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 Tout Feu, Tout Flamme

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Elvin
Elvin
Récits 23
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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Mar 28 Juil - 16:49

Mais ma prière se déchira en gémissements. Comment aurais-je pu prévoir, comment aurais-je pu penser, que le danger ne viendrait pas de l'extérieur mais de l'intérieur ? Peut-être était-ce de ma faute ? À cause de ma propre impuissance ? Oui, j'avais tant proclamé que je voulais aider, instant après instant, je n'avais eu de cesse, ce mot à la bouche. J'avais été bien stupide, bien inconscient de ma faiblesse. En un sens, ceci était une juste rétribution. En étant incapable de pouvoir les aider, je les avais trahis. J'étais responsable de ce qui m'arrivait.

Alors, ainsi soulevé par les cheveux, je fis la seule chose que je pouvais encore, je tentai de me retenir de crier. Cela aurait été inutile. Cela n'aurait fait que l'énerver. C'était ridicule, je le savais, c'était pourtant la seule choses qui me restait, entre mes larmes et mes pitoyables gémissements. Mais bientôt, lorsque même mes cheveux me firent défaut, échappant à mon crâne ou à ses mains, même cela m'abandonna en face du néant.

C'était la bouche du monstre, comme un vide béant, une ouverture d'ombre, un morceau de noir absolu, prêt à engloutir toute la réalité. J'aurais voulu fermer les yeux à ce moment. J'aurais voulu que cela au moins je ne le vois pas. Je ne voulais pas apercevoir mon sang couler, mon corps se tordre, se découper en lambeau sous des crocs d'une force absolue. Je ne voulais pas que ma dernière pensée soit un étonnement morbide face au temps que mon cerveau put demeurer actif après que mon cœur ait été avalé dans les ténèbres. Fermer les yeux aurait été tellement plus simple, cela m'aurait épargné des choses. Mais, incapable d'échapper à cette vision, je gardai les yeux ouverts. C'était tout.

Je ne pouvais pas voir ma vie défiler devant moi car, si j'en avais déjà eu une, je ne m'en souvenais pas. Je ne pouvais pas non plus prier, je m'en serais voulu d'effrayer mon dieu. Au fond de moi, je regrettais un peu de ne pas pouvoir laisser de testament derrière. Pas que j'ai des objets à laisser, non, je n'avais que mes vêtements. Mais, j'aurais bien voulu que quelqu'un m'écoute, enfin, pour une fois. J'aurais aimé que quelqu'un fasse attention à moi, me chérisse, boive mes paroles et me réponde par des sourires. Au moins une fois dans ma vie, j'aurais eu un endroit, des gens auxquels appartenir, je n'aurais plus été seul. Pourtant, c'est sans personne que j'allais mourir, à jamais sans nom, sans histoire et sans ami.

N'avait-ce été qu'une illusion lorsque j'avais cru que je m'étais rapproché de la fille du feu ? Ne m'avait-elle sauvé que pour que je serve d'appât ? Cette reconnaissance que j'avais cru lire sur son visage lorsque j'avais réussi à apaiser sa colère après la disparition de son amie n'avait-elle été qu'un mensonge ? Non. Je m'en voulais de douter d'elle. Je savais au fond de moi qu'elle n'y était pour rien. Elle avait tout fait pour me secourir, pour me protéger. Elle m'avait littéralement sauvé la vie alors que la bête fonçait sur nous. Quoi qu'il soit en train de se passer, ce n'était pas de sa faute. Ce n'était pas elle qui était en train de me sacrifier. Et j'aurais été injuste de la juger à partir des actions de quelqu'un d'autre, de la juger sans savoir, elle qui avait fait tant d'effort, tandis que moi je m'épuisais en vain, incapable.

Même à ce monstre, je ne pouvais pas réellement en vouloir. Il ne faisait que se nourrir en soi. Moi, j'étais juste une proie, un morceau de viande qu'on projetait vers lui. « Lupa » que l'autre l'avait appelée ? Ah, c'était ironique quand on y pensait. J'avais imaginé un ennemi. J'avais même cru à une déesse. Mais en fin de compte, Lupa était juste un animal, un animal qui comme les autres agissaient par instinct. Avoir prié la bête qui était justement sur le point de me briser... de me dévorer. Oui, j'avais été bien ridicule en fin de compte.

J'espérais au moins que, à défaut d'autre chose, la femme que j'avais entendue prononcer son nom allait bien. Comme la créature que j'avais devant moi, elle était probablement en train d'écumer les forêts. Elle avait eu l'air si gentille. Elle avait même cherché à me parler malgré ses douleurs. J'espérais qu'elle ne serait pas trop écrasée par son instinct, qu'au moins elle ne tuerait pas trop de gens. J'étais loin de penser qu'elle était pourtant au plus près de nous. J'étais loin de m'attendre à recevoir de l'aide de sa part.

Car, lorsqu'un autre loup gigantesque se jeta sur le premier, les crocs en avant, pour le déséquilibrer, je reconnus ses yeux, son regard sauvage. Elle sentait la forêt et les pins. Par son acte incompréhensible, en s'attaquant à sa propre race, elle venait de me sauver. Oh, elle aussi restait un fauve, un être appartenant à la nature, aussi je doutais qu'elle ait pu tenter de me sauver volontairement. Néanmoins, c'était finalement ce qu'elle avait réussi à causer par ses actes. Elle venait de me délivrer de l'horrible destin qui m'attendait. Et pour cela, murmurant en mon cœur, je me pris à exprimer ma reconnaissance.

*Merci.*

Mais cela ne fut que de courte durée. Une douleur aiguë vint me rappeler à la réalité bien plus cruelle, la fin de ma chute. La violence d'un tel lancer aurait même sans doute dû briser certains de mes os, mais pourtant tout allait bien. Une masse noire dans l'obscurité, un contact mou et aqueux, avait amorti ma retombée. Ainsi, projeté loin de l'éclat reposant des flammes de celle qui m'avait sauvé, je peinai à reconnaître ce que c'était. Tendant mes mains sous moi, je ne sentais que les ténèbres, une chaleur tiède et comme un cartilage, l'odeur du sel, celle du poisson. Plissant les yeux, je cherchais à comprendre, mais plus mon regard distinguait entre les ombres et plus le rouge se mêlant au trouble, plus je sentais en mon cœur un poids, un regret, peut-être celui d'avoir cherché.

Au bout d'un moment à m'agiter, même ma cécité, presque feinte après tout ce temps, ne put me sauver de la vision, du regard sur le corps mutilé. Des côtes avaient été brisées sous mon poids et sortaient désormais de sa cage thoracique, et par le trou qu'avaient laissé sa tête et son épaule. Son torse étaient si ravagé qu'on avait peine à croire qu'il ait pu être beau un jour. Une partie des écailles avaient été arrachées par une mâchoire puissante, laissant des trous, comme une forêt après une tempête. Un bras dont tous les os avaient été mâchés jusqu'à en faire ressortir la moelle semblait toujours tendu en position de défense. Son estomac, déchiré en même temps que sa taille avait été scindée, empestait le désespoir, la mort et les coquillages. Le tout baignait dans une eau noire, épaisse, ferreuse, dans des profondeurs de malheur et de mal-être, dans cette mer que j'avais tenté tant et tant d'oublier. J'aurais voulu ne rien voir et continuer dans le néant de ma mémoire. J'aurais voulu ne pas reconnaître cette marre dégoûtante, cet être déchiqueté. J'aurais voulu... mais je l'ai reconnu. C'était une sirène.

Et seul le noir succéda aux pensées de la pauvre presque-fée, tandis qu'elle s'évanouissait sur le cadavre de l'un de ses presque-semblables.

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P.N.J
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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Sam 17 Oct - 23:42

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Erina210

Un choc d'une violence sans nom ébranla Lupa, et l'instant d'après, le sable fin gorgé du sang des victimes de la louve, fut remplacé par la terre brûlante d'une forêt en feu. La fournaise gagna en puissance peu après, mais le temps que la maudite entreprenne de maîtriser Lupa, cette dernière lui asséna un puissant coup de patte arrière dans les côtes, la faisant ainsi valdinguer autrement plus loin que n'avait pu le faire Umar. Le vent dû à sa vitesse de vol fouetta ses tympans, avant que son corps déserté de tout contrôle ne s'en aille se briser contre un rocher. Un couinement résonna dans les ténèbres, puis plus rien... Sa nature de Viciée lui permit toutefois de recouvrer rapidement ses esprits. Et alors que ses plus petites plaies se refermaient, Erinaë aperçut un halo semblable à l'astre se levant poindre à l'horizon. De là, le souvenir funeste de son village embrasé la submergea. La fille du feu en était très certainement la cause, mais à la vue du danger que représentait Lupa, la rôdeuse maudite pouvait bien mettre sa traque de côté afin de mettre un terme à cette menace. Seulement, en voulant se rendre sur les lieux où le combat faisait rage, Erinaë croisa derechef le garçon qui avait assisté à sa transformation. Il était allongé là, blotti dans les bras de Sinah, comme démissionnaire de sa propre existence. Jonchant parmi les cadavres des Sirènes, ou plutôt des restes que Lupa avait bien voulu laisser, la Viciée manqua de le piétiner lors de sa course pour assister la pyromane dans son entreprise d'extermination. Désormais à l'arrêt, la rôdeuse déchue le huma par deux fois, avant de l'abandonner à sa couche thoracique tout en se faisant la promesse d'y revenir plus tard.

Bondissant par-dessus l'inerte, Erinaë se faufila jusque dans de proches fourrés afin d'avoir une vue dégagée sur les actions de l'incendiaire. La chaleur qu'émettait ce concentré de lumière se ressentait jusqu'à sa position, à tel point que le buisson dans lequel elle s'était tapie s'immola peu après sa désertion. Désormais camouflée par la nuit, la rôdeuse bafouée attendait le moment propice pour agir.

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Um12

La Flammèche ne se fit point prier, et en dépit de cette terreur qui lui mordait les entrailles, elle déchaîna toute sa puissance sur la créature qui les chassait. Ce monstre n'avait jamais fait part de ses intentions en dehors de son hostilité latente, il devenait donc difficile de comprendre le pourquoi de cette situation. À date antérieure, Umar ne se serait jamais posée la question, mais aujourd'hui, elle allait jusqu'à se demander si cette chose ne méritait point réflexion. Et alors qu'elle mêlait ses assauts à ceux de Mayufu, la Démone ressentit une certaine forme de respect à l'égard de ce monstre. Car en dépit de ses pics d'ombre et de l'étoile au coeur de laquelle il se débattait, la vie habitait toujours son être ! Même elle serait incapable d'endurer pareil traitement ! Alors à mesure qu'elle admirait la combativité de cette Lupa, Umar créa une sphère impénétrable qui engloba la nébuleuse plasmique de son acolyte. Au terme de quoi, elle compressa le tout. La chaleur avait cesser d'irradier les environs, mais l'énergie qui en émanait faisait vibrer chaque particule qui demeurait en ces bois calcinés. La boule de ténèbres s'amenuisa à vue d'oeil ! Le but d'Umar était d'en finir une bonne fois pour toute avec cette chose, et avec ce qu'avait fait la fille de Bhaal, la victoire était assurée. Mais une pensée fugace lui titilla les sens, à savoir ; "Il était quand même dommage de se priver d'un potentiel aussi dantesque..."

Le feu et l'ombre se couplèrent avec harmonie contre leur ennemi commun, et même si Mayufu souffrait désormais d'une déconnexion avec son orbe de feu, elle raviva aussitôt les flammes adjacentes pour envelopper à son tour la manipulation d'Umar. Hélas, un tel déferlement d'énergie qui outrepassait sa condition de Mortel risquait à tout moment de la consumer entièrement. La Démone en avait conscience, mais la fureur de l'instant ne permettait point de la modérer, aussi s'empressa t-elle de comprimer Lupa jusqu'à la réduire à l'état de néant ! Mais à mi-chemin, une résistance se fit sentir. Umar eut beau redoubler d'effort, rien n'y faisait ! Tandis que son front perlait de sueur, la sorcière des ténèbres en oublia ses limites et parvint à réduire encore un peu la prison du monstre. Son esprit n'était pas préparé à ce genre d'exercice qui surpassait de très loin sa puissance d'antan. L'espace d'un instant, elle crut même ressentir le palpitant de Lupa s'activer au sein de sa propre poitrine. Alertée par cette sensation nouvelle, Umar sortit de sa transe afin de voir de ses yeux ce qu'il se passait en contrebas. Autant vous dire que Lupa sut pleinement profiter de ce détachement pour littéralement faire exploser l'entrave de la Démone. Résultat, l'explosion coucha tous les arbres alentour, éjecta Mayufu trente mètres plus loin et Umar au double de cette distance avant de s'écraser dans les ruines encore fumantes d'une maison dépourvue de toit. La détonation fut si terrible que le sol se déchira sous elle !

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Llll11

Une masse en feu se mit à hurler depuis le centre du cratère. En dépit des flammes qui crépitaient sur sa fourrure, Lupa ne témoignait d'aucune souffrance, ni même d'une quelconque séquelle quant à ce qu'elle venait de vivre. Foulant désormais la terre charbonneuse jusqu'à la lisière de la défunte sylve, le monstre sanguinaire riva son regard de braise sur la silhouette de l'incendiaire. Le feu ne cessait de redessiner son pourtour, lui donnant un aspect plus massif encore ! Puis d'un pas lent et mesuré, Lupa effectua un bond terrifiant de tel façon à fondre directement sur sa victime ! Laquelle fut brusquement écartée par son infante, et ce, juste avant qu'elle ne s'écrase sur elle ! Lassée de cette traîtresse, la Louve géante se jeta sur l'infortunée Viciée qui ne put rien faire pour se défendre. Griffée à l'abdomen, puis saisie par les reins dans l'immense gueule de son assaillante, Erinaë fut secouer à six reprises avant de se faire projeter jusque sur la rive. Cette poignée de secondes passées à malmener la rôdeuse suffit à faire taire les quelques flammes qui lui léchaient encore la crinière. Ne perdant point son objectif principal de vue, Lupa se rua sur la pyromane, laquelle se heurta à un mur d'ombre !

- Arrête ça ! S'écria soudainement Umar en s'élevant depuis sa ruine.

Mais le monstre fit la sourde oreille, un violent coup de patte suffit à rompre l'écran protecteur. Convaincue de ne jamais faire le poids dans son état actuel, la sorcière des ténèbres entra de nouveau en stase. Cet état second, voir même tertiaire, lui faisait tout percevoir au ralenti, sauf Lupa qui conservait curieusement sa dangereuse allure. Aussi la Démone n'eut d'autres choix que de surélever la flammèche dans les airs pour lui épargner un bon coup de croc dans les jarrets ! Près de quatre-vingt mètre plus tard, Umar se laissa gagner par toute l'obscurité environnante, ce qui la fera par ailleurs disparaître complètement. Malheureusement, il en fut de même pour Lupa, qui, une fois encore, pouvait surgir de n'importe où ! À la différence que, la Démone pouvait la ressentir, voir même, la distinguer ! Ces mouvements erratiques ne permettaient guère de la localiser avec précision, mais ainsi Umar fut en mesure de comprendre comment ce monstre pouvait se déplacer aussi vite. Lupa utilisait la voie des ténèbres comme s'il s'agissait d'un plan d'existence à part entière. La solution serait de l'en priver, mais comment... ?

La profondeur de sa transe lui apporta la réponse sans qu'elle n'ait eu besoin d'y réfléchir plus avant. Et pour cause, cette puissance qu'elle redoutait tant de gouter afin de préserver son moi d'autrefois, pouvait parfaitement conjurer la nuit de Lupa. Non pas qu'elle possédait le pouvoir de briser le sort, mais elle avait néanmoins la capacité d'engloutir cette obscurité. À l'instar d'un trou noir, Umar se mit à drainer le voile magique de la Louve, et rapidement, la clarté du ciel illumina la plage, allant jusqu'à aveugler les protagonistes. D'instinct, à défaut de mieux, la Démone riva son regard sur le corps échoué de l'autre bestiole, et put ainsi assister au retour de la rôdeuse. Même inanimée, il lui était facile de la reconnaitre. Une transformation qui eut tôt fait de lui rappeler la sienne peu avant cette fâcheuse rencontre, car voilà que son visage de jour s'en vint remplacer sa ténébreuse parure ! Un retour à la normale, si l'on pouvait dire, qui lui fit presque oublier l'altitude de la Flammèche qui tombait en chute libre en ce moment même. Ni une ni deux, Umar s'envola pour la rattraper dans ses bras. Profitant de sa position pour sonder les environs, la sorcière des ténèbres ne décela aucune trace de Lupa.

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Umarav10

- Tu as bien oeuvrer. Susurra t-elle à son acolyte alors qu'elles regagnaient la plage. Mais ce n'est pas fini ! Ajouta sèchement la Démone en restant aux aguets.

La seule chose que Umar espérait dans le cas où Lupa serait encore dans les environs, résidait dans le fait que le retour du soleil l'ait au moins autant affaiblie qu'elle. Dans le cas contraire, la fuite demeurerait leur seule option...

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Mayufu
Mayufu
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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Lun 19 Oct - 20:01

Plus rien autour d'elle n'existait. Toutes son attention était dirigée sur Lupa ainsi que de maintenir la puissance de ses flammes sur cette dernière. Jamais elle n'avait déployé une telle force jusque là et jamais elle n'avait eu autant la main mise sur l'élément du feu. Les poings serrés, le regard empli d'une haine innommable, tout son corps commençait à s'engourdir malgré le flux de magie qu'elle ressentait encore au travers de celui-ci. Il fallait dire que son amie l'avait bien rechargée afin qu'elle puisse déployer sa colère du mieux qu'elle le pouvait et la faire déferler sur cette monstruosité qui n'avait de cesse de la traquer depuis son arrivée ici. L'intérêt que lui portait cette bête la mettait dans tout ses états, surtout qu'elle avait mis Umar en danger de mort lorsqu'elle tentait de la soigner devant la grotte ! Sans compter aussi sur l'immense frustration de la tannée qu'elle s'était prise de la part de la Déesse de la Nature, Xiris. Toutes ces émotions lui étaient restées au travers de la gorge et, enfin, elle pouvait tout sincèrement relâcher sans se contenir. Cependant, elle avait conscience d'une chose : Si elle ignorait encore son corps de la sorte, elle finirait par s'écrouler d'épuisement et être totalement à la merci de cette bête. Mettant alors à nouveau Umar en danger puisqu'elle tenterait forcément de tout faire pour l'écarter du danger tout en restant attentive sur la menace... Mais évidemment, elle n'accepterai jamais d'abandonner sa fureur mais jamais non plus elle abandonnerai Umar. Cette chose était juste là, face à elle, ne semblant pas pouvoir s'extirper de ce brasier intense. N'écoutant alors plus qu'elle-même et non plus son corps, elle jeta toutes ses forces pour en venir à bout une bonne fois pour toute !

Et ce fut comme si le destin avait entendu ses songes... Umar venait d'envelopper l'astre qu'elle avait créée dans une bulle d'ombre qui se compressa petit à petit pour condenser la puissance qui y était enfermée, dans l'espoir de réduire ce monstre à néant. Perdant le contact avec ses flammes, son corps trouvant un instant de répit, son esprit se soulageant quelque peu, Mayufu observa la scène. Parvenant pas à calmer sa colère, les flammes se ravivèrent d'elles-même tout autour d'elle et de la sphère noire et ce fut d'un geste nette et précis qu'elle envoya à nouveau toutes ses flammes contre la bulle d'ombre. Ne réfléchissant nullement sur le fait si cela allait perturber le processus ou non ! Ignorant tous les signaux d'alertes que lui lançait son corps, ses émotions outrepassant tout son être, éclipsant les supplices de ce dernier. Ses jambes ainsi que ses mains et bras commencèrent à devenir rougeoyants, les veines sous sa peau semblant brûler de l'intérieur. Sa peau noircissant quelque peu, la surcharge commençait à arriver mais même avec cela, la jeune fille ne cessait de repousser encore ses limites. Voulant s'assurer d'elle-même que Lupa allait y passer. Que cette chose cesse enfin de vivre et de la traquer ! Qu'elle puisse enfin sillonner ce monde tranquillement aux côtés de son amie sans devoir sans cesse observer par-dessus son épaule !

Mais soudains, quelque chose n'allait pas. Malgré toute la puissance déployée, Mayufu sentait que l'astre d'ombre et de feu ne parvenait plus à se compresser et, une seconde à peine après, une violente explosion frappa toute la zone ! Survenant du cœur  même de ce concentrer de  magie ! La jeune fille se la prit de pleins fouet, l'onde de choc l'envoya valser à plus de trente mètre en arrière. Décollant du sol, se fracassant sur divers débris et s'écrasant finalement brutalement contre le sable qui finira par la ralentir. Complètement sonnée, plus aucuns sons ne lui parvenaient. Le regard brouillé. Ses mains rougeoyantes et fumantes, des flammes semblant crépiter sur celle-ci. Tentant tant bien que mal à se relever sur ses jambes tremblantes, la fille de Bhaal fut face à une scène qu'elle ne sut nommer. Le monstre s'en était échappé, enveloppé de ses flammes, ne montrant aucuns signes de faiblesse après tout ce qu'il s'était pris dans la figure. Ses jambes manquèrent de faillirent à la vue de cela. Comment cela était-il seulement possible ? Serrant les dents, ne la quittant pas des yeux, le regard noir, le visage déformé par la colère.

- Mais qu'est-ce que tu es à la fin.... ! Murmura t'elle sèchement.

Le sol s'était brisé sous la sphère. Les arbres avaient tous été couchés. Les maisons alentours avaient été soufflées et rasées pour la plupart d'entre elles, propageant ainsi l'incendie sur une zone plus étendue. Et Umar ? Levant les yeux au ciel et tout autour d'elle, elle ne parvenait pas à la voir. Se demandant si elle allait bien, elle s'apprêta à hurler son nom avant d'être coupée dans son élan par un bruit sourd. Se retournant subitement, elle aperçu la louve la fixer elle, encore, avec ce regard jaune qui tentait encore de la figer sur place. D'un pas lourd et lent, Lupa s'approchait d'elle pour soudainement bondir d'un coup. Avec le corps meurtrit qu'elle se traînait, Mayufu tentait tant bien que mal à esquiver. Ses jambes lui envoyant une vague de douleur, lui suppliant de cesser tous mouvements. Ce n'était vraiment pas le moment de flancher ! Envoyant toute sa volonté dans ses membres pour bouger, celui-ci s'engourdissait soudainement, lui faisant réaliser qu'elle ne parviendrait pas à s'en sortir. Ce monstre se ruant sur elle, une telle masse qui allait la percuter ou l'attraper dans sa gueule acérée, la fille de Bhaal était consciente qu'elle ne s'en sortirait pas. Néanmoins, son absence de destinée semblait tout de même vouloir la protéger puisque qu'une seconde masse surgit alors de nulle part. La jeune fille ne put l'apercevoir que du coin de l'oeil avant de se rendre compte de qui il s’agissait. Cette dernière la heurta avec violence d'un coup d'épaule pour la propulser de quelques mètres, l'écartant de la route de Lupa qui, finalement, se fracassa de tout son poids sur la seconde louve.

Son corps s'écrasant lourdement dans le sable, au milieu de débris enflammés, lâchant un cri de douleur, la fille de Bhaal comprit ce qu'il venait de se passer malgré qu'elle était secouée par l'impact qu'elle venait de subir. Mais elle n'avait pas de temps à perdre. Elle profita de ce léger répit pour se remettre sur pieds et se munir de nouvelles flammes, histoire de se défendre un minimum par elle-même et ne pas compter uniquement sur son amie. Amie dont elle ne savait toujours pas si elle allait bien ou non mais le temps ne laissait pas la possibilité de partir à sa recherche pour le moment. Qu'elle puisse lui montrer qu'elle était capable de s'en sortir par ses propres moyens et de la protéger ! L'autre loup qu'elle supposait être la rôdeuse n'était pas de taille contre Lupa. Attrapée dans sa gueule et secouée dans tous les sens dans un vacarme qui glaçait le sang bouillant de la pyromane, cette dernière ne quittait pas la scène des yeux et envoya une nouvelle vague de flamme à la figure de Lupa afin de tenter de lui porter un coup important ou venir en aide à la rôdeuse, tentant ce coup-ci de ne pas la toucher elle.  

Mais elle fut trop lente ! La louve géante se débarrassa de la plus petite en l'envoyant voler à l'opposé comme une veille chaussette sale et reprit sa charge sur la jeune fille dont les flammes avaient peinées à surgir et se jeter sur celle-ci. Comprenant que ce coup-ci elle ne parviendrait nullement à l'esquiver, lancée dans son assaut pour profiter de l'ouverture offerte par Erinaë, elle hurla de toutes ses forces pour envoyer tout ce qui lui restait sur son ennemie. Dans un bruit assourdissant, ses flammes ainsi que Lupa se heurtèrent violemment à un mur invisible les séparant toutes les deux. Un mur d'ombre ? UMAR ? Une voix résonnant au-dessus d'elle, dans son dos, lui confirma la présence de son amie. Elle était vivante ! Jetant un œil dans sa direction, soulagée de voir qu'elle semblait aller bien, Mayufu entendu alors un bruit d'impact indiquant que le mur avait cédé sous l'assaut de la bête, faisant vibrer l'air tout autour d'elle. Apercevant, du coin de l’œil, les griffes de Lupa se rapprocher d'elle, la fille de Bhaal serra les dents afin d'accuser le choc à venir, fermant les yeux. Cependant, au lieu d'une douleur intense, se fit une poigne invisible qui se saisit de son corps pour l'envoyer en l'air, sentant qu'elle prenait une forte altitude en un court instant. D'ici ce moment là, elle parvint plus à distinguer ce qu'il se passait. Autant la louve que son amie avait disparus dans l'obscurité. Plus aucuns sons ne lui parvenait hormis celui du vent fouettant ses oreilles. Ne sachant alors pas quoi penser, la gorge nouée, elle tenta de rester calme et de repérer le monstre. Sentant toujours la poigne magique de son amie la maintenir en l'air... Mais à combien de mètre au-dessus du sol se trouvait-elle ? Sûrement très haut si elle devait en juger par la vitesse d’ascension et le temps mis...

C'est à cet instant précis qu'une intense lumière surgit de nulle part, l'aveuglant totalement... non, lui brûlant les yeux à tel point qu'elle en eut mal à la tête instantanément. Cependant... elle se préoccupait pas particulièrement de ce détail là puisque, une autre sensation vint s'inviter à toutes celles qu'elle ressentait déjà : La chute libre ! Plus rien ne la retenait et, les yeux plissés, elle constatait que le sol se rapprochait très vite. Était-il arrivé quelque chose à la sorcière des ombres pour qu'elle ne la retienne plus et que Lupa l'attendait alors sagement la gueule ouverte en-dessous pour l'accueillir ? Tentant tant bien que mal d'invoquer Bhaal pour éviter de s’aplatir comme une crêpe, elle n'y parvint pas. Son énergie s'était volatilisée... A la place, une douleur aiguë lui avait traversé le corps tout entier, remarquant à nouveau ses jambes, mains et bras toujours rougeoyants dont les veines brillaient au travers de sa peau.

*J'ai un peu abusé...* Se dit t'elle en continuant sa chute, fermant les yeux. Attendant le moment où on viendrait la rattraper avant une possible fin ridicule. Finir écrasée d'une chute libre après un tel combat, ce n'était vraiment pas dans son agenda ! *J'ai toujours eu foi en toi !* Pensait t'elle alors très fortement.

Soudains, sa chute s'arrêta nette. Les yeux fermés, elle ne ressentit aucunes douleurs. Ses mains partant à tâtons pour sentir où elle était tombée et lorsqu'elle reconnu le toucher de la peau de Umar au lieu de celui de l'eau ou du sable, ses yeux s'ouvrirent soudainement. Le destin l'avait servie comme sur un plateau aux bras de son amie qui l'accueillit en douceur tout en continuant de survoler la zone. Quant à Mayufu, il lui fut quelques secondes pour réaliser ce qu'il venait de se passer ainsi que de remettre ses esprits à l'heure. Clignant doucement ses yeux endoloris par la soudaine lumière du jour, le vent caressant son visage, elle distinguait le visage pâle de son amie, le même qu'elle avait découvert après que Xiris lui ait rendu la vie. Souriant légèrement, satisfaite de ne point avoir heurté le sol mais ses bras, elle maintint le silence. Jetant un œil en-dessous d'elle, elle n'aperçut qu'un vaste désastre. Celui qu'elle avait commencé et qui s'était aggravé avec l'enchaînement des événements. Si un jour le temps lui permettrait de souffler un peu, elle ne serait pas contre l'idée de remettre tout cela au clair dans ses souvenirs. Sa vie était déjà suffisamment un brouillon, il ne lui était pas nécessaire d'en rajouter plus... D'une voix douce, mais enrouée, elle brisa le silence en fixant le visage de son amie.

- Tu n'es pas blessée ? Tu vas bien !? Lui demanda t'elle alors, alors que sa voix ne parvenait plus à s'accorder sur les diverses nuances d'aigu ou grave et l'inquiétude qu'elle exprimait. Merci de m'avoir sauvée autant de fois... mais si j'avais si bien œuvré, tu n'aurais pas eu à me sauver autant de fois... Je suis désolée.

Le vent cessant de souffler, elle comprit que son amie avait mis pieds à terre et la déposait ensuite. Déposant doucement ses pieds sur le sable encore chaud, la fille de Bhaal peinait à tenir sur ses jambes et, un œil ouvert, elle scrutait les alentours. Elle aperçu la silhouette d'une femme nue, plus loin, recroquevillée sur le sable, semblant être blessée. De toutes évidences, il s'agissait de la même rôdeuse les ayant mises en joue un peu plus tôt. Tout autour, il n'y avait que des cadavres et du sang parsemant tout ce décors apocalyptique mais... pas de louve géante ni de l'humaine se nommant Lupa. Soupirant longuement, ne sachant pas si elle devait se sentir soulagée ou non. La sorcière des ténèbres lui avait fait comprendre que tout cela n'était pas terminé. Qu'elle devait encore rôder dans les environs et, Mayufu l'espérait, qu'elle n'était plus sous sa forme monstrueuse. Se tournant face à son amie, la jeune fille voulait comprendre ce qu'il s'était passé.

- Que s'est-il passée ? Je sais que tu m'as jetée en l'air pour me protéger et me sauver d'une mort certaine mais... vu qu'il fait jour, j'imagine que tu as soit réussi à détruire la nuit qu'elle avait créée soit tu es parvenue à la mettre hors d'état de nuire, d'une certaine façon ? Ses yeux n'ayant de cesse de surveiller les alentours, elle continua sur sa lancée. Je ne comprends toujours pas pourquoi elle nous traquait ainsi, cette Lupa. Enfin, j'aimerai bien savoir ses raisons, évidemment... mais j'avais l'impression que quoi que l'on fasse, c'était impossible de communiquer. Son attention se stoppa net sur ce qu'elle reconnu comme être sa faux et s'en approcha en titubant, le main droite agrippant sa hanche gauche. Une vilaine plaie infligée lors de l'explosion ne cessait pas de saigner. Pourquoi m'a t'elle rendu ma faux... ? Voulait-elle juste reproduire la scène comme elle devait se passer ? Je doute que ce soit pour le massacre que nous avons commis au village de la colline... ça c'est la quête de la rôdeuse... mais la sienne, qu'elle était-ce ?

Son regard se portant sur la silhouette de Erinaë, elle ne savait pas quoi penser. Tout un tas de chose lui traversait alors l'esprit. Devait-elle l'aider ? Devait-elle la tuer, profiter qu'elle soit inerte pour qu'elle ne le ressente même pas ? Malgré le fait qu'elle l'ait sauvée à plusieurs reprises des coups de Lupa, la fille de Bhaal ne savait pas quoi faire. Car, dans tous les cas, cette femme continuerait elle aussi à la traquer pour ce qu'elle avait commis. Se devait-elle alors de lui donner ce qu'elle voulait ? Traînant sa faux dans le sable, passant devant Umar, elle respirait fort et mal. Sa tête tournant un peu. Son corps décidant sûrement de tout arrêter pour enfin se mettre au repos. Frappant fermement de son poing droit sur son cœur, rageant d'être aussi pitoyable aux yeux de son amie. La jeune fille en avait marre de se montrer aussi faible et donnait tout ce qu'elle avait, et même à crédit, pour parvenir à tenir debout et ne pas sombrer.

- Que fait-on maintenant ? Je ne vois Lupa nulle part... La ressens-tu ? Et surtout, que fait-on d'elle ? Elle m'a sauvé la mise quelque fois... Dit-elle en désignant du doigt la rôdeuse et, d'un coin de l’œil, elle distinguait à peine une silhouette flanquée d'une coiffure rousse. Et lui aussi, il est mort... ? Lâchant un long soupire lasse Mayufu baissa les yeux à ses pieds.

Evidemment, tout ce que désirait la jeune fille désormais, c'était de s'en aller avec Umar, sur cette île volante et s'éloigner de tout quelques temps afin de se reposer et passer un peu de temps à ses côtés et, surtout, d'apprendre à contrôler ses pulsions. Ne plus se laisser envelopper par cette envie de destruction qui l'habite depuis toujours. Mais quelque chose la forçait à se tenir ici... la culpabilité ? Xiris l'avait atteinte si profondément que la jeune fille se voyait aller contre sa propre nature. Le regard observant les alentours, à la recherche d'une silhouette à la chevelure blonde et au sourire acéré. Par moment, elle jeta un oeil à Umar, observant sa silhouette en tentant de voir si elle ne possédait pas de blessure trop grave, histoire de lui venir en aide au cas où mais, surtout, espérait qu'écouter sa voix, quoi que ce soit.

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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Mar 20 Oct - 18:46

Quand avais-je cessé de me rappeler ? Quand étais-je parti ainsi à la dérive, sans le souvenir de qui j'étais, de qui je serais ? Bercé par des rêves qui n'appartiennent qu'à moi, des rêves sans images, sans paroles, c'étaient des émotions, vagues, lointaines, douloureuses. Qu'avais-je donc vu ? Qu'avais-je donc subi ? Je n'avais rien fait, sans en être sûr, sans vouloir y penser, abandonnant ma responsabilité encore une fois. J'avais pourtant la sensation que j'aurais dû être libre, que j'aurais dû être neuf, que j'aurais dû mystiquement être régénéré. Était-ce là mon esprit de fée, ou pas tout-à-fait ? Mais ce n'était pas de ma faute ! Je l'avais voulu ! J'avais désiré être libéré ! Je le désirais encore à vrai dire. Mais de quoi souhaitais-je réellement être libéré, ça, je ne le savais pas vraiment. C'était comme une intuition au fond de mon cœur, un lourd fardeau, une toile d'araignée qui dans un coin isolé, caché dans un double plafond, avait réussi à échapper au balais céleste qui aurait dû l'emporter, comme toutes les autres. Et cet unique petit filet de soie, niché dans les circonvolutions de mon âme, là où personne ne pouvait vraiment pénétrer, à lui-seul, il m'avait pris au piège comme un jeune papillon tout juste sorti de sa chrysalide. J'étais maintenant prisonnier de moi-même, incapable à jamais de ne pouvoir cesser d'être une nymphe, chétif captif d'une gangue que j'avais moi-même créé, sous un autre nom, sous un autre visage, dans une précédente réincarnation, prisonnier, ni tout-à-fait capable de m'extraire entièrement de ce passif et de commencer une nouvelle vie, et tout-à-fait incapable de retourner m'enfoncer dans la triste exuvie mutilée qui s'attachait encore à moi. J'étais à la frontière, à la limite, à la marge, voulant rentrer dans une forêt mais retenu à l'entrée par des buissons de ronces et d'orties, brûlantes comme un nid de flammes ardentes qui prenaient leur source non loin de moi. Oui, c'était une telle chaleur. Elle était si réconfortante tandis qu'elle caressait lentement l'humidité collante qui s'était étalée sur moi. Elle avait presque une odeur de soleil et d'éther, changé, si chaud, qui se déverse les jours d'orage. En s’intensifiant, elle dévorait tout, l'iode, le parfum métallique du sang versé dans l'eau. Je m'imaginais déjà brûler et cela me réchauffait le cœur. Le brasier grandissait en moi, avalant un à un mes sombres rêves et mes espoirs étrangers. Je le regardais avancer. Je crois que je l'attendais en fait. Je voulais qu'il m'avale moi-aussi tout comme comme il avait avalé la mer, la pluie et le malheur. Puis, ce serait le tour des ténèbres et nous serions baignés dans la lumière. Ce ne serait plus qu'une tension sourde, une vibration, un tremblement du monde qui annonce son implosion prochaine. Dans les nuages de mon esprit, je tendais la main, je me rapprochais avec amour de cette énergie destructrice, finale, libératrice. J'allais enfin être terminé. Puis elle explosa.

Propulsé par le choc, j'ouvris un instant les paupières. Je crus même voler, mais mes ailes n'étaient pas dépliées. J'étais en l'air. J'avais été arraché à mes songes. Qu'était-il arrivé à tout ce qui m'entourait ? J'aurais bien été en peine de le dire dans les ténèbres de mon regard. Car c'est le monde tout entier qui éclatait.

Quelque chose de mou amortit ma chute, mais je sentis quelque chose se briser à l'intérieur. Quoi que cela ait été, sur le moment je lui en fus gré. Mais où avais-je été transporté ? J'avais du mal à me rappeler de ce qu'il s'était passé avant que je m'endorme, mais ce qui était sûr c'est que le situation n'était plus la même. Je tendis la main vers ce qui me paraissait être le sol. Ma main humide, collante, adhéra presque avec le liquide qui avait été répandu sur le carrelage de cette cuisine. J'avais les oreilles qui sifflaient, cela me faisait tellement mal à la tête. Il y avait des motifs floraux gravés sur le carrelage.

Je tentai de rassembler ma mémoire, comme j'avais perçu le motif sous ma main. Cela était tellement douloureux. Je secouai la tête pour le faire passer, mais cela ne me fit que plus mal, et je tombai à nouveau sur le lit étrange. Débile, je tentai faiblement de ramper en m'aidant de ces masses étranges dispersées autour de moi. Je réussis presque à m'extraire de ma couche tendre au toucher. Avais-je fait un mètre, deux ? Il était difficile de le dire. Le carrelage était presque chaud sous mon torse et sentait l'atelier de potier où les vases tout fraîchement cuits sortent du four, mais... avec plus de poussière et de cendre. Ce devait être parce que la plage n'était pas loin. Puis ma main tomba sur un morceau couvert d'écaille. C'étaient les sirènes. Je vomis.

Recroquevillé contre le sol, je gémis lorsque le soleil du matin vint brusquement m'arracher à l'oubli de la nuit. Il venait trop tard. Il était froid, pâle. Il me piquait les yeux. Je voulus me les couvrir de mes mains, mais il y avait trop de sang. J'étais couvert de sang et d'organes. Je gémis moins fort. Aveuglé, les paupières clauses, je tentai à nouveau d'oublier.

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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Jeu 26 Nov - 4:13

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Umarav10

Ce monstre surpassait tout ce qu'elle connaissait, mais en dépit de son ignorance, la sorcière des ténèbres semblait avoir calmé la situation. La Flammèche put ainsi souffler avant de geindre comme à son l'habitude, surtout lorsqu'il s'agissait d'une confrontation dont elle ne maîtrisait point le dénouement. Puis elle voulut comprendre les motivations de la créature, voilà bien une chose que Umar trouvait profondément stupide. C'était le genre de questionnement intérieur qui vous poussait bien souvent à user de votre langue plutôt que de votre arme, et ce, même si vous étiez sur le point de vous faire croquer les reins ! Son hostilité était limpide, si limpide que le vent en devenait visible. Et pour conclure son babillage incessant, les questions plurent ! Pourquoi ma faux m'eut-elle été rendue ? Pourquoi la rôdeuse m'eut aidé ? Pourquoi Lupa n'est plus visible ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi... Voulait-elle faire regretter à la Démone son ouïe ? si oui, c'était bien parti ! Ce n'était pas parce qu'il se dérobait à leurs sens, que le danger s'en était allé. Umar avait conscience de cela, mais curieusement, elle comprit cette exaspération qui fuyait Mayufu par tous les orifices. Même si sa bouche fit office de valve primordiale à cet exutoire. Conservant l'esprit clair quant à l'ombre indécelable tapie dans le paysage, la sorcière des ténèbres s'avança jusqu'à faire face à la fille du feu. Elle s'inclina afin que son visage s'abaisse au niveau du sien, puis l'observa de son regard transcendant.

- Vide tes morvines et inspire un grand coup ! Prodigua Umar à sa protégée. Ses traits enjolivés d'un sourire miroitaient une certaine bienveillance. Puis, sans qu'elle n'en décèle la cause, une chaleur naquit en son coeur, orientant ainsi ses pensées sur un fait qui ne l'avait encore jamais concerné. À partir de là, son expression se teinta d'incertitude, et plus elle luttait contre cette part d'elle qui n'était pas elle, plus elle était tentée d'y céder... Cesse donc de me lorgner de la sorte, je vais bien ! Formula t-elle de sa voix empreinte d'une certaine sévérité. Laquelle s'assagit aussitôt lorsque de nouveaux mots succédèrent au précédents : Ton oeil... Comme transportée par un élan de bonté, les doigts fins d'Umar firent pression sous le menton de Mayufu, incitant ainsi cette dernière à river son attention sur ses orbites emplies d'un millier d'étoiles. Le silence ne fut jamais aussi parlant tant l'émotion était pure, presque matérielle. C'est alors que de son autre main, Umar s'en vint recouvrir la prunelle meurtrie de la jeune fille. Ses paupière s'abaissèrent, et un halo immaculé chassa les ténèbres sous sa paume. Une lumière vive jaillit des différents interstices qui résultaient de son geste. La manifestation ne dura pas plus de quelques secondes, mais lorsque l'éclat s'estompa et que la main se retira, en dehors du sang qui avait déjà coulé, l'oeil de la Flammèche était entièrement guéri. Voilà qui est mieux... je ne souffrirais plus de loucher au devant de ta face borgne ! La trotteuse du plus haut clocher de l'île n'avait pas fait un saut, que l'aura angélique de la Démone s'était déjà volatilisée. Manifestement amnésique au miracle qu'elle venait d'accomplir, la sorcière des ténèbres annonça la suite : Qu'elle t'ait sauvé ne rachètera guère le fait qu'elle ait provoqué cette situation ! Allant jusqu'au corps gisant de la rôdeuse, Umar la bouscula de son pied au niveau de l'épaule, la faisait ainsi rouler sur son dos. Pour t'avoir secouru, je consens à me montrer clémente en lui accordant une mort rapide !

Dans une conviction absolue, la Démone arma son talon juste au-dessus du front de l'archère avec la ferme intention de lui exploser le crâne. Mais là ou une nano seconde lui serait suffisante pour accomplir l'acte, quelque chose dans le lointain la freina dans sa démarche vengeresse. D'un point de vue extérieur, nul n'était en mesure d'identifier ce qui l'hypnotisait de la sorte. Son pied retrouva donc le confort du sable fin sans qu'aucun mal n'ait été fait à la rôdeuse. Mayufu n'aura toutefois point l'occasion de soumettre un nouveau pourquoi qu'un souffle froid et putride fit frémir les mèches qui voilaient son cou.

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Mayu10

À travers un râle chuchoté, la présence confirma sa sinistre apparition. La Flammèche aurait toutes les raisons d'être surprise, car ce visage, si écorché soit-il, était la copie conforme du sien. De même que le son de sa respiration encombrée, au même titre que ses vêtements d'ailleurs. Un esprit rationnel rangerait cela sur l'étagère des illusions, mais Mayufu avait déjà assisté à tant de choses qui jusque là lui semblaient invraisemblable, qu'une telle conjecture relevait de l'amateurisme ! L'être décharné ne manifestait cependant aucune agressivité. Si l'on faisait fit de ses mouvements de balancier relativement inquiétants, on pourrait presque marcher à côté sans encourir le risque d'une attaque, tant sa gestuelle était lente. Néanmoins, s'il fallait éprouver une crainte vis-à-vis de cette créature, celle-ci résiderait en ses paroles...

- Umar ne peut pas être sur tous les fronts, et je fus trop faible pour ce monde. Je l'ai aimé avec tant d'ardeur, que même dans ma mort, cet amour demeure intact ! Je t'envie d'être là. Qu'il s'agisse d'un sursis ne change rien à ce qui me ronge. Cette créature te tuera, et tu ne pourras rien y faire. L'air triste, le cadavre de Mayufu poursuivit son discours. Très bientôt, tu seras à ma place, dévoilant ce funeste avenir à ton toi vivant, et ainsi de suite ! Quelle misérable je fais, une authentique fougère... Grommela t-elle en tournant finalement le dos à son pendant en rab.

Au cours de ces quelques phrases, d'épais nuages noirs avaient stationnés au-dessus des protagonistes, desquels finirent par jaillir de puissants éclair rouges qui zébrèrent les cieux dans un tonnerre fracassant. Puis, une pluie de sang inonda les lieux ! Très vite, des flaques prirent forment tout autour d'Elvin, et montèrent rapidement en niveau, menaçant ainsi d'engloutir ce dernier où qu'il poserait pied. Quant à Umar, toujours immobile auprès de la rôdeuse qui s'enfonçait peu à peu dans le cruor céleste, ne décrochait plus son regard de la silhouette qui s'en venait la rejoindre.

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Umar_f10

Cette Umar aux prunelles absentes, ou cachées, tenait dans ses bras sa petite protégée que la vie avait déserté. Pétrifiée par le réel de ces images, la sorcière des ténèbres ne parvenait plus à en détourner son attention. Sa doublure n'avait guère besoin de l'expression qu'offrait le regard pour lui communiquer son inconsolable tristesse. Et ce qu'elle lui révéla ne fit que fendre son coeur...

- J'ai tout essayé, mais je fus incapable de la sauver... je ne serai jamais assez forte, ni suffisamment volontaire pour prendre les devants. Je vais à présent errer seule comme une âme bafouée par l'existence, et méditer sur mes tourments. Déposant le corps dans le sang qui ne cessait de monter, la Démone en proie au déclin enveloppa les joues de sa jumelle de ses mains moites et rugueuses. Un coeur aussi sombre que le nôtre n'a droit à aucune rédemption...

Puis elle l'abandonna pour s'enfoncer vers le large, jusqu'à disparaître complètement sous la surface écarlate. Flottant désormais au côté de la rôdeuse, Mayufu dont les traits reflétaient ses derniers instants, obséda Umar qui se mit à éprouver une peur sans pareille. Ses membres se mirent à trembler, et sa raison fuir sa conscience à mesure que la dépouille de la fille du feu oscillait sous la pression des vagues. Tout cela n'était en rien une hallucination, tous pouvait voir et entendre ce que les autres percevaient. Par ailleurs, la Flammèche zombie n'avait de cesse de marmonner la manière dont s'était passé son trépas.

- J'ai craché le feu comme jamais auparavant, j'ai esquivé autant d'attaques que j'ai pu, mais je ne pus empêcher ses crocs de s'enfoncer dans mon crâne... je hurlai tandis que j'entendais l'os craquer sous la force de ses mâchoires. J'ignorai jusqu'alors pouvoir demeurer consciente à un tel traitement. Puis Lupa me délesta de mon scalp ! ce qui lui permit de creuser un peu plus profondément dans ma boîte crânienne. Dans ces instants, tu ne souhaites qu'une chose ; mourir le plus rapidement possible ! Mais entre ce que l'on souhaite, et ce qu'il se passe... je pus ainsi l'entendre mastiquer ma cervelle directement depuis l'arrière de mon visage. Sa langue se fraya un passage entre mes lèvres lorsqu'enfin, le souffle me quitta.

Mayufu aurait beau lui sommer de se taire, rien n'y ferait. Quant à l'attaquer... elle tenait à peine sur ses jambes, on pourrait même penser que sa version zombie avait plus d'équilibre qu'elle. Côté rôdeuse, elle était sur le point de se noyer. Umar demeurait terrifiée. Quant à Elvin, s'il voguait toujours au creux de ses songes, aucune de ses versions ne le sauverait, car même une Sirène ne pouvait respirer là-dessous...

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Mayufu
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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Dim 29 Nov - 15:17

Elle se tenait là, au milieu de ce décors lugubre, dans un silence plus qu'inquiétant. Son regard fouillant les environs, guettant le moindre mouvement de Lupa mais rien ne vint. La pénombre partie, elle était aveuglée. Aussi épuisée qu'elle se laisserait volontiers tomber dans les vapes pour se reposer un peu mais c'était loin d'être le moment. Alors que Umar et elle-même savaient où se trouvait Lupa il y a de cela quelques instants, désormais, être dans l'ignorance complète angoissait Mayufu plus qu'autre chose. Elle pourrait surgir de n'importe où et ne rien pouvoir y faire.. cela dit, le commencent, c'était elle l'investigatrice du désastre. Une part de culpabilité avait naquît en elle depuis que la Déesse de la Nature était intervenue et, désormais, elle ne cessait de grandir car plus les choses allaient, plus l'irréparable pourrait survenir et là, Xiris ne serait pas là pour exaucer son souhait. Du coup, elle allait devoir trouver une solution afin de parvenir à protéger Umar de ses propres forces et en parlant de force, son unique œil valide observa ses mains et avants-bras. Ils étaient dans un piteux états. La peau semblait avoir noirci. Prenant un ton plus sombres aux extrémités des doigts et virant sur différents tons de couleur pour retrouver celle de la pâleur de sa peau. Cela ne lui faisait pas mal car la tempête intérieure qui la secouait éclipsait absolument tout ce qu'elle ressentait. Néanmoins, seule celle de son œil endoloris persistait. N'ayant pas pris conscience qu'elle avait assommé Umar de question, la jeune fille s'était momentanément enfermée dans une bulle. Seul le visage de la sorcière des Ténèbres apparaissant devant le siens l'en fit sortir. Le souffle légèrement coupé, relevant son unique œil, la fille de Bhaal esquissa un léger sourire gêné quant à sa première remarque. Comprenant immédiatement qu'elle avait légèrement abusé avec son long monologue, mélange de questionnements aussi inutiles les uns que les autres et de plaintes lassantes.

- Je suis désolée... Soupirait-elle après une longue inspiration tout comme lui avait confié de faire son amie. Bien que surprise du soudains timbre bienveillant de la sorcière dans une telle situation, elle ne voulut pas se faire prier et se calmait.

Quant bien même elle ne s'étonnait pas trop de sa soudaine bienveillance, au vu de sa proximité avec elle qui la réconfortait plus qu'autre chose, le revirement d’attitude, celui-là même, l’interrogeait. Oh, elle était habituée à ses envolées lyrics ou autres étalages de colère mais là, ce fut trop suspect pour qu'elle ne s'en rende pas compte. Surtout que, une troisième séquence entrait en jeu... s'arrêtant à nouveau sur un ton bienveillant à l'intention de son œil blessé. L'autre fronçant le sourcils furtivement, elle comprenait pas trop ce qu'il se passait. Umar ne lui était pas connue pour sauter, trois fois de suite, d'un état d'âme à un autre. Surtout qu'elle avait reprit ses traits pâles. Répondant à sa question définitivement quant au fait que l'Umar qu'elle connaissait depuis toujours qui ne surgirait que de nuit. Non, son apparence ne changerait en rien de ce qu’éprouverait la jeune fille pour elle. Pour preuve, le seul contact de ses doigts sous son menton pour lui relever la tête fit jaillir une légère vague de frisson dans tout son être. Aussi faible pouvait-elle être, son cœur, lui, ne faiblirait jamais face à celle qu'elle aimait. Légèrement tremblante, elle laissait les choses se passer. Sa seconde main se posant au-dessus de son œil qui lui rappelait désormais à quel point il souffrait, lui lançant des soudaines piques de douleurs maintenant qu'elle y accordait son attention. Quant à son autre prunelle, elle, ne quittait pas le visage d'Umar du regard. Si le temps pouvait cesser d'être et la figer dans cet instant précis, elle aurait donné tout ce qu'elle avait pour que cela soit possible. Ce qu'elle ressentait à ce simple contact après tout ce qu'elles venaient de vivre toutes les deux étaient inestimables. Une petite larme perla du coin de l’œil et glissait le long de sa joue pendant qu'une vive lumière jaillit de l'autre côté de son visage ainsi qu'une douce mais intense chaleur envahissait sa blessure.

Se laissant totalement faire, une main accrochant le col de son manteau et l'autre le long de son corps, la douleur se dissipait rapidement. La main de son amie retirée, elle put rouvrir son œil. Doucement, par réflexe, mais celui-ci était entièrement guéris désormais. Il semblait désormais même plus neuf que le second vu qu'il avait aussi été soigné de la fatigue.

- Je... Merci, Umar. Commençait-elle à prononcer avant de voir un nouveau revirement de ton de la part de cette dernière. À peine l'avait-elle que son timbre de voix habituel qu'elle lui connaissait naturellement resurgit subitement. Ayant pour effet de lui faire cligner les yeux de stupéfaction et d'un léger gloussement quant à la remarque que la sorcière lui avait lancée.

Néanmoins, elle n'en aurait pas le temps d'y répondre car à peine avait-elle terminé le thème de son œil qu'elle se dirigeait déjà sur celui de la rôdeuse tapie au sol un peu plus loin. La dure réalité venait de frapper à la figure même de la jeune fille qui se rappelait d'où elle était réellement. Le son de la brise maritime ressurgit à ses oreilles. L'odeur du feu et des braises emplirent ses narines et la température tout aussi brûlante, glaciale que salée la remirent mal à l'aise. Son regard semi-neuf désormais tournés auprès de la jeune femme tapie au sol, inconsciente. Umar à son chevet, un talon poser désormais sur le front de celle-ci après l'avoir retournée d'un mouvement de pied. Que devait-elle faire ? Les sursauts d'humeur d'Umar qu'elle venait de voir... le fait que, intentionnellement ou non, cette femme l'avait bousculée pour la protéger d'une charge de Lupa... tout cela la mettait dans le doute. Umar était-elle en train de se muer vers quelque chose dont Xiris désirait ou était-ce dû à tout autre chose ? Alors oui, elle ne contredirait jamais Umar sur le fait que la rôdeuse avait mené Lupa jusqu'à elles et les entraîner dans ce désastre. Mais quelque chose au fond lui demandait de lui laisser un sursis et la sauver pour que, peut être, elle cesse de les traquer à son tour une fois le danger de Lupa écarté. Car oui, elle ne se manifestait pas encore pour le moment... Mais la Flammèche ne croyait pas au fait qu'elle avait disparue, comme ça, d'un claquement de doigt, aussi puissante que Umar était. Cela lui semblait si simple au vu de comment ce monstre les traquait depuis leurs arrivées dans ce monde.

Elle voulu faire un pas en avant afin de tenter de l'interrompre dans sa lancée et pouvoir en discuter avant de l'exécuter comme ça, tendit une main noircie en avant, sa voix tentait de l'interpeller mais rien n'en sortit car une toute autre sensation la figea instantanément sur place. Un souffle surgit dans son dos, soufflant sur sa nuque... Le regard se muant en terreur, elle croyait que Lupa avait surgit dans son dos et prête à la tuer comme elle le redoutait il y a de cela quelques secondes. Désormais aphone à cause de la panique l'envahissant, elle n'hésita point à subitement se retourner du plus vite qu'elle pouvait avec sa faiblesse actuelle. Sauf que... s'attendant à y voir les crocs de Lupa lui sourire, elle se retrouva devant quelque chose de bien différent. Une étrange sensation naquît en elle. Vous savez... cette sensation de déjà-vu mais qui n'en est pas une ?

Mais ce qui se tenait devant elle ne pouvait être une illusion tant cela était réel. Mais ce qu'elle voyait, elle ne souhaitait tout de même ne pas y croire. Qu'est-ce qu'elle fichait ici ? Son souffle la crispait à chaque expiration. Son regard vide et blanc la fixant la tétanisait sur place et, d'un coup, tout le bruit ambiant autours d'elle cessa d'exister. Comme si cette personne face à elle avait fait en sorte d'elle soit la seule entendue lorsqu'elle prit la parole. Sa voix résonnait dans son esprit, réalisant à peine ce qu'elle vivait, la fille de Bhaal comprit enfin qu'elle s'écoutait parler. Que c'était elle qui était en face d'elle-même mais... en cadavre ambulant ? Maintenant qu'elle s'observait, hormis toutes les blessures que son double possédait, elle se reconnu aisément mais si l'état dans lequel elle se trouvait était celui dans lequel elle serait plus tard, elle comprit sans même qu'on ne lui dise qu'elle allait souffrir atrocement. Alors que cette dernière lui annonçait qu'elle serait bientôt à sa place et ferait la même chose qu'elle à son tour à une autre Mayufu, l'actuelle vivante leva les yeux au ciel lorsque d'épais nuage noir apparurent, parsemés d'éclairs assourdissant. Une goutte de pluie vint s'écraser sur sa joue, puis une deuxième sur son front et quelque courtes secondes lui furent nécessaires pour comprendre qu'il ne s'agissait pas d'eau mais de sang ! Cette révélation eut le don de la sortir de son état comateux et subjugué à son double qui venait de lui tourner le dos. Permettant à Mayufu de diriger son regard vers Umar qui... subissait la même chose ? Il lui était extrêmement compliqué de comprendre quoi que ce soit dans ce vacarme assourdissant qu'était cette tempête qui était apparue d'un coup. Peut être l’œuvre de cette femme se tenant face à son amie et qui tenait... une autre Mayufu dans ses bras ?! Il était logique de conclure qu'il s'agissait d'une autre Umar qui avait fait le souhait de resté aveugle ou qui n'avait pas croisé la route de la Déesse de la Nature.  

- C'est quoi ce bordel... Murmurait-elle, les traits de son visage passant de l'inquiétude à une profonde haine qui l'envahit soudainement.

Son double à côté ne cessait de parler et, cette fois-ci, décidait d'énoncer les faits de sa mort. Ses oreilles l'écoutaient parler attentivement mais ses yeux, eux, observaient Umar et l'inconnue qui venait de déposer le corps d'une autre double d'elle-même à la surface d'énormes flaques de sang qui ne cessaient de prendre du niveau. Montant désormais au-dessus de ses pieds. La colère, l’incompréhension, l'inquiétude ainsi que l'amour étaient les seuls sentiments qui l'habitaient désormais et se mélangeaient ensembles. La plongeant dans un état dont elle ne saurait en expliquer les sensations. Le cadavre à ses côtés, tenant à peine sur ses jambes mais visiblement mieux qu'elle-même qui assumait mal le coup de ce qu'elle pouvait lui dire. Lui décrivant plus que nécessaires la façon dans laquelle elle fut tuée... Chose qu'elle reconnu ne pas être elle-même. Enfin... si elle se croissait elle-même, elle annoncerait certes sa mort si cela devait venir à arriver mais jamais elle s'infligerait une telle peur avec ce genre de détail là. Déjà horriblement terrifiée par la mort elle-même alors... si en plus c'était servis avec des détails, elle se condamnait à chaque fois à une crainte qui paralyserait sa capacité à réagir rationnellement dans les futurs combats. Du coup, au vu de sa la lancée du monologue que son double avait prit, Mayufu grogna de colère et lui asséna un violent :

- Ah bah putain, je suis si chiante à écouter me plaindre ?! Je comprends Umar maintenant ! Vociférait-elle, les dents serrées, le regard vif et flamboyant. Bien que craintive de ce que son double venait de lui annoncer, elle ne souhaitait clairement pas restée planter là surtout qu'elle ressentait intérieurement qu'Umar était plus en difficulté qu'elle.

Son cadavre continuait de conter sa sinistre mort et les mots ne cessaient de lui vriller les tympans. Sa peur grandissante, la Flammèche sentait tout son corps trembler. Son corps n'allait pas tenir si cela continuait de la sorte et, surtout, si elle ne décidait pas de réagir rapidement ! Ayant extrêmement peu d'énergie, elle parvint à se focaliser sur ses jambes, tenter d'isoler les paroles de son cadavre qui entrait de plus en plus dans les détails macabres de son déclin. Le sang de la Flammèche se mit à bouillir de l'intérieur et ses jambes commencèrent a être parsemées de veinure rougeoyante et de la vapeur commençait à s'en réchapper dû au contact avec l'eau de mer mélangée au sang qui ne cessait de tomber du ciel. Soignant légèrement les douleurs de celle-ci, lui permettant alors de pouvoir se déplacer auprès de son amie. Son regard suivant la doublure de Umar s'en aller s'enfoncer dans les profondeurs.

- Je me fatigues à m'écouter moi-même ! Lui hurlait-elle à son cadavre, le visage partagé entre la colère et la peur, lui jetant un dernier regard avant de mettre un terme à cet échange à sens unique. Mais ce qui est sûr, c'est que j'ai peur de mourir, oui.. Mais ce qui me tiens le plus à cœur, c'est Umar. Je ne resterai pas plantée là à m'écouter me plaindre, déjà que je ne me supporte pas mais merci pour l'histoire, néanmoins, c'était ravissant et ça n'aide en rien !

D'un pas décidé, la jeune fille s'avança auprès de son amie, tournant le dos à son double, n'en pouvant plus de s'écouter geindre et prenant bonne note de changer ce trait de caractère par la suite et que, malgré ce qu'elle lui révélait, n'en avait cure car sa priorité étant désormais la détresse de la sorcière qui semblait perdre la raison. Bien que les détails fournis par son double la terrorisait rien que d'imaginer, la Flammèche ferait en sorte que cela ne se réalise pas et que, par-dessus tout, au vu de ce à quoi elle ressemblait et le double de son amie, elles n'avaient pas les mêmes vécus hormis Lupa et que les choses avaient probablement déjà changés ! Convaincue que les événements ne seraient pas ceux annoncés, Mayufu était désormais aux côtés de Umar qui avait le regard planté sur son cadavre flottant aux grès des vagues sanglantes et salées. Aux côtés du corps de la rôdeuse, toujours inconsciente... Inspirant un grand coup, elle s'interposait afin de lui couper la vue sur ce qu'elle pouvait voir. C'était désormais le visage de la Flammèche qui se tenait devant le siens. Ses mains effleurant son visage, à l'instar de la guérison que l'hybride lui avait prodigué précédemment. Laissant quelques secondes s'écouler sans dire un mot, son regard plongeant dans le siens et étant emplis, lui aussi, de gentillesse et se voulait réconfortant pour l'aider à se sortir de sa torpeur. Ressentant la peur qui l'habitait par les tremblements qu'elle ressentait.

- Rien de tout ça n'est vrai, Umar ! Elles ne sont pas nous, reprends toi, je suis là à tes côtés et je te protégerai quoi qu'il puisse se passer! Lui dit-elle, désespérée de la sentir aussi mal et de la voir dans une telle détresse. Elles ne sont pas nous ! Quoi qu'elle ait pu te dire, cela n'arrivera pas.

Elle lui saisit ainsi le visage pour qu'elle ne regarde qu'elle et puisse refaire le calme dans son esprit mais délicatement, se contentant de lui faire sentir la présence de ses mains à la surface de sa peau. Rapprochement le siens qui se munis soudainement d'une petite Flammèche devant son œil gauche dans l'espoir qu'elle puisse l'aider, tel un phare dans la tempête, à retrouver son calme.

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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Mer 2 Déc - 18:53

Il y avait comme une sensation froide, une odeur de métal, contre mon dos à nu. Quelque chose qui m'engourdit, qui me blesse, comme des milliers d'épines à travers le moindre de mes pores. Un frisson. C'était une impression douloureuse, lourde, qui s'insinuait et glissait tout le long de mon corps, coulait presque. Je tressaillis. C'était comme si une étendue de larmes, la gueule d'un énorme poisson, une mer immense avait débordé de ses frontières et qu'elle s'infiltrait désormais jusqu'à moi, profondément, jusque dans mon cœur. Je me réveillai en sursaut.

Je fus presque soulagé de voir le monde rouge qui s'étendait autour de moi, mais peut-on seulement être rassuré par la vue du sang ? Non, le sang signifie toujours les problèmes, les douleurs, l'infortune, les bûcherons qui se sont blessés avec leurs outils et s'inquiètent de risquer de ne plus être capables d'effectuer leur travail, les vieilles aïeules presque centenaires qui sentent leur derniers jours arriver et vont se reculer dans l'abbaye pour être en paix, les jeunes parturientes malheureuses de s'être mariées trop tôt et qui crient à travers les couloirs et leur peine et la mort qui menace leur ventre. Je soupirai les deuils passés et ceux à venir.

Puis, je me levai. Si je ne l'avais pas fait, qui l'aurait fait pour moi ? Qui se serait oublié un instant, aurait oublié son mal qui le rongeait, pour aller aider les autre ? Une personne plus capable, peut-être. Mais je l'ignorais, alors j'ai tourné mon regard vague, fatigué, comme ébloui par la lumière masquée du jour, mes oreilles pleines d'acouphènes, et j'ai cherché autour de moi, dans cette vase écarlate s'il y avait quelqu'un comme moi, s'il y avait quelqu'un à sauver.

*Elle est donc saine et sauve ?* Le corps de la femme de la forêt flottait vaguement dans l'étendue ferreuse, encore retenue par un banc de sable qui tentait vainement de l'empêcher de partir vers le large. Je me hâtai d'aller vers elle. Je l'avais cru perdue, je ne sais pas vraiment pourquoi exactement. Avais-je pensé qu'elle ne redeviendrait plus jamais elle-même ? C'est vrai que son étrange métamorphose avait semblé si violente, si douloureuse, elle avait tant tenté de lutter contre cette énergie étrangère qui voulait la dévorer. Mais pourtant elle était là désormais.

Je m'armais de toute mon énergie mais mes pieds s'enfonçaient lourdement dans le sable humide et j'avais du mal à progresser, m'embourbant à chaque pas. Pourtant je faisais de mon mieux, qu'aurais-je pu faire de plus ? C'est comme si l'univers tout entier voulait lutter contre nous. Était-elle seulement encore vivante ? L'étions-nous seulement nous-même ? Cet univers couvert de sang, où tout semblait retenir, lourd, n'aurait-ce pas pu être une vision des tourments éternels ? Étions-nous nous-même damnés ? Cela était triste, je ne me souvenais même pas pourquoi j'étais martyrisé, moi.

J'arrivai auprès de la dame des bois. Je fus rassuré, elle ne semblait pas avoir de blessure trop sévère, quelques plaies et contusions, pas de quoi tuer. Si elle était inanimée, ce devait être parce qu'elle s'était prise un coup sur la tête, ou alors c'était ce lieu. Mais en inspectant son crâne à travers ses cheveux rendus poisseux par le liquide épais, rien n'apparaissait trop grave. J'étais soulagé.

Mais elle n'étais pas seule. Plus loin, le courant charriait lentement une autre forme, vague, peut-être plusieurs. Il était difficile de différencier les corps des décombres qui erraient mollement çà-et-là, comme des âmes en peines. Qu'aurais-je pu faire ? Aurais-je pu plonger jusque là ? Le sang m'arrivait déjà presque aux hanches et je ne savais pas quand... Quand cela s'arrêtera-t-il donc enfin ? Mais les flots indifférents se couvraient d'écume, et quelqu'un, vivant encore, se mourrait à côté de moi. Je devais partir, sauver au moins ce que je pouvais.

Je la tirai, de mon côté, vers la plage la plus proche. Il ne fallait pas bouger un blessé en temps normal mais la mare de boue cuivrée commençait à menacer de la recouvrir. Une petite vague qui put se former, me convainquit de faire très vite. Je ne pense pas que j'aurais eu suffisamment de force pour la déplacer en temps normal mais cette mélasse avait au moins l'avantage de faire flotter son corps et permettre de le glisser à sa surface. Cependant, je ne parvins pas à l'en extraire totalement et ses pieds ondulaient encore, bercés par le courant.

Une fois à l'abri pour le moment, je pus commencer à administrer mes soins. Je ne pouvais pas faire grand chose pour autant, je n'avais rien sous la main. Je me contentai donc de laver ses plaies du sable qui avait pu s'y coller et de les recouvrir avec des bandes de tissu empruntées à un bout de drap qui partait à la dérive afin qu'elles empêchent des saletés de s'y déposer à nouveau. C'était assez maigre, j'aurais voulu faire plus de chose pour cette dame qui avait eu l'air si malheureuse lorsque je l'avais rencontrée pour la première fois, dans la forêt, alors qu'elle criait le nom de "Lupa".

Lupa, c'était le grand loup, non ? J'avais cru entendre quelqu'un lui donner ce nom-là. C'était assez risible que j'ai voulu la prier finalement. Cela dit, j'avais entendu dire que des peuplades éloignées adressaient leurs prières envers les grands animaux de leur coin dans l'espoir que ceux-ci ne les croquent pas. J'étais encore en un seul morceau, donc peut-être que ça avait marché. Enfin pour moi en tous cas, le loup, lui, semblait ne plus être là. J'espérais qu'il ne lui était rien arrivé de mal, ni non non plus qu'il n'en ait causé.

D'ailleurs où étaient les autres ? Je tournais le regard à travers le rideau rouge qui était tombé sur le paysage, mais je les apercevais à peine à travers tout ce sang si opaque. En sortant ma première patiente de la marée, j'avais dû dériver sur le côté, si bien que j'étais désormais à plusieurs pas de leur position. Peut-être que l'un d'entre eux était blessé lui aussi. Avec un dernier regard inquiet vers celle que je venais de traiter, je me décidai à aller vers eux, emportant avec moi l'espèce de fripe que j'avais déjà tellement commencé à déchirer qu'elle ne pourrait plus vraiment jamais servir à personne désormais, espérant néanmoins que je n'aurais pas besoin de l'utiliser.

Ils étaient tous les quatre là, immobiles, sur place, je ne tentai pas de comprendre, mais je me dirigeai plutôt vers celle qui semblait la plus mal-en-point, tandis que son interlocutrice l'abandonnait. Elle tremblait sur ses jambes, prête à s'effondrer d'un moment à l'autre. Le choc qu'elle avait dû recevoir avait sans doute été sévère. Un sang incarnat, plus vif encore que les larmes de pourpre terne qui tombaient sur nous, maculait son visage et plus encore ses cheveux sombres. Je commençai par la prendre doucement par les épaules pour l'inciter gentiment à s'asseoir :

- Je suis là... Tout va bien aller... Laissez-vous glisser au sol, lentement, je vous retiendrai et je m'occuperai de vous...

Mais tandis que je l'aidais à adopter une position plus confortable et que je me plaçais derrière elle pour inspecter sa blessure, je dus retenir le vague à l'âme qui voulut m'envahir. Sa plaie était profonde, tellement profonde, trop pour que je puisse faire quoi que ce soit. C'était un miracle qu'elle n'ait pas déjà été emportée, ou alors était-ce le lieu qui voulait à tout prix la retenir. J'appliquai tendrement le bout de tissu qu'il me restait sur sa blessure, j'aurais risqué de la blesser davantage si j'avais voulu laver sa plaie. Puis, la mort dans l'âme, je me résolus à lui demander avec une voix comme un murmure :

- Est-ce que vous... appréciez un dieu en particulier ? Cela peut être n'importe quoi, que vous ayez déjà ressenti qu'il était là, une fois, pour vous accompagner, ou même que vous trouvez son nom marrant, pourquoi pas après tout. Les simples villageois ou les enfants n'était pas toujours vraiment très pieux et allait à l'église davantage par habitude qu'autre chose, mais je ne voulais pas qu'elle soit seule. Vraiment n'y en a-t-il pas un dont vous vous sentez un peu proche ?

Car il ne restait plus que cela à faire, j'allais prier pour que tout ce passe bien pour elle, enfin.

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Dernière édition par Elvin le Mar 27 Avr - 14:02, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Mer 21 Avr - 23:08

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Umarav10

Le cruor céleste ruisselait sur sa peau, chargeant sa chevelure d'une substance lourde et poisseuse. Ses franges de plomb collaient à son front et ses joues, tandis que ses cornes se chargeaient de concrétions à mesure que le sang s'écoulant coagulait. Son regard vide portait en lui une tristesse qui donnait à sa prestance l'apparence d'une statue implorant qu'on la détruise. Sa silhouette écarlate ne trahissait aucun mouvement, et demeura ainsi figée jusqu'à ce que la Flammèche ne vienne encadrer son visage de ses mains. La chaleur qu'elle insinua en elle la tira momentanément de son tumulte intérieur. Ses mots furent superflus tant ses yeux hurlaient pour elle. En réponse, Umar papillonna par trois fois des paupières avant de secouer légèrement la tête, comme pour chasser ce qu'elle venait de voir. Comprenant alors que Mayufu allait aussi bien qu'elle pouvait l'espérer, la Démone se laissa envahir par un sentiment de plénitude. La Flammèche avait raison, rien de tout ceci n'était vrai, la flamme à l'origine de son surnom revenue, cette dernière l'encourageait vivement en ce sens. A partir de là, une curieuse attraction accola son front au sien, elle soupira, puis se mura dans l'obscurité. Lentement, les sons environnants finirent par s'estomper ; d'abord le tonnerre, ensuite la pluie, jusqu'au flux et reflux des vagues nouvellement formées. Bercée par le seul écho de sa respiration, Umar fut la proie de fourmillements qui engourdirent ses doigts et ses pieds. Et alors qu'un étau lui comprimait le coeur, ses lèvres se posèrent sur celles de Mayufu. Les spectres obscures qui parsemaient la zone s'élevèrent d'un coup, éclipsant la lumière l'espace d'un instant, comme si les émotions de la Démone étaient intimement liées aux ombres environnantes.

En dépit du sang qui leur tombait dessus, la beauté du geste n'en fut guère altérée. Le contact ne fut qu'effleurement, mais imprimait d'avantage qu'un coup. La sensation soyeuse et réconfortante n'eut pour existence qu'une seconde, une malheureuse seconde. Pourtant, cela fut suffisant pour briser quelque chose en elle, ou bien était-ce le contraire ? Umar ne savait pas, elle n'était même plus certaine de savoir ce qu'elle ressentait en ce moment. Se rendant finalement coupable d'un acte interdit, la sorcière des ténèbres s'écarta légèrement. Et tandis que ses yeux s'entrouvraient, faisant naître sur ses traits un rictus mu par le malaise, une ombre se dressa depuis son dos. Mais avant que Umar ne puisse s'en défendre, une douleur aigüe la frappa entre ses ailes. La Démone crut d'abord à un choc, mais lorsqu'elle aperçut une main émerger de son thorax, une mine défaite se substitua à la précédente. Les phalanges s'articulaient comme le feraient les pattes d'une araignée laissée sur le verso. Le froid et l'engourdissement remplacèrent progressivement la douleur qui sévissait en son sein. Et bien que ses jambes n'étaient plus guère en mesure de la soutenir, son corps refusait de tomber. Ainsi maintenue par le propriétaire du membre qui la traversait, le regard d'Umar finit par croiser celui de Mayufu. Honte et stupeur s'entremêlaient au rythme d'une sinistre harmonie...

Le souffle court, une toux improviste finit par ponctuer son agonie. Une gerbe de sang jaillit alors d'entre ses lèvres, maculant le visage qu'elle contemplait d'une tâche plus sombre que les autres. Umar voulut dire quelque chose, mais de sa gorge ne sortit qu'un râle semblable à un gémissement que l'on arracherait aux profondeurs de l'océan. Noyée dans sa propre sève, la Démone vint à manquer d'air. Elle lutta contre la fatalité par une série de soubresauts, puis sa tête bascula vers l'avant. Les bras ballants, les ailes tombantes, Umar expira dans le secret. Manifestement satisfaite de son oeuvre, la main criminelle s'arracha de sa poitrine, ne laissant derrière elle qu'un trou béant. Telle une fenêtre sur le monde, il devint possible de percevoir l'épaule du meurtrier. La marée montante s'en était rendue à mi-cuisse lorsque le corps de la Démone fut abandonnée à la gravité. En s'écroulant sur ses genoux, seule une moitié d'elle subsista sous le ciel voilé. Une posture qui persista quelques secondes, deux, cinq, difficile à estimer, puis chavira en arrière. Son dos glissa littéralement sur le cruor, comme mu par une volonté de partir au loin. Ses yeux grands ouverts figés à jamais dans la tristesse, furent bientôt effacés par le sang des cieux qui s'empressa d'emplir le creux de ses orbites de son rouge écoeurant.

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Lupa10

Dans sa forme Elfique, Lupa se tenait là, tout près. Le visage marqué de ce même sourire silencieux, elle inclina légèrement la tête lorsque son regard lugubre se posa sur l'incendiaire. Sa coiffure était impeccable, et sa présence n'était souillée d'aucune tâche, seuls ses vêtements venaient à manquer. Son intimité préservée par l'étendue cramoisie qui ne cessait d'enfler, elle s'approcha de la jeune femme endeuillée. Les lèvres complètement retroussées, sa mâchoire inférieure se disloqua entièrement, offrant ainsi à sa bouche une ouverture semblable à celle d'un boa sur le point de gober sa proie. Tel un fagot de branches sèches écrasé par un pied indélicat, ses os se mirent à craquer, et tandis que la distance séparant le monstre de la fille du feu s'éboutait, sa figure de rêve vira au cauchemar !

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Mayu10

Son devoir étant terminé, le cadavre de Mayufu jusque là si loquace, devint morose, presque maussade. Aussi, au moment où elle se fit accoster par le gringalet, elle ne sut quoi lui dire quand ce dernier l'invita à s'assoir. Son existence n'avait qu'un but, mettre en garde sa successeuse. Et maintenant que c'était chose faite, l'authentique fougère ne se voyait point tailler le bout de gras avec ce garçon. Ce qu'elle voulait ou non n'entrait guère en ligne de compte. Arrachée à sa tombe par une force qui la dépassait, la charogne était tout bonnement incapable de tenir une conversation qui la sortait de son contexte. L'avorton ne désespérait pas pourtant, il s'accrochait même ! Mais le cadavre de Mayufu ne pouvait comprendre les mots qu'il lui vomissait. Encouragée par son geste, elle parvint néanmoins à poser son séant sur la surface d'un rocher qui refusait de ployer aux assauts de la marée sanguinolente. Comme déconnecté du monde qui le vit s'éteindre, le macchabée serinait les derniers propos qu'il tint à la Flammèche. "Je pus ainsi l'entendre mastiquer ma cervelle directement depuis l'arrière de mon visage. Sa langue se fraya un passage entre mes lèvres lorsqu'enfin, le souffle me quitta." Il bougonna cette sinistre phrase à trois reprises avant de s'attarder sur deux mots, manifestement hasardeux : "Sa langue...".

Il radota bien quatre fois avant de lentement tourner la tête afin de pouvoir regarder le gringalet. Il crut alors reconnaître sa face, et comme poussé par un instinct qui ne lui appartenait guère, le cadavre de Mayufu attrapa les joues de son à vis-à-vis. Le silence enrobait la scène d'une saveur amère. Et quand que les flots sanguins se retirèrent en vue d'une houle plus massive encore, le visage tuméfié de l'incendiaire se décolla au niveau du front. La peau se détachait lentement, faisant naitre une certitude aussi macabre que viscérale concernant le fait que rien ne pourrait l'interrompre. Ses globes oculaires fondirent littéralement lorsque la désagrégation fit disparaître les arcades sourcilières. Ce ne fut qu'une fois parvenue au niveau du nez que la décomposition fit se scinder le revers de sa figure en deux parties, presque égales. Elle chut, puis tel un masque de chair, il vogua au gré du courant, dragua la surface juste sous les yeux de la Fée, barguigna à l'épreuve de la pluie, puis sombra, définitivement. La déferlante frappa derechef, ne laissant aucun répit au témoin de cette scène terrifiante pour comprendre ce qu'il venait de voir. Les éclairs zébraient le ciel avec colère, le tonnerre résonnait dans les organes des survivants, et tandis que l'averse redoublait d'intensité, les pommettes d'Elvin prisonnières des doigts à présent décharnés qui se refermaient sur elles, durent supporter la pression qui les sanglaient au point de rendre la douleur insupportable.

Une autre personne venait de remplacer le cadavre de Mayufu ! Le bandage de fortune que Elvin s'était appliqué à lui faire ne résista point à cette transformation. A l'instar de la grise mine du macchabée, il disparut dans l'océan écarlate. Désormais, c'était un visage bien différent qui le fixait.

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Siren10

Le grondement céleste s'étouffa aussitôt, comme si la météo elle-même souhaitait que le garçon entende ce que cette femme avait à lui dire. Une Sirène aurait-elle pu survivre au traitement que leur avait infligé Lupa ? Etait-il seulement possible d'associer cette créature à la dépouille de Mayufu qu'il avait tenté d'aider ? Ses traits étaient de toute beauté, contrairement au reste de son corps... La corruption issue d'une décomposition avancée avait rongé la plupart de ses chairs. Son abdomen atrocement mutilé laissait passer chaque flash que pouvait générer l'orage. Ses bras squelettiques ne reflétaient point la force qui investissait ses mains. Ainsi accrochée à ses joues, Elvin n'aurait d'autres choix que de s'ôter la peau du visage pour espérer s'en libérer.

- Je suis ta mère Elvin, Syraneï, tu te le rappelles ? Si l'on faisait fi de son buste déchiqueté, et du minois de la Fée déformé par l'étreinte maternelle, ces retrouvailles feraient pleurer les plus endurcis d'entre nous. Mais après un instant passé sous silence, l'amour déserta son regard contemplatif. Et tout en pressant ses joues au point d'en faire sortir le sang par les pores, ce fut avec une bouche dévorée par les vers qu'elle se mit à hurler : Tu m'as laissé crever comme si j'étais une chienne qu'il fallait abattre ! Fais donc un bisou à maman, ensuite, tu pourras me rejoindre ! Une langue baveuse alvéolée d'une multitude de petits trous força alors le passage entre ses lèvres gercées. D'abord chétive, elle gagna rapidement en longueur jusqu'à chatouiller celles de son fils. Elle ne cessera que lorsque le fond de sa gorge aura été lustré !

La seule qui couvait une certaine forme de chance, si l'on pouvait dire, était Erinaë, la rôdeuse. Toujours inconsciente, elle n'avait aucune idée de tout ce qui se tramait autour d'elle, mais si ses paupières venaient à se lever, elle aurait toutes les raisons de trembler. Car Lupa n'était pas qu'une bête sanguinaire, il s'agissait aussi d'une personne particulièrement sadique. Ses pouvoirs surclassaient de très loin le commun des Mortels. Outre le fait d'être une demie-Déesse, le monstre aux traits de femme nourrissait une passion dévorante qui allait de paire avec sa classe. Hélas, la rôdeuse étant dans le coma, il ne sera guère possible d'en savoir plus à ce sujet...

L'explosion fut intense, mais pas que. Ce qu'elle vit par la suite lui fit croire en l'irréel. Était-ce un rêve ? non... un cauchemar plutôt. Elle l'écoutait, la croyait même. Pourquoi ne faisait-elle point la différence ? Était-elle donc si vide à l'intérieur ? Lorsque la lumière chassa les ténèbres, l'impensable se produisit. Les nuages vomirent du sang, la foudre balafra les cieux, et les langues se délièrent. Elle ne distinguait pas les sons, mais pu lire quelques mots sur les lèvres. Quand soudain, ce fut le choc ! Jusqu'alors, elle pensait s'être dissociée, une de chaque côté du miroir, mais désormais, elle était convaincue du contraire. Car jamais elle n'aurait fait une chose comme celle-ci dans un moment pareil. Elle croit même ne jamais y avoir songé. Puis la mort s'invita à nouveau, et la menace du monstre revint au galop. Elle n'était ni elle, ni l'autre qui précéda la lumière. Dès l'explosion elle fut évincée, emprisonnée dans les ténèbres. Toutes deux furent trompées, l'une plus que l'autre néanmoins. Et maintenant qu'elle se transformait derechef, elle devait trouver la force nécessaire pour s'extraire de cette dimension avant que la Flammèche ne rejoigne les méandres de ses souvenirs...

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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Jeu 22 Avr - 23:03

Ses mains chaudes enveloppant le visage de son amie, la flammèche ne la quittait pas du regard. Le sol pourrait s'ouvrir sous ses pieds qu'elle ne bougerait pas ni ne la quitterait des yeux. Inquiète au plus haut point, que des mots ne parviendraient même pas à exprimer, elle laissait son visage s'exprimer pour elle ainsi que sa gestuelle qui se dévoilait douce et tendre malgré cette ambiance lugubre et pesante. La jeune fille n'avait aucunes idées de si elle parviendrait à ramener son amie à la réalité ni si elle s'en sortirait elle-même. La présence imperceptible de Lupa était un véritable fléau pour la flamme de sa volonté qui brûlait en elle. Cette dernière pouvant surgir de nulle part et partout à la fois, comme elle avait si bien démontré lors de leurs précédentes rencontres, la rendant terriblement dangereuse... Mayufu avait conscience qu'elle était une proie facile en plus d'être actuellement faible, à bout de force. Tiendrait-elle un second affrontement ? Sans parler du fait qu'elle était déjà sortie brisée de l'altercation avec la Déesse de la Nature. Mais là, revoir Umar dans un tel état, lui brisait le cœur. Ne sachant pas quoi faire, elle laissait ce dernier guider ses faits et gestes afin d'être naturelle et ne pas forcer les choses et donner l'air d'être fausse. Ce n'était clairement pas son but. Si seulement elle avait toujours, caché au fond d'elle, son don d'invulnérabilité et régénération, elle aurait tenté une lutte à l'usure face à ce monstre pour permettre à Umar de se mettre à l'abri ! Peu importait le dénouement pour sa propre personne, seul l'objectif comptait !

Mais quant bien même elle se montait tout les scénarios possibles dans son esprit, elle se faisait toujours prendre de court. C'en était lassant, limite à se demander si tout ceci n'était réellement pas que de sa faute à elle ? Alors, oui, l'attaque sur ce village était de son fait, s'étant laissée aller à la folie qui l'habitait depuis toujours... Mais les mots que Xiris avait eu à son encontre ainsi que de voir son amie au limite de la mort, manquait plus que la faucheuse à ses côtés pour conclure, l'avait ébranlée à l'intérieur. Tout chez elle ne savait plus où se mettre, sans parler de cette chose que la Déesse avait implanté en elle, à l'instar de Yloumna il y a quelques temps désormais. Que devait-elle faire ? Trois divinités l'avait marquée... mais au fond, elle se fichait d'eux tous. Seule Umar avait de la valeur à son cœur et seule elle rentrait dans toutes ses équations.

Aussi loin pouvait divaguer son esprit dans ce court laps de temps, elle fit subitement interrompue par le front de son amie s'appuyant contre le siens. Rassurée de voir qu'elle avait bougé depuis qu'elle s'était approchée d'elle, elle poussa un léger et long soupir de soulagement. Les yeux levés, ses mains n'ayant pas quitté son visage, elle observait, simplement. Attendant avec impatience que des mots soient prononcés, qu'un geste soit fait, afin de comprendre où elles en étaient, si elle était parvenue à la sortir de sa torpeur cauchemardesque.

Quelque secondes passèrent... ou des minutes, ou des heures même... elle ne le savait même pas. Le temps passait, c'était sûr. Mais il était distordu pour la jeune fille qui attendait là, trépignant d'impatience. Le sang qui avait commencé à noyer le paysage ne cessait de monter. Ses cheveux était dans un sale état. Sa peau était noyée sous ce liquide rougeoyant. Ses vêtements pesaient une tonne à s'imbiber de la sorte. Sans parler de l'ambiance pesante. Limite avait-elle oublier Lupa quand le premier mouvement d'Umar était survenu.

- Umar.... Je... Avait-elle commencé à dire avant de se faire surprendre.

Ne le voyant nullement venir, la jeune fille resta complètement immobile et les yeux écarquillés. Son cœur avait fait un bond qu'il en était pas revenu. Cette sensation... elle l'a reconnu. Elle l'avait déjà embrassée par le passé afin d'exprimer ses sentiments dont elle était incapable de poser des mots dessus. Mais là... c'était si soudains. Si étrange. Mais si plaisant à la fois. Tout son être, sans réfléchir, était entré en extase. Ne se posant même pas la question de si c'était normal ou non. De si Lupa allait les gober toutes crues toutes les deux en ce moment là. Les bras de la Flammèche, instinctivement, enlacèrent Umar, passant derrière sa nuque. Souhaitant au plus profond de son être que cette situation ne cesse jamais. Peu importait ce qu'il pouvait se passer. Peu importait si elle venait à mourir maintenant. Qu'importait la forme que prendrait sa mort ou ce qu'elle ressentirait. Elle était bien, présentement, même si au fond, elle ressentait quelque chose qui la tiraillait. Comme une alarme qui s'était soudainement mise à hurler, son cœur s'étant tout de même serré en même temps de battre la chamade. Mais la fatigue et son égoïsme latent reprirent le dessus ans trop de mal et son inconscient la poussa à continuer de profiter ce ce moment. Qu'il soit vrai ou faux. Dans tous les cas, qu'il ne fut que la réalité ou un simulacre, les sentiments étaient là et les gestes allaient de concert avec ces derniers. Elle ne saurait le dire mais elle ressentait ce qu'éprouvait Umar à cet instant précis. Les ombres alentours avaient vibrés. La lumière s'était éclipsée comme si elle avait compris qu'elles avaient besoin d'intimité. Tout semblait si réel...

Mais bien évidemment... qui disait Lupa, disait drame. Un tremblement soudains fit sursauter la jeune femme qui, détachant ses lèvres de celle de sa bien aimée, ressentait une pression sur sa poitrine, fit prise par l'horreur de la scène qui venait d'arriver. Une main avait littéralement transpercé le corps de la sorcière, appuyant sur le siens. Reculant, ne lâchant pas son amie, l'humaine tenta de comprendre. Était-ce Lupa ? Mais... était-elle redevenue sous sa forme humanoïde pour qu'on l'oublie ? Cependant, il était impossible d'obtenir réponse à ses questions puisqu'à peine elle réalisait les faits qu'elle ressentit les spasmes qu’éprouvait le corps de la sorcière des ombres. La faisant frémir d'inquiétude. Son regard se relevant, détachant ce dernier de la plaie avec cette main qui se mouvait toute seule, elle constata les traits défaits de son amie. Voyant bien qu'elle tentait de dire quelque chose mais restait là, immobile. Pourquoi ? Que tentait-elle de lui dire ? Abandonnait-elle ? Lupa avait-elle envahit son esprit et l'empêchait d'agir et la forçait à mourir sous ses yeux dans une lente et douloureuse complainte ?

Les mots voulaient sortir mais sa gorge était si nouée, sous l'état de choc, elle était dans l'incapacité totale de faire quoi que ce soit en ce sens. Néanmoins, la main se retira, laissant un trou béant dans son abdomen. Il en aurait fallu un petit instant mais Mayufu réalisa enfin ce qui se passait. Lupa venait de tuer Umar. Une Umar qui restait bien impassible. Une Umar qui, malgré la peur et le danger, avait baissé sa garde pour l'embrasser. Aurait-elle réellement fait ça dans un contexte où la mort les enveloppait toutes les deux ? Ou voulait-elle faire passer un message en se sachant condamnée et partir avec la conscience tranquille ? Non. Non ! NON ! Ce n'était pas possible. Ce n'était pas Umar, ça. Ce n'était pas SA UMAR ! Jamais elle n'abandonnerait de la sorte. Jamais elle ne la laisserai tomber. Mayufu était même certaine que cette dernière serait prête à mourir avant elle si cela pouvait la sauver et c'était un sentiment réciproque. Se souvenant très bien de l'instant où elle l'avait envoyée voler contre la paroi de la grotte pour l’assommer et la laisser s'occuper de Lupa le temps qu'elle abandonne son assaut, en perdant la vue au passage tellement la magie déployée avait été puissante et utilisée à l'usure sur des heures durant.

Donc que se passait-il réellement ? Alors que son corps s'était figé, son cœur avait cessé de battre, le souffle coupé, le corps de l'hybride se soumit à la gravité et tomba à genoux. Le regard de Mayufu suivant le mouvement. À moitié baignée dans le sang, qui n'avait de cesse d'envahir les lieux, emportait petit à petit cette dernière qui, le regard vide, l'expression défaite, ne quittait la Flammèche des yeux. Les mains de la jeune fille ne lâchèrent pas ses bras même si, dépourvue de force, ses membres ne lui répondant plus, elle ne pouvait que constater ses mains glisser le long de ses bras à mesure qu'elle était emportée par le courant. Impossible pour elle de la retenir. Quelque chose l'en empêchait. Le tonnerre ambiant résonnait dans son esprit. Le son du sang qui se mouvait était déformés. Sa respiration était un supplice. Ce cauchemars commençait à lui donner des envies de suicide mais quelque chose la retenait. Quelque chose d'anormal c'était passé mais elle n'était pas capable de savoir quoi. Bien que le baiser d'Umar avait été ce qu'elle attendait depuis toujours, son cœur lui hurlait de se méfier. La mettait tout de même en doute quant au moment qui avait été choisis pour que cela arrive. L'être qu'elle aimait aurait-il agit de la sorte, à ce moment précis ? Elle serait tentée de se répondre « Non, c'était impensable » même si elle ne mettait pas de doute sur les sentiments éprouvés. Elle y avait aussi mis du siens... mais n'avait pas cherché à comprendre. Se culpabilisantau passage de s'être permise cela à cet instant et causer à nouveau la mort de l'hybride. Mais que pouvait-elle bien faire ?

Son corps entier ne lui répondant alors plus, elle était forcée de contempler son reflet flou et déformés sur la surface du sang. Quelques fois plus net lorsque les éclairs fissuraient les cieux. La silhouette assassine s'approchant d'elle, l'observant sur la surface de l'hémoglobine, n'ayant pas la force de relever la tête. Son esprit s'en était allé. Plus rien ne fonctionnait. Quelque chose s'était brisé de manière irrécupérable. Peu importait ce qu'il allait se passer désormais, elle irait jusqu'au bout. Quant bien même Lupa était invincible pour elle, jamais elle ne se laisserait livrer sur un plateau sans résister et lutter. Elle lui donnerait ce qu'elle voulait, soit une lutte acharnée jusqu'à son dernier souffle. Mais si par miracle elle parvenait à s'en sortir, elle se promit à l'attention du monstre :

- Si je m'en sors... sois sûre et certaines que je te buterai de la manière la plus sadique possible et que je traquerai les tiens jusqu'au bout du monde et leur ferait subir le même sort, à tous !

À la fin de cette déclaration, la jeune fille leva la tête pour dévisager la silhouette nue de l'autre femme face à elle. Le bras seul était maculé du sang d'Umar, le reste était propre et impeccable alors qu'elle-même allait pas tarder à se noyer dans ce sang devenant de plus en plus dense. Tentant de se relever, comme elle le pouvait, subissant le poids du destin qui s'acharnait sur sa personne, elle parvint à se dresser droite, face à Lupa. Plongeant son regard dans le sien alors que l'expression de cette dernière était tout aussi sadique et lugubre qu'avant le début des hostilités. Comment allait-elle s'en sortir ? Que pourrait-elle bien faire pour lutter contre cette chose ? Il était certains qu'à l'accoutumée, elle s'appuyait beaucoup sur la présence de la sorcière des ombres à ses côtés et qu'elles luttaient en duo mais là... elle était seule face à une puissance qui la dépassait complètement. Que ce soit elle ou Xiris, à son niveau, cela ne faisait aucunes différences. Sauf que la timbrée qu'elle se farcissait actuellement semblait moins encline à vouloir en terminer rapidement comme la Déesse de la Nature.

Posant une main sur son coeur, elle s'osait à espérer que quelque chose allait arriver et lui permettre de pouvoir faire pencher la balance de son côté. Suivant discret du regard le corps d'Umar flotter au loin, elle peinait à se mettre les idées clairs. Son corps se paralysant de doute par vagues successives. Cependant, elle devait faire vite puisque d'un coup, des craquements, qui avait tout du glauque, se firent entendre. Son attention se rivant sur la source, Mayufu ne pouvait que constater avec effroi que Lupa était en train de muer en une monstruosité sans nom. Sa bouche se déforma, ses crocs mis en évidence, grandissant au fur et à mesure, se préparant à la gober d'un coup sec.

Ainsi, c'est comme ça qu'elle comptait mettre un terme à son existence ? Mais elle se foutait de la gueule de qui celle-là ?! Partagée entre l'effroi, la haine et une envie atroce de vengeance, la Flammèche passait par tout un panel d'expression. Oubliant littéralement tout ce qui l'entourait, tout se focalisant alors uniquement sur Lupa et rien d'autres. Son corps entier se mit à chauffer, le sang monté au niveau de ses hanches se mit à bouillir, son visage parsemé de veinures rougeoyantes. Une flammèche fit son apparition soudaine sur son oeil gauche. Les poings serrés. Le coeur meurtri par la vision d'horreur d'Umar qu'elle avait eue. Son corps était prêt à donner tout ce qu'il lui restait pour s'en sortir, quitte à sombrer dans un profond sommeil pour récupérer par la suite. Quitte même à mourir mais en emportant cette garce avec elle dans la mort. Cette dernière continuant à muer, sa mâchoire devant aussi grande qu'elle, prête à l'avaler tout rond.

- Bhaal, Dieu du meutre. Mon foutu père. Yloumna, Dèesse Noire. Xiris, Dèesse de la nature. Ainsi que toi... J'en ai plus que ma claque de vous tous à me rouler dessus comme ça et user de moi comme bon vous semble !

Le sang enveloppant ses hanches et jambes finit par imploser et gicler dans tous les sens autour d'elle à cause de la pression de la chaleur qu'elle émettait. La force du désespoir avait trouvé d'infime source d'énergie enfouie au fond de son être pour au moins faire quelque chose et ne pas claquer bêtement sans lutter. Ses mains se chargeant d'énergie et émettant des flammes d'une intensité blanchâtre, la jeune fille ne comptait de loin pas se laisser bouffer. Alors même que le monstre s'approchait pour se sustenter de son corps, elle frappa une fois, avec force de ses mains et envoya toute l'énergie accumulée au-dessus de sa tête. Un cri strident déchira l'air ambiant qui vibra intensément, se mêlant aux tonnerres grondant et aux reflux des vagues sanguinolentes. Une masse d'un rouge pure se fraya un chemin au travers de l'énergie déployée et une paire de griffe se saisit de la main levée de la Flammèche qui fit soudainement soulevée et propulsée quelques mètres plus loin. L'écartant ainsi de Lupa qui n'avait plus que du vide à gober devant elle. S'écrasant lourdement  dans la nappe de sang, l'humaine parvint rapidement à se remettre sur pieds. Elle avait réussi à faire appel à Bhaal, son phénix, mais n'avait pas suffisamment d'énergie pour l'invoquer longtemps et ce dernier ne parvenait pas à maintenir sa forme originelle. Ce dernier ayant surgit du passage qu'elle avait ouvert, ne lui offrant que peu de magie, il était déjà parvenu à l'écarter temporairement du danger pour tenter de lui offrir une chance de s'en tirer. Ses assauts ne seront sûrement d'aucuns effets sur la blonde. Tournoyant autour d'elle comme une mouette enragée. Seule une chaleur intense émanait de chacun de ses battements d'ailes. Sa faible réserve magique ne lui permettait pas de répandre le chaos comme à son habitude.

Immédiatement, elle prit appuis sur ses pieds, plaqués de tout son poids sur le fond, étant parvenue à trouver suffisamment de soutient pour ne pas glisser avec tout ce sang. Bhaal, quant à lui, s'occupa à détourner l'attention de la timbrée pour que sa maîtresse puisse accumuler, une dernière fois, suffisamment d'énergie pour mener son assaut. La surface du sang bouillonnait tellement la chaleur était devenue intense. Faisant des bulles qui éclataient à la surface. Son regard ne quittait pas la silhouette elfique. Discernant d'un coin de l'œil la présence d'un corps flottant à quelques mètres d'elle. Elle reconnu ainsi Erinae qui était là, toujours inconsciente. Devait-elle tenter de la faire revenir à elle ? Aucunes idées. En tout cas, elle ne voyait pas en quoi elle pourrait lui être utile contre cette chose et puis, elle s'en était prise à Umar. Que devait-elle alors privilégier ? Coopérer avec l'ennemi ou continuer seule ? Dans tous les cas, elle n'aurait clairement pas le temps de courir jusqu'à elle. Déjà, la masse sanguinolente la ralentirait plus que jamais et le monstre ne lui laisserait aucunement le temps d'agir dans ce sens. Néanmoins, si quelque chose pouvait la secouer et faire revenir à la réalité notre belle aux bois dormant, c'était bien le sang qui bouillonnait sur une bonne surface désormais avec la présence de Bhaal qui s'épuisait à vue d’œil ainsi que la flammèche qui faisait monter en flèche la température ambiante. Mayufu aussi sentait ses forces la quitter alors qu'elle tentait de canaliser ce qui lui restait. Ses deux mains relevées au niveau de sa poitrine, paume face à paume, une boule de feu ayant naquît entre elles, elle priait pour que le destin veuille au moins bien lui accorder de réussir ce coup-là. Elle serait capable de prier n'importe quoi. Elle priait Umar de n'être pas morte. Elle priait Yloumna. Elle priait Xiris.

Ce fut alors que Bhaal, définitivement à bout de force, commençant à disparaître, lâchant un dernier cri strident à l'encontre de sa maîtresse que la jeune fille ne se fit pas attendre. La boule de feu tripla soudainement de taille, aussi grosse que sa tête. Ni une ni deux, elle l'envoya directement sur Lupa, sans chercher à savoir si oui ou non elle aurait un effet quelconque. Parce que quoi qu'il en soit, son but n'était pas non plus d'attendre sur place de voir l'impact survenir ou non. Son regard balaya la zone et elle aperçu au loin le jeune homme qu'elle avait sauvé plus tôt. Devait-elle aller dans sa direction ou celle de la rôdeuse ? Un choix.... Vite. Vite. Vite. Il fallait qu'elle en fasse un mais elle était incapable de le prendre. À bout de force, elle était incertaine quant au fait de pouvoir aller au but, que ce soit l'un ou l'autre. Néanmoins, la seule qui pourrait encore réussir à surprendre tout le monde était Erinae... allait-elle seulement se réveiller ? Le sang bouillant pouvait-il la sortir de sa rêverie ?

Une détonation se fit entendre. Lorsque la boule de feu heurta sa cible, ou du moins, elle l’espérait, elle fit face à ce qui pouvait surgir de la nappe de fumée engendrée par la petite explosion. Il était même certains que Lupa était indemne et que cela n'avait strictement rien fait. Mais... à sec d'énergie, Mayufu ne pouvait tout bonnement plus lutter. Elle ne pouvait plus se voiler la face sur son état. Sauf que, malgré cela, elle refusait de montrer la moindre faiblesse. Elle tiendrait tête. Elle ferait face tant qu’une flamme brûlerait en elle. Qu'elle se ramène, cette folle. Elle avait encore quelque chose à lui foutre dans la figure ! Pour Umar et elle-même !

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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Mar 27 Avr - 15:51

Mais jamais rien ne répondit à mes paroles. C'est comme si son esprit avait subi la même chose que son crâne : brisé. Derrière elle, de l'autre côté de l'ouverture béante que j'avais désespérément tenté de recouvrir d'un pauvre tissu, ses murmures répétés semblaient résonner, faisant vibrer le vide qui s'était installé au plus profond de sa tête. J'étais impuissant. Une fois de plus, j'échouais à aider. Et malheureusement je ne pouvais plus faire grand chose, rester auprès d'elle pendant ses derniers instants et espérer que ces ultimes secondes soient plus douces que ce qu'elle avait vécu jusqu'à présent.

***Xiris, je ne sais pas si vous êtes la personne appropriée. Sans doute pas, j'en suis désolé. Je ne savais simplement pas qui prier pour cette femme qui est en train de mourir devant moi et, j'ignore pour quelle raison, elle m'a fait penser à vous. Alors, s'il vous plaît, acceptez malgré tout de trouver une place pour elle, là-haut, quelque part, auprès d'une divinité qui sera d'accord. Ce serait gentil. Ici-bas... je ne sais pas vraiment ce qui se passe, et je ne sais pas si je peux faire quoi que ce soit de plus. Désolé de vous avoir importunée et... quoi que vous fassiez, merci quand même.***

Mais les dieux voulurent que son agonie n'en soit pas à son terme et continue encore au-delà. Lorsque la pauvre jeune femme, mourante, entreprit dans son immensité de douleur de tourner le visage vers moi, je me déplaçai en retour pour lui permettre d'accomplir ce qu'elle souhaitait, en essayant de faire le moins de secousse possible afin de ne pas aggraver son tourment. Et ce n'est finalement qu'à ce moment-là, les yeux face à elle, malgré la matière épaisse, rouge, qui nous recouvrait, que je la reconnus. J'étais arrivé là pour venir à son secours l'esprit troublé et vague, je n'avais jusqu'à présent pas une seule seconde songé à poser le regard sur les traits de sa figure. C'était pourtant elle qui m'avait sauvé à peine quelques instants auparavant. Mais je n'avais même pas été capable de percevoir son désespoir, obsédé que j'étais par des soins inutiles. Lorsque ses deux mains, faibles, fébriles, secouées par les hésitations de la mort, vinrent se poser sur mes joues, celles-ci étaient déjà humides de larmes plus que de sang. Je baissai la tête et continuai à pleurer :

– J'aurais aimé être là, pouvoir vraiment aider, pouvoir te sauver comme tu l'as fait avant pour moi. J'aurai voulu être capable, je ne sais pas vraiment comment, de changer les choses, afin d'empêcher ce qui t'est arrivé, quoi que cela fût. Même encore maintenant, je souhaite toujours que tout ceci ne soit qu'un mauvais rêve qui va finir par se dissiper, que tu n'es pas vraiment devant moi, là, mourante et que je ne suis plus aussi incapable, aussi désemparé, aussi dépourvu du moindre moyen de t'aider. Mais pourtant, la vérité est là : je suis sans passé, sans pouvoir, peut-être même sans destin, condamné à te voir te consumer, comme si j'avais les mains liées. Le choc brutal d'une masse froide contre mon dos me fit hoqueter. Les morts, le malheur, les vagues, cela ne s'arrêtera-t-il donc jamais ? Est-ce seulement ça que la vie me réserve ? J'avais espéré le bonheur, la paix, de pouvoir aider, mais n'y a-t-il vraiment rien de cela ? Si c'est pour souffrir ainsi, toujours, sans arrêt, je ne sais pas si je veux continuer. J... je suis fatigué. Je crois que je suis à bout, je crois que...

Mais même après tout cela, le sceau de l'infortune n'était toujours pas levé. Car le sang sombre, en glissant autour de moi, comme pour m'emporter avec lui jusqu'aux profondeurs honnies, laissa flotter quelque chose dans la fragile surface sans remous qui s'était formée entre nous deux : un visage. Son visage. Mais je ne l'avais quittée qu'un instant des yeux ! Il n'avait pas pu... Ce n'était pas possible, pas normal ! Pourtant, c'est ce que je vis en levant lentement le regard. Derrière le sang, les chairs à vif arrachées par le ressac, les larmes blanches de ses yeux fondus, il y avait quelqu'un d'autre qui me contemplait silencieusement, comme s'il avait attendu que je lui donne vie en lui accordant un coup d’œil.

Je ne le connaissais pas ! De cela j'en étais sûr, je ne la connaissais pas. Alors, quelle était cette sensation qui s'emparait de mon corps, comme pris dans un étau, écrasé par une puissance invisible, électrisé depuis l'intérieur par le regret, l'infamie et d'autres sentiments que je ne saurais nommé ? Je ne l'avais jamais vu mais pourtant sa simple présence suffisait à me déchirer le cœur. Qui était cette sirène ? Comme était-elle arrivée ici ? Pourquoi me regardait-elle ainsi ? Non, à cet instant, mon âme avait déjà été recouverte, avalée, noyée. Mon corps avaient déjà été essorée de toutes ses larmes. Il ne me restait plus rien, plus même assez pour souffrir. Mon esprit était vide. Vide et vague.

– Madame... s'il vous plaît... écartez-vous.

Je ne voulais pas entendre ce qu'elle me disait, je ne le pouvais plus. Je n'avais plus de force à opposer à sa pression, plus de désespoir à laisser couler. Mes yeux ne pouvaient plus trouver de point où se poser et voguaient indistincts dans le flou et l'horizon, incapables de se concentrer sur les chairs déchiquetées, incapables de souffrir de son étreinte, incapables d'être dégoûtés par les vers de sa dépouille.

– ...s'il vous plaît. Vous êtes morte.

Mais le monde, lui, continuait à pleuvoir, à rougir, à mourir. Plus rien ne comptait. L'écarlate sombre avait tout recouvert d'une couche qui mêlait tout. Toutes les odeurs s'obscurcissaient ensemble dans un ultime chant d'oiseau silencieux. Les cris, la haine, le regret n'existaient plus. Il n'était plus nécessaire de se défendre. Il n'y aurait pas eu de quoi de toute manière. Rien ne permettait de survivre et de sortir. En secret, j'aspirais au vide, peut-être à la mort, ou au moins à la paix. Finalement de tout ce que j'avais fait ou dit il n'y avait rien qui revêtait la moindre importance. Je n'avais rien changé parce que je n'avais aucun pouvoir sur mon milieu. Je n'ai aucun pouvoir sur mon destin. Agressé et souffrant, les dents serrées, je voulais crier parce qu'il n'y avait rien que je puisse faire. Alors, je criai, sans un son.

Je criai mon esprit. Je criai pour ne pas être entendu. Je criai comme une sirène pour une sirène et pour tous ceux des alentours. Je criai ma peine. Je criai aussi tout ce que je ne pouvais pas crier. Je criai le sentiment d'être délaissé. Je criai l'attente. Je criai la mort qui finit toujours par tous nous emporter. Je criai que j'avais le sentiment qu'on ne m'avait pas laissé ma chance, plongé dans le chaos. Je criai aussi pour moi et pour ces sentiments en moi que je ne comprenais pas. Je criai juste pour qu'on me laisse tranquille. Puis je tombai au sol.

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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Ven 21 Mai - 13:23

Un million de chaînes l'entravait, mais elle était incapable de les discerner. Il fallut que la Flammèche convoque son phénix pour qu'un début d'explication s'en vienne cheminer entre ses synapses. Le piaf irradiait d'un halo jaune orangé, une lumière douce et chaude qui nimba la surface écarlate qui bouillonnait sous son spectre lumineux, balayant d'un battement d'ailes les ombres qui pailletaient son reflet. Curieusement, Umar en ressentit chacun des effets, comme si le rayonnement du volatile l'atteignait directement. Son esprit encore Mortel eut beaucoup de mal à comprendre ce qu'il se passait. Mais en se souvenant qu'elle n'avait plus de corps, qu'elle était d'une façon ou d'une autre, devenue les ténèbres, la Démone imagea sa sensation de picotements à un trou dans sa chair immatérielle. Bhaal, le phénix de Mayufu, était capable de repousser sa présence. Une inertie qu'elle devait à sa nouvelle fonction, fonction qui consistait à être un élément à part entière. Pourtant, elle sut manifester un pic d'activité au moment où la Flammèche et la fausse Umar s'embrassèrent. Etait-il seulement possible de réitérer l'exploit ? Le temps qu'elle cogite, la fille du feu fut arrachée de la mer de sang par les serres de son invocation, puis éloignée du danger qui s'apprêtait à l'engloutir. Une débrouillardise qui lui permit de s'en sortir sans son aide, mais combien de temps allait-elle encore pouvoir tenir ? De cette inquiétude latente naquit ce qu'elle pensait être la solution. La mettre en pratique risquait cependant d'être un problème.

L'émotion s'apparentait pour elle à une tempête aux courants hasardeux, balafrant de son souffle une terre noire et aride qui pourrait bien être la représentation de son coeur. La Sorcière des ténèbres, au-delà d'être une meurtrière de la pire espèce, était une asociale. Et bien qu'elle s'était, d'une certaine manière, attachée à la Flammèche, cela ne faisait par autant d'elle une femme dite équilibrée. Et pour cause ; deux semaines avant que cette aube funeste n'inonde leur avenir dans des flots de sang, Umar profita d'une nuit pour filer en catimini. Abandonnant Limouria pour survoler l'océan dans le silence le plus absolu, elle se mit en quête d'en apprendre plus sur ce monde qui la dépassait. Car contrairement à Féerune, la force mystique dont il semblait empreint, y était beaucoup plus dense. Ne possédant même plus son enveloppe d'origine, la Sorcière des ténèbres avait grand besoin de se retrouver. Alors elle sillonna l'obscurité de la nuit à la recherche d'un signe, d'un écho quelconque... Bien sûr, que pouvait-elle bien trouver ainsi perdue au milieu de la haute-mer ? La providence se chargea de le lui faire comprendre en orientant son regard sur une toute petite lueur qui scintillait dans les profondeurs de l'abime. En s'approchant, la Démone crut reconnaître une chaloupe avec deux hommes à son bord. L'embarcation était dans un triste état, une lanterne à la flamme agonisante esquissaient deux silhouettes assises qui se tenaient l'une en face de l'autre. Aussi discrètement que possible, Umar se mit à décrire des cercles en planant autour d'elles. Quand elle parvint à faire abstraction du vent qui hurlait dans ses oreilles, elle put être en mesure de distinguer ce qui se racontait.

Le plus jeune expliquait au plus vieux qu'un jour viendrait où la mort démissionnerait de ses fonctions. Et que quand cela se produira, les feux de la création consumeront ce monde. C'était une première pour Umar, elle qui demeurait jusqu'alors convaincue de son savoir. Aux dires de cet illuminé, une erreur tragique serait survenue au sein même du royaume des Dieux. A la chute de Kryos, anciennement Divinité de la vie, l'équilibre du cycle fut rompu. Loominëi avait bien conscience qu'il ne lui existait point de remplaçant. Aussi, dans l'espoir de pallier à cette lacune, le Destin se substitua à la vie. Et c'est là que résidait la forfaiture. Naguère, la Destinée était un privilège réservée à de rares élus, or, aujourd'hui, chaque Mortel suivait, sans le savoir, un chemin prédéfini. La sorcière des ténèbres prit soin de mémoriser chacun des prénoms en vue d'un objectif futur. Ce faisant, et dans le plus grand secret, la Déesse de la mort fut reléguée au rang d'excavatrice. Et pour cause ; en dehors de la bénédiction d'Yloumna qui en annulait les effets, la Destinée d'un être suivra son cours jusqu'à son terme. Désormais, Abyssia projette de gouter au fruit défendu. Le barbu aux joues tombantes était, à l'instar d'Umar, curieux de savoir de quoi il était question. La révélation fut au moins aussi surprenante qu'inattendue. La Déesse de la mort ambitionnait de vivre ! Nombre de Divinités avaient déjà traversé les Limbes afin d'arpenter Astrune dans le plus simple appareil. Hélas, ou heureusement... la nature d'Abyssia ne lui permettait point de jouir de ce droit.

La discussion se prolongea jusqu'à l'aube, et malgré tout ce qu'elle avait pu apprendre, Umar vint à se demander pourquoi c'était à cela qu'elle songeait dans un moment aussi critique ? Peut-être que le sort d'Abyssia ne lui était pas si indifférent après tout. Sans être en mesure d'en expliquer la cause, la Démone était convaincue de partager un certain nombre de points communs avec cette Divinité. Le fait d'avoir été arraché à sa dimension, puis d'engranger les défaites contre tout ce qu'elle avait eu le malheur de croiser jusque là, ressemblait fortement à ce rôle qu'Abyssia avait perdu. Quant à cette quête de l'interdit, serait-il possible que l'émotion était pour elle ce que la vie était pour la Déesse de la mort ? A partir de cette réflexion, la question se posait d'elle-même : Mayufu occupait-elle réellement une place dans son coeur ? J'étais profondément stupide à douter d'un fait aussi évident que celui-ci ! Bien sûr qu'elle avait sa place. Sinon pourquoi le simple souvenir de la voir lécher mon double me donnait l'envie de hurler ? Je ne devais pas me contenter du désir de la secourir, c'est pourquoi j'en remercierai le piaf une fois que je serai sortie de là. Je devais laisser libre cours à mes émotions, mais comment ça marchait ces choses là ? J'avais beau me concentrer, il ne se passait rien au dehors. J'étais enragée à l'égard de cette Lupa, comme jamais auparavant, et pourtant, pas un brin de cette colère ne se manifestait dans son ombre. Que devais-je éprouver alors, de la peur ? de la jalousie ? de la honte peut-être ?

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Erina10

La sensation était agréable, elle flottait sur un petit nuage pétillant, comme si une multitude de bulle roulaient sous elle avant d'exploser sur son pourtour. Les bruits étaient sourds et apaisants. Mais à mesure que sa conscience lui revenait, ces derniers tendaient à se faire de plus en plus dérangeants. Quand soudain ! un flash imprima ses rétines de son immaculée lumière, lui faisant momentanément oublier que ses paupières recouvraient déjà ses yeux. Agressé, son visage se plissa avec force, marquant sa peau juvénile de rides improbables. Prise de panique lorsque ses pieds ne parvinrent guère à toucher le fond, Erinaë agita frénétiquement des bras dans le fol espoir d'agripper une branche, un rocher, un objet quelconque... en vain. Et après une bonne série d'éclaboussures dut aux plats que faisaient ses paumes contre la surface, la rôdeuse afficha son regard émeraude au chaos ambiant. Du sang ! du sang à perte de vue ! Tétanisée, la jeune femme sombra l'espace d'une quinzaine de secondes. Instant durant lequel elle replongea au coeur de son traumatisme d'enfance qui lui valut cette hématophobie. Son parcours lui permit cependant de se ressaisir avant que la noyade ne survienne. Et quand elle émergea, la terreur avait abandonné ses traits. Avec un calme proche du surnaturel, Erinaë entreprit de survivre à ce nouveau coup du sort.

La Déesse l'avait entendu, sans quoi ; elle cautionnerait ce carnage. Aussi, en partant du principe que sa conscience n'appartenait plus à Lupa, la rôdeuse devenait également une cible. Non pas que cela l'enchantait, mais elle préférait de loin la menace du monstre plutôt que d'en être un ! Mais avant d'effectuer une quelconque action à l'encontre de la Viciée, il lui fallait rejoindre le rivage. Problème étant ; le cruor ne cessait de bouillonner tout autour d'elle, et plus les bulles parcouraient son corps, plus la température de son propre sang augmentait. Il fallut qu'une détonation survienne pour que son attention se porte sur une silhouette grêle plus en avant dans les terres. En dépit des vapeurs transparentes qu'émettait la chaleur des bulles lorsqu'elles s'en venaient éclater à l'air libre, Erinaë n'eut aucun mal à reconnaitre la pyromane qu'elle traquait depuis les collines d'Umar. Pour sûr, elle devait répondre de ses actes, mais contrairement à ce qu'elle avait pu démontrer lorsqu'elle était encore sous le joug de Lupa, la rôdeuse avait pour devoir de la capturer, puis de la ramener au village pour qu'elle y soit jugée. Alors que celle-ci veuille désormais en faire un ragout, n'avait rien de surprenant en soi. Ainsi nue et dépossédée de ses armes, elle ne pouvait contester cette juste sentence. La jeune femme ne le jugerait point, mais à l'instant où leurs regards se croisèrent, l'effervescence qui était à l'origine de sa cuisson, se fit moins dense.

Elle aurait voulu s'en assurer qu'elle n'y serait guère parvenue, puisque qu'un cri improviste inonda l'intégralité de son esprit ! Ses paumes vinrent se presser d'elles-mêmes contre ses tempes, la faisant de nouveau sombrer dans les profondeurs de cette mer impure. La jeune femme aurait eu une lame sous la main qu'elle se serait volontairement ouvert le crâne pour en extraire le son. Elle hurla à son tour, puis réalisa rapidement l'étendue de sa bêtise en crispant bouche et yeux jusqu'à ce que le mal finisse par passer. Par chance, ou autre... cela finit par cesser. Tirant sur ses bras, et poussant sur ses jambes, Erinaë se hissa jusqu'en surface. Quand sa tête apparut derechef, son prénom fut momentanément occulté, ainsi que la raison de sa présence au sein de ce lieu sordide. Complètement désorientée, l'archère nagea péniblement jusqu'à ce que ses genoux frôlent le sable. Ce contact lui permit de se redresser, les bras croisés, une main sur chacune de ses épaules, la jeune femme cachait ses seins en plus de se préserver du froid qu'apportait la pluie sanguinolente. Le dos vouté et le ventre creux, elle errait telle une naufragée...

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Siren10

Ses dents formaient un rempart naturel contre l'envahisseur visqueux de Syraneï, mais cela ne suffit point à entamer sa volonté d'y parvenir. Une invasion étrangère était en cours, et toute défense, si élaborée soit-elle, finissait tôt ou tard par céder ! Pour maman, il n'était cependant pas question d'abimer le visage de son cher bambin, aussi entreprit-elle de contourner le problème. La Sirène se recula lentement, et très doucement, elle décolla sa langue des lèvres du garçon, tissant dans sa retraite, d'innombrables fils gluants qui imageaient malgré eux, les liens qui les unissaient. Et alors qu'elle s'apprêtait à faire passer son appendice faisandée par ses voies nasales, un hurlement télépathique la stoppa net ! Bien qu'elle ne semblait guère en pâtir, la surprise pouvait se lire dans son regard. Sa langue avait disparu derrière ses babines, mais Syraneï ne l'avait pas pour autant libéré de son étreinte. Elle le considéra avec insistance, comme si elle attendait de lui une autre démonstration. Mais celle-ci ne vint pas, la langue fit donc son retour...

Quand Mayufu employa ses dernières forces à consumer Lupa, le visage de cette dernière se renouvela en celui de l'Umar de Féerune. Mais la boule de feu était déjà lancée, épuisée, la Flammèche ne pouvait plus rien y faire... En la heurtant, le derme bleuté de la sorcière des ténèbres se mit à noircir, puis à craqueler sous l'assaut dévorant de la fournaise qui l'enveloppait. Elle chanta sa douleur sur une note particulièrement aigue, puis s'effondra dans le sang en un millier de particules carbonisées. Le cri télépathique d'Elvin survint peu après. Et alors que la rôdeuse se trainait dans les ruines inondées du village d'Herlin, la pluie cinglante cessa tout-à-coup ! L'orage se tut, mais le ciel demeura particulièrement sombre. Bien qu'elle avait souffert du désarroi assourdissant du gamin, Mayufu ne se soucia plus guère de la rôdeuse. Il n'y avait qu'à l'observer pour comprendre que l'archère était au moins aussi désemparée qu'elle, et étant une ennemie encore trop présente dans ses souvenirs, la Flammèche jugea bon de lui préférer Elvin. Bien que niais, inutile, encombrant et surtout ; méprisé d'Umar, le garçon-fée revêtait pour elle une certaine forme de rédemption. En sauvant cette loque malchanceuse, cela lui permettrait en outre de cracher à la face du responsable de sa déchéance ; Bhaal. Désormais, toute sa foi se portait en Umar, Mayufu n'avait plus besoin de ce géniteur absent qui ne l'avait conçu que pour renaître. Il était grand temps pour elle d'aller de l'avant !

Guidée par le déni qu'elle se faisait de la mort de son aimée, la Flammèche tenta de rejoindre Elvin en prise avec une Sirène à la langue bien pendue. Ses jambes de coton peinaient à la soutenir, et le fait de devoir s'enfoncer un peu plus dans cet océan cramoisi ne l'enchantait guère. Le courage ne lui manquait point, mais sans force, quel secours pourrait-elle lui apporter ? Mayufu était tellement focus sur son objectif, qu'elle ne prit pas le temps de se soucier de la météo. Peut-être aurait-elle dû... Car la trogne de la monstrueuse Lupa se dessina dans le lointain l'horizon. Et plus elle se rapprochait, plus les détails de son image s'affinaient. D'une taille qui ne pouvait être quantifiée, la Viciée émit un grondement que le sang propagea sous forme d'ondes circulaires sur l'ensemble de sa surface. La tête du loup provenait du large, et son allure était telle qu'une fuite ne pouvait être envisagée. Sa mâchoire s'ouvrit, de laquelle jaillit un hurlement à vous percer les tympans ! Malgré l'impensable, Syraneï maintenait toujours fermement Elvin par les joues, mais sa langue aura à peine eu l'occasion de fricoter avec son nez, que Lupa les aura déjà moissonnés.


Décidément, je n'arrivai à rien ! Connaître le nom d'une émotion n'expliquait pas comment celle-ci devait se manifester, ni comment l'éprouver. J'avais beau m'y employer, je finissais toujours par m'énerver ! La Flammèche et moi avions cela en commun, un rien nous faisait monter au créneau. Là encore, en la voyant tituber jusqu'à cette épave aux ailes froissées, immisçait en moi une incommensurable envie de meurtre. Franchement, qu'est-ce qu'elle avait avec ce gamin pour ainsi me brouter les ovaires ? Escomptait-elle le prendre sous son aile comme j'avais pu le faire avec elle ? Avait-elle ce besoin de dominer quelqu'un ? Après tout, si l'on se fiait à la puissance brute, cet avorton était pour la Flammèche, ce que la Flammèche était pour moi. J'étais également l'insecte sous le talon de Lupa, ainsi qu'elle l'était elle-même sous la botte de la Déesse de la Nature. Ceci n'était rien de moins que la chaîne alimentaire. En véritables matriochkas que nous étions, on pouvait nous imbriquer comme suit ; Xiris, Lupa, moi-même, Mayufu et ce miséreux. Ironiquement, c'était exactement notre situation actuelle... Je ne pouvais rien prétendre concernant la Divinité qui m'avait pelé comme un oignon, mais le monstre avait étendu sa présence sur l'ensemble de l'île, tandis que moi, je tapissai le périmètres par le biais de toutes ces ombres projetées. Nous étions effectivement l'une dans l'autre.

Le mystère des émotions demeurait cependant entier. Alors plutôt que de bucher sur un problème qui me semblait hors d'atteinte, j'entrepris de faire le vide dans mon esprit. Quand j'étais encore jeune sorcière, je ne trouvais l'inspiration que sur les pages vierges de mon grimoire. S'il existait une solution à ma situation, c'est par cette méthode que je la trouverais. J'occultai donc l'ensemble de mes échecs, puis mes méfaits, pour n'y laisser que la fille de Bhaal. Notre rencontre, nos échanges, l'évolution de notre relation. Je me concentrai uniquement sur ce point, convaincue que Mayufu était autant un miracle pour moi que je l'étais pour elle. Nous étions deux âmes en peine qui errions dans les ténèbres. Quand nous nous sommes trouvées, je ne vis d'abord en elle qu'un accessoire de plus à mon arsenal. Son potentiel me permit toutefois de viser plus haut. Dans notre folle entreprise de destruction, qui s'apparentait d'avantage à une vendetta dirigée contre le monde entier, j'appris à la connaître. Ce fut d'ailleurs sur un de ces épisodes en particulier que je décidai de m'attarder. Tandis qu'elle se découvrait de nouveaux pouvoirs, Mayufu embrasa son oeil gauche. J'avais le souvenir encore très nette de mon doigt en train de valser avec cette flammèche qui illuminait son regard au point de me rendre toute chose. J'étais si calme, si sereine...

En revenant dans l'instant présent, je vis clair dans le jeu de Lupa. Sa tronche cauchemardesque saturait le panorama en vue d'un assaut final. Encore enivrée par la plénitude que je venais de revivre, je n'éprouvai aucune peur. C'est alors que je ressentis le remous du sang, le vent dans les arbres, la chaleur de Mayufu, la pestilence de la Sirène, l'impuissance du gamin ainsi que la force insondable du monstre titanesque qui leur fonçait dessus. J'avais la sensation de pouvoir les saisir, leur montrer que j'étais toujours là. Alors c'était ça la clef ! Le fait d'intérioriser et de canaliser me permettait d'avoir l'entier contrôle sur ce que j'étais ? Était-il seulement possible que cela soit aussi simple ? Non, je ne devais pas raisonner comme ça. C'était encore le meilleur moyen de me planter, de plus, je sentais que mon calme commençait dangereusement à s'émousser. Le temps ne m'était plus permis, je devais agir sans délai !

Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Llll11

Encore quelques secondes, et le petit groupe sera à jamais rayé de la carte ! Les babines retroussées, la tête de Lupa, autrement dit la seule partie visible du monstre, s'en venait engloutir ses proies. D'aucuns la diraient immatérielle, donc sans danger pour les êtres physiques, mais qui s'oserait à vérifier cette hypothèse ? Et alors que la mâchoire bardée de dents acérées se trouvait à tout juste cent mètres de la friandise ailée, un mur d'ombre en partie translucide se dressa entre le prédateur et sa proie. Erinaë assistait à la scène depuis les restes d'un toit qui peinait à flotter dans cet épais liquide. Certaine de sa fin, la rôdeuse s'isola derrière ses paupières juste avant de se faire croquer. Mais le son d'une masse qui se cogne suivit d'une secousse, la contraignit à affronter le visuel qu'elle redoutait. Une paroi violacée dont la hauteur ne pouvait être estimée, était en train de faire barrage au monstre ! Erinaë crut d'abord à un énième jeu de Lupa qui se complaisait à tourmenter ses victimes lorsque celle-ci ne les dévorait point sur le champ. Une idée aussitôt balayée par l'apparition d'une silhouette brumeuse en surplomb de la fille du feu. La rôdeuse n'eut aucun mal à reconnaître Umar à la simple coupe de ses ailes démoniaques. Et bien qu'elle éprouvait toujours de la haine à l'égard de cette créature, la rôdeuse avait conscience que si quelque chose pouvait combattre Lupa, c'était bien elle. Refusant cependant de dépendre du bon vouloir de cette chimère, cette dernière se mit en quête de retrouver ses armes qui jonchaient très certainement la forêt dans laquelle elle s'était enfoncée, avant que sa métamorphose ne survienne.

Quand je parvins à m'extraire de cette dimension en proie à une certaine déliquescence, une part de moi refusa d'y croire. Jamais je n'aurais imaginé que la sérénité pouvait apporter tant de force. Mais maintenant que j'étais de retour dans le vrai monde, il était grand temps de songer à la retraite. Nous ne faisions pas le poids contre Lupa, je devais admettre mon impuissance. Ma fierté en prenait un sacré coup, mais entre ça ou se faire décapsuler, le choix ne se posait point ! Mon mur l'avait peut-être arrêté, mais elle n'en resterait pas là. Ce fut donc sans un mot que j'isolai la Flammèche dans une bulle d'ombre, broyai la Sirène comme une banane trop mûre, puis jetai le mioche dans cette même sphère, sans me préoccuper de savoir s'il allait atterrir dans ses bras ou culbuter la tête la première. J'ignorai l'archère qui sera bien forcée d'assumer son alliance bestiale, puis m'éloignai avec mon précieux chargement en direction de Limouria...

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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Dim 23 Mai - 17:41

Sa colère et son impuissance pouvaient brasser autant d'énergie qu'ils le voulaient, la jeune fille ne serait à jamais incapable de s'en servir tant son corps, lui, ne pouvait plus la suivre. Elle désirait tant pousser encore et encore dans ses derniers retranchements mais, si elle faisait cela, c'était la mort qui lui ouvriraient les bras. Elle s’effondrerait, morte d’épuisement, pour finalement n'avoir rien fait à ce monstre qu'était Lupa. Néanmoins, elle tenta tout de même de donner suite à sa haine en jetant une boule de feu à la figure de cette dernière, peinant à viser correctement par de soudains vertiges la faisant tituber. Son enveloppe charnelle ne pouvant plus supporter, malgré la volonté de Mayufu de continuer à lutter. Persuadée que Lupa lui jouait un sale tour. Convaincue notamment que Umar n'était pas réellement morte. Elle ne saurait le dire pourquoi mais elle n'y croyait pas. Son amie ne se serait jamais comportée de la sorte dans un moment pareil. Elle n'aurait jamais baissé les bras. Elle était comme la Flammèche, luttant avec persistance contre le destin, sans arrêt. Jamais, ni elle, ni Mayufu, n'abandonneraient face à l'inéluctable. Trouvant toujours le moyens de le contourner d'une manière ou d'une autre.

Mais le destin qui était le siens vint toquer à la porte de son esprit afin de lui rappeler sa domination sur sa misérable existence. Lupa était inatteignable. Elle était à bout de force et, cette dernière, le sadisme à l'état pur, revêtit l'apparence d'Umar, une nouvelle fois. Même la voix de cette dernière était la même et reprise... Quand bien même tout cela pouvait être faux, Mayufu ne pouvait pas s'empêcher d'avoir une envie incommensurable d'aller la secourir. Mais ce fut les dents serrées, les yeux humides, le visage crispé, qu'elle se retenait par tout les moyens de faire le moindre pas dans sa direction. Ne parvenant pas à détourner le regard, elle supporta les cris. Même si manipulée, cela l'a faisait atrocement souffrir. L'illusion était parfaite. La jeune humaine se voyait déjà drapée d'une culpabilité qui lui serait difficilement possible à pardonner. Déjà que de s'être laissée duper était un crime envers celle qu'elle aimait, mais de faussement la blesser en était un tout autre qui allait la marquer fortement. Ses images se figeront à jamais dans sa mémoire. Occultant même la silhouette effroyable de la Déesse de la Nature lors de leur première rencontre avant de perdre la vie.

Se fit alors, au travers de la fumée dégagée par l'explosion, que la silhouette de la sorcière des ténèbres s'effondra, en partie craquelée et en cendre. Une partie d'elle s'envola au gré des courants d'air créée par la chaleur ambiante. Ses yeux, comme obnubilés par cette douleur qu'était cette scène, ne percevait même pas que la rôdeuse était revenue à elle. Mais lorsqu'un cri perçant surgit de nulle part, ne lui laissant encore moins la possibilité de revenir à elle pour réagir en conséquence au retour de la chasseuse, lui fit se plaquer les mains sur les oreilles. La forçant à se recroqueviller sur elle-même, perdant même l'équilibre. Le cri était si proche et si éloigné à la fois. Si aigu et profond qu'elle sentait tout son être vibrer contre cette intrusion. Basculant en arrière, se retrouvant les fesses sur le fond de sable, sa tête et ses épaules étaient les seuls à émerger dans ce paysage rougeoyant. Supportant tant bien que mal, priant pour que cela cesse le plus vite, la Flammèche tentait déjà de se ressaisir et se remettre debout. Tressaillant plusieurs fois, manquant de s'étaler de tout son long dans l'étendue d'hémoglobine. Qui pouvait bien faire une chose pareille ? Lupa ? Non. Surtout que, si cela venait à être l’œuvre de ce monstre, elle aurait usé de la voix d'Umar. Ca n'aurait aucuns sens au vu du sadisme dont elle faisait preuve depuis le départ. Puis, sans aucunes raisons, tout cessa. Un silence assourdissant s'installa...

Peinant à se relever, le visage plus pâle qu'à l’accoutumée, ses yeux marqués d'une profonde fatigue, injectés de sang et enveloppé d'un drap sombre, tout semblait s'être figé l'espace d'un instant. Observant ses alentours, elle repéra le garçon qu'elle avait tantôt sauvé à sa droite et, plus loin, face à elle, une silhouette nue émergea à la surface. L’épuisement était tel que son cerveau ne parvenait plus à suivre. Il avait simplement marqué ses deux présences et complètement éclipsé le changement de météo ou même la présence de Lupa dans les parages. Voûtée, le souffle coupé, Mayufu voyait bien que celle qui l'avait traquée jusqu'ici était tout autant perdue qu'elle-même. Mais au-delà du fait que celle-ci l'avait sauvée de la charge du monstre tout à l'heure, la Flammèche ne se voyait pas pour autant l'approcher en étant dans une telle faiblesse. Elle désirait sa mort, tout autant que celle de Lupa, pour s'en être prise à sa chère et tendre. Du coup, remarquant qu'elle n'agirait pas contre elle de suite, la noiraude détourna son regard vers le jeune homme. Ni une ni deux, sans réfléchir, elle se dirigea dans sa direction. Pourquoi persistait-elle à le sortir de là ? Elle n'en avait aucunes idées mais sa présence ici, ce cri, cela devait venir de lui. De plus, dans l'impossibilité de répondre à cette question, cette silhouette ne cessait d'évoquer quelque chose au fond d'elle. Non pas quelque chose de sentimental ou d’émotionnel, mais comme d'un souvenirs, un déjà vu. Mais rien de tel ne s'était jamais passé. Lui compliquant la compréhension de l'instant présent et d'une telle insistance à son encontre. Délaissant la rôdeuse à son sort, la Flammèche s’enfonçait dans le sang qui, désormais, ne montait plus.

Il fallu qu'un son sourd et grave la fasse revenir à la réalité et enfin remarquer qu'il avait cessé de pleuvoir. Tendant les mains devant elle, à moitié enfoncée dans le cruor, la surface du liquide étant devenue calme, fut soudainement parcouru d'onde frappant à sa surface. Le regard figé sur la chose qui tenait ce garçon, qui avait cessé de se mouvoir, un frisson glacial parcouru le dos de la jeune fille malgré la chaleur dans laquelle elle était plongée. Doucement, elle se retourna et à mi-parcours, elle regretta de l'avoir fait. Une tête immense leur fonçait dessus. Toutes dents dehors. Depuis quand avait-elle prit une telle taille cette ordure ?! Impuissante, ne trouvant pas quoi faire face à une telle force de la nature, la jeune fille lui fit face. Mais son corps, emplit d'un instinct de survie qui lui était propre, lui fit faire quelques pas en arrière avant de trébucher. S'enfonçant dans l'eau. Son esprit et son corps étant complètement désynchronisé, Mayufu bu la tasse, n'étant pas prête à se retrouver noyée de la sorte. Ses pieds retrouvant le plat du fond, la propulsèrent à la surface pour à nouveau faire face à cette tête de loup géante.

Quand bien même elle désirait balancer tout ce qui lui restait de force, aussi inutile que cela aurait été, tout son corps n'y arrivait désormais plus. Le moindre mouvement lui coûtait cher. Pestant intérieurement contre ce destin qu'elle haïssait tant, elle ne se voilerai pas les yeux face à ce monstre. Elle ne lui montrerait pas qu'elle avait posé un genou à terre. Sa fierté en prenait des coups à répétition depuis un certains temps mais elle se refusa de s'abaisser à se montrer faible. Si physiquement elle ne pouvait plus suivre le rythme, son mental, lui, même au moral le plus bas, la faisait se tenir droite. Son regard emplit de haine à l'encontre de Lupa. Elle voulu hurler, elle voulu frapper, elle ne cessait de croire en la survie de son amour, elle cria même son nom, de toutes les forces qui lui restait encore, envoyant toute sa colère dans ce ciel plongé dans une obscurité si effrayante et apaisante à la fois. Sentant cette masse meurtrière se rapprocher, le sol trembler sous ses pieds, le souffle de cette chose et sa puissance qui balayait les lieux, la jeune  fille se refit la promesse solennelle de devenir le cauchemars de cette Lupa. D'être celle qui la tuerait. D'être celle qui la hanterait à jamais. Elle était une fille de Bhaal ! Peu importe s'il n'existait pas dans ce monde et qu'elle l'avait renié mais, de par ce sang souillé qui parcourait ses veines, elle se devait d'être à la hauteur de ce pour quoi elle était vivante ! Elle rejeta son destin mais l'essence même de ce funeste dieu l’avait toujours accompagnée et elle comptait bien, pour une dernière fois, noyer l'existence d'une personne dedans et ce serait Lupa ! Comptant bien, après cette ultime acte, se ranger dans les rangs de Xiris, Mayufu se devait de trouver un moyens de mettre un terme à ce combat pour sceller son passé et enfin pouvoir avancer. Néanmoins, aussi forte était sa volonté, sa force, elle, était insignifiante. La vue de ce qui se passait devant elle ne fit qu'enfoncer le clou davantage.

Mais il fallu qu'une seconde s'écoule pour qu'un immense mur violacé apparaisse entre elle et Lupa, l'arrêtant nette dans son avancée mortuaire. Le choc fut si violent que le tremblement au sol la fit tomber en arrière. Sortant la tête à la surface, se relevant, désemparée par les événements, elle sentit une présence au-dessus d'elle. Levant les yeux, une masse brumeuse était en train d'apparaître. Il ne fallu rien de plus pour que la Flammèche reconnaisse cette dernière. De plus, ce mur, elle en avait déjà vu un similaire par le passé, devant la grotte dans les montagnes ! Ce même mur avait stoppé et immobilisé Lupa un certains temps après avoir été assommée sans être prévenue au préalable. Il n'y avait aucuns doutes sur qui était l'auteur de ce dernier !

- Umar....

Au fond d'elle, elle avait toujours été convaincue que la Sorcière des Ombres n'était pas partie malgré les horreurs que lui faisait subir le monstre. Même aux portes de la mort, elle ne s'était pas laissée prendre au jeu, même si elle souffrait des illusions et autres tours de passe-passe de cette dernière. Quelque chose lui faisait sentir sa présence, partout et nulle part à la fois. Mais à peine pu t'elle la voir réapparaître complètement qu'une bulle d'ombre se referma autour d'elle. L'isolant complètement du danger extérieur. Elle pu percevoir d'une embouchure, avant qu'elle ne se referme, la créature tenant le garçon se faire broyer et réduire en à tas de chair sanguinolente. Tout s’enchaînait si vite qu'elle commençait à craindre le pire. Umar n'était-elle quand même pas en train de l'écarter d'une mort certaine et mourir à sa place ? Non ? Elle n'allait quand même pas faire une telle chose après être revenue ! Les mains plaquées contre la paroi d'ombre, elle voulu frapper pour s'en libérer et ne pas la laisser seule sauf que, au premier coup donner, ce fut tout autre chose qui se produisit. Une masse lui fit jetée à la figure. D'abord elle vit flou à l'impact, ne pu s’accrocher à rien pour garder l'équilibre et bascula en arrière. Tombant lourdement sur ses fesses, elle venait de servir de matelas à ce qu'elle reconnu être le jeune homme roux aux prises avec cette chose que Umar semblait avoir broyée pour le sortir de là. Sur le coup, intérieurement, elle remercia  son amie de l'avoir aidé mais au fond, mais la jeune fille ne savait toujours pas définir pourquoi elle souhaitait le sortir de là.

- Heureusement que t'es pas lourd... Lâcha t'elle premièrement dans un soupire, reprenant sa respiration après ce choc soudains. Saisissant le jeune homme par les mains pour le relever en même temps qu'elle. Je suis désolée... j'aurai voulu t'aider plus tôt...

Prise de vertiges, Mayufu se mit assisse, appuyant son dos sur la paroi arrondie de la sphère d'ombre dans laquelle ils se trouvaient tous les deux. Elle sentit que cette dernière avait prit de la hauteur et se déplaçait et, d'un coup d’œil à sa droite, elle perçu son amie à travers le voile ténébreux. Au-devant d'eux, semblant vouloir  se diriger vers Limouria. Mais l'obscurité totale l'empêchait d'y distinguer quoi que ce soit et ce filtre ne facilitait rien à ses yeux. Mais elle voyait clairement Umar qui les tractaient, les éloignant de cette folle sadique. Tendant une main dans sa direction dans l'intention d'au moins essayer de saisir la sienne, elle ne fit que s'appuyer contre la paroi, son regard perdu dans le vide. À nouveau confrontée à une situation qui se dressait contre elle, même si celle-ci la protégeait plus qu'autre chose, vu qu'elle voulait se blottir dans ses bras pour oublier ce monde, la jeune fille se confronta à une vague intérieure qui prenait de l'ampleur pour finalement s'écraser de toutes ses forces contre ses dernières forces mentales. Prenant une grande inspiration, elle tenta d'au moins lui exprimer ses excuses de s'être laissée tromper. D'au moins lui dire combiens elle était heureuse qu'elle soit là.

- Umar... je suis si... contente... mais... Je suis désolée... d'avoir été si...

Sa voix nouée emplie de culpabilité, lui donnait du fil à retordre pour parler et ses genoux flanchèrent sous son poids. Les mains appuyées sur le mur d'ombre, la Flammèche s'éteignit momentanément dans une crise complète. L'impuissance. La volonté de survivre. L'horreur d'avoir cru perdre son amour et toutes les diverses émotions ressenties jusque là, depuis l'arrivée de Xiris, ne pouvaient plus rester tapies au fond d'elle. Quand bien même elle n'osa que discrètement jeter un œil à ce qui se passait derrière elle, au sol, elle était incapable de savoir si Lupa était là ou si la rôdeuse pointait une flèche dans leur direction. Ses yeux la brûlaient, envahit par un flot de larme, accompagné d'une respiration saccadée et d'un corps secoué de spasmes. Plongeant son visage dans ses mains, elle ne désirait que se retrouver seule. Se refermant sur elle-même, si soulagée de voir son amie vivante, elle peinait à maintenir ses émotions en bloc. Tout n'était que chaos au fond d'elle, tous ses regrets et ses envies s’entrechoquaient les uns contre les autres. Elle voulait dire mille chose à la fois mais n'y arrivait pas, manquant d'air et d'énergie pour le faire. Elle voulait briser la paroi de cette bulle pour saisir son amie dans ses bras. Elle voulait effacer les moments où elle s'était faite avoir par les illusions de Lupa. Elle aurait voulu venir en aide à ce garçon plus vite. Aussi loin qu'elle pouvait aller, elle aurait voulu n'avoir jamais croisé la route de ce satané monstre dans ce village paumé au fond des bois.

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Elvin
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MessageSujet: Re: Tout Feu, Tout Flamme   Tout Feu, Tout Flamme - Page 2 Icon_minitime1Mer 11 Aoû - 14:14

Les yeux vides, les pensées ailleurs, hors du monde. Sans doute aurais-je dû avoir honte d'abandonner ainsi le monde qui m'entourait. Un autre moi se serait sans doute relevé pour lutter contre ce qui se passait, briser ses liens pour partir au secours de ceux qui en avaient besoin. Mais ce n'était pas qui j'étais dans l'heure actuelle. Le moi d'alors avait l'esprit trop brisé pour cela. Il n'y avait que le vague, le silence qui s'installait dans mon esprit, comme si je cessais d'habiter mon corps. Comme si... à vrai dire, je ne sais même pas s'il restait quelque chose à comparer. Cet instant reste un blanc dans ma mémoire, non pas car une action inconnue me l'a retiré de l'esprit, mais plus car mon esprit lui-même a décidé de faire sécession. Je n'ai pas le sentiment d'avoir vécu cet instant. Je ne perçus pas la fin de la pluie, je ne perçus pas la chaleur du feu, je ne perçus même pas que le danger n'avait pas été écarté, et tant mieux en un sens car je ne pense pas que mon cœur aurait pu y survivre. Je ne sais même pas comment il a pu survivre jusqu'à présent. Que l'on se rende compte, mes plus anciens souvenirs remontaient à peine à moins d'une heure et j'avais déjà risqué ma vie plusieurs fois et été confronté de près à une panoplie presque exhaustive de toutes mes plus grandes peurs. ...Mais peut-être que c'est quelque chose que je me dis à moi-même pour justifier mes propres faiblesses. Peut-être que c'est juste quelque chose que je me dis parce que je ne me veux pas me retrouver confronté au vrai problème : je ne suis pas à la hauteur. Mais alors, qu'étais-je seulement censé faire ? Je ne sais pas ! J'avais essayé. Je le jure, j'avais essayé. Qu'étais-je donc censé faire alors que tout ce que j'avais fait avait échoué ? Dans ce jeu de géants, je n'étais qu'une poussière. Je m'étais refusé à la voir jusqu'à présent, mais même mes humbles efforts, mes efforts "à mon niveau" me disais-je, avaient été inutiles. Je ne sais pas, moi ! Je ne suis pas mieux qu'un autre ! Comme pouvais-je seulement être à la hauteur de la situation ?! ...mais là encore, je ne faisais que me plaindre. Et mes plaintes, douloureusement, étaient vaines.

Être sali, être tiré, être jeté, m'effondrer. Non, la première chose que je perçus à nouveau fut une voix douce lâchée avec un soupir. Soudain îlot de paix dans la frénésie extérieure, soudain îlot de conscience à travers les voiles de mon esprit. J'étais sur elle. J'espérais que je ne lui faisais pas mal. Je voulus me lever, ne pas continuer à l'écraser, je ne voulais pas qu'elle souffre. Mais je ne réussis pas. Mes mains, mes bras, tout mon corps tremblait. Je voulais mais n'avais plus de force. Mais je ne souhaitais pas être un poids. Ses doigts saisirent les miens, faiblement. J'essayai de me relever mais c'était plus fort que moi. C'est comme si une vibration avait pris racine au centre de mon torse et dardait des vagues et des vagues toujours aussi fortes, les unes après les autres, sans me permettre de reprendre mon souffle. J'étouffais. Je ne tenais pas debout. J'étais désolé d'être aussi misérable. Je voulus m'excuser mais ma gorge peinait déjà à respirer. Ma voix n'arrivait pas à franchir la barrière de mon larynx et mourrait sans même avoir pu avoir eu le temps de prendre un timbre. J'étais impuissant. Mes yeux s'envahirent de larmes et je ne pus les retenir. C'était le contre-coup. Tout ce que j'avais vécu, cette heure, ressortait. Pourtant, moi, je ne voulais pas pleurer. Je ne voulais pas qu'elle s'inquiète pour moi. Je voulais qu'elle reste forte. Je voulais qu'elle accomplisse ses objectifs dans la vie et qu'elle soit heureuse. Je tentais de lui dire mais ça ne servait à rien. Alors, je lui fis juste mon plus beau sourire. Je ne promets pas qu'il était très beau mais je le souhaitais le plus rassurant, et chaleureux aussi. Le pauvre, il devait sans doute être tout serré, distordu, mais qui sait ? peut-être qu'avec l'ombre, elle ne le verrait pas. Elle n'en prendrait que l'émotion, le courage, et elle en ressortirait grandie. J'aurais l'impression d'avoir fait quelque chose alors. Pour elle. Pour elles. Ah... je tremblais tellement que j'en avais mal. J'espérai que cela allait s'arrêter bientôt.
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