avais même cru à une déesse. Mais en fin de compte, Lupa était juste un animal, un animal qui comme les autres agissaient par instinct. Avoir prié la bête qui était justement sur le point de me briser... de me dévorer. Oui, j'avais été bien ridicule en fin de compte.

J'espérais au moins que, à défaut d'autre chose, la femme que j'avais entendue prononcer son nom allait bien. Comme la créature que j'avais devant moi, elle était probablement en train d'écumer les forêts. Elle avait eu l'air si gentille. Elle avait même cherché à me parler malgré ses douleurs. J'espérais qu'elle ne serait pas trop écrasée par son instinct, qu'au moins elle ne tuerait pas trop de gens. J'étais loin de penser qu'elle était pourtant au plus près de nous. J'étais loin de m'attendre à recevoir de l'aide de sa part.

Car, lorsqu'un autre loup gigantesque se jeta sur le premier, les crocs en avant, pour le déséquilibrer, je reconnus ses yeux, son regard sauvage. Elle sentait la forêt et les pins. Par son acte incompréhensible, en s'attaquant à sa propre race, elle venait de me sauver. Oh, elle aussi restait un fauve, un être appartenant à la nature, aussi je doutais qu'elle ait pu tenter de me sauver volontairement. Néanmoins, c'était finalement ce qu'elle avait réussi à causer par ses actes. Elle venait de me délivrer de l'horrible destin qui m'attendait. Et pour cela, murmurant en mon cœur, je me pris à exprimer ma reconnaissance.

*Merci.*

Mais cela ne fut que de courte durée. Une douleur aiguë vint me rappeler à la réalité bien plus cruelle, la fin de ma chute. La violence d'un tel lancer aurait même sans doute dû briser certains de mes os, mais pourtant tout allait bien. Une masse noire dans l'obscurité, un contact mou et aqueux, avait amorti ma retombée. Ainsi, projeté loin de l'éclat reposant des flammes de celle qui m'avait sauvé, je peinai à reconnaître ce que c'était. Tendant mes mains sous moi, je ne sentais que les ténèbres, une chaleur tiède et comme un cartilage, l'odeur du sel, celle du poisson. Plissant les yeux, je cherchais à comprendre, mais plus mon regard distinguait entre les ombres et plus le rouge se mêlant au trouble, plus je sentais en mon cœur un poids, un regret, peut-être celui d'avoir cherché.

Au bout d'un moment à m'agiter, même ma cécité, presque feinte après tout ce temps, ne put me sauver de la vision, du regard sur le corps mutilé. Des côtes avaient été brisées sous mon poids et sortaient désormais de sa cage thoracique, et par le trou qu'avaient laissé sa tête et son épaule. Son torse étaient si ravagé qu'on avait peine à croire qu'il ait pu être beau un jour. Une partie des écailles avaient été arrachées par une mâchoire puissante, laissant des trous, comme une forêt après une tempête. Un bras dont tous les os avaient été mâchés jusqu'à en faire ressortir la moelle semblait toujours tendu en position de défense. Son estomac, déchiré en même temps que sa taille avait été scindée, empestait le désespoir, la mort et les coquillages. Le tout baignait dans une eau noire, épaisse, ferreuse, dans des profondeurs de malheur et de mal-être, dans cette mer que j'avais tenté tant et tant d'oublier. J'aurais voulu ne rien voir et continuer dans le néant de ma mémoire. J'aurais voulu ne pas reconnaître cette marre dégoûtante, cet être déchiqueté. J'aurais voulu... mais je l'ai reconnu. C'était une sirène.

Et seul le noir succéda aux pensées de la pauvre presque-fée, tandis qu'elle s'évanouissait sur le cadavre de l'un de ses presque-semblables.

¤ 7 Khole Gaïa ¤
~ Il est 9 heures 07 ! ~
Revenir en haut Aller en bas
 

Tout Feu, Tout Flamme

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Les Sept Destinées :: ASTRUNE :: Chaara-khole :: Herlin :: La côte sablonneuse-
Sauter vers: